• 8 mai 1945, de Berlin à Sétif

     8 mai 1945, de Berlin à Sétif

    Il y a 2 jours je mettais en ligne un article que j'ai intitulé "Pour la Paix des Mémoires" et ma conclusion était celle-ci :

    Maintenant, il faut respecter toutes ces mémoires et chercher le chemin de l’apaisement et de l’espoir. Laissons la place aux historiens, chercheurs et étudiants de tous pays en dehors de tout organisme officiel, afin d’éviter les interprétations, les préjugés, les stéréotypes et les discriminations, pour enfin jeter un pont entre les peuples algérien et français et entre Français eux-mêmes pour gagner la plus belle des Paix, la Paix des Mémoires.

    C'est mon état d'esprit.

    Mais malheureusement j'ai pu constater que tous n'ont pas le même état d'esprit ! C'est dommage.

    Ce matin je lisais un Editorial du quotidien L'Alsace intitulé : "La mémoire fracturée d’Oradour"

    En se rendant, hier à Oradour, symbole d’un crime de guerre nazi en France, Emmanuel Macron ne risquait pas de se faire doubler par sa concurrente, comme mardi à Amiens. Et pas seulement parce que ce village du Limousin, où la division Das Reich a tué 642 hommes, femmes et enfants le 10 juin 1944, est à l’écart des grands axes. Marine Le Pen a peu de chance d’être accueillie à Oradour. Ni par la municipalité socialiste, ni par le dernier survivant du massacre, Robert Hébras, qui a escorté Emmanuel Macron dans les ruines. Il y a quatre ans, Robert Hébras avait accompagné François Hollande et le président allemand Joachim Gauck, dans l’église d’Oradour où périrent femmes et enfants. Par leur entente, les deux chefs d’État avaient inscrit ce drame dans l’histoire de la réconciliation franco-allemande et dans celle de l’Europe.

    Alors que la campagne se durcit, le candidat d’En Marche ! fait flèche de tout bois. En se rendant à Oradour, après avoir salué Jean-Pierre Raffarin dans la Vienne, il a voulu délivrer un message à ceux qui hésitent à voter pour lui. Leur rappeler aussi que le Front national, malgré la tentative de dédiabolisation de sa représentante, plonge ses racines dans l’extrême-droite – dont l’arrivée au pouvoir en Allemagne a abouti au plus grand désastre du XXe siècle. Au nom des fils et filles de déportés juifs, les Klarsfeld le rappellent actuellement à travers des affiches sur fond de barbelés. De l’histoire ancienne ? Marine Le Pen a dû changer le président censé la remplacer à la tête du FN pendant sa campagne : Jean-François Jalkh aurait tenu des propos négationnistes qu’il a, certes, démentis. Mais l’affaire a d’évidence été prise au sérieux par la candidate, après sa sortie sur le Vel d’Hiv…

    Vue d’Alsace, on peut s’étonner cependant de l’étape d’Oradour. Au-delà de l’image – terrible – du massacre, Emmanuel Macron n’a pas pris en compte une mémoire fracturée, à cause de la présence d’Alsaciens, enrôlés de force dans les Waffen SS, mais aussi de victimes alsaciennes. Lui en a-t-on seulement parlé de cette blessure non cicatrisée ? Son ami Roland Ries, qui a tenté de réconcilier les mémoires des deux régions, n’avait pas été informé de cette initiative. Nul n’a songé à inviter le maire de Strasbourg. Mais évoquer le drame de l’incorporation de force aurait rajouté de la complexité à une histoire qui, pour les caméras, se devait d’être simple. S’il est élu président, Emmanuel Macron aura d’autres occasions de s’adresser à l’Alsace.

    SOURCE : http://www.lalsace.fr/actualite/2017/04/29/la-memoire-fracturee-d-oradour

    Alors je constate aussi que même pour la Seconde guerre mondiale il y a encore une mémoire qui est oubliée et c'est dommage !

