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    RETRAITES : LE CHIFFRE

    QUI TUE

    RETRAITES : LE CHIFFRE QUI TUE

    Selon une étude de l'Insee, le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté a subi sa plus forte augmentation depuis 8 ans. 

     

    1 pauvre sur 4 meurt avant la retraite. Oui, vous avez bien lu. On n'est pas tous égaux face à la vieillesse, et certains - les cadres, les riches - profitent beaucoup plus de la retraite que d'autres : les gens au SMIC et en-dessous, les ouvriers, les petits employés…  On ferme les yeux sur ce qui est en réalité le VRAI problème des retraites. Pire, Macron va aggraver ces inégalités énormes en reculant encore l'âge de la retraite pour tous.

     

     

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  • Une réforme des retraites contraire à l’esprit d’Ambroise Croizat : Entretien avec Pierre-Caillaud-Croizat. 

    CLIQUEZ SUR CE LIEN POUR VOIR LA VIDéo de pierre caillaud-croizat :

    Une réforme des retraites contraire à l’esprit d’Ambroise Croizat : Entretien avec Pierre-Caillaud-Croizat.


    https://debat-retraites.fr/index.php/2020/02/12/une-reforme-des-retraites-contraire-a-lesprit-dambroise-croizat-i-entretien-avec-pierre-caillaud-croizat/ 

     

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    Décidément il se croit le roi du Monde ce Macron

     

    Des soldats français à la frontière russe : que vont-ils faire dans cette galère ? par Jean LEVY

     

    L'armée française va être déployée 

    en Estonie 

    à la frontière de la Russie dès 2021 

    La France déploiera ses forces en Estonie, à la frontière avec la Russie, dès mars 2021, a déclaré jeudi 13 février la ministre française des Armées, Florence Parly.

    «Aujourd'hui à Bruxelles, j'ai annoncé les prochains déploiements des forces françaises au sein du dispositif de "présence avancée renforcée" [de l'Otan, ndlr]. L'armée française sera notamment déployée dans le cadre de l'OTAN pendant un an en Estonie avec les forces britanniques dès mars 2021», a indiqué Mme Parly sur Twitter. 

    En principe, la tâche de l'armée française est de défendre les frontières de la France. 

    Macron et sa ministre en ont décidé autrement. 

    Ils envoient en Estonie un contingent bivouaquer, dans le cadre de l'OTAN, face à la Russie.  

    Celle-ci menace -t-elle notre pays, située à plus de 3000 kms de nos frontières ?  

    Réponse classique : "Poutine a envahi et annexé la Crimée, territoire qualifié d'ukrainien. La vigilance s'impose donc à l'Ouest et s'étend même aux pays baltes, eux-mêmes menacés par l'ours russe".. 

    Que valent ces affirmations ? 

    L'Ukraine, berceau de l'empire russe, dont elle faisait partie depuis des siècles, est devenue naturellement à la révolution bolchévique une des républiques soviétiques. La Crimée était alors séparée administrativement de l'Ukraine. Et chacun sait que les lois qui régissaient, les citoyens soviétiques étaient, à l'époque, pour l'essentiel, identiques. Le rattachement de territoires d'une république à l'autre avait autant d'importance que le classement aujourd'hui de la Loire Atlantique au sein des Pays de Loire ou de la Bretagne. 

     Selon Le Monde, du 15 mars 2014,  

    "En 1954, d'un simple décret, en 1954, Khrouchtchev, le dirigeant soviétique de l'époque, fit don de la Crimée à l'Ukraine alors que la Crimée avait été russe depuis la fin du XVIIIe siècle" 

    Ce qui n'empêche pas le quotidien de dénoncer aujourd'hui "l'agression russe" vis-à-vis de l'Ukraine.  

    Quand aux pays baltes, ils appartenaient du temps du tsar à son empire. 

    Perdus entre les deux guerres, l'armée Rouge  les libèrent en 1944 de l'occupation nazie, mais ils font sécession lors l'implosion de l'URSS.  

    Derrière le discours haineux à l'égard de Poutine - "l'homme au couteau entre les dents" n'est pas loin - la propagande occidentale, celle des médias français,en particulier, vise à réduire la puissance russe , dont l'économie est fermée aux intérêts occidentaux avides de nouveaux marchés.. Et quand Macron feint d'adoucir ses propos à l'égard de Moscou, c'est pour  avouer qu'il vise à enfoncer un coin entre Russie et Chine...  

    En fait, Washington et ses alliés de l'Otan ne supportent pas l'inversion, en leur défaveur, du rapport de force à l'échelle du monde. Qu'il est loin le temps où ils péroraient sur la "fin de l'Histoire" et sur leur suprématie mondiale. Ils croyaient celle-ci définitivement acquise avec la chute du pouvoir soviétique.  

    Une vingtaine d'années seulement nous sépare de cette sombre période... 

