• 2016 : Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? "La France comme l'Amérique en guerre perpétuelle"

    La France en guerre perpétuelle

     

    La France en guerre perpétuelle

    Le quartier de la Défense, en région parisienne. /Photo prise le 25 novembre 2015/REUTERS/Christian Hartmann

    Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, devant le Congrès, François Hollande affirmait d’un air grave « La France est en guerre ». Il le répète inlassablement après chaque nouvel attentat ; après Nice, il précisait « à l’extérieur et à l’intérieur de la France ». La terre sacrée des droits de l’homme, de la paix et des Lumières se réveille en état de guerre, lâchement attaquée par la barbarie et l’obscurantisme. Voilà la version de l’histoire à laquelle nous devrions tous adhérer, nous peuples de l’Europe civilisée qui avons réussi à vivre dans la paix depuis "septante" ans.  En réalité, nous n’avons jamais cessé d’être en guerre. Et la France est un exemple clair de ce permanent état de guerre.  Un rappel historique s’impose.

     

    Une époque de guerres ininterrompues

     

    1947 - La France massacre plus de 90.000 malgaches

    Pendant la même période, en 1947, la France organise un massacre à Madagascar, contre la révolte des Malgaches ; entre 11.000 morts, selon les chiffres officiels français et 100.000 selon les résistants malgaches. Là aussi, les troupes de répression françaises sont composées en grande partie de soldats provenant des colonies africaines et maghrébines…

    Après la fin de la 2nde guerre mondiale, les dociles malgaches en ont assez d'être traités comme des sous-hommes. Au mois de mars, à l'appel du Mouvement Démocratique de Rénovation Malgache (MDRM), une insurrection se répand dans l'île. Le gouverneur général de Chevigné et le général Garbay ordonnent alors de pacifier Madagascar en réprimant durement cette révolte : 90.000 morts seront officiellement comptabilisés...

    1947-prisonniers malgaches


    Ce chiffre ne prend pas en compte les cadavres qui ont été jetés aux chiens

    et ont été dévorés.


    Au mois de mai, le MDRM est dissous et des procés ont ensuite lieu. Vingt-neuf indépendantistes et 3 députés du MDRM comparaissent devant le tribunal de Tananarive.

    En métropole, des associations s'indignent et financent l'envoi d'avocats. Elles dénoncent alors les atteintes aux droits de la défense que subissent ces 31 malgaches.

    Il leur est notamment interdit de communiquer avec leurs défenseurs, de faux témoignages sont utilisés contre eux, et la torture est également pratiquée sur certains. En 1949, le Comité franco-malgache et le Secours Populaire Français (SPF) réussissent à obtenir que les condamnations à mort prononcées soient commuées en peine de prison. Par ailleurs, le SPF organise activement la solidarité avec le peuple malgache...

    De grandes quantités de médicaments et de nourriture sont collectées par ses soins. En 1950, est créé le Comité de Solidarité de Madagascar (SCM) que préside Gisèle Rabesahala. L'objectif prioritaire du SCM est d'aider les habitants de Madagascar à accéder à l'eau, aux soins et à l'éducation de leurs enfants. Les malgaches devront cependant attendre jusqu'en 1960 pour obtenir leur indépendance.

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    La seconde guerre mondiale à peine terminée, le gouvernement provisoire français, issu des forces de la résistance, souvent pris en exemple par la gauche actuelle, envoie un corps expéditionnaire au Vietnam (qui fait partie de l’Indochine française à l’époque), pour tenter de mater la guerre d’indépendance. Sous la présidence de Léon Blum, figure politique modèle de la gauche actuelle, l’intervention devient une véritable guerre. La France envoie près d’un demi-million de soldats pour garder sa colonie ; 43.5% de cette armée sont composés de soldats d’autres colonies françaises (Maghreb et Afrique Noire) ! La France sera défaite lors de la bataille de Dien Bien Phu en mai 1954.

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    Ces guerres intenses n’empêchent pas la France de prendre part pendant la même époque à la guerre de Corée, du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953. Une coalition de dix-sept états (dont la Belgique et la Grande-Bretagne), emmenés par les États-Unis, sous bannière ONU, avec pour objectif, tout comme en Indochine de s’opposer aux luttes de libération dirigées par des forces communistes. Ces deux guerres ont fait plus de deux millions de morts. La guerre oubliée de Corée fut une guerre de destruction massive (en termes d’aujourd’hui on appelle ça un génocide), la capitale Pyongyang fut entièrement rasée : « Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgway ordonna de nouveau à l’aviation de frapper la capitale Pyongyang « dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incendiaires » (objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951) ».

