• Besançon (Doubs)

    « Porteuse de valises »

    et condamnée

    Francine Rapiné-Fleury née le 27 mai 1936 à Paris ; étudiante, chrétienne ; « porteuse de valise » du FLN algérien, fut la première Française emprisonnée durant la guerre d’Algérie, pour son soutien à l’indépendance. À l’époque, en 1958, elle était étudiante à Besançon. Retour sur les lieux du « crime ».

    Francine Rapiné-Fleury a évoqué son soutien aux indépendantistes algériens lors d’une conférence, à Besançon.  Photo Ludovic LAUDE

    « Comment s’y prend-on pour sauter d’un avion ? »

    Six décennies plus tard, l’émotion se lit encore sur le visage de Francine Rapiné-Fleury, de retour à Besançon (*). L’image de l’avion lui était venue après son arrestation à Belfort, chez ses parents. En 1957.

    « Quand des policiers ont frappé chez nous, j’étais en train de taper un texte, j’avais un tampon du FLN pour l’authentifier », se souvient la dame. FLN, le Front de libération nationale, bras armé des indépendantistes algériens.

    « J’ai tout caché », poursuit cette octogénaire. « Les policiers voulaient fouiller ma chambre. J’ai demandé à voir leur mandat. Ils n’en avaient pas… »

    Francine est alors amenée à Besançon, dans sa chambre d’étudiante près de la fac des lettres, où elle suit un cursus en histoire-géo.

    Aïe. Ses « gardes du corps » découvrent des pièces d’identité au nom d’un Algérien en lien avec le FLN. « Il avait été arrêté peu avant, avec sur lui un courrier signé ‘‘F’’, première lettre de mon prénom. Sous la menace de la torture, il a dû parler. »

    En garde à vue, Francine ne dit rien sur son rôle de « porteuse de valises », l’expression attribuée à ceux qui transportaient du courrier, de l’argent, des armes parfois, (« ce que je n’ai jamais fait »), le tout remis à des agents du FLN.

    « J’avais un cartable avec des courriers échangés entre clandestins, et de l’argent, des cotisations versées par des ouvriers algériens d’ici. J’allais parfois à Paris, plus souvent à Belfort où je remettais tout à quelqu’un d’important au FLN. »

    Ferrat comme voisin

    En garde à vue, Francine reste muette. « J’ai été giflée, on m’a tapé la tête contre un mur, pas trop fort, pour me faire peur… L’interrogatoire a duré toute la nuit. Il y avait des agents de la DST » (le contre-espionnage). « Ils ont menacé de m’emmener en Algérie : ‘‘Là-bas, les paras sauront te faire parler’’. Et j’ai eu cette image de l’avion dont on saute… »

    En mars 1958, les documents trouvés par les enquêteurs suffiront à faire condamner l’étudiante à trois ans de prison, « pour atteinte à la sûreté de l’État ». Elle devient la première femme française emprisonnée pendant la guerre d’Algérie.

    Elle est libérée après avoir exécuté la moitié de sa peine, « grâce à l’intervention de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, la nièce du Général, devenu Président ». Mais durant dix ans, elle reste privée de ses droits civiques. Du coup, elle n’a pas le droit d’être enseignante. « Je l’ai été en Suisse. Mais avant, j’ai travaillé à la bibliothèque du comité d’entreprise de Peugeot, à Sochaux. »

    Plus tard, avec son mari, elle s’établit en Ardèche. A Antraigues, où vivait Jean Ferrat. Il y a pire, comme voisin.

    (*) Francine Rapiné-Fleury est membre de l’association bisontine Les Amis de la maison du peuple et de la mémoire ouvrière.

    Joël MAMET

    SOURCE :  http://c.estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2017/10/22/porteuse-de-valises-et-condamnee 

    A Besançon :  Francine Rapiné-Fleury « Porteuse de valises » et condamnée

    Le soutien de Paul Ricœur

    Francine Rapiné-Fleury ne fut pas la seule à payer ses convictions anticolonialistes, lors de son procès, en 1957. Pasteur à Besançon, Etienne Mathiot, « coupable » d’avoir lui aussi aidé des indépendantistes, fut sanctionné de huit mois ferme. Lors de l’audience, tenue dans une salle archi-comble, les deux accusés reçoivent de précieux soutiens. Par exemple, Paul Ricœur (eh oui, le philosophe cher à Macron), prend soin de se déplacer (depuis Paris) pour témoigner en leur faveur. Leur défenseur, l’avocat bisontin Me Albert Kohler, déploie ses arguments : « Si les portes de la prison se referment sur Francine Rapiné, ce sera parce qu’elle aura cru son pays plus beau, plus juste et plus fraternel qu’il ne l’est. » Las, les portes se sont refermées. Mais les soutiens de Francine lui amènent dans sa cellule de quoi suivre son cursus universitaire. Elle pourra passer ses examens avec succès. Grâce, notamment, aux visites de Jean Ponçot, à l’époque président, à Besançon, du syndicat étudiant AGEB-UNEF, et membre de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne). Mort en 2016, ce prof d’histoire fut adjoint (PS) au maire de Besançon dans les années 80. Et l’une des incarnations de ces « cathos de gauche » engagés. Comme le furent nombre de Lip.

    SOURCE : http://c.estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2017/10/22/le-soutien-de-paul-ricoeur

     

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    Benjamin Stora, l'historien qui murmurait à l'oreille des présidents

    Ariane Bonzon — 20.10.2017  

    Le spécialiste de la guerre d'Algérie a eu largement ses entrées à l'Élysée depuis le début des années 1980. L'occasion pour lui d'affronter avec les différents chefs de l'État l'épineuse question de la repentance.

    François Hollande et Benjamin Stora en 2011 I PATRICK KOVARIK / AFP

    Une fois au moins déjà, le président Macron l’a fait venir pour le consulter. Quand il s’agit d’Algérie, le nom de Benjamin Stora s’impose. Le gamin juif de Constantine, l’ex-militant trotskiste, l’historien engagé et médiatique a l’oreille de la République, ainsi que celle de plusieurs hauts responsables algériens.

    «Stora fait beaucoup pour le rapprochement entre l’Algérie et la France, il parle avec les grands de ce monde mais il reste très discret», selon son ami, l’historien et ancien leader nationaliste algérien, Mohammed Harbi.

    La première fois que Benjamin Stora a franchi la porte de l’Élysée, c’était il y a plus de trente ans.

    La présidence Mitterrand (1981-95)

    En 1984, il milite encore à l’Organisation communiste internationaliste (OCI). François Mitterrand est Président de la république depuis trois ans, «il voulait nous convaincre, Cambadelis et moi, d’entrer au PS et d’y construire une tendance jeune. Mais à l’époque, on n’a pas du tout évoqué l’Algérie». 

    Avec Cambadelis (à dr.) I DR

    Par la suite, l’historien trentenaire rencontre «plusieurs fois» celui qu’on a souvent surnommé le «Sphynx»: «Durant deux tête-à-tête et un repas et nous avons longuement parlé du rôle que Mitterrand avait joué en Algérie.»

    Entre le 1er novembre 1954, jour du déclenchement de l’insurrection algérienne et le 21 mai 1957, jour de la chute du gouvernement socialiste de Guy Mollet, François Mitterrand occupe les portefeuilles de l’Intérieur et de la Justice. Homme d’ordre, il veut garder l’Algérie française et participe de la politique répressive qui se met en place.

    «Mitterrand cherchait à se justifier. Lorsque la guerre a éclaté, disait-il, le gouvernement français n’avait pas d’interlocuteur politique car les Algériens se divisaient entre eux et refusaient le cessez-le-feu pour négocier. Il disait aussi qu’il avait voulu procéder à des réformes politiques, muter des responsables pieds noirs de la police…»

    En vérité, le «Sphynx» a une idée derrière la tête. «Il savait que je savais plein de choses, et, avec le recul, je pense qu’il voulait me faire écrire sur lui et l’Algérie, comme il l’avait fait avec Pierre Pean pour Vichy.»

    Benjamin Stora mesurera bien plus tard la lourde responsabilité de François Mitterrand dans la condamnation à mort et l’exécution, en 1956-57, de plusieurs militants algériens dont il refuse la grâce.

    Stora et Mitterrand en 1992 I DR

    Ce que l'historien documente en 2010 dans François Mitterrand et la guerre d’Algérie, écrit avec le journaliste François Bayle. Les deux auteurs reprochent à l’ancien Président de la république «d'avoir accompagné, sans jamais le transgresser, un mouvement général d'acceptation du système colonial et de ses méthodes répressives», ce qui s’expliquerait aussi par le fait que l'ambitieux François Mitterrand, alors âgé de 40 ans, devait donner des gages aux durs du gouvernement s'il voulait durer.

    Pour ce qui est de la repentance, c’est pour le Président Mitterrand plus une affaire personnelle qu’une affaire d’État. N’a-t-il pas avoué à propos de cette période, plusieurs décennies plus tard, à Robert Badinter: «J’ai commis au moins une faute dans ma vie, celle-là»?  

    La présidence Chirac (1995-2007)

    Comme lui, son successeur à l’Élysée possède une histoire personnelle mais très différente avec l’Algérie. Appelé en 1956, alors qu’il est jeune énarque, le sous-lieutenant Chirac est envoyé à la frontière marocaine. Démobilisé, devenu très «Algérie française», il aurait même souhaité rempiler.

    «Chirac a eu plusieurs mérites: celui de lever en 1995 le couvercle sur la rafle du Vel d’hiv [il admet la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs suite à cette rafle du 16 juillet 1942] et sur l’esclavage [instauration de la journée de la commémoration de l’esclavage le 10 mai]. Et il a poussé à la réconciliation algérienne en instituant une année de l’Algérie en France en 2003», juge Benjamin Stora.

