• À Béziers, les valeurs de la paix contre les haines du passé

    À Béziers, les valeurs de la paix contre les haines du passé

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    À Béziers, les valeurs de la paix

    contre les haines du passé

    Écrit par Annie Menras (lundi 16 mars 2015)

    À Béziers, les valeurs de la paix contre les haines du passé

    Un millier de nostalgiques de l’Algérie française à Béziers samedi 14 mars

    mais une forte contre-manifestation. Photos A.M.

    A l’heure où le maire d'extrême droite Robert Ménard débaptisait au profit du nom d’un officier putschiste la rue du 19 mars 1962, un rassemblement coloré et pacifiste rappelait : « Il est fini le temps des colonies ».

    Une marée de bérets rouges et verts, des cars d’anciens paras, des kilos de médailles au revers et, sortant des haut-parleurs, tout l’arsenal des chansons militaires. Robert Ménard, le maire d’extrême droite de Béziers a voulu solennelle la manifestation de samedi 14 mars dans le quartier de la Devèze. Drapeaux d’anciens combattants, estrade dominée par un immense portrait du héros des nostalgiques de l’Algérie française : le commandant putschiste Hélie Denoix de Saint-Marc. C’est lui que Robert Ménard a choisi pour débaptiser la rue du 19 mars 1962, lui qui participa au coup d’Etat manqué contre le général de Gaulle le 21 avril 1961 et fut pour cela condamné à dix ans de réclusion criminelle (1) mais qui fut auparavant résistant puis déporté. Mais ce n’est pas ce résistant-là que les centaines de personnes venues à l’appel du Cercle algérianiste honoraient samedi.

    Les nostalgiques de l’Algérie française au rendez-vous

    La solennité n’était pas vraiment au rendez-vous. Sur le livre d’or tenu par des agents de médiation de la Ville de Béziers, certains participants s’étaient échauffés avant même d’avoir atteint le lieu du rassemblement : « FLN = coco = KKK » avait écrit quelqu’un.

    Plus tard, sous la banderole de la Ligue du Midi, d’autres devaient être calmés par le patron du groupuscule identitaire lui-même, car ils tentaient aux cris d’« Algérie française » de rejoindre, à une petite centaine de mètres de là, la contre-manifestation. Plus tard encore, juste au-dessus de la plaque inaugurée, on a vu apparaître à la fenêtre du premier étage, un drapeau algérien. « Celle-là, elle va cramer », s’est exclamé quelqu’un dans la foule.

    Quant à Robert Ménard, une larme dans la voix, il a remercié ses « chers, chers amis » ayant parfois « fait 1 000 km » pour être présents, avant de se lancer dans un discours haineux contre « les porteurs de valise » et « ceux qui s’agitent là-bas » gêné par les slogans des pacifistes. « Le communisme est mort et ses derniers militants sont des spectres errants dans le dédale de leur rancoeur et de leur ignorance » a-t-il déclaré pompeusement avant de vanter les mérites de la colonisation, ses ponts, ses hôpitaux et son « paradis » qu’était l’Algérie...

    Reste que le maire de Béziers attendait plus de monde si l’on en croit la répartition des haut-parleurs sur le boulevard Cadenat. Seule la moitié de la surface était occupée par un petit millier de personnes venues souvent en bus de tout le midi, de Nice à Bordeaux.

    La réconciliation plutôt que la haine

    En face, ils étaient, c’est vrai un peu moins nombreux mais beaucoup plus bruyants et le rassemblement, derrière la banderole « Réconciliation, fraternisation » était beaucoup plus coloré.

    Le collectif « Sauvons la rue du 19 mars 1962 » a mobilisé des personnes très choquées de la résurgence d’idées qu’elles croyaient disparues. « Cela nous ramène 50 ans en arrière » a déclaré au micro, Raymond Cubells au nom du collectif. « Il est fini le temps des colonies » scandaient les personnes de tout âge venues comme le Frontignanais Jean-Louis parce que « le maire de Béziers cherche à attiser la haine ». Viviane et Saïd, côte à côte, étaient désolés qu’on débaptise la rue du 19 mars 1962 parce que ce lendemain du jour où furent signés les accords d’Evian « est la date de la réconciliation et de la paix ».

    Jean-François Gavoury, président de l’Association pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS, fils du commissaire central d’Alger, tué pendant le putsch, reconnaît qu’il y a eu des victimes après cette date, mais « c’est parce que le cessez-le feu n’a pas été respecté par l’OAS qui a pratiqué la politique de la terre brûlée. »

    Patricia Barbazange (CGT) se rappelait « les morts de Charonne », d’anciens appelés du contingent venus de Moussan dans l’Aude soulignaient qu’à chaque 19 mars, ils associent ceux qui sont morts après. Jacques Pradel de l’Association nationale des pieds-noirs progressistes ne pouvait « supporter que l’on célèbre l’OAS, des assassins qui ont creusé par leurs horreurs à la fin de la guerre un fossé qui nous a empêché de rester là-bas. » Et Nordine Idir, président national de la Jeunesse communiste dénonçait le fait que « le maire de Béziers attise les affrontements », quand il faut « avancer dans un travail de mémoire commun ».

    Par leur présence, les manifestants ont empêché que le maire de Béziers, tout en se donnant une fois encore une audience nationale à huit jours des élections, ne réécrive librement l’histoire.

    Annie Menras

    (1) Gracié en 1966 et réhabilité en 1978.

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