    Aujourd'hui, pour tenter d'inverser le cours de l'histoire, faute de pouvoir utiliser victorieusement la force militaire, compte-tenu de la puissance russe et de son allié chinois, l'état profond américain et ses dociles alliés décrètent des sanctions économiques et exercent une pression militaire aux frontières ouest de la Russie.  

    C'est donc pour justifier leur politique agressive que les Occidentaux mènent une offensive idéologique contre le pouvoir russe.  

    A nous de la contrer. 

    Jean LEVY 

    SOURCE : http://canempechepasnicolas.over-blog.com/2020/02/des-soldats-francais-a-la-frontiere-russe-que-vont-ils-faire-dans-cette-galere.html 

     

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    Puisque le Secret défense ferme

    les archives des répressions coloniales

    j'ajoute cet article terrifiant

    d'un professeur, chercheur algérien

    COLONISATION DE L’algérie  Par la france Crimes contre l'humanité et génocides :  Pas 5, mais 12 millions   de victimes !

    COLONISATION DE L’algérie

    Par la france 

     

    Crimes contre l'humanité

     et génocides :

     

    Pas 5, mais 12 millions

     de victimes !

     

    La polémique née après la rencontre Erdogan - Tebboune et qui a frisé l'incident diplomatique à propos du nombre de victimes de la colonisation pose un réel problème de mémoire puisqu'à ce jour il n'existe pas d'étude précise sur le nombre de morts durant les 132 ans de colonisation française. Selon M. Tebboune «la France a massacré plus de 5 millions d'Algériens en 130 ans». (Daily Sabah du 29 janvier 2020).



    Un nombre d'habitants volontairement réduit pour cacher l'horreur



    Par sentiment de culpabilité, les auteurs français affirment unanimement que la population algérienne ne dépassait pas 3 millions en 1830. Cette affirmation ne repose sur aucun critère objectif sinon à crédibiliser les recensements de populations effectués dans la 2ème moitié du XIXème siècle. Les auteurs algériens sont en droit alors de s'interroger : comment un peuple si peu nombreux et dispersé sur un immense territoire a-t-il pu résister, trois siècles durant, à plus de 80 agressions venant de l'étranger ? La disparition des archives de la Casbah, relatives notamment aux impôts, aux agglomérations et aux Mahalla (zones rurales et tribus), a-t-elle vraiment été une fatalité ? Hamdan Khodja, très au fait du sujet, parlait de 10 millions d'habitants dans son livre «Le Miroir» paru à Paris en 1833. Le Bey de Constantine estimait en 1831 à cinq millions le nombre de la population de sa province. Le général Desmichels qui gouvernait Oran, estimait en 1834 la population de cette région à 2 millions d'habitants. Le général Bugeaud, gouverneur militaire, estimait la population à 8 millions en 1840 avant de parler de 4 millions en 1845 ! Quel que soit le chiffre avancé, on constate qu'il a diminué lors du 1er recensement de 1856 qui donnait une population globale de 2,3 millions d'habitants. En 1876, soit 20 ans plus tard, cette population n'avait augmenté que de 6% (la population algérienne a été multipliée par 2 entre 1962 et 1978) ? Où est donc passé le «manque à gagner» ?



    Crimes contre l'humanité et génocides



    Les exactions coloniales de différents degrés comprenant des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre et des génocides, bien que l'agression soit elle-même un crime, ont été pour beaucoup dans la disparition de pans entiers de la population algérienne.

    Bugeaud a écrit les pages les plus sanglantes de la colonisation. Il a fait régner le régime du sabre. C'est le responsable des enfumades, le père des hordes infernales, des razzias, de la terre brûlée... Son culte du détail et de la minutie d'exécution de tant de crimes fait de lui le père des génocidaires de l'armée coloniale. Les six colonnes infernales, qui comprenaient 83.000 hommes en 1842, 90.000 en 1844 et 108.000 en 1846, étaient chargées «d'empêcher (les Arabes) de semer, de récolter, de pâturer...», en un mot, de faire une politique de la terre brûlée. Le général Bugeaud a d'ailleurs expliqué lui-même pourquoi une force aussi considérable était nécessaire dans ce pays, alors que l'Italie par exemple avait pu être conquise avec une armée de 30.000 hommes... «Ce n'est que par leur multiplication [razzias] et en prenant les tribus les unes après les autres, que nous sommes parvenus à vaincre les Arabes». (Vignon L., La France en Algérie, Hachette Ed, Paris, 1893, p. 21). Bugeaud a défini lui-même son action : «C'est la guerre continue jusqu'à l'extermination». La politique des razzias incitait les militaires au viol, au pillage, au meurtre, à la destruction...

