• 1954-1962 : l'Algérie dans l'objectif des appelés français : René Fagnoni : "chronique des Aurès"

    1954-1962 : l'Algérie dans l'objectif des appelés français : René Fagnoni : "chronique des Aurès"

    Radio France &copy RF / Sébastien Baer

    René Fagnoni, 77 ans, a été appelé en Algérie de mars 1957 à juin 1959. Il fait d'abord ses classes dans le Constantinois avant d'être affecté au secrétariat du major, dans les Aurès. Cette affectation lui évite d'être en première ligne dans cette guerre à laquelle il était opposé. “J'ai été littéralement assommé quand j'ai reçu ma feuille de route pour le centre d'instruction du 7ème régiment de tirailleurs algériens, c'était ce que l'on appelle communément la chair à canon”, raconte René Fagnoni. Il profitera de ses deux années de présence en Algérie pour prendre des photos. Il évoque l'un de ses clichés. Une femme assise, dans la ville de Corneille, à proximité d'une rangée de barbelés.

    1954-1962 : l'Algérie dans l'objectif des appelés français : René Fagnoni : "chronique des Aurès"

    http://www.huffingtonpost.fr/nadia-agsous/photographie-algerie_b_6007264.html?utm_hp_ref=fr-culture

     Nadia Agsous  Journaliste, chroniqueuse littéraire, écrivaine

    Une rencontre-débat est organisée, le 23 octobre 2014, par le centre culturel algérien autour de René Fagnoni, actuellement secrétaire général du Comité de groupe Socpresse - Le Figaro et auteur du livre"Chronique des Aurès"dans lequel il met en scène des documents iconographiques datant de 1959, lorsqu'il était appelé en Algérie.

    1954-1962 : l'Algérie dans l'objectif des appelés français : René Fagnoni : "chronique des Aurès"

    Il avait 20 ans lorsqu'il fut affecté Algérie, au 2ème Bataillon du 7ème Régiment de Tirailleurs Algériens stationné dans les Aurès, région située à l'est du pays.
    Par sanction ! Malgré lui !
    Car René Fagnoni avait des idées anticolonialistes :"Le gouvernement de l'époque avait sans doute cru me jouer un bon tour en brisant une fois pour toutes mes positions anticolonialistes par une mesure disciplinaire assez exceptionnelle", explique R. Fagnoni.
    Pourtant, son envoi contraint et forcé, en pleine guerre qu'il rejetait de tout son être, dans un pays et une région qu'il ne connaissait pas, fut transformée en une"expérience humaine positive". Car son affectation au poste de secrétaire du capitaine major a été, pour R. Fagnoni, une grande opportunité pour découvrir les facettes inconnues, cachées, tues du colonialisme et ainsi, la réalité des conditions de vie et d'existence de cette masse de population colonisée désignée sous le vocable d'indigènes, qui s'était engagée, dès 1954, dans la lutte pour la libération de leur pays.

    1954-1962 : l'Algérie dans l'objectif des appelés français : René Fagnoni : "chronique des Aurès"

    C'est donc à Merouana, Tamerwent en langue chaoui, anciennement Corneille et dans d'autres lieux de l'Est algérien, en 1959, que R. Fagnoni a "appris à connaître et à aimer l'Algérie" et les Algérien-ne-s. Et pour laisser une trace des scènes quotidiennes qui montrent des femmes, des hommes et des enfants posant devant l'objectif, vêtus de misère et de pauvreté et un environnement naturel qui éclate de beauté et de jeunesse, R. Fagnoni a usé de son appareil à photo comme d'une arme dans le but de défier symboliquement l'ordre colonial. Quelques unes de ces photographies ont été rassemblées dans un ouvrage intitulé"Chronique des Aurès"publié par les Editions Dalimen en 2013 et traduit récemment en langue berbère.

    "Je n'ai pas photographié la guerre", déclare R. Fagnoni. Car de son point de vue," la guerre est une émotion qui n'est pas traduisible par des photos". Il a plutôt filmé la vie quotidienne des Algérien-ne-s qu'il a pu approcher mettant en lumière des scènes de la vie quotidienne révélant les us et coutumes de l'époque, des enfants arborant des mines aguichantes parées d'innocence, des femmes assises à même le sol, en pleine nature, vêtues de robes aux couleurs à la fois sombres et chatoyantes, des hommes travaillant la terre, s'affairant en pleine nature pour subvenir aux besoins alimentaires de leurs familles, une population indigène colonisée, dominée, vivant dans la pauvreté, la misère, le dénuement, des êtres humains porteurs de valeurs humaines et humanistes telles que la solidarité, le partage.

    1954-1962 : l'Algérie dans l'objectif des appelés français : René Fagnoni : "chronique des Aurès"

    L'auteur consacre également une partie de son livre de photos agrémenté de textes qui viennent davantage éclairer la substance humaine et humaniste de la vision et des idées de R. Fagnoni, aux Algérien-ne-s d'origine européenne pour lesquels il rend un vibrant hommage et revendique la réhabilitation de ces"justes","ces héros qui ne doivent pas mourir","ces exemples pour notre époque qui manque cruellement de héros"; ces"oubliés de l'Histoire"qui ont"dit non à une guerre injuste"et ont fait le choix de militer aux côtés des Algérien-ne-s pour l'indépendance de leur pays : Maurice Audin, Fernand Yveton, Maurice Laban et bien d'autres.
    Les textes et photos en couleur que"Chronique des Aurès"propose à notre regard ont incontestablement la valeur de documents historiques. La démarche de R.Fagnoni est hautement symbolique car elle révèle sa volonté de laisser des traces de ce pan de l'histoire de l'Algérie et de la France afin de rendre justice à la population indigène qui a été dépouillée de son humanité.

    Des années ont passé. Et l'attachement de R. Fagnoni à l'égard de l'Algérie et des Algérien-ne-s est toujours aussi fort. Plus qu'un témoin passionné et passionnant, il est, de nos jours, un pont entre ces deux pays et ces deux populations qu'il exhorte à"reprendre ensemble l'histoire en marche". Ce passeur de la Mémoire et de l'Amitié entre les deux peuples nous invite à avancer lentement mais sûrement sur les chemins de la Réconciliation.

    René Fagnoni,"Chronique des Aurès", Recueil de poésies visuelles et autres senteurs, Editions Dalimen, Alger,/France, 2013, 181 pages.

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