• 1er février 1954, l'appel de l'abbé Pierre et l'insurrection de la bonté *** 65 ans plus tard dans cet hiver 2019 où en sommes-nous ?

    1er février 1954, l'appel de l'abbé Pierre

    et l'insurrection de la bonté

    65 ans plus tard dans cet hiver 2019

     où en sommes-nous ?

    En hiver 1954, la France est saisie par une vague de froid intense. Le matin du 1er février, une femme est retrouvée morte dans la rue. A la radio, un homme lance alors un appel à la solidarité, qui aura un impact national sans précédent.

    L'appel de l'abbé Pierre du 1er février 1954 a eu un impact national historique © Getty - Keystone-France

    Durant l'hiver 1954, une vague de froid glacial touche le pays : les principaux cours d'eau commencent à geler, une banquise se forme à Dunkerque et les températures descendent au plus bas, avec -20° à Saint-Étienne ou -13° à Paris. De nombreux sans-abris meurent dans les rues françaises. Une voix inconnue du grand public s'élève alors sur les ondes de RTL et pousse un cri de colère.

    Cette voix , c’est celle du prêtre Henri Grouès, l’Abbé Pierre. Et son appel aura un impact national historique.

    Mes amis, au secours...   

    Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l'avait expulsée. Chaque nuit, ils sont plus de 2 000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu. Devant l'horreur, les cités d'urgence, ce n'est même plus assez urgent ! [...]   

    Il faut que ce soir même des pancartes s'accrochent [...] et où l'on lise sous ce titre 'Centre fraternel de dépannage', ces simples mots : 'Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime' [...] 

    Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain : cinq mille couvertures, trois cents grandes tentes américaines, deux cents poêles catalytiques.  

    Déposez-les vite à l'hôtel Rochester. 

    La mobilisation est sans précédent. Un raz de marée de générosité inonde alors la France : en quelques minutes, les standards téléphoniques explosent, l'hôtel Rochester est envahi par des bénévoles et des donateurs anonymes apportant couvertures, vêtements, produits de première nécessité, argent... De nouvelles lignes téléphoniques sont ouvertes. La RATP met à la disposition des sans-abris quatre stations de métro désaffectées. Deux mille personnes sans-abri sont hébergées la nuit suivante. 

    Pour l'abbé Pierre, c'est l'insurrection de la bonté.

    Et cette insurrection ne dure pas qu'un jour : les dons continuent d'affluer de France et de l'étranger et sont si nombreux qu'ils sont stockés dans la gare d'Orsay, sur laquelle est accrochée une bannière "Paris vous aide". Des centaines de billets sont stockés dans des baignoires de l'hôtel. Au total, 500 millions de francs sont récoltés, et parmi les donateurs certains connus, comme Charlie Chaplin, Charles de Gaulle et Yves Montand. 

    Avec la somme récoltée, des hébergements d'urgence sont construits. Des associations d'aide aux sans-abris sont créées. Le 4 février 1954, le Parlement adopte à l'unanimité l'affectation de 10 milliards de francs (soit dix fois plus que demandé) pour la construction de 12 000 logements de première nécessité. L'empreinte de cette insurrection de la bonté sur la France est incontestable et l'abbé Pierre devient alors une icône.

    65 ans plus tard dans cet hiver 2019

     où en sommes-nous ?

    Grand froid : près de 200 000 sans abri

     en France

    ILLUSTRATION. A Paris comme dans la plupart des villes de plus de 20000 habitants, le nombre de personnes à la rue augmente. LP/Olivier Arandel

     

    Un an et demi après l’engagement d’Emmanuel Macron que plus une personne ne soit à la rue six mois plus tard, on est loin du compte. Au point que le président a repoussé cet objectif à la fin de son quinquennat. 

    Les associations qui viennent en aide aux SDF estiment qu’ils sont 200000 en France, hommes, femmes et enfants. Alors que le plan grand froid est activé dans de nombreux départements, elles tirent la sonnette d’alarme.

    A Bagnolet, commune limitrophe de Paris, ils se sont installés au dos de l’église, sous une cahute de planches et de bâches. Le soir, trois SDF allument une bougie près d’un sapin de Noël récupéré dans les poubelles. Faute d’abri pérenne, ils ont décidé de faire contre mauvaise fortune bon humour. Parmi eux, pas d’enfant, contrairement aux familles qui vivent dans des voitures à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Sur le pourtour du périphérique parisien, les talus de pelouse semblent désormais voués à accueillir une tente, la plupart du temps spartiate, parfois mise au sec sur une palette de bois et sous une grande toiture de plastique. Le grand luxe. Rien à voir avec ces cocons humides de carton, qu’on rencontre de plus en plus dans les encoignures des façades parisiennes.