    Aux razzias ont succédé des crimes aussi abjects : massacre de la Zaâtcha, le 26 novembre 1849 commis par plus de 8.000 soldats français. Tous les hommes du village âgés de plus de 15 ans ont été pendus publiquement dans les décombres «pour l'exemple». (Garrot, Histoire générale de l'Algérie, impr. P. Crescenzo, 1910, pp. 885-886). Un journaliste français Baudicour qui a assisté à la prise de la Zaâtcha rapportera : «Les zouaves, dans l'enivrement de leur victoire, se précipitaient avec fureur sur les malheureuses créatures qui n'avaient pu fuir. Ici, un soldat amputait, en plaisantant, le sein d'une pauvre femme qui demandait comme grâce d'être achevée et expirait quelques instants après dans les souffrances ; là, un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre la muraille ; ailleurs c'était d'autres scènes qu'un être dégradé peut seul comprendre et qu'une bouche honnête ne peut raconter» (Dresch J., Ch-A. Julien, La question algérienne, les Editions de Minuit, Paris, 1958). Le massacre de Laghouat, le 2 décembre 1852, a vu pour la première fois dans l'histoire l'utilisation de gaz de combat contre les populations civiles. Le colonel Pein rapporte dans ses «Mémoires» : «Le carnage fut affreux ; les habitations, les tentes des étrangers dressées sur les places, les rues, les cours furent jonchées de cadavres. Une statistique faite à tête reposée et d'après les meilleurs renseignements, après la prise, constate le chiffre de 2.300 hommes, femmes ou enfants tués...» La pacification de la Kabylie en 1857 : «On avait tué femmes, enfants, vieillards». (cf. L. de Baudicour (1815-1853), La guerre et le gouvernement de l'Algérie, Paris, Sagnier et Bray, 1853, p. 371 ; Sur l'expédition en Kabylie). La répression d'El Mokrani de 1871, «La répression fut terrible, écrit Théodore Rinn, et, pour beaucoup, hors des proportions avec la culpabilité...» Le massacre d'El Amri en 1876 qui a subi le même sort que la Zaâtcha et Laghouat.

    La répression des Aurès de 1879, la répression de l'insurrection de Bouamama dans le Sud oranais (1881-1883), la répression de l'insurrection d'Aïn Turki (actuelle Arioua, ex-Margueritte) en 1901, la répression des Béni Chougrane et Mascara (septembre-octobre 1914)...

    L'histoire coloniale en Algérie est encombrée d'évènements tragiques. Si «la liste des excès, des humiliations, et même des crimes de guerre, est très longue», peut-on parler de génocide ? Certains historiens français pour ne citer que certains considérés comme anticolonialistes, tel le regretté Claude Liauzi ou Gilbert Meynier en 2005, le rejettent et accusent même ceux qui en parlent de «désinformation victimisante» ! Pourtant, le mot «extermination» a été utilisé de nombreuses fois par les suppôts du colonialisme. Ce mot était très explicite comme le montre le «Littré» de 1872, «exterminer» peut être considéré comme synonyme, de «chasser entièrement, faire périr entièrement», c'est-à-dire commettre un génocide. Il était pratiqué couramment au XIXème siècle : «L'idée d'extermination eut longtemps cours en Afrique [du Nord]» (Hippolyte Castille, Le général de Lamoricière, Sartorius F. E.d, Paris 1858, p. 13) C. de Feuillide dira à ce propos : «Quand nous occupâmes le Sahel, il fallut raser le sol et exterminer les races ; sans quoi, disaient ces hommes, on ne pourrait ni s'établir ni cultiver. On rasa, on extermina. (C. de Feuillide, L'Algérie française, p. 65, Plon Ed, Paris 1856).

    Il existe de nombreux exemples de génocides : le massacre de Blida de novembre 1830 ordonné par Clauzel, commandant en chef de l'armée d'Afrique : «J'ai ordonné aux bataillons de détruire et de brûler tout ce qui se trouve sur leur passage». L'extermination de la tribu d'El Aouffia à Maison Carrée le 6 avril 1832 qui a fait 12.000 victimes. Les «enfumades» et les «emmurades» de la Dahra qui sont des «chambres à gaz» de fortune et dont seulement quatre épisodes sont connus car des directives ont été données aux militaires de taire leurs crimes. Bugeaud a donné à ses officiers l'ordre d'être «impitoyables». Il a précisé dans une note écrite datée du 11 juin 1845, à propos des habitants de la Dahra qui ont l'habitude, en cas de danger, de se réfugier dans des grottes : «Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac : fumez-les à outrance comme des renards» (Maspero F., L'honneur de Saint-Arnaud, p. 205, Casbah Ed., Alger, 2004). Des tribus entières ont disparu à jamais comme les Ouled Riah et les Sbéahs. Cynique, Tocqueville, l'un des théoriciens de la colonisation écrira quelque temps plus tard : «J'ai pu sans péril traverser avec vingt-cinq personnes le Dahra dont nous avons décimé la population, il y a six mois» (Lettre du 1er décembre 1846 adressée à Corcelles, in Oeuvres complètes, op.cit. t. XV, 1, p. 224, cité par le Cour Grandmaison). Des variantes aux enfumades vont se répéter au cours du XXème siècle avec les asphyxiés de Zéralda (1942), les fours à chaux de Guelma, Héliopolis et Belkheir en 1945, l'enfumade du douar Terchioui (1957), les caves ont souvent été utilisées comme dernière sépulture de nombreux militants et civils durant la Guerre de libération (1954-1962).