    A l'approche des commémorations du 8 mai 1945 je reprends des articles anciens qui s'intitulent : " 8 mai 1945 : de Berlin à Sétif "

     

     

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    8 mai 1945, de Berlin à Sétif

    Par Roland Castro du journal Libération

    SOURCE : http://www.liberation.fr/week-end/2005/04/30/8-mai-1945-de-berlin-a-setif_518271

    Tout le monde connaît l'histoire. Keitel, qui signe la reddition du Reich, voit de Lattre autour de la table avec les alliés : il s'exclame «non, pas vous», les écrasés de 40. Mais il ne savait pas de quelle manière la France rendit à cette victoire sur l'inhumain, un «hommage» bien dans la ligne de l'inhumain.

    En riposte à un début de révolte algérienne, la France, les 8, 9 et 10 mai 1945, massacra entre 10 000 et 40 000 Algériens à Sétif et Guelma. Cette coexistence de date n'est jamais révélée, jamais mémorisée. A ce moment-là, de Gaulle est au pouvoir, le gouvernement est tripartite. Charles Tillon, communiste héros de la Résistance, nommé ministre de l'Air, va couvrir les «bavures» énormes de l'état-major et les bombardements de populations civiles.

    Cette tâche atroce, à cette date atroce, est un point de vérité terrible sur notre histoire, toujours occulté. Lorsque ces faits sont mémorisés, on prend bien soin de ne pas faire le parallèle entre ce qui se passe à Berlin et à Sétif. Ces faits effrayants sont juste entrouverts dans la bonne conscience de gauche et la mauvaise conscience de droite selon son camp. Avec à gauche une spécialité : aveuglement sur les méthodes des peuples qui se libèrent, méthodes souvent cruelles que l'anticolonialiste se cache à lui-même, le statut de victime lui suffit. Tandis qu'à droite ces mêmes méthodes sont exacerbées pour justifier ses propres manquements. Ce sont des batailles pour des mémoires hémiplégiques. Pour la gauche, les tortures infligées aux colonisés. Pour la droite, la cruauté de ceux qui se libèrent.

    Il n'est pas bien vu de regarder les choses en face. Mais, à force d'aveuglement, d'auto aveuglement, de faits occultés, on se retrouve avec un pays qui ne regarde rien en face. La mémoire joue ici comme un réflexe identitaire déclaré au mépris des faits. Que le programme de la Résistance soit taché du sang de Sétif n'enlève rien à sa pertinence, rappeler Sétif c'est simplement mieux comprendre la suite. A contrario, l'occulter brouille la lecture de toute l'histoire de la décolonisation. A la place de la mémoire lucide, on a des bribes partisanes. Ces hypocrisies, ces ignominies, ne sont pas enseignées, ne sont pas regardées ni dévoilées, même si, les jours de célébration, c'est parfois murmuré. Or dire, proclamer, établir, restaurer la vérité suffit. Pas besoin forcément de la repentance, par contre dire, tout dire ! Il faut saluer le geste de l'ambassadeur de France en Algérie Hubert Colin de Verdière qui, lors d'un déplacement à Sétif, en 2005, a reconnu les «massacres» du 8 mai 1945, en parlant de «tragédie inexcusable».

    En préférant le souvenir-écran, on écrit l'avenir avec des oreilles d'âne. Une des raisons qui font de ce pays un pays qui ne fantasme pas d'avenir autre que l'avenir libéral à quelques corrections près, c'est son amnésie. Si l'on veut bâtir du projet, il faut de la mémoire, sinon comment fabriquer la république métissée issue du monde entier qui est notre destin ?

       8 mai 1945 : de Berlin à Sétif...

     

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    Par Jérôme Daquin

     

    8 mai 1945: l’Allemagne nazie capitule. Enfant, j’ai appris ça à l’école, et plusieurs fois, car l’Histoire, dit-on, ne repasse pas les plats... sauf à l’école: entre le cours élémentaire et le baccalauréat, j’ai eu droit à plusieurs déclinaisons (au moins trois....) de cet épilogue de la Deuxième guerre mondiale, adaptées aux différents âges par lesquelles passent les élèves.