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    Tant la guerre du Vietnam que la guerre de Corée aboutirent à la partition des deux pays. Le Vietnam obtiendra sa réunification par une nouvelle longue guerre d’indépendance, contre les États-Unis cette fois, en 1975. La Corée quant à elle n’est toujours par réunifiée et toujours occupée, au Sud, par les États-Unis. Voilà le genre de paix dont ont bénéficié les nations autoproclamées civilisées dès la fin de la seconde guerre mondiale. Des guerres vite oubliées chez nous mais pas par les peuples concernés.

    Et les peuples concernés ne sont pas que les peuples asiatiques. La victoire des Vietnamiens de 1954 contre la métropole française a donné un élan irrésistible aux autres luttes de libération partout en Afrique.

    Loin de tirer les leçons de son humiliante défaite au Vietnam, la France a poursuivi sur sa lancée coloniale : « Entre 1960 et 1998, il y a eu 60 interventions militaires françaises en Afrique subsaharienne, dont 23 pour ‘maintien de l’ordre’ au service d’un régime ami, et 14 pour changer un gouvernement disqualifié aux yeux des dirigeants français ! ».

    La plus célèbre, en ce qui concerne la France, est naturellement la guerre d’Algérie. Le 8 mai 1945, une manifestation nationaliste à Sétif est réprimée dans le sang, et la révolte qui s’ensuit sera elle aussi matée avec une violence inouïe. Ici aussi les chiffres varient d’un millier à près de 80.000 selon le point de vue de l’historien.

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    Comme l’explique Mohammed Harbi, « en France, les forces politiques issues de la Résistance se laissent investir par le parti colonial.  » Je vous ai donné la paix pour dix ans ; si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable », avait averti le général Duval, maître d’œuvre de la répression... Nous connaissons la suite qui s'est poursuivie jusqu'au 19 mars 1962.

    L’ennemi intérieur

    Un autre aspect qu'il convient de souligner ici, c’est la création de « l’ennemi intérieur », dans la politique et l’idéologie française, qui a pris corps pendant la guerre d’Algérie. « Le 17 octobre 1961, Paris a été le lieu d’un des plus grands massacres de gens du peuple de l’histoire contemporaine de l’Europe occidentale. Ce jour-là, des dizaines de milliers d’Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des dizaines d’Algériens, peut-être entre 150 et 200, sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de cet épisode majeur de la guerre d’Algérie sera occultée ».

    2016 : Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? "La France en guerre perpétuelle"

    C’est de cette époque que date le concept d’ennemi intérieur, lié à la présence d’une immigration importante issue de la colonisation : L’histoire du contrôle de l’immigration dans la pensée militaire française permet d’analyser, en observant la reconstruction d’un ennemi intérieur socio-ethnique, la régénération puis la généralisation dans le temps et dans l’espace, d’une technologie conçue pour le contrôle exceptionnel de populations infériorisées ».

    En réaction à l’attentat de Nice de juillet 2016, Georges Fenech, le président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015 a proposé la création d’ »un Guantanamo à la française ». Il propose de regrouper tous les djihadistes de retour de Syrie dans le centre pénitentiaire de l’île de Ré. Cette idée, qui suscite la polémique, plonge ses racines dans la guerre d’Algérie au cours de laquelle le gouvernement français créa des « camps de regroupement » destinés à placer les résistants du FNL et à les couper ainsi de tout appui dans la population algérienne. Il ne reste plus qu’à introduire officiellement la pratique de la torture en France et la boucle sera bouclée. C’est d’ailleurs un débat délirant au sein du Front National : réintroduction de la torture ou de la peine de mort pour Salah Abdelslam, tout peut être envisagé.

    Et puis il y eut 2001 :  Quinze ans après le 11-Septembre, comme la France, l'Amérique en guerre perpétuelle

    2016 : Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? "La France en guerre perpétuelle"

    Terrible image du 11 septembre 2001.

    AFP / ROBERT GIROUX

    Le 11-Septembre 2001 a changé à jamais le visage de l'Amérique et bouleversé sa diplomatie et sa politique sécuritaire, les Etats-Unis restant depuis 15 ans en guerre perpétuelle contre le "terrorisme" jihadiste sans réussir à mettre fin au "chaos" au Moyen-Orient.