    Les crimes contre l'humanité ne se sont pas manifestés uniquement par des tueries, des assassinats ou des exécutions sommaires, ils concernent également les lois iniques mises en place comme le Code de l'Indigénat qui a réduit la population autochtone à l'esclavage, l'internement des populations qui a été mis en place dès 1834, les punitions collectives qui ont commencé par le massacre des Aouffias en 1932, les amendes collectives, généralisées par Bugeaud en 1844, le séquestre des biens immobiliers, des terres et même des mosquées qui a commencé avec la confiscation des biens publics dits Beylik en 1833, le cantonnement des populations, leur regroupement au cours de la grande famine, la déportation des Algériens vers Calvi en Corse, puis dans le sud de la France, à Sète (1846) et dans les Iles Sainte Marguerite (1843), puis en Nouvelle–Calédonie (à partir de 1853) et en Guyane (1888), leur nombre total avoisine les 50.000 personnes dont des femmes et des enfants, la grande majorité est morte lors du transfert ou sur place...

    Suite à leur conscription obligatoire, de jeunes Algériens se sont trouvés mêlés à différentes guerres menées par la France : guerre de Crimée (1853-56), guerre contre l'empire austro-hongrois en Italie (1859), guerre du Mexique (1861 à 1867), guerre franco-allemande de 1870, grande guerre (1914-1918) Seconde Guerre mondiale (1939-1945) et guerre d'Indochine (1946-1954). Les pertes ont été particulièrement lourdes lorsqu'on sait que les Algériens ont été utilisés comme chair à canon, elles sont estimées à plus de 100.000 morts et un nombre plus important de blessés et de handicapés à vie.

    La colonisation de l'Algérie a été une période de non-droit avec des prisons surpeuplées, des camps d'internement appelés pudiquement d'hébergement gérés par les préfectures, des camps militaires clandestins, des laboratoires de torture... dont le nombre global dépassait les 400 et qui enfermaient plus de 150.000 personnes. Les rafles, les exécutions sommaires, les viols, la torture, les condamnations à mort avec des décapitions en chaîne, les attentats ciblés menés par la «main rouge», les mutilations, les cadavres exposés en public, les profanations de lieux de culte et de mausolées, la destruction de cimetières, l'exportation d'ossements humains...

    Les crimes commis contre les populations civiles lors des évènements de Mai 1945 avec 45.000 morts ; les évènements du 20 Août 1955 avec 12.000 morts, les manifestations du 17 Octobre à Paris avec des centaines de morts.

    Les essais nucléaires français en Algérie avec 4 explosions atmosphériques et 13 souterraines en plus des 57 essais plus réduits ont exposé directement plus de 2 millions d'Algériens à des radiations ionisantes. Les descendants de ces derniers vont continuer à payer indéfiniment un lourd tribut en maladies génétiques en cancers et en malformations. Les méfaits des expérimentations chimiques et balistiques de Hammaguir sont peu connus bien que celles-ci aient été menées jusqu'en 1986. La guerre de libération nationale a exacerbé l'agressivité du colonialisme et s'est terminée par un véritable holocauste commis par l'OAS. L'Algérie parle de 1,5 million de morts et la France reconnaît seulement 200.000 !

     

    Victimes des épidémies, des famines et des camps

     de regroupement

     

    L'occupation française de l'Algérie a aggravé durant le XIXème siècle la situation sanitaire et épidémiologique des populations algériennes. Les redoutables épidémies de peste des XVIIème et XVIIIème siècles ont été remplacées par la violence meurtrière du choléra, du typhus, de la syphilis, de la tuberculose, des famines... Il est aujourd'hui établi que de nombreuses infections ont été importées et propagées par l'armée française et les colons, certaines ont été réactivées et rendues très virulentes par une importation massive de réservoirs humains. Ainsi, les épidémies de choléra ont, en effet, été importées et diffusées par les militaires français, les plus importantes ont eu lieu en 1834, 1835, 1837, 1839, 1846, 1849, 1855, 1859, 1865, 1866, 1884 et 1893. Les Rickettsies, agents du typhus historique, ont été ramenées en Algérie avec le pou de corps humain, que des milliers de va-nu-pieds d'Europe portaient sur eux, au moment ils étaient envoyés pour coloniser l'Algérie. La syphilis a été réactivée à travers les nouveaux réservoirs ramenés en Algérie pour entretenir le moral des soldats mais également à travers les multitudes de centres de dépravation mis en place par les autorités militaires françaises au niveau des villes-garnisons. La tuberculose était pratiquement inconnue en Algérie à la veille de l'occupation, elle a été propagée par la main-d'œuvre algérienne appelée à soutenir l'effort industriel français, mais placée dans un état d'insalubrité, de promiscuité et de carence alimentaire tel qu'elle a contracté le bacille de Koch puis est revenue dans le pays pour mourir, essaimant à tout va le bacille meurtrier. Le paludisme reste une exception épidémiologique car s'il était bien présent avant l'occupation, son épidémiologie a littéralement explosé avec les bouleversements écologiques opérés par les autorités coloniales, l'anophèle (femelle du moustique), agent de transmission du parasite, s'est allié aux habitants pour retarder la colonisation du pays. Globalement, il n'est pas exagéré de dire que les épidémies ont tué plus d'un million et demi de personnes en Algérie durant l'occupation française. A titre de comparaison, Noin évalue à 1.450.000 décès, les ravages de la peste, du choléra et de la variole au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle au Maroc (Noin, 1970). Les autres épidémies ayant eu de grands impacts, notamment la variole, la rougeole, la scarlatine, la dysenterie, la typhoïde... ne sont pas comptabilisées !