    Perçu comme un ami des Arabes et un soutien de la cause palestinienne, Jacques Chirac conduit en Algérie en 2003 une visite d’État apparemment très réussie aux côtés de son homologue algérien. Acclamé, il prononce un discours qualifié d’ «historique» au Parlement d’Alger. «Certains souvenirs sont comme des amis communs, ils savent faire des réconciliations» dit-il. La perspective d’un traité d’amitié franco-algérien se dessine.

    Chirac et Bouteflika en 2004 I HOCINE ZAOURAR / AFP

    Mais l’élan est coupé net en 2005 en raison de l'adoption par la France d'une loi “portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés”. L’un des articles de ce texte mentionne le "rôle positif" de la colonisation qu’on enseignera à l’école. Une pétition circule réclamant l’abrogation d’urgence de cette loi. Benjamin Stora est l’un signataires du texte, initié par les historiens de l’Algérie, Claude Liauzu et Gilbert Meynier.

    Dans ses mémoires, citées par l’historien Guy Pervillé, Jacques Chirac raconte que le gouvernement algérien souhaitait que la France inscrive noir sur blanc dans le préambule du traité d’amitié franco-algérien en préparation ses regrets pour «les torts portés à l’Algérie durant la période coloniale». «Ce qu’exigent de nous les autorités d’Alger n’est rien d’autre que la reconnaissance officielle d’une culpabilité. Je ne l’ai naturellement pas accepté», conclut le président français. 

    À défaut d’un lien direct avec le Président Chirac, Benjamin Stora rencontre et échange avec Hubert Colin de Verdière, l’ambassadeur de France en poste à Alger. En 2005, ce dernier prononce à Sétif un discours pour condamner la répression policière des violentes émeutes qui avaient éclaté dans la ville et conduit à la mort de plusieurs milliers personnes le 8 mai 1945.


    Benjamin Stora s’est également entretenu avec Bernard Barjolet, l’ambassadeur qui succède à Hubert Colin de Verdière. Arabophone, par la suite nommé 
    directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE), «Barjolet me dit qu’il souhaite s’inscrire dans la continuité du discours de Sétif et c’est ce qu’il fera en 2008 lors d’une visite à Guelma».  

    La présidence Sarkozy (2007-12)

    Passage à vide avec l'élection du successeur de Jacques Chirac. A la satisfaction de l’extrême droite qui avait dénoncé le «parachutage» d’un historien qu’elle accuse de «donne[r] le “la” et fai[re] la loi en matière d’historiographie», Benjamin Stora se voit ôter son émission consacrée au Maghreb, sur France culture. Il perd également son cours à Sciences po. 

    En 2007, Nicolas Sarkozy est le premier chef d’État français à prononcer le mot de repentance pour le récuser publiquement aussitôt. Mais à Constantine, en décembre de la même année, il prononce un discours dans lequel il reconnaît l’injustice du système colonial tout en se refusant à différencier ou à hiérarchises les victimes. 

    Sarkozy à Constantine I ERIC FEFERBERG / AFP

    «C’était un discours intéressant», juge Benjamin Stora qui a rencontré Henri Guaino, le conseiller de Nicolas Sarkozy, «une fois de façon informelle, après le discours de Constantine». L'occasion de comprendre qu'avec ce discours en tout cas, «Sarkozy s’inscrivait dans la continuité de ce qu’avait fait Chirac en 2006, lorsqu’il avait condamné les crimes coloniaux commis à Madagascar et la répression de l’insurrection malgache de 1947- 1948.» 

    Si ce troisième président ignore Benjamin Stora, ce ne sera pas le cas de son successeur. Tout au contraire.

    La présidence Hollande (2012-17)

    Très proche de François Hollande depuis avant même le début officielle de la campagne électorale, Benjamin Stora organise la venue du candidat au pont de Clichy pour y lancer une rose en hommage aux Algériens qui avaient été jetés à la Seine par la police le 17 octobre 1961.

    «Il faut que la vérité soit dite. Sans repentance, ni mise en accusation particulière», déclare le dirigeant socialiste.

    Et à peine élu président de la république en 2012, il fait effectivement reconnaitre officiellement la date du 17 octobre 1961.

    Stora et Hollande se sont rencontrés en 2006. Le dirigeant du Parti socialiste souhaitait faire une visite officielle en Algérie et que Benjamin Stora –dont c’est le pays d’enfance– l’accompagne.  

    S’ensuit un long compagnonnage avec le dirigeant socialiste puis président de la République. Je n’ai aucun statut, aucun bureau» dit en 2012 Benjamin Stora dans un article de Paris Match intitulé Benjamin Stora, l’historien du Président. Mais il confirme ses échanges réguliers avec le président : «des conversations informelles, en tête à tête ou avec Paul Jean-Ortiz, son conseiller diplomatique, pour évoquer des questions d’histoire ou de politique internationale». 

    Francois Hollande et Benjamin Stora (à dr.) en 2011 I PATRICK KOVARIK / AFP

    Le discours que prononce François Hollande devant le Parlement algérien en décembre 2012 fait date. Il porte la marque «Stora» dans la mesure où il révoque le «système profondément injuste et brutal» de la colonisation, mais suggère que la «vérité, elle doit être dite aussi sur les circonstances dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial».

    «La paix des mémoires à laquelle j’aspire repose sur la reconnaissance et la divulgation de l’histoire», conclut François Hollande.

     En 2014, François Hollande, avec Manuel Valls, nomme l’historien de l’immigration, à la présidence du Musée de... l’immigration. 

    Seule anicroche à cette relation de confiance mutuelle lorsque suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris, le chef de l'État veut étendre la possibilité de déchéance de nationalité à tous les binationaux. «Je me suis senti mal par le fait qu’il puisse ne serait-ce qu’envisager cette distinction entre Français», reconnaît Benjamin Stora. 

    La présidence Macron (2017-)

    En février 2017, en plein campagne électorale, le candidat Macron se rend en Algérie. Interviewé par la télévision algérienne, il qualifie la colonisation de «crime contre l’humanité» que «nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses». Tout en précisant ensuite ne pas vouloir qu’ «on tombe […] dans la culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien».

    Tollé à droite et à l’extrême droite. Nombre de rapatriés dont les familles étaient parfois installées depuis plusieurs générations en Algérie et qui ont dû fuir le pays lors de l’indépendance en 1962 perçoivent ce discours comme une accusation.

    «Est-il à ce point ignorant de la guerre d’Algérie pour dire une énormité pareille. Sur ce sujet, comme toute la classe politique, Macron pratique l’autoflagellation et le mea culpa. Et grâce à cela, le gouvernement algérien joue sur du velours!», s’exclame le maire de Beziers, lui-même fils de pied noir, Robert Ménard. 

    Macron à Alger en février 2017 I STRINGER / AFP

    «Il a parlé comme un candidat à la présidence de la République algérienne et non en candidat à la présidence de la République française», selon l’historien Guy Pervillé qui publie sur son site une longue réponse à Emmanuel Macron.

    «Je n’aurais pas conseillé à Macron de dire cela comme cela», commente sobrement Benjamin Stora quelques jours plus tard, alors qu’il assiste dans un cinéma du Quartier latin à la première d’Islam pour mémoire, un film hommage à son ami décédé, Abdelwahab Meddeb, poëte et intellectuel franco-tunisien avec lequel il a écrit une Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours.

    Deux jours après ses propos si contestés, Emmanuel Macron y revient pour le Figaro : «Cela ne veut pas dire que celles et ceux qui vivaient en Algérie servant sous le drapeau français étaient des criminels contre l’humanité car le seul responsable, c’est l'État français», précise-t-il. «Nous devons réconcilier des mémoires fracturées», ajoutant «Je ne suis ni dans la repentance ni dans le refoulé». 

    PHOTO LA GANGRENE ET L’OUBLI

    Depuis son élection le nouveau président a rencontré une seule fois Benjamin Stora dont il a vanté les travaux publiquement. Car l’historien est le premier à avoir étudié, dès 1991, dans son ouvrage La Gangrène et l’oubli, le rapport à la mémoire de la guerre d’Algérie puis comment celle-ci s’est instillée dans la société française jusqu’à en façonner le paysage politique.  

    «Macron n’a pas de tabous, il n’est pas prisonnier d’une clientèle électorale, il est d’une génération à laquelle ne viendrait pas l’idée de défendre l’esclavage ou la colonisation. Laissons lui un peu de temps avant de le juger», prône Benjamin Stora qui se déclare en faveur non pas «d’une repentance mais d’une reconnaissance de toutes les mémoires»:

    «Il faut une réconciliation des mémoires mais pas à n’importe quel prix. Il faut dire que le système colonial était condamnable.»

    Ce qu’une partie de la droite et l’extrême droite refuse. «Car c’est constitutif de leur mémoire historique. Et c’est bien parce que je connais cette histoire de l’intérieur mais que je ne cautionne pas leur récit d’une Algérie française heureuse que je suis devenue la bête noire de l’extrême droite, explique l’historien. Ajouté à cela, faut bien le dire, l’antisémitisme de certains militants à mon égard.»

    Ce mardi 17 octobre 2017, tandis que certains commémoraient la mort, il y a 56 ans, de quelques 400 algériens venus manifester à Paris , on apprenait l’arrestation de dix militants d’extrême droite qui préparaient un attentat contre des hommes politiques. Ils avaient donné à leur projet terroriste le nom de code d’OAS (Organisation de l’armée secrète, fondée en 1961 pour garder l’Algérie française). Un de ces télescopages entre l’Histoire et l’actualité que Benjamin Stora n’a cessé de voir et de dénoncer.

