• A Besançon : Francine Rapiné-Fleury « Porteuse de valises » et condamnée

    Besançon (Doubs)

    « Porteuse de valises »

    et condamnée

    Francine Rapiné-Fleury née le 27 mai 1936 à Paris ; étudiante, chrétienne ; « porteuse de valise » du FLN algérien, fut la première Française emprisonnée durant la guerre d’Algérie, pour son soutien à l’indépendance. À l’époque, en 1958, elle était étudiante à Besançon. Retour sur les lieux du « crime ».

    Francine Rapiné-Fleury a évoqué son soutien aux indépendantistes algériens lors d’une conférence, à Besançon.  Photo Ludovic LAUDE

    « Comment s’y prend-on pour sauter d’un avion ? »

    Six décennies plus tard, l’émotion se lit encore sur le visage de Francine Rapiné-Fleury, de retour à Besançon (*). L’image de l’avion lui était venue après son arrestation à Belfort, chez ses parents. En 1957.

    « Quand des policiers ont frappé chez nous, j’étais en train de taper un texte, j’avais un tampon du FLN pour l’authentifier », se souvient la dame. FLN, le Front de libération nationale, bras armé des indépendantistes algériens.

    « J’ai tout caché », poursuit cette octogénaire. « Les policiers voulaient fouiller ma chambre. J’ai demandé à voir leur mandat. Ils n’en avaient pas… »

    Francine est alors amenée à Besançon, dans sa chambre d’étudiante près de la fac des lettres, où elle suit un cursus en histoire-géo.

    Aïe. Ses « gardes du corps » découvrent des pièces d’identité au nom d’un Algérien en lien avec le FLN. « Il avait été arrêté peu avant, avec sur lui un courrier signé ‘‘F’’, première lettre de mon prénom. Sous la menace de la torture, il a dû parler. »

    En garde à vue, Francine ne dit rien sur son rôle de « porteuse de valises », l’expression attribuée à ceux qui transportaient du courrier, de l’argent, des armes parfois, (« ce que je n’ai jamais fait »), le tout remis à des agents du FLN.

    « J’avais un cartable avec des courriers échangés entre clandestins, et de l’argent, des cotisations versées par des ouvriers algériens d’ici. J’allais parfois à Paris, plus souvent à Belfort où je remettais tout à quelqu’un d’important au FLN. »

    Ferrat comme voisin

    En garde à vue, Francine reste muette. « J’ai été giflée, on m’a tapé la tête contre un mur, pas trop fort, pour me faire peur… L’interrogatoire a duré toute la nuit. Il y avait des agents de la DST » (le contre-espionnage). « Ils ont menacé de m’emmener en Algérie : ‘‘Là-bas, les paras sauront te faire parler’’. Et j’ai eu cette image de l’avion dont on saute… »

    En mars 1958, les documents trouvés par les enquêteurs suffiront à faire condamner l’étudiante à trois ans de prison, « pour atteinte à la sûreté de l’État ». Elle devient la première femme française emprisonnée pendant la guerre d’Algérie.

    Elle est libérée après avoir exécuté la moitié de sa peine, « grâce à l’intervention de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, la nièce du Général, devenu Président ». Mais durant dix ans, elle reste privée de ses droits civiques. Du coup, elle n’a pas le droit d’être enseignante. « Je l’ai été en Suisse. Mais avant, j’ai travaillé à la bibliothèque du comité d’entreprise de Peugeot, à Sochaux. »

    Plus tard, avec son mari, elle s’établit en Ardèche. A Antraigues, où vivait Jean Ferrat. Il y a pire, comme voisin.

    (*) Francine Rapiné-Fleury est membre de l’association bisontine Les Amis de la maison du peuple et de la mémoire ouvrière.

    Joël MAMET

    SOURCE :  http://c.estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2017/10/22/porteuse-de-valises-et-condamnee 

    A Besançon :  Francine Rapiné-Fleury « Porteuse de valises » et condamnée

    Le soutien de Paul Ricœur

    Francine Rapiné-Fleury ne fut pas la seule à payer ses convictions anticolonialistes, lors de son procès, en 1957. Pasteur à Besançon, Etienne Mathiot, « coupable » d’avoir lui aussi aidé des indépendantistes, fut sanctionné de huit mois ferme. Lors de l’audience, tenue dans une salle archi-comble, les deux accusés reçoivent de précieux soutiens. Par exemple, Paul Ricœur (eh oui, le philosophe cher à Macron), prend soin de se déplacer (depuis Paris) pour témoigner en leur faveur. Leur défenseur, l’avocat bisontin Me Albert Kohler, déploie ses arguments : « Si les portes de la prison se referment sur Francine Rapiné, ce sera parce qu’elle aura cru son pays plus beau, plus juste et plus fraternel qu’il ne l’est. » Las, les portes se sont refermées. Mais les soutiens de Francine lui amènent dans sa cellule de quoi suivre son cursus universitaire. Elle pourra passer ses examens avec succès. Grâce, notamment, aux visites de Jean Ponçot, à l’époque président, à Besançon, du syndicat étudiant AGEB-UNEF, et membre de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne). Mort en 2016, ce prof d’histoire fut adjoint (PS) au maire de Besançon dans les années 80. Et l’une des incarnations de ces « cathos de gauche » engagés. Comme le furent nombre de Lip.

    SOURCE : http://c.estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2017/10/22/le-soutien-de-paul-ricoeur

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 22 Octobre à 19:14
    Une femme courageuse !
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