    Les famines observées en Algérie durant l'occupation française ont, par leur envergure et le nombre de victimes occasionnées, été les plus meurtrières de l'histoire d'Algérie. La responsabilité de l'occupant dans les famines de 1838, de 1847, de la grande famine 1866-1868, de celles de 1891-1892 et de 1921-1922 est liée à la déstructuration de la société autochtone, à la dépossession des terres, à la confiscation des terres pastorales, à l'altération des pratiques sociales qui permettaient traditionnellement à la population de faire face aux calamités (dispersion des populations, constitution de silos de réserve [mtamers], développement de l'élevage, prêts sans intérêt [mouaouana], etc.). Ces famines ont été responsables au minimum d'un million et demi de victimes. La grande famine seule a tué plus d'un million de personnes. (Djilali Sari, Le désastre démographique, Sned Ed, Alger 1982)

    Les camps de regroupement mis en place en dehors de tout cadre légal dès 1955, ont abrité plus de 2,5 millions jusqu'au 19 mars 1962. L'absence d'une hygiène minimale, des conditions d'habitat proches de celles des SDF et l'existence d'une sous-alimentation chronique ont été responsables d'une très forte mortalité dénoncée en 1957 par le rapport de Michel Rocard. Selon ce dernier, il y avait plus d'un décès par jour pour 1.000 habitants ce qui donne en 5 ans (mars 1957 à mars 1962) plus de 4,5 millions de victimes.



    La colonisation de l'Algérie : un défi mémoriel

    pour la France



    Emmanuel Macron qui est né en 1977 n'a pas le complexe des enfants de la guerre coloniale menée par son pays. Il avait qualifié lors de sa visite à Alger le 15 février 2017, durant sa campagne électorale que la colonisation française est «un crime contre l'humanité». Il y a quelques jours, il récidive considérant la colonisation de l'Algérie comme l'un des plus grands défis mémoriels pour la France : «La guerre d'Algérie est sans doute le plus dramatique» a-t-il déclaré. Il ajoute : « je pense qu'il a à peu près le même statut que la Shoah» (AFP/RP, 25 janvier 2020). En termes de responsabilité de la France, la colonisation de l'Algérie ne peut aucunement faire l'objet d'une comparaison avec la Shoah car d'une part le régime de Vichy ne représentait qu'une partie de la France et d'autre part ce qui a été commis contre les Algériens dépasse largement les 12 millions de victimes.

    Mostefa Khiati

    Professeur, chercheur

    SOURCE : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5286602 

     

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    Secret défense contre l’histoire : fermeture

    des archives des répressions coloniales

    Les chercheurs fréquentant les archives publiques françaises, dont le Service historique de la Défense (SHD), se voient depuis peu dans l’impossibilité de consulter de très nombreux documents d'après 1940 accessibles selon la loi : tous ceux qui furent tamponnés «secret» ou «très secret» lors de leur production, durant les répressions coloniales à Madagascar, en Indochine ou en Algérie. Par Gilles Manceron et Fabrice Riceputi.

    Secret défense contre l’histoire : fermeture des archives des répressions coloniales

    Secret défense contre l’histoire : fermeture des archives des répressions coloniales

    La plupart de ces documents auxquels les chercheurs ne peuvent actuellement avoir accès étaient librement communiqués jusqu’ici, souvent depuis des années, après l'expiration des délais de communication légaux, ou bien par dérogation.

    Cette situation est le fruit d’une décision prise à la fin de l’année 2019 par le Secrétariat général de la Défense et de la sécurité nationale (SGDSN), rattaché aux services du Premier ministre : celle d’appliquer de façon différente de ce qui avait été le cas auparavant une instruction interministérielle, texte non législatif du 30 novembre 2011, émise huit ans auparavant vers la fin de la présidence de Nicolas Sarkozy, au nom de la protection du « secret défense ».