    Mais la France a suivi les Américains partout… c’est  aussi une des raisons pour laquelle elle est en guerre perpétuelle…

    Si le président Barack Obama, au pouvoir depuis janvier 2009, a refusé l'interventionnisme militaire à tout crin dans les guerres du monde arabe et cherché à réconcilier l'Amérique avec les pays musulmans, il laisse les Etats-Unis dans un état de conflit permanent contre la "terreur" islamiste, relèvent des experts. Le démocrate, qui quittera la Maison Blanche en janvier, demeurera le président qui a sorti son pays des bourbiers d'Irak et d'Afghanistan, des conflits dévastateurs déclenchés par son prédécesseur républicain George W. Bush en riposte aux pires attentats de l'Histoire et sous la bannière de la "guerre mondiale contre le terrorisme".

    Mais, "même 15 ans après le 11-Septembre, les guerres au Moyen-Orient, les métastases de l'EI (groupe Etat islamique), la radicalisation en ligne et les attentats en Europe et en Amérique empêchent d'enterrer le paradigme de la "guerre mondiale contre le terrorisme" 

    "Chaos insoluble"

    "En Afghanistan, en Irak, en Syrie et au-delà, nous combattrons sans relâche les organisations terroristes comme Al-Qaïda et le groupe Etat islamique", a-t-il promis dans un message sur le 11-Septembre. "Nous les détruirons et nous continuerons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger notre pays", a-t-il martelé. Pourtant, conteste Mme Greene, "il n'y a pas eu d'attaque sur le sol américain de la même ampleur" que les attentats minutieusement préparés du 11-Septembre (près de 3 000 morts).  

     

     Alors aujourd'hui nous sommes

     

     

    le 11 septembre 2016

     

     il y a 15 ans

     

     le 11 septembre 2001 nous avons

     

    vu cela :

    2016 : Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? "La France en guerre perpétuelle"

    Guerres, torture, assassinats politiques, voilà les vrais visages de cette France porteuse des Lumières quand elle agit pour défendre son empire colonial et les intérêts de « ses » multinationales, Elf, Total, Areva, Bolloré, Eramet, Technip, Bouygues, Orange, Geocoton, Rougier, etc. Et il ne s’agit pas d’une histoire ancienne mais de la vie quotidienne pour des millions d’Africains.

    Ce qu’il y a de nouveau aujourd’hui, c’est que la guerre, ou du moins une infime fraction, a ses retombées chez nous, sur le sol français ou le sol belge. Des victimes civiles tombent, totalement innocentes, et plongent des familles dans l’horreur. Pourquoi avons-nous fermé les yeux sur tant de victimes innocentes dans le tiers monde, victimes de nos guerres coloniales ? Pourquoi continuons-nous à soutenir des gouvernements, des partis politiques qui perpétuent cette politique ? Si le discours des recruteurs du djihad touchent autant de jeunes, c’est parce qu’il est en grande partie imprégnée d’une rhétorique anti-impérialiste et parce que toutes leurs autres formes de contestation de nos sociétés ont été réprimées. Au lieu de focaliser le débat sur l’aspect religieux du phénomène, il serait plus productif d’aborder son aspect politique et de faire un bilan correct de « nos » politiques coloniales et néocoloniales. Même si les chefs de Daesh n’ont rien à voir avec les dirigeants nationalistes du siècle passé, ils peuvent occuper une place laissée vide par notre silence assourdissant sur 70 ans de politique coloniale faite de guerres et de massacres. Mais pour briser ce silence, nous ne pouvons rien attendre ni des partis au pouvoir ni des partis de l’opposition, car s’en prendre au colonialisme, c’est à coup sûr perdre des voix. Et pourtant, il faut « choisir son camp » : celui de ceux qui, malgré la répression et les massacres ont continué à résister, et si, chez nous, ils ont toujours été une très petite minorité, ce sont pourtant les Henri Alleg, les membres du Réseau Janson, les porteurs de valise anonymes qui peuvent encore nous faire aimer la France.

    http://arretsurinfo.ch/la-france-en-guerre-perpetuelle/

     

     

    « Les jeunes Français qui ont participé à la guerre d'Algérie ne font pas tous partie d'une association d'anciens combattants voici l'histoire de Bernard Bourdet décédé en octobre 2015Les musulmans de France... Vers un massacre annoncé ? »
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