    Ariane Bonzon 
    Journaliste

    SOURCE : http://www.slate.fr/story/152498/stora-elysee-question-delicate-repentance-stora 

     

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  • L'OAS rincé par la République

     

    L'OAS rincée par la République : En particulier pour les anciens de l'OAS qui ont (presque) tout obtenu de la République… Ne nous étonnons pas si des stèles honorant des criminels et terroristes de l’OAS sont toujours en place à Béziers et Perpignan puisque la République n’a jamais rien fait pour les interdire… 

     

    Le 5 juillet est un jour de commémoration mais surtout un "jour de fête" pour les nostalgiques de l’Algérie française. En particulier pour les anciens de l’OAS qui ont (presque) tout obtenu de la République.
    Quatre ans après la loi du 23 février 2005, qui avait osé promulgué "le rôle positif de la colonisation", on aurait pu croire que c’en était fini des réminiscences. Malgré le retrait de l’alinéa polémique de l’article 4 par Chirac en 2006, on s’aperçoit qu’un arsenal législatif est finalement passé quasi incognito. Zoom sur l’article 13 où “Peuvent demander le bénéfice d’une indemnisation forfaitaire les personnes de nationalité française (..) en relation directe avec les événements d’Algérie pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962, de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d’expulsion, d’internement ou d’assignation à résidence, ayant de ce fait dû cesser leur activité professionnelle”. En clair, cette loi bénéficie aux anciens de l’OAS qui ont dû cesser de travailler pour s’être opposé aux forces régulières !! De Gaulle en mangerait sa casquette.
    Une association et un homme ont particulièrement oeuvré. Philippe de Massey, français de métropole, ancien engagé volontaire dans les parachutistes en Algérie. Il a, pour le compte de l’ADIMAD - Une association créée par le général Salan et défendant les anciens de l’OAS- battu le pavé pendant quatorze ans pour obtenir des allocations substancielles.
     

     

    Dans cette vidéo nous pourrons revoir le regretté François Nadiras qui est mort ça fera deux mois le 27 octobre 2017.

     

     

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    Soixante-douze heures ont passé depuis la commémoration du 17 octobre 1961, la première de l’ère Macron. Il y a cinq ans, au même moment de son mandat, le président Hollande avait rendu hommage à la mémoire des manifestants algériens tués à Paris. Un geste fort, puisque c’était la première fois qu’un président français reconnaissait que des Algériens avaient été victimes de la répression policière.

    Un geste fort mais quand même insuffisant… 

    « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression, avait indiqué le président de la République il y a cinq ans. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes. » 

    En campagne, et alors qu’il visait l’Elysée, Emmanuel Macron avait, lui, promis des « des actes forts sur cette période de notre histoire. » De passage en Algérie, il avait déjà fait un premier pas en admettant que la colonisation française était un « crime contre l’humanité », puis faisait un pas en arrière sous la pression de la droite et de l’extrême droite notamment. 

    Si François Hollande avait fait un premier pas en 2011, Emmanuel Macron sera, de son côté, resté bien silencieux. Alors qu’on attendait un message de la part du président français… rien ! Le président de la République En Marche n’a pas dénoncé le « crime » commis par l’Etat français, pas plus qu’il n’a dénoncé la « répression sanglante. »

    L’Elysée a quand même laissé comprendre qu’il y aurait bien des « actes forts » mais pas maintenant et pas dans la précipitation ». Alors nous y serons attentifs… et attendant nous continuerons à rendre hommage à nos amis algériens assassinés par la police de Papon, de Gaulle et en définitive de la France coloniale le 17 octobre 1961…et nous avons une pensée pour toutes ces femmes algériennes qui ont manifesté trois jours après le 20 octobre 1961, une date encore plus occultée que celle du 17 octobre 1961 :

    « On nous avait pas

     tout dit » 

    La manifestation des femmes algériennes

     du 20 octobre 1961

    56 ans après le massacre de dizaines d’Algériens lors d’une manifestation pacifique à l’appel du FLN au soir du 17 octobre 1961 dans les rue de Paris, cette tragédie qui fait partie de notre histoire, n’est toujours pas reconnue officiellement par l’État français. 

    Les massacres du 17 octobre n’ont pas altéré la détermination de la femme algérienne. Le 20 octobre, elles ont réinvesti les rues de Paris. 

    Mais il est tout autant occulté par l’État algérien. De plus, si la manifestation du 17 octobre 1961 est relativement reconnu, la manifestation de femmes algériennes qui a  eu lieu le 20 octobre et qui a été également réprimée, est elle, complètement occultée. En Algérie, elle pâtit d’un double silence : silence sur le rôle des immigrés algériens en France, pourtant centrale dans la victoire pour l’indépendance, et silence sur le rôle des femmes et leur engagement. 

    Pour commémorer ce drame, nous avons choisi de donner la parole à une militante algérienne de l’indépendance algérienne de la première heure, Salima Sahraoui-Bouaziz qui publie aujourd’hui un article dans le journal algérien EL-WATAN.

    Salima Sahraoui, engagée de la première heure pour l’indépendance de l’Algérie, athlète de haut niveau est aussi une féministe. 

    Hélène Zanier 

     

    « C’est aujourd’hui dans le feu de l’action et coude à coude

    avec nos frères, que nous devons arracher notre indépendance

    et mériter notre place de citoyennes dans l’Algérie que nous

    aurons contribué à édifier. » 

    Cet  appel de la section féminine de la Fédération de France du FLN à la participation des femmes à la manifestation du 20 octobre 1961, exclusivement féminine mais en complément de la grande manifestation du 17 Octobre, illustre, on ne peut mieux, le rôle des femmes de l’émigration en France dans le soutien  au combat émancipateur de l’Algérie.  Un rôle qu’elles ont accompli avec détermination, en toute discrétion, mais combien méconnu. Tout comme sont méconnues leurs manifestations du 20 octobre 1961, puis du 9 novembre 1961. Une méconnaissance voulue et organisée en Algérie même, à l’instar de celle qui entoure la manifestation du 17 Octobre 1961, impulsées par la Fédération de France du FLN. 

    Bien qu’ayant participé, nombreuses, à la manifestation du 17 Octobre 1961, les femmes, accompagnées de leurs enfants, sont à nouveau sorties dans les rues de Paris le 20 octobre. Pour quelles raisons cette seconde manifestation est-elle peu connue ?
    Les deux manifestations ont été organisées par le Comité fédéral (de la Fédération de France du FLN 1954/1962), en accord avec la direction de la révolution (GPRA), en riposte aux décisions du préfet de police de Paris, Maurice Papon, d’instaurer un couvre-feu visant uniquement les Algériens à qui il était interdit de sortir entre 20h et 5h30 ; les bars et les restaurants tenus par les nôtres devaient fermer à 19h et même la circulation des «Français musulmans» à pied ou en voiture était restreinte et soumise à une surveillance spéciale des policiers.
     

    En réaction à ces mesures discriminatoires qui mettaient notre organisation en grave danger de paralysie, la plupart des réunions et missions s’effectuant la nuit, après la journée de travail, le Comité fédéral a conçu une puissante contre-offensive, d’autant plus puissante que les négociations piétinaient. Sa circulaire très détaillée, signée par le regretté Amar Laâdlani, responsable de l’organisation politico-administrative, ordonnait de combattre les mesures de Papon par une riposte en 3 phases. 

    Dans la première phase, les Algériens, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants,  devaient sortir en masse et pacifiquement dans les grandes artères de Paris, à l’heure du couvre-feu. Par mesure de sécurité, les cadres permanents de l’organisation et les militants recherchés étaient exclus de ces manifestations, parce qu’on prévoyait qu’il y aurait des arrestations et qu’il ne fallait pas prendre le risque de décapiter l’organisation. Rendez-vous a été fixé pour le 17 octobre 1961. Le lendemain était prévue la fermeture, pendant 24 heures, des commerces tenus par les Algériens. Cette première phase devait se conclure le troisième jour, soit le 20 octobre, par l’entrée en scène des femmes algériennes, seules, qui se rassembleraient dans Paris, devant la Préfecture de police, les mairies et les commissariats, avec des banderoles et les mots d’ordre suivants : «A bas le couvre-feu raciste» ; «Libération de nos époux et de nos enfants» ; «Négociez avec le GPRA» ; «Indépendance totale de l’Algérie». 

    Les femmes sont arrivées de partout aux points de ralliement, elles ont crié les slogans, affronté les matraques des policiers, continué à manifester dans les cars de police et les autobus réquisitionnés pour l’occasion, sous les yeux médusés des Parisiens qui les ont parfois soutenues en invectivant les policiers brutaux. L’occultation de la manifestation des femmes du 20 octobre ne s’est pas produite à ce moment-là. Les presses française et européenne ont rapporté abondamment et en détails le déroulement de cet évènement qui a stupéfié une opinion publique française, qui ignorait jusqu’à l’existence, aux portes de Paris, de toutes ces femmes qui clamaient enfin au grand jour leur lutte pour l’indépendance de leur pays.  

    L’organe de presse du FLN, El Moudjahid, a également publié plusieurs articles sur ces manifestations de femmes en France et leur avait rendu hommage. C’est à partir de l’indépendance que la participation des femmes, tant en Algérie qu’en France et en Europe, à la révolution a été occultée. Nos dirigeants, à l’occasion de dates anniversaires ou lors d’autres réceptions officielles, se dédouanent en mettant «en vedette» quelques moudjahidate anciennement médiatisées, qui n’étaient souvent pas d’accord pour ce rôle de  «l’arbre qui cache la forêt».