    Ce jeudi, la préfecture d’Ile-de-France a maintenu le « plan grand froid » qui permet d’activer des places d’hébergement d’urgence supplémentaires. Ce dispositif demeurera, dit-on à la préfecture, tant que Météo France donnera une température ressentie de -5 degrés. Une température particulièrement difficile à supporter, plus encore quand elle est humide.

    Mercredi la fédération des acteurs de la solidarité (FAS) a lancé un « cri d’alarme ». Regroupant 800 associations qui gèrent 80 % des centres d’hébergement en France, la fédération dispose de chiffres préoccupants : à Paris, plus de 400 personnes essuient chaque jour un échec pour avoir un hébergement via le 115. En Seine-Saint-Denis, ce sont entre 200 et 300 personnes, dont des mères seules avec des nourrissons qui viennent de quitter la maternité. A Toulouse (Haute-Garonne), centres d’hébergement et hôtels sont tellement saturés que 221 personnes dorment à la rue. A Lyon (Rhône), Lille (Nord), Marseille (Bouches-du-Rhône), la saturation des infrastructures fait aussi son lot de naufragés.

    Pourtant, depuis le 1er novembre, 5 906 places d’hébergement supplémentaires ont été ajoutées aux 105 000 places disponibles en Île-de-France. Dans les Hauts-de-Seine, par exemple, les anciens bureaux de l’Insee de Malakoff ont été convertis en logement temporaire pour des familles envoyées par les 115 du département et de Paris. A Paris, l’ancien cinéma du parc de la Villette accueille un dortoir pour hommes. Et depuis le 11 décembre, l’hôtel de ville de la capitale accueille des femmes dans le dénuement.

    « Bien que cet effort soit sans précédent, des personnes se trouvent encore à la rue. Je souhaitais donc poursuivre l’engagement de l’État », a annoncé le préfet de Paris Michel Cadot. Dans les locaux de la préfecture dans le XVe arrondissement, a été aménagée une halte de nuit pour trente femmes seules. Dirigées chaque jour par le 115, elles trouvent un abri chauffé et sécurisé de 19 heures à 8 heures du matin. Mais doivent repartir à la rue dans la journée, sans savoir ce qu’elles trouveront le soir.

    « Face à la crise, la Fédération demande aux pouvoirs publics, État et collectivités locales, de mobiliser sans attendre tous les bâtiments disponibles, en lien avec les associations, pour proposer une mise à l’abri et un accompagnement à toutes les personnes qui sollicitent une protection », réclame la FAS.

    Le renforcement du dispositif ne permet pas d’accueillir tout le monde, d’autant moins que les autorités procèdent depuis quelques jours à l’évacuation de campements insalubres au nord de Paris. Car la difficulté tient à la méconnaissance du nombre de sans-abri.

    La dernière enquête de l’Insee, datant de 2012, disait 143 000 personnes, pour toute la France. Un nombre qui avait bondi de 50 % en onze ans. Surtout, parmi ces 143 000 personnes, on comptait 30 000 mineurs. En 2019, les associations estiment à 200 000 cette population de sans-toit, dont un quart travaille. La semaine prochaine, la ville de Paris relancera sa « Nuit de la solidarité », pour comptabiliser le nombre de personnes qui restent, la nuit venue, sans aucune solution d’hébergement.

    En février 2018, plus d’un millier de bénévoles avaient sillonné la capitale. Ils avaient rencontré 2 952 personnes « en situation de rue ». Parmi elles, deux tiers disaient n’appeler jamais le 115. Mi-janvier, Emmaüs solidarité a recensé 159 personnes vivant sous la tente dans le bois de Vincennes. A l’année ou presque. Et tout porte à croire qu’une population équivalente survit dans le bois de Boulogne.

    Un an et demi après l’engagement d’Emmanuel Macron que plus une personne ne soit à la rue six mois plus tard, on est loin du compte. Au point que le président a repoussé cet objectif à la fin de son quinquennat. Depuis le 1er janvier, au moins 31 personnes sont décédées dans la rue, à une moyenne d’âge de 44 ans. En 2018, le collectif des Morts de la rue avait pu recouper des informations sur 457 décès de sans-abri.

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