    Je ne le regrette pas. En plus certains profs d’Histoire ne lésinaient pas sur le détail, décrivant le maréchal nazi Keitel (condamné à Nuremberg et exécuté l’année suivante) manquant de perdre son monocle en voyant un général français, de Lattre de Tassigny, siéger à la table des vainqueurs. «Ach! Les Français aussi...», nous racontait le prof, sympa, s’efforçant d’imiter plus ou moins bien l’accent allemand...

    En 2011, à 58 ans, je ne le trouve plus vraiment sympa, ce prof. D’abord, j’aime bien l’Allemagne (enfin, celle d’aujourd’hui...) et j’y ai appris l’allemand, alors les imitations d’accent, je trouve ça ringard.

    Mais surtout, ce que je reproche à ce prof, c’est de nous avoir occulté (et j’espère que ça, ça a changé aujourd’hui) la moitié de cette journée du 8 mai 1945: jamais durant toute ma scolarité, on ne m’a appris ce qui s’était passé ce jour-là à Sétif, dans une Algérie encore française : pour fêter la fin des hostilités et la victoire des Alliés sur les forces de l’Axe un défilé avait été organisé. Une opportunité pour les partis nationalistes algériens, étant donnée l'audience particulière prévisible de cette journée, et qui avaient décidé par des manifestations d'abord pacifiques de rappeler leurs revendications patriotiques.

    Mais à Sétif un policier a tiré sur un jeune scout musulman qui portait un drapeau de l'Algérie, le tuant, ça eut pour résultat de déclencher une émeute meurtrière, puis une intervention de l'armée française.

    Il y aura parmi les Européens plus d'une centaine de morts et autant de blessés. Le nombre des victimes autochtones, difficile à établir, est encore sujet à débat en 2011 ; les autorités françaises de l'époque fixèrent le nombre de tués à 1.165, un rapport des services secrets américains à Alger en 1945 notait 17.000 morts et 20.000 blessés, le gouvernement algérien avance le nombre de 45 000 morts, alors que suivant les historiens le nombre varie de 8.000 à 15.000 victimes. Pour Antoine Benmebarek, l'administrateur chargé de la région de Sétif lors du massacre, il s'élèverait à 2.500 morts.

    Voilà. Et alors que résonnent dans ma conscience les cris des milliers et des milliers de victimes des tyrans qui s’accrochent aujourd’hui encore au pouvoir en Libye, en Syrie, au Bahreïn et ailleurs, j’ai simplement voulu rappeler (et notamment à ces tyrans) que l’Histoire aura finalement donné raison à ce petit porteur de drapeau algérien, mort un certain 8 mai 1945...

    Jérôme Daquin

     

     

    La France commencera à reconnaître (avec timidité) sa responsabilité que soixante ans plus tard. En 2005, l'ambassadeur de France en Algérie, Hubert Colin de Verdière, décrit les "massacres de Sétif" comme une "tragédie inexcusable". En décembre 2012, François Hollande admet devant le Parlement algérien que "le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles". Le 19 avril 2016, Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, participe aux commémorations en Algérie. Mais il n'est que secrétaire d'Etat et, s'il rend hommage dans le livre d'or de la ville aux "victimes algériennes et européennes de Sétif, de Guelma et de Kherrata", il ne prend pas la parole publiquement. Le reproche lui en est fait. A force de trop de non-dits, la blessure de Sétif reste mal refermée. Mais il y a d'autres blessures mal refermées car non reconnues, c'est pourquoi je reprends encore et encore la conclusion de mon article précédent :

    Maintenant, il faut respecter toutes les mémoires (sans en n'oublier une seule) et chercher le chemin de l’apaisement et de l’espoir. Laissons la place aux historiens, chercheurs et étudiants de tous pays en dehors de tout organisme officiel, afin d’éviter les interprétations, les préjugés, les stéréotypes et les discriminations, pour enfin jeter un pont entre les peuples algérien et français et entre Français eux-mêmes pour gagner la plus belle des Paix, la Paix des Mémoires.
     

    C'est mon état d'esprit. 

     

     

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