    Les moudjahidate et les moussebilate se sont comptées par milliers. En France aussi, les femmes, en majorité femmes au foyer, mais il y avait des ouvrières, des employées et des étudiantes, ne participaient pas aux réunions des militants qui ne leur parlaient pas beaucoup de leur activité, mais dans l’ensemble, elles savaient ce qui se passait et ont apporté une aide multiforme en toute discrétion, elles ont aidé même quand cela ne leur a pas été expressément signifié. 

    L’implacable répression de la manifestation du 17 Octobre n’a pas dissuadé les femmes de sortir le 20 octobre ?
    Absolument. Elles étaient en plein dans le bain depuis le 17 octobre. Il y avait une effervescence incroyable dans Paris, elles avaient elles aussi été bastonnées, violentées, certaines ont perdu la vie. Parmi les manifestants du 17 Octobre, il y a eu entre 10 000 et 12 000 arrestations, ils étaient tous parqués dans les stades et les gymnases, sans eau, ni nourriture, ni sanitaires, des centaines ont été expulsés vers l’Algérie, sans avoir eu le temps de rentrer chez eux pour prévenir et prendre quelques affaires,  des centaines d’autres ont disparu, des familles ont été séparées. C’est pourquoi, à l’appel pour la manifestation du 20 octobre, il a paru aux femmes tout à fait normal qu’elles sortent de nouveau et réclamer publiquement la libération de leurs proches et l’indépendance de leur pays.
     

    Quelques rares oppositions de maris à la participation de leurs épouses ont été vite réglées par l’intervention d’un militant. Il y a une autre date importante, celle du 9 novembre 1961, les femmes algériennes à Paris et en province ont manifesté pour la troisième fois. Elles se sont rendues devant les prisons où les détenus avaient commencé une grève de la faim pour protester contre les restrictions apportées par l’administration carcérale à leur statut de détenus politiques arraché de haute lutte quelque temps auparavant. Les manifestantes ont fait montre de leur détermination et de leur discipline, bravant les CRS, refusant de montrer leurs papiers, refusant de se faire raccompagner dans les cars de police, certaines rendant les coups quand elles étaient frappées. 

    A Lyon, un commissaire a dû «négocier» l’arrêt de la manifestation aux conditions fixées par les femmes responsables qui encadraient les autres.  Il faut bien savoir, que pendant notre guerre, le FLN avait une autorité incontestée. Ses directives étaient suivies «sans discussion ni murmure» et les militantes et les militants étaient tenus d’établir un rapport circonstancié de leur exécution,  adressé aux responsables du Comité fédéral. L’organisation en France, pour notre émigration, fonctionnait efficacement puisque dans les derniers temps, la quasi-totalité des émigrés étaient répertoriés et structurés. 

    Un grand travail d’éducation et d’information politique était effectué pour faire connaître la justesse de notre combat et les nobles projets pour l’édification d’une Algérie indépendante, où la justice serait la même pour tous. On étudiait et commentait les écrits de Fanon, la Charte de la Soummam qui, au sujet des femmes, explicite la nécessité de leur émancipation et de leur accès à la vie publique.

    Le 20 octobre 1961, que les femmes algériennes ont marqué avec éclat, ne doit pas faire oublier le militantisme au quotidien, avec ses multiples tâches, la résistance au quotidien face à l’appareil répressif colonial. Il faut le répéter, les femmes se sont massivement impliquées dans la défense de la cause nationale... Elles avaient, nous avions la certitude de la victoire. La certitude, parce nous y mettions le prix, que nous serions indépendants, mais que le pays serait ravagé par la guerre, que notre population durement éprouvée serait épuisée et qu’il fallait se préparer de toute ses forces à notre redressement.

     

     

    SOURCE : http://lesvertsbagnolet.over-blog.com/article-le-17-octobre-1961-et-la-manifestation-des-femmes-algeriennes-20-octobre-1961-86709925.html 

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    La France doit construire une histoire commune

    de la guerre d'Algérie

    Par Ariane Bonzon — 19.03.2016

     

    Tous les Français ne mettent pas la même chose derrière les mots «guerre d’Algérie», et ces mémoires pas totalement cicatrisées entretiennent une forme de régression française.

     

    Des enfants jouent avec une affiche dans les rues d'Alger le 19 mars 1962

    jour du cessez-le-feu.

    Lui, franco-algérien, enfant d’immigré qui a grandi dans les cités périphériques de Paris; vous, fils de pied-noir et conseiller municipal d'une ville du sud-est de la France; moi, «héritière du silence», fille d’appelé dans les Aurès en 1956. Trois générations, des millions de Français, portent désormais la mémoire de la guerre d'Algérie et de son extrême violence: les grands-parents qui l’ont vécue, les parents à qui elle a souvent été tue et les petits-enfants qui découvrent le retour de ce refoulé.

    Or, tous les Français ne mettent pas la même chose derrière les mots «guerre d’Algérie». Les mémoires d’Algérie sont multiples, contradictoires, rivales, des Mémoires dangereuses, selon le titre du dernier ouvrage de l’historien Benjamin Stora, lui-même issu d’une famille juive de Constantine qui a connu le traumatisme de l’exil en 1962, comme il le racontait fin février lors d’une conférence à la Fondation Jean-Jaurès, à Paris, en partenariat avec Slate.fr.

    Le lien à l’Algérie diffère selon qu’on soit harki, rapatrié, ancien soldat, immigré mais la plupart du temps, ces mémoires sont blessées, amères, faites de ressentiment et d’une volonté de revanche inavouée, que traduit encore la récente polémique lancée par Nicolas Sarkozy autour de la commémoration du 19 mars 1962. 

    Au fil des années, la mémoire coloniale de la guerre d’Algérie a imprégné l’imaginaire national, mais de façon différente. D’un côté, elle serait constitutive du racisme anti-arabe et anti-musulman du Front national. A l’opposé, elle aurait structuré la relation des enfants d’immigrés à la France.

    Socle idéologique de l'extrême droite

    Ces mémoires pas totalement cicatrisées entretiennent des formes excessives d’antagonisme. Elles poussent à la radicalité anti-maghrébine d’un côté, identitaire de l’autre.

    Benjamin Stora démontre comment l’Algérie coloniale constitue un socle idéologique sur lequel l’extrême droite s’est construite et continue de prospérer. Selon lui, le Front national n’est «pas seulement l’héritier spirituel des émeutiers de 1934 et de la collaboration de Vichy, il est aussi celui des factieux d’Algérie».

    La rhétorique du Front national puise ses racines dans l’imaginaire colonial. L’impossible assimilation des populations de culture ou de religion musulmane, la nécessaire mise en place de l’infériorisation juridique de l’immigré, la séparation, l’étanchéité entre nationaux et non nationaux et la volonté d’une préférence nationale: toute cette thématique du Front national était développée au temps de l’Algérie française. À l’époque se posait déjà la question de la compatibilité de l’islam avec la République française.

    Or, si Marine Le Pen a pris ses distances avec la tradition antisémite et fasciste de Vichy, elle s’inscrirait en revanche dans cette continuité coloniale algérienne. «La transformation du parti par sa fille (la dédiabolisation) ne porte que sur la part antisémite, pétainiste de l’imaginaire du parti de son père, part dont elle est sincèrement loin, mais le tournant de Marine ne va pas jusqu’à renier les profondes origines coloniales de l’idéologie frontiste», précise l’écrivain Alexis Jenni au cours du dialogue qu’il conduit avec Benjamin Stora en préface de Mémoires dangereuses.

    « Le tournant de Marine Le Pen ne va pas jusqu’à

    renier les profondes origines coloniales de l’idéologie

    frontiste »

    Alexis Jenni

    Cette obsession de la présence et de la dangerosité des Arabes (le «Grand remplacement»), la population européenne d’Algérie l’éprouvait déjà avec ce sentiment d’être assiégée. Ce terreau idéologique «colonial» serait même la spécificité du FN, dont l’imaginaire est fondé sur une autre histoire que celle que partagent les autres partis politiques français.

    Et d’ailleurs, pour définir l’état d’esprit du Front national, Benjamin Stora suggère d’utiliser le terme de «sudisme» car, comme aux Etats-Unis pendant la guerre de Sécession, la guerre (d’Algérie) a été perdue au sud, mais les sudistes français cherchent à instaurer une politique de discrimination au nord, à l’égard des immigrés et de leurs enfants.

    Indifférence apparente et lien passionnel

    A l’opposé du Front national, les familles franco-algériennes sont dépositaires de la mémoire de l’indépendance algérienne mais leur rapport à cette histoire a d’abord été ambivalent, selon Benjamin Stora –entre indifférence apparente et lien passionnel.

    D’abord parce que là aussi, la parole des pères a pu être rare («Il faut bien continuer à vivre après une période terrible»), préférant du même coup passer sous silence les règlements de compte au sein de l’immigration entre partisans du MNA de Messali Hadj et partisans du FLN, qui prendra le pouvoir à l'indépendance.

    Il y eut, chez les enfants, «un flottement de la mémoire entre les deux pays», écrit l’historien. Puis la mémoire s’est réveillée, au moment de ce que l’on a appelé la «Marche des beurs» en 1983.

    Ceux-ci demandaient à la France à la fois justice, égalité et un statut de citoyen à part entière, tout en respectant et reconnaissant comme légitime le combat des pères contre la France pour l’indépendance de l’Algérie. Toute la difficulté étant de porter ces deux histoires différentes à laquelle les renvoyait, déjà, le Front national:

    «Je voudrai dire à un certain nombre de beurs arrogants, s’exclame Jean-Marie Le Pen dans un meeting en 1988, que certains des leurs sont morts pour leur donner une patrie, et non pas pour qu’ils viennent dans la nôtre.»