    En application de cette « IGI 1300 », les archivistes sont désormais tenus de mettre sous pli fermé ces papiers tamponnés, ainsi déclarés « classifiés », quel qu’en soit le contenu et la date. Et, si des chercheurs souhaitent les consulter, ils doivent s’adresser aux institutions qui les ont versées, le ministère de la Défense le plus souvent, pour obtenir, page par page, leur « déclassification ». Comme rien n’indique sur les cartons d'archives qu’ils contiennent de telles pièces, tous devront être passés en revue par les archivistes, qui devront examiner, au total, des centaines de milliers de pages, des dizaines de kilomètres linéaires d’archives. En l’absence de personnels, le centre le plus concerné, le SHD à Vincennes, a annoncé à ses usagers de sérieuses restrictions à la consultation. Pour des documents qui étaient pourtant, pour la plupart, ouverts aux chercheurs il y a encore quelques semaines, et souvent depuis des années.

    L’absurdité de cette mesure saute aux yeux. Elle est sans doute inspirée par l’obsession sécuritaire actuelle et par la crainte d’un débat en cours sur l’enjeu démocratique que représente pour les citoyens le droit à connaître la page coloniale de notre histoire. Une journée d’études a été organisée le 20 septembre 2019, sous l’égide de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), dans la salle Victor Hugo de l'Assemblée nationale, soutenue par les grandes organisations françaises pour la défense des droits de l’homme et contre la torture, dont les films vidéo ont été publiés par Mediapart et les Actes ont été publiés par la Revue des droits de l'homme du CREDOF.

    De nombreux travaux de recherche historique, projetés ou entamés, sont stoppés net. Quant à ceux qui ont pu profiter antérieurement de la libre communication ou de dérogations, leurs auteurs pourraient en théorie se voir reprocher d’avoir divulgué des secrets d’Etat, voire même être poursuivis pour « délit de compromission » et encourir de lourdes peines. La plupart de ces documents déclarés inaccessibles ne contiennent rien qui touche de près ou de loin, en 2020, au secret de la défense nationale, même dans son acception la plus large. « Les plans du débarquement en Normandie seront-ils dévoilés ? », ironise fort justement une tribune d’historien.ne.s. Les protestations se multiplient : des historiens des Etats-Unis ont écrit à Emmanuel Macron, des tribunes ont été publiées le 13 février dans Le Monde par des historiens français et étrangers, une pétition va être ouverte aux signatures. 

    Cette mesure de restriction de l’accès aux archives publiques est sans précédent et constitue une régression dans l’évolution récente des politiques de l’Etat en la matière. Cette simple mesure administrative semble en contradiction avec la législation en vigueur, la loi sur les archives de 2008 et le code du patrimoine. Elle intervient après une ouverture par dérogation générale des archives de la Seconde Guerre mondiale, publié le 24 décembre 2015, par François Hollande, comme l'explique l'historien Gilles Morin qui en avait été à l'origine. Et après plusieurs déclarations d’intention de transparence et d’ouverture de celles de la guerre d’Algérie, notamment sur l'assassinat de Maurice Audin par les militaires français qui le détenaient, et sur les autres disparus de la guerre d'Algérie, par le président de la République, Emmanuel Macron, le 13 septembre 2018. S’agit-il d’un tournant politique en la matière ? Par qui et pourquoi a-t-il été opéré ?

    Il nous apparaît que les principaux évènements concernés dépassent la Seconde Guerre mondiale et sont ceux des guerres d’Indochine et d’Algérie, ainsi que les répressions coloniales à Madagascar et au Cameroun. Les archives relatives aux opérations de l’armée française durant ces guerres et répressions coloniales sont constellées de mentions « secret ». Ce souci de discrétion, particulièrement lorsqu’il s’est agi de dissimuler des exactions, serait-il encore d’actualité en 2020 ? Faut-il accorder une importance durable au moindre tampon « secret », même si, dans certains cas, il a été apposé par les chefs de tortionnaires pour dissimuler leurs pratiques. Poursuivra-t-on le président Hollande parce qu’il a remis à Josette Audin des documents « classifiés » relatifs au sort de Maurice Audin et a démenti le mensonge proféré pendant des décennies par l'armée et les institutions françaises sur sa prétendue « évasion » ? Le président Emmanuel Macron a déclaré en septembre 2018 qu'Audin avait été assassiné par les militaires français qui le détenaient et qu'un système a été alors installé qui autorisait la multiplication de tels actes. Pourrait-on interdire aux historiens de faire, sur ces faits, leurs recherches dans les archives ?

    Les archives déclarées « classifiées » ne sont désormais plus communicables, cette rétention entrave considérablement et pour un temps indéfini la recherche de la vérité. Et on peut craindre qu'au prétexte d’une conception extensive du « secret défense », certaines d’entre-elles, qui ne seraient pas « déclassifiées », deviennent incommunicables.