    Mais voulant sortir du ghetto social et culturel, cette génération, celle des enfants, refuse alors le communautarisme. Or, la relégation d’une grande partie des populations d’origine algérienne dans les «banlieues», à la périphérie, produit le contraire, elle rejoue quelque chose des processus de ségrégation sociale et ethnique du temps des colonies. Ce qui a logiquement conduit, note Alexi Jenni, à des «séparations et à des sécessions». 

    En se réislamisant, les petits-fils se réapproprient leur histoire par le biais de la religion plutôt que de la nationalité. Souvent stigmatisés par le reste de la société française, ils se construisent un projet de vie, une différence, une radicalité identitaire afin de retrouver une fierté. Ne rien céder sur le port du voile, par exemple, c’est une sorte de revanche alors que le colonisateur français cherchait à dévoiler les Algériennes.

    En décrivant le rapport à la violence pour parvenir à ses fins, la montée des extrêmes identitaires et la question de la place de l’islam par rapport à la République, Benjamin Stora démontre qu’il se rejoue aujourd’hui quelque chose de la guerre d’Algérie, sans que nous en ayons toujours conscience.

    Ce sont ces mémoires antagonistes qui nous ont empêchés de construire une histoire commune. Résultat: rien de plus facile que d’entretenir la guerre des mémoires, la guerre civique, la haine de l’autre, la montée en puissance des idéologues du petit écran, puisqu’il n’y a pas de contrefeux. C’est de ne pas avoir su s’entendre sur un récit commun de la guerre d’Algérie qui rend possible cette régression française.

    Il faut «agrandir l’histoire de France», suggère joliment l’écrivain Alexis Jenni, signifiant par là qu’on ne peut plus rester dans un «récit étroit impérial» et que l’histoire des Maghrébins doit faire partie de l’histoire de France. Il a raison, et il y a urgence. Même si ce n’est plus suffisant. 

    Le débat avec Benjamin Stora

    à la Fondation Jean-Jaurès 

     

    Ariane Bonzon 
    Journaliste
     

    SOURCE : http://www.slate.fr/story/115633/histoire-commune-guerre-algerie 

     

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    La France a des trous de mémoire

    La commémoration de la vague de répression d’une manifestation en faveur de l’indépendance de l’Algérie, en 1961, à Paris est passée sous silence. Un oubli dans le droit fil de l’amnésie collective concernant d’autres faits historiques.

    La France a des trous de mémoire ***

    © DR

     

    La France a des trous de mémoire. Le constat est dressé pour les événements historiques les plus douloureux. Manquement, évitement, offuscation : l’amnésie est de mise dès qu’il s’agit d’évoquer la commémoration de tel fait ou de rappeler l’existence de tel autre.

    Deux exemples récents l’attestent. Tout d’abord, l’absence de commémoration de la répression de la manifestation pacifique des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961. L’actuel président, comme son prédécesseur, avait promis de décider des "actes forts". C’était lors de sa campagne. Mais voilà, il n’en a rien été.
    Pourtant, l’ex-candidat avait étonné par sa prise de position courageuse lors d’un voyage en Algérie au cours duquel il avait admis que la colonisation avait été un crime contre l’humanité. La déception est grande chez les militants attendant la prise en compte par l’Etat de l’injustice commise voici 56 ans. L’historien disparu et regretté Jean-Luc Einaudi a estimé à 400 le nombre de victimes de cette vague de répression. Un autre historien, Benjamin Stora, pense que l’absence de consensus au sein de la classe politique à propos de la guerre d’Algérie explique que le problème n’est pas réglé depuis un demi-siècle.

    Un autre exemple de la surdité française à son passé peu glorieux : l’impossibilité d’ouvrir dans la capitale un musée de l’esclavage. Au point que le président du CRAN, le Conseil représentatif des associations noires, propose de l’installer sur une péniche navigant sur la Seine. Mi-sérieux, mi-agacé, Louis-Georges Tin avance cette idée puisqu’il est invariablement répondu qu’il n’existe pas de terrain disponible pour accueillir un tel lieu en plein Paris.

    Faudra-t-il quémander encore longtemps pour rappeler les autorités à la simple décence intellectuelle et au courage politique ? Décidément, la France a des trous de mémoire à sa mémoire.

    SOURCE : http://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/france-trous-memoire-523549.html 

     

    Des trous de mémoire et pourtant...

    il question de mémoires pour 2018

    certaines sont mêmes inattendues et surprenantes

    L’Elysée réfléchit

    à une commémoration

     de Mai 68

    La France a des trous de mémoire ***

    Daniel Cohn-Bendit devrait être associé à la préparation puis aux célébrations des événements de mai 1968. © Sipa Press

    La présidence de la République ne veut pas se laisser enfermer dans une lecture « maussade » de l’héritage de 1968

    L’Élysée commence à réfléchir à une commémoration de Mai 68, dont on célébrera le cinquantenaire l’an prochain, avec l’idée de sortir du « discours maussade » sur ces événements qui ont contribué à la modernisation de la société française, dans un sens plus libéral. Des personnalités comme Daniel Cohn-Bendit, proche du chef de l’État, seront vraisemblablement associées à la réflexion puis aux manifestations.

    Pour Emmanuel Macron, Mai 68 appartient à un passé qu’il n’a pas connu, puisqu’il est né neuf ans plus tard. L’Élysée souhaite donner une dimension internationale à « 68 », car ce fut l’année du Printemps de Prague et de sa répression, des grandes manifestations aux États-Unis, du massacre à l’Université de Mexico, des mouvements étudiants dans toute l’Europe...

    L’année 2018 marquera également le 60e anniversaire de la Constitution de 1958 et le Président entend le marquer d’un grand événement (et d’un discours), ainsi que le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par les Nations Unies en 1948. L’année prochaine marquera enfin la fin du cycle des commémorations du centenaire de la Première guerre mondiale, avec une importance particulière pour le 11 novembre, qui se prêtera sans doute à la célébration de l’entente franco-allemande et de la construction européenne. Dès le mois prochain, l’accent sera mis sur Georges Clemenceau, cent ans après l’arrivée du Tigre à la présidence du conseil, le 16 novembre 1917.

    Restera pour Emmanuel Macron à réfléchir au grand discours mémoriel sur l’Algérie – colonisation et guerre – que François Hollande n’a jamais prononcé. Mais c’est là un terrain bien plus miné que Mai 68.

    SOURCE : http://www.lopinion.fr/edition/politique/l-elysee-reflechit-a-commemoration-mai-68-136101

    La France a des trous de mémoire *** et pourtant...  il question de mémoires pour 2018  certaines sont mêmes inattendues et surprenantes

    rétrospective de mai 68 

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    Besançon - Guerre d’Algérie

    Au bon temps de l’union décolonisatrice

    En juillet 2016, Bénédicte Ponçot a soutenu avec succès sa thèse de doctorat sur « Besançon à l’heure de la décolonisation ».  Photo Arnaud CASTAGNÉ

    Auteur d’une thèse sur les répercussions de la guerre d’Algérie à Besançon, l’historienne Bénédicte Ponçot donne une conférence ce jeudi. Consacrée à l’alliance locale entre catholiques de gauche et communistes, contre ce conflit.

    Elle est la fille de Jean Ponçot, ancien élu municipal (PS) mort en 2016. Et si Bénédicte Ponçot, qui enseigne l’histoire au lycée Pergaud, a écrit sa thèse sur « Besançon à l’heure de la décolonisation » (soutenue avec succès l’an dernier), l’héritage paternel y est pour quelque chose.

    Car Jean Ponçot fut un acteur engagé de la lutte contre la guerre d’Algérie. Au sein de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne), et du syndicat étudiant AGEB-UNEF dont il fut le président bisontin durant une partie de ce conflit (en 1957 et 1958).

    Il prit même fait et cause pour la première Française emprisonnée durant ces « événements » (comme disait de Gaulle), une étudiante de la fac des lettres bisontine.

    « Dans mon choix de thèse, il y a cette raison familiale. Et aussi, démarche très actuelle dans la discipline que j’enseigne, la volonté d’étudier le rôle d’acteurs dits secondaires. Donc pas celui de politiques ou militaires de premier plan », explique Bénédicte Ponçot.

    D’où sa volonté d’examiner comment la guerre d’Algérie a été perçue à Besançon. Elle se rend compte alors que « l’alliance entre communistes et catholiques de gauche y est plus nettement plus assumée qu’ailleurs ».

    Pourquoi ? « Des liens noués « pendant la guerre d’Indochine », note-t-elle. Et puis, ces deux sensibilités sont également heurtées par le maire de Besançon de l’époque, Jean Minjoz, « avec son regard plutôt positif sur la colonisation ».

    La manif d’octobre 1960

    Autre signe du singularisme local, les luttes d’appareils politiques sont différentes. Contre le pouvoir en place, le PC national, par frilosité, refuse de s’associer à un mouvement émergeant comme le PSU, à gauche de la vieille SFIO.

    « Rien de tel à Besançon, où, par exemple, le couple Lucienne et Maxime Roland, membres de l’UGS (la formation qui se transformera en PSU), fait cause commune avec le couple Mauricette et André Vagneron, du PC. »

    Cet état d’esprit produit des mobilisations dont l’intensité est plutôt rare ailleurs. « Prenez les manifestations du 27 octobre 1960, dans les grandes villes du pays, pour la décolonisation. Le gouvernement les a interdites partout. Mais celle de Besançon, très unitaire à gauche (même si la SFIO est absente) réunit deux milliers de participants ». Malgré deux charges de CRS. Même pas peur, à B’sac.

    La conférence de l’historienne Bénédicte Ponçot a lieu ce jeudi 19 octobre, 20 h, salle Proudhon (Kursaal). Elle sera accompagnée par Francine Rapiné-Fleury, qui fut emprisonnée à Besançon en 1958 pour son soutien aux indépendantistes algériens. Une initiative de l’association Les Amis du peuple et de la mémoire ouvrière. Entrée gratuite.

    Joël MAMET

    SOURCE : http://www.estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2017/10/18/au-bon-temps-de-l-union-decolonisatrice

     

     

    C’était la commémoration du 19 mars 1962 à Besançon, comme partout en France, comme toujours, on occulte l’OAS, cette organisation terroriste et criminelle qui, après ce 19 mars 1962 est la principale responsable des massacres avec sa politique de la terre brûlée, ce qui a fini par provoquer des vengeances d’indépendantistes algériens incontrôlés… Après le 19 mars 1962, ce n’était plus la guerre d’Algérie… mais le terrorisme aveugle de l’OAS… Alors dans vos reportages dites-le, vos articles et vidéos seraient plus honnêtes et moins orientés politiquement… Quand à vous les nostalgériques extrémistes, les falsificateurs de l’Histoire… « allez  au diable »… allez vous faire réadapter ailleurs… nous n’avons pas besoin de vous… La très grande majorité des pieds-noirs, mes amis, sont très bien insérer dans la société française et depuis longtemps… mais ils ne vous fréquentent pas, vous, les islamophobes de tous bords…

     


    La commémoration du 19 mars à Besançon

     

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  • Commémoration du 17 octobre 1961 à Paris 

    Commémoration du 17 octobre 1961 à Paris

    Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d'Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé par Maurice Papon, préfet de police de Paris et le gouvernement de l'époque. Ils défendaient leur droit à l'égalité, leur droit à l'indépendance et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés - notamment par la "force de police auxiliaire" - ou, pour nombre d'entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes d'une violence et d'une brutalité extrêmes des forces de police.

    Commémoration du 17 octobre 1961 à Paris

    Le militant anti colonialisme très connu et estimé

    notre ami Henri POUILLOT

    Qui a été témoin, à la sinistre Villa Sésini à Alger, de la torture

     

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    Commémoration du 17 octobre 1961

    à Besançon (département du Doubs)

    (Franche-Comté)

    Le pont Battant

     le 17 octobre 2017

     

    Commémoration du 17 octobre 1961  à Besançon (département du Doubs)  (Franche-Comté)  Le pont Battant

     

    Besançon c’est la ville de ma naissance, j’ai encore de la famille, c’est pourquoi cette vidéo me tient encore plus à cœur… et c’est dans la rivière le Doubs que des fleurs ont été jetées en mémoire des victimes algériennes du 17 octobre 1961 à Paris.

     

    Pour visualiser une remarquable vidéo

    ainsi qu’une brillante intervention

    METTEZ LE SON EN BAS à droite

     

     

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    Lille

    Une cérémonie du souvenir

     pour les victimes du 17 octobre 1961

    Lille  Une cérémonie du souvenir  pour les victimes du 17 octobre 1961

    L’hymne national algérien a retenti place de la République, à Lille, pour commémorer la répression policière du 17 octobre 1961 à l’encontre des Algériens de Paris, avec des dizaines de personnes jetées dans la Seine.

    Il y a soixante ans, le simple déploiement d’un drapeau algérien sur la place de la République à Lille suffisait à déclencher une émeute. Lorsque des travailleurs algériens avaient le malheur de brandir ce symbole alors interdit, la police intervenait pour le confisquer.

    Un « crime d’État »

    Ce 17 octobre, au même endroit, c’est l’hymne national algérien qui a retenti pour commémorer la répression du 17 octobre 1961. Bravant un couvre-feu les visant directement, les Algériens de Paris avaient choisi de marcher. Évoquant la terrible répression policière lancée en réponse, avec des dizaines de personnes jetées dans la Seine, Dalila Dendouga, adjointe au maire en charge des droits de l’homme a dénoncé un «  crime d’État  ». «Cette commémoration est l’occasion de nous recueillir à la mémoire des membres de notre communauté qui ont payé au prix fort la libération de l’Algérie », a salué de son côté Rachid Belbaki, le consul général d’Algérie.

    La cérémonie s’est achevée par des dépôts de gerbe sur le parvis des droits de l’homme, en compagnie de membres du conseil lillois de la jeunesse et de Laure Michel, présidente de la LICRA Lille, ambassadrice de toutes les associations.

    SOURCE : http://www.lavoixdunord.fr/248191/article/2017-10-18/une-ceremonie-du-souvenir-pour-les-victimes-du-17-octobre-1961 

    Lille  Une cérémonie du souvenir  pour les victimes du 17 octobre 1961

    L’hymne national algérien a retenti place de la République, à Lille

    pour commémorer la répression policière du 17 octobre 1961 à

    l’encontre des Algériens de Paris, avec des dizaines de personnes jetées

    dans la Seine.

     

    Choisy-le-Roi

    Mémoire. L’intimidation manquée

     de l’extrême-droite

    Lille  Une cérémonie du souvenir  pour les victimes du 17 octobre 1961

    L’inauguration du square du 17 octobre 1961 à Choisy-le-Roi a eu lieu le 17 octobre dernier en présence du consul d’Algérie. Ici, une plaque en commémoration du 17 octobre 1961 déposée à Gennevilliers en février 2007. Photo : Jeff Guez/AFP

    L’annonce de l’inauguration d’un square du 17 octobre 1961 à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) a réveillé la violence et la xénophobie de l’extrême-droite.

    La délibération, pour qu’un des squares de la ville porte le nom de la date de ce crime d’Etat qui vit une manifestation pacifiste d’Algériens réprimée dans le sang, avait été prise par le conseil municipal du 27 septembre. Peu de temps après, des courriers et des mails aux contenus haineux et racistes étaient adressés au cabinet du maire PCF Didier Guillaume. « Ces courriers viennent principalement de province. Je peux imaginer par quels réseaux de communication l’information de notre initiative a pu circuler, mais aussi quels attisements des instincts les plus bas ont pu donner lieu à ces écrits », a-t-il déclaré. De fait, certains d’entre eux viennent par exemple de villes comme Béziers, dirigée par l’ineffable Robert Ménard. Dans l’entourage du maire, on évoque des réseaux d’extrême-droite qui sévissent aussi auprès d’autres municipalités voisines dès lors qu’elles prennent des mesures de ce type. Loin de se laisser intimider, Didier Guillaume a réaffirmé que cette initiative était « conforme à tout ce qui fait notre ville : son attachement à l’histoire, aux valeurs de la République, à la Paix, à la transmission, à l’éducation, au mieux vivre ensemble et à la construction de la ville durable de demain ». L’inauguration, qui a eu lieu le 17 octobre dernier en présence du consul d’Algérie, s’est déroulée dans le calme.

    SOURCE : https://www.humanite.fr/memoire-lintimidation-manquee-de-lextreme-droite-644030 

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    17 octobre 1961 : le silence de l’Elysée

    Ils ont attendu, attendu, attendu…

     Mais rien n’est venu. Et pourtant...

    Cinq ans après la reconnaissance officielle par François Hollande (cependant très insuffisante) de la répression de la manifestation pacifique d’Algériens à Paris, le 17 octobre 1961, Emmanuel Macron, qui avait promis des « actes forts » durant sa campagne, n’a pas profité de cette date pour réaffirmer la position de la France. L'Elysée se dit prêt à travailler sur le sujet, « mais pas dans la précipitation »... Il appelle cela "pas dans la précipitation"... 56 ans se sont pourtant écoulés... Que l'on arrête de se moquer des Français... ils ne sont plus "les veaux" de de Gaulle... Mais ils vont continuer à "beugler" et ils ont bien raison...

     

    « Le 17 octobre doit continuer de hanter notre

    mémoire collective »

     

    Les ordres venaient d’en haut et, là-haut, c’était Maurice Papon. Et au-dessus, le Général de Gaulle. Non on ne pouvait pas ne pas savoir ou prétendre que ça avait « dégénéré. » Le système Papon, importé de la guerre contre-insurrectionnelle en Algérie, n’était pas un programme clandestin. Et si De Gaulle a gardé Maurice Papon comme préfet de Paris, il ne pouvait pas ignorer son parcours sous Vichy.

    Tout comme les autres crimes coloniaux, le 17 octobre doit continuer de hanter notre mémoire collective. Un monument, une fresque et des roses jetées dans la Seine et dans d'autres rivières où fleuves de France, serviront à nos enfants, à nos petits-enfants, à nos arrière-petits-enfants, à condition qu’on leur enseigne ce qui s’est vraiment passé...  Les incantations républicaines ne leur garantiront jamais de vivre libres et égaux en droits, nous avons vu comment ont été bafoués, piétinés, déchirés... les mots Liberté-Egalité-Fraternité dans l'Algérie française et la France coloniale... mais s’ils se nourrissent de luttes et d’espoir, ils pourront donner un sens à ces incantations. 

    Ils ont attendu, attendu, attendu. Mais rien n’est venu. Mardi, les militants de la reconnaissance du 17 octobre 1961 se sont rassemblés, comme ils le font chaque année, sur le pont Saint-Michel à Paris, en mémoire des personnes tuées il y a 56 ans par la police de Papon, alors qu’elles manifestaient pacifiquement contre le couvre-feu imposé par décret aux « Français musulmans d’Algérie », selon la terminologie administrative de l’époque.