    Or la consultation des archives a été considérée par la Révolution française comme un droit appartenant à tous les citoyens, déclarés égaux dans l’accès aux services publics. Le secret de la défense nationale ou les intérêts fondamentaux de l’Etat n’effacent pas pour autant les droits de l’homme et de tout citoyen. 

    Il faut que la France assume une ouverture très large, voire complète, de ses archives de la guerre d’Algérie, cinquante-huit ans après la fin de cette guerre. Le président Hollande, le 19 mars 2016, avait envisagé une ouverture totale. Dans son texte qui n'apparaît plus aujourd’hui sur le site de l’Élysée, on lisait notamment : « Depuis 2008, nos archives sur cette période sont pour l’essentiel ouvertes mais ici, je le dis, elles devront l’être entièrement, ouvertes et mises à la disposition de tous les citoyens. »

    Et il ne s’agit pas seulement d’un enjeu concernant la connaissance historique d’une période de l’histoire contemporaine de la France, c’est aussi un enjeu civique. Car la question n’est pas sans lien avec le fait qu’aujourd’hui en France existent des forces politiques qui se sont nourries des silences et des dénis d’histoire relatifs à la période coloniale. Le libre accès aux archives est aussi une des conditions pour que ce pays puisse espérer enfin mettre fin à leur ascension, qui est malheureusement prévisible si un tel travail archivistique, historique et mémoriel n’est pas entrepris.

    Gilles Manceron et Fabrice Riceputi font partie des animateurs des sites histoirecoloniale.net et 1000autres.org. Ce dernier est l'auteur de La bataille d’Einaudi, comment la mémoire du 17 octobre 1961 revint à la République, préface de Gilles Manceron (Le passager clandestin, 2015). 

    SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/gilles-manceron/blog/130220/secret-defense-contre-l-histoire-fermeture-des-archives-des-repressions-coloniales 


     

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    En ce jour de 1960

    C'était un 13 février, la première bombe atomique française

    En ce jour de 1960  C'était un 13 février, la première bombe atomique française *** Lettre ouverte

    Le 14 septembre 1966, le général de Gaulle, en tenue spéciale anti-radiations, assiste de la passerelle du croiseur «De Grasse» à l'explosion de la troisième bombe nucléaire française dans le Pacifique. Photo Gamma-Keystone. Getty Images

     

    Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas tous. Certains hantent toujours notre présent. «Libération» en fait le récit. Aujourd’hui, l'explosion de «Gerboise bleue» dans le Sahara.

    Une lumière blanche intense vient de faire pâlir le ciel pourtant si lumineux du Sahara algérien. A Reggane, province reculée du sud de l’Algérie où la France a installé son Centre saharien d’expérimentations militaires (CESM), «Gerboise bleue», première bombe A de conception hexagonale, vient d’éclater en ce 13 février. Cela fait tout juste soixante ans, et une semaine après que le président Macron a reposé les fondements de la doctrine de la dissuasion nucléaire française lors d’un discours à l’Ecole de guerre. Une apocalypse baptisée du nom d’un petit rongeur sauteur familier des étendues de sable.

    Avec cette première explosion, la France vient de se hisser dans le club très fermé des puissances atomiques mondiales avec un concept toujours de mise aujourd’hui, celui de la dissuasion du «faible au fort». Un rapport de force modèle cour de récré, mais efficace. Du style «si tu m’attaques je te montrerais que même si je suis tout petit, tu vas t’en prendre plein la gueule». Pas besoin de convoquer les grands frères. La France possède l’arme ultime, celle qui est capable de causer des ravages indescriptibles. Face alors à la menace soviétique, le message est clair. En lançant ses missiles, le gain que l’URSS pourrait obtenir est si négligeable qu’il ne vaut pas le coup de se voir atomiser en retour.

    Avanies et autre vexations

    Surtout, en se hissant à la hauteur des puissances de premiers plans, De Gaulle, qui n’a jamais vraiment supporté les avanies et autre vexations que lui avaient fait subir Roosevelt au cours de la Seconde Guerre mondiale, lui adresse un superbe pied de nez. La France peut se défendre sans le secours du bouclier nucléaire américain. Une logique qui poussera le pays à quitter le commandement intégré de l’Otan en 1966.

    Contrairement à l’idée communément admise, ce n’est pas le père de la France libre qui préside à l’élaboration de l’arme nucléaire. Les travaux avaient commencé sous la présidence du conseil de Pierre Mendès France en 1954. En avril 1958, Félix Gaillard, président du Conseil de René Coty, fixe la date de l’essai expérimental au début de l’année 1960.