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    Pendant ce temps la fachosphère se déchaîne… Avec des titres puant le racisme, l’islamophobie comme celui-ci : 17 octobre 1961 : un « massacre »  sans cadavres… Je n’en dirai pas plus sur l’auteur de cet article à jeter dans la poubelle de l’Histoire… ainsi que tous les falsificateurs, nostalgériques de l’Algérie française... HONTE AUX HERITIERS DES PUTSCHISTES DU 21 AVRIL 1961 ET DES TERRORISTES ET CRIMINELS DE L'OAS...

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    Au contraire je vous propose l’intervention remarquable d’Henri POUILLOT au Pont Saint-Michel, hier 17 octobre 2017. 

    L’intervention au Pont Saint-Michel  17 octobre 2017   d’Henri POUILLOT  Au nom du MRAP et de l’ARAC

     

     

    L’intervention au Pont Saint-Michel

    17 octobre 2017

     d’Henri POUILLOT

    Au nom du MRAP et de l’ARAC

     

    Je ne répèterai donc pas ce qu’ont dit les prédécesseurs sur ce terrible massacre du 17 octobre 1961, malheureusement bien connu maintenant, mais toujours pas reconnu pour ce qu’il est : sans doute le plus grand crime d’état commis en France, en plein Paris, avec ces centaines de victimes.

    Il faut se souvenir que la France domina l’un des plus importants empire colonial du monde. Le colonialisme, basé sur le racisme, justifié parfois comme nécessaire pour "apporter la civilisation", mais qui, en fait, avait pour but essentiel d’exploiter, piller les richesses locales au profit de sociétés coloniales. Il faut se souvenir du film documentaire de notre ami René Vautier "Afrique 50" qui illustrait bien remarquablement comment le colonialisme était mis en œuvre. Ce film fut saisi et interdit pendant des dizaines d’années.

    Il serait temps que la France reconnaisse, comme pour l’esclavagisme, que le colonialisme est un crime contre l’humanité. Il serait temps que la loi du 23 février 2005 soit abolie, cette loi qui avait dit " les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord… ". Même si cette phase a été retirée, cette loi reste profondément imprégnée de colonialisme.

    Pour l’Algérie, la France a la lourde responsabilité d’avoir usé de tous les moyens pour tenter d’y conserver sa domination. C’est au prix de crimes d’états (8 mai 1945 – Sétif, Guelma, Kherrata.., puis du 17 octobre 1961, enfin à Charonne le 8 février 1962) de crimes de guerre (utilisation du gaz VX et Sarin, de villages – entre 600 et 800 – rasés au napalm, des essais  nucléaires au Sahara dont les conséquences sont encore sensibles aujourd’hui), des crimes contre l’humanité (institutionnalisation de la torture, du viol, des camps d’internement – pudiquement appelés camps de regroupement-, des exécutions sommaires – corvées de bois, exécutions d’otages, crevettes Bigeard…-…) que la France a tenté d’écraser ce mouvement de libération nationale. Il serait plus que temps que la France reconnaisse sa responsabilité dans ce domaine et condamne ces crimes commis en son nom, comme cela fut fait par Jacques Chirac pour la Shoah.

    Certes notre nouveau Président de la République Emmanuel Macron a bien dit, à la télévision Algérienne le 15 février 2017 : " La colonisation fait partie de l’histoire française, c’est un crime contre l’humanité, une vraie barbarie…", et il poursuivait lors de cette même interview : " En même temps, il ne faut pas balayer tout ce passé, La France a installé les droits de l’Homme en Algérie,… " Les médias n’ont retenu que la première partie. D’ailleurs le 23 novembre 2016, dans un entretien au magazine "Le Point" au sujet de la colonisation de l’Algérie : " Alors oui… en Algérie il y a eu la torture mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation… "

    Et puis, le 5 mai, devant la rédaction de Mediapart, quelques jours avant d’être élu, il déclarait : " De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire… "
    Certains ont dit disent que la France, avec François Hollande, en particulier, avait fait quelques pas dans ce domaine comme sur le 17 octobre, la disparition de Maurice Audin. Reprenons ces 2 points :
    Maurice Audin. Quand François Hollande est allé à Alger, en décembre 2012, il s’est recueilli devant la stèle de Maurice Audin, située sur la place qui porte son nom près du tunnel des facultés. Mais ce crochet n’a été rajouté à son programme de visites que la veille de son départ, et le mot de torture n’y a pas été prononcé. Plus tard, le 17 juin 2014, un communiqué officiel remettait, enfin, en cause la version officielle de l’évasion de Maurice Audin. Ce communiqué disait entre autre : " Mais les documents et les témoignages dont nous disposons aujourd’hui sont suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l’évasion qui avait été avancée à l’époque. M. Audin ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention ". Mais on ne sait pas encore comment est mort Maurice Audin : à cet âge là, il est difficilement admissible de croire à un décès naturel, surtout qu’il était détenu par une unité de Paras !!! Depuis 3 ans maintenant, ni les documents, ni les témoignages nombreux et concordants ainsi évoqués ne sont connus. La famille, les historiens n’ont pu avoir accès à ces informations. L’assassinat de Maurice Audin reste donc encore un mystère. Je peux même rajouter que, à la suite de la lettre ouverte que j’ai remise, es-qualité de Président départemental de l’ARAC des Yvelines, à Pierre De Villiers Chef d’état major des armées, j’ai été poursuivi par le Général Schmitt pour diffamation et condamné pour avoir osé penser qu’il pourrait savoir comment était "disparu" Maurice Audin. Donc à ce jour, l’omerta se poursuit dans ce domaine. En mai dernier, à l’approche du 60ème anniversaire de sa "disparition", une lettre ouverte signée d’une cinquantaine de personnalités demandait au nouvel Hôte de l’Elysée de répondre à ces interrogations. Ce qu’il a fait un mois plus tard le 26 juin en nous disant : " Je puis vous indiquer que le sujet est connu du Chef de l’Etat et des membres de son cabinet qui ont été attentifs à votre démarche." Pourtant les services de l’Elysée avaient téléphoné à Josette pour dire qu’un tel anniversaire, 60 ans, méritait une réaction. Mais depuis, sans doute à cause des vacances, rien n’a filtré et le mystère reste entier.

    17 octobre 61. Certes François Hollande a déclaré le 17 octobre 2012 " Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes." Mais le terme de crime n’est pas repris, et la responsabilité, sous entendue, n’est pas clairement définie. Pourtant le 15 octobre 2011, à la veille du 50ème anniversaire de ce massacre, il avait personnellement signé la pétition que notre collectif avait initiée, diffusée par Mediapart demandant au futur président de la République de reconnaître et condamner ce crime d’état. Il avait même rajouté qu’il irait jeter les fleurs au pont de Clichy, ce qu’il fit d’ailleurs. Il faut dire que ce 15 octobre là, c’était un samedi, la veille du second tour des primaires socialistes qui l’opposait à Martine Aubry et que celle-ci venait de signer quelques instants plus tôt cette même pétition. Une fois élu, il a oublié cet engagement.

    Cette année, notre collectif a donc décidé d’envoyer une lettre ouverte au nouveau Président : Monsieur le Président : Le 15 février 2017, à la chaîne privée Echorouk News, en Algérie, vous déclariez : "La colonisation fait partie de l’histoire française, c’est un crime contre l’humanité, une vraie barbarie…." Puis le 5 mai, devant la rédaction de Mediapart, vous avez déclaré : "De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire…" Nous pensons donc, qu’à l’occasion de ce 56ème anniversaire du crime d’état commis en plein Paris, vous pourriez (devriez ?) ainsi concrétiser cet engagement. Aussi nous sollicitons de votre bienveillance une audience pour connaitre votre position précise à ce sujet, afin de pouvoir en rendre compte lors du rassemblement prévu le 17 octobre 2017 au Pont Saint Michel à Paris. A cette heure, nous n’avons eu aucune réaction, malgré une relance la semaine dernière : ni audience, ni communiqué.

    On voit bien par ces deux exemples que même les dirigeants actuels de la France n’entendent pas faire la lumière sur l’histoire de notre pays et tentent de la travestir, y compris par des propos de compassion, pour éviter d’en affronter la réalité. Cela a des conséquences sur le quotidien pour les ressortissants de ces familles originaires d’Algérie, dont un certain nombre furent des victimes de ces crimes : on refuse toujours de les reconnaître comme des citoyens à part entière, ils restent discriminés, des indigènes.

    56 ans après ce 17 octobre 1961, la France qui revendique souvent être le pays des droits de l’homme, n’en montre pas vraiment le chemin. Comment peut-on donner des leçons dans ce domaine ? Tant que notre passé sera entaché par ces nombreuses violations, non reconnues, non condamnées, que je rappelais il y a quelques instants, la voix de la France sera difficilement audible au plan international.

    Mais cette non reconnaissance de ce passé, et la poursuite d’une politique colonialiste (la Françafrique en particulier) ont des effets importants dans la population française, pour le vivre ensemble harmonieux. Pour l’illustrer je ne rappellerai qu’une expression "issu de l’immigration". Elle est entrée dans le parler courant, dans le subconscient de nos concitoyens. Mais qui concerne-t-elle ? Manuel Valls ? Nicolas Sarkozy ? Eux sont considérés comme des Français, et peut-être même des gaulois !!! par contre, ceux qui ont un nom, un prénom, une couleur de peau qui peut traduire une origine de colonisés, même s’ils ne connaissent pas le pays de leurs ancêtres ne sont toujours pas considérés comme des Français à part entière, ils restent des sous-citoyens, discriminés…

    C’est sur ces mots que je conclurai, en vous demandant de ne pas baisser les bras, de continuer à soutenir ces actions pour notre fierté de défenseurs des droits de l’homme. De fait, Monsieur Macron, quand prendrez-vous les actes forts sur cette période de notre histoire … pour lesquels vous vous y êtes engagés il y a 5 mois ? " Votre silence à notre demande est sans doute significatif.

    *************

    P.S. :  

    Pourtant dimanche 15 octobre 2017, lors de votre longue interview sur TF1 vous avez répété à plusieurs reprise que vous faisiez ce vous avez dit : Pour le 17 octobre, pour les conséquences de cette période de la Guerre d’Algérie vous vous étiez engagé à prendre des actes forts sur cette période de notre histoire !!! Auriez-vous oublié ?

    Source : http://www.henri-pouillot.fr/spip.php?article683&lang=fr 



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    C’est donc la presse algérienne la première à nous

    donner des informations sur cette journée

    du 17 octobre 2017

    Massacre du 17 octobre 1961 : cérémonie   de recueillement sur le pont Saint-Michel

    Massacre du 17 octobre 1961 : cérémonie

     de recueillement sur le pont Saint-Michel

    à Paris

    Massacre du 17 octobre 1961 : cérémonie   de recueillement sur le pont Saint-Michel

    PARIS - Une cérémonie de recueillement à la mémoire des victimes algériennes du massacre du 17 octobre 1961 a été organisée mardi devant la plaque commémorative, sur le pont Saint-Michel à Paris, de ce sanglant événement. 

    La cérémonie s’est déroulée en présence de l’ambassadeur d’Algérie en France, Abdelkader Mesdoua, et de la maire de Paris, Anne Hidalgo, et d’une foule nombreuse constituée d’élus locaux, de moudjahidine, qui ont participé aux manifestations du 17 octobre 1961, de membres de familles de victimes, d’historiens, des membres du mouvement associatif et un groupe de lycéens de l’Ecole internationale algérienne de Paris, venus chacun déposer une rose.



    Massacre du 17 octobre 1961 : cérémonie   de recueillement sur le pont Saint-Michel

    Une minute de silence a été observée après le dépôt de plusieurs gerbes de fleurs dans une ambiance pleine d’émotions où on entendait des youyous et des "Allah yerham chouhada".

    Dans une déclaration à la presse à l’issue de la cérémonie, la maire de Paris a indiqué qu’elle "reste fidèle à cette histoire commune, à cette histoire qui a ensanglanté Paris", soulignant que "notre histoire, y compris dans ce qu’elle a de tragique, doit être reconnue dans sa vérité pour qu’on puisse avancer ensemble".

    "Aujourd’hui, les relations entre Paris et Alger, entre la France et l’Algérie, sont des relations qui sont faites d’une histoire qui est assumée, une histoire qui se projette dans l’avenir. Je crois que c’est très important de pouvoir reconnaître la vérité historique pour se projeter dans l’avenir", a-t-elle affirmé, se disant "ravie" d’avoir eu avec l’ambassadeur d’Algérie en France des discussions sur "des engagements communs, nos deux villes, nos deux capitales".

    Massacre du 17 octobre 1961 : cérémonie   de recueillement sur le pont Saint-Michel

    Pour elle, "il y a une  belle coopération qui est engagée entre les deux pays", annonçant qu’elle retournera à Alger en 2018 pour "poursuivre cette très belle coopération".

    Pour sa part, la sénatrice Esther Benbassa, qui était en 2011 à l’origine d’un projet de loi visant la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans les évènements du 17 octobre 1961, a indiqué que ce qui est arrivé le 17 octobre 1961 à Paris "fait partie des pages sombres de l’histoire de France". "Nos enfants et nos petits-enfants  devraient connaître ces pages sombres de leur histoire, parce que c’est l’histoire et l’histoire de France", a-t-elle dit, regrettant que le projet de loi "ne soit pas voté par le Sénat".

    De son côté, le militant anticolonialiste, Henri Pouillot, a souhaité avoir "un mémorial complet sur les victimes du massacre du 17 octobre 1961 et rendre la plaque commémorative plus visible".

    "De tous les crimes contre l’humanité, les crimes d’Etat et de guerre commis par la France en Algérie, aucun n’a été reconnu jusqu'à aujourd’hui", a-t-il regretté, soulignant la nécessité de les condamner et les reconnaître. "On n'a pas le droit de donner des leçons au monde entier en matière des droits de l’homme, alors que ces crimes sont de fait  acceptés", a-t-il dit.

    Organisée par la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN), la manifestation pacifique des Algériens, hommes, femmes et enfants, pour boycotter le couvre-feu discriminatoire imposé aux seuls Algériens, a été réprimée dans le sang le 17 octobre 1961 par la police française qui avait ouvert le feu, tuant des manifestants dont des dizaines ont été jetés dans la Seine, rappelle-t-on.

    Le bilan était lourd du côté des Algériens : une centaine de morts, des centaines de blessés et plus d’une centaine de disparus. Ce massacre, non encore reconnue officiellement par l’Etat français en tant que crime d’Etat, est considéré par nombre d’historiens comme  la répression d'Etat la plus violente qu'ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l'histoire contemporaine.

    SOURCE : http://www.aps.dz/algerie/64083-massacre-du-17-octobre-1961-ceremonie-de-recueillement-sur-le-pont-saint-michel-a-paris 

     

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    Algérie : drôle de guerre, vraie guérilla

     

    Pierre Maurice (de Sées) et Léonce Thulliez (de Radon) évoquent une partie de leur jeunesse en Algérie, terre d’un conflit parent pauvre des commémorations.

    Algérie : drôle de guerre, vraie guérilla

    Léonce Thulliez et Pierre Maurice sont les deux seuls Ornais membres du 6e Régiment de Chasseurs d’Afrique. Le premier, 76 ans, habite Radon. Le second, un an moins jeune, habite Sées. Tous deux sont partis en Algérie comme simples troufions. Le premier est revenu avec le grade de brigadier, le second avec la distinction « soldat première classe »

     

    Ils avaient 20 ans et devaient effectuer leur service militaire qui durait alors 18 mois, mais un rab de dix mois les guettait.
    À cause des « événements d’Algérie », expression alors usitée pour ne pas dire « guerre ».
    Lorsqu’ils sont partis dans le djebel, l’Algérie était française. Lorsqu’ils ont retrouvé la France, l’Algérie avait obtenu son indépendance. Le statu quo n’était politiquement pas tenable.
    Le conflit a duré plusieurs années et bien des soldats français ont dû effectuer un séjour non touristique outre-Méditerranée.
    Comme Pierre Maurice et Léonce Thulliez.

    « De la pacification »

    Le premier était de Courtomer. Le second venait du Pas-de-Calais. Ils ont débarqué à Oran, sous « un magnifique soleil ». Mais rapidement, ils ont été désignés instituteurs, sans formation préalable. Pour les petits Algériens, la journée commençait par « l’inspection des mains ». Pierre Maurice enseignait « Le corbeau et le renard ». Léonce Thulliez apprenait à compter « avec des bûchettes ».
    Mais encore ? « On a crapahuté ». Une façon de dire qu’ils ont fait la guerre. Fût-ce « sans tirer un coup de fusil ». Ils étaient là « pour occuper le terrain et faire de la pacification ». Autrement dit contrecarrer les velléités d’indépendance. Des jeunes Algériens accomplissaient leur service militaire dans leur unité. Certains pouvaient tourner casaque. Danger, donc.

    « Pas conscients »

    Et puis il y avait les escarmouches. C’était la guérilla. Le duo contrôlait un douar, un village. « Une nuit sur deux, on montait la garde ». Quelquefois, ils partaient en patrouille, afin de sécuriser une piste qui pouvait être minée. « On s’est fait allumer une fois. On a dû se planquer derrière un rocher qui nous a sauvés la vie », confie Pierre Maurice.
    Sous le soleil généreux, leur mission n’était « pas une planque. On risquait notre vie mais on n’était pas vraiment conscients du danger ». Une mission qui a pris fin au lendemain du 19 mars 1962, jour du cessez-le-feu. Pour certains, la fin de la guerre, c’est neuf mois plus tard, car le conflit a continué. D’où des querelles sur la date de commémoration.
    Le duo ne veut pas entrer dans la polémique qui n’aide pas à entretenir le souvenir, ce qui explique peut-être que cette guerre d’Algérie est le parent pauvre des commémorations.

    Reconnaissance ?

    Par contre, Pierre Maurice et Léonce Thulliez sont membres d’une association, le 6e Régiment de Chasseurs d’Afrique, qui compte 150 adhérents en France, lesquels se réunissent une fois l’an. C’était le 6 octobre 2017 à Caen et L. Thulliez, régional de l’étape, s’est coltiné une bonne partie de l’organisation.
    Au menu notamment : visite du Mémorial et plages du Débarquement. Et bavardages : « il y a toujours des anecdotes nouvelles ». Anecdotes d’une « drôle de guerre » qui a coûté la vie à 30 000 militaires français morts au combat ou par accident, dont quelque 250 Ornais.
    Personne n’est oublié. Vendredi dernier, 56 ans pile après son décès, hommage a été rendu à Gérard Trouillet. Il repose à La Ferté-Vidame. Le RCA aimerait retrouver sa famille*.
    Un jeune fauché dans la fleur de l’âge (il avait 21 ans), pas oublié par ses camarades. Mais l’État est-il reconnaissant envers ces derniers ? « Nous percevons une retraite d’ancien combattant de 774 € par an, et nous avons droit à une demi-part fiscale supplémentaire ».

    *Contact : 02 33 28 10 35. 

    SOURCE : https://actu.fr/normandie/alencon_61001/algerie-drole-guerre-vraie-guerilla_13016172.html