    Au total, même après les accords d’Evian (1962) scellant la fin des «opérations de pacification», litote utilisée pour la guerre menée par la France sur le sol algérien, ce seront dix-sept essais nucléaires à l’air libre qui seront menés dans le Sahara. Ils ne prendront fin qu’en 1966. En avril 1961, suite au putsch des généraux d’Alger (Challe, Jouhand, Zeller et Salan), ce «quarteron de généraux en retraite» selon l’expression du président de Gaulle, les autorités font détonner dare-dare la bombe à Reggane de peur que le pouvoir insurrectionnel né d’un pronunciamento ne s’en empare.

    La France continuera ses expérimentations à l’air libre à Mururoa et dans l’atoll de Fangataufa. De 1966 à 1974, 46 bombes exploseront ainsi dans le ciel de la Polynésie. Avec toutes les conséquences qui font aujourd’hui l’objet de contentieux juridiques.

    Moratoire

    «La bombinette» française, telle que raillée par l’opposition au moment du premier essai de 1960, continue à être testée dans le Pacifique mais de manière souterraine jusqu’en 1991. Le 8 avril 1992, François Mitterand décrète un moratoire sur les expérimentations. Au total sous le corail des atolls, 147 bombes à la puissance représentant des dizaines de fois celle d’Hiroshima et de Nagasaki explosent.

    En 1995, lors d’une conférence de presse, Jacques Chirac, président fraîchement élu, annonce la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique pour mieux passer à la simulation en laboratoire. Une date particulièrement mal choisie alors que le monde commémore le largage de «Little Boy», la première bombe atomique américaine par le bombardier B-29 Enola Gay sur le site d’Hiroshima le 6 août 1945. De juin 1995 à janvier 1996, la France procédera à six essais nucléaires à Fangataufa.

    Depuis le démantèlement de la base de missiles terrestres du plateau d’Albion en 1999 – aujourd’hui site de visites touristiques – la force de dissuasion nucléaire française repose sur deux composantes, la force océanique stratégique (FOST) et quatre sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) qui se relaient perpétuellement en mer, équipés du dernier né des missiles mer-sol balistique, le M-51. Sa portée publique est d’un minimum de 4 500 km. La réelle est tenue secrète. Tout comme la capacité d’emport de son ogive qui contient plusieurs têtes nucléaires à trajectoire distincte. La deuxième composante est celle des forces aériennes stratégiques avec le porte-avions Charles de Gaulle.

    Le 13 février 60 démontre au monde que la France sait fabriquer «la bombinette». Mais «le plus important est de savoir où elle tombe» comme le chantait Boris Vian dans sa Java des bombes atomiques.

    SOURCE : https://www.liberation.fr/france/2020/02/13/c-etait-un-13-fevrier-la-premiere-bombe-atomique-francaise_1778046 

    Lettre ouverte

    «Emmanuel Macron, vous n'avez jamais fait l’expérience de l’inhumanité absolue des armes nucléaires. Moi, oui.»

    Par Setsuko Thurlow, survivante d'Hiroshima et militante de l'Ican (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires), organisation Prix Nobel de la paix 2017.  

    En ce jour de 1960  C'était un 13 février, la première bombe atomique française *** Lettre ouverte

    Setsuko Thurlow lors de la réception du prix Nobelpar l'Ican, le 10 décembre 2017. Photo NTB Scanpix. Terje Bendiksby via Reuters

    Survivante d'Hiroshima et militante pour l'abolition des armes atomiques, Setsuko Thurlow interpelle le président de la République, qui a prononcé ce vendredi matin un discours sur la dissuasion.

    Lettre ouverte. Le président Emmanuel Macron a prononcé aujourd’hui un discours sur les centaines d’armes nucléaires de la France, refusant le désarmement nucléaire et invoquant le manque de réalisme des efforts en vue de les abolir au niveau mondial. Mais il n’a jamais fait l’expérience de l’inhumanité absolue de ces armes. Moi, oui. Et j’ai passé ma vie entière à avertir le monde de la menace réelle que ces armes posent, et à faire comprendre l’illégalité et le mal ultime qu’elles représentent.

    Le président Macron n’a pas répondu à ma demande de le rencontrer à Paris la semaine prochaine afin de partager avec lui les réalités de ce que sont les armes nucléaires et de ce qu’elles font aux personnes et à l’environnement. Mais les Français, et notamment les jeunes, méritent de connaître l’entière vérité sur les armes nucléaires.

    En août prochain, cela fera 75 ans que les Etats-Unis ont complètement anéanti ma ville natale, Hiroshima. J’avais 13 ans. À 8h15, j’ai vu par la fenêtre un éclair aveuglant, blanc bleuté. Je me souviens d’avoir eu la sensation de flotter dans l’air.

    Alors que je reprenais conscience dans un silence total et une profonde obscurité, je me suis retrouvée prise au piège du bâtiment qui s’était effondré sur moi. J’ai commencé à entendre les cris faibles de mes camarades de classe : «Maman, aide-moi. Dieu, aide-moi.» Alors que je sortais en rampant, les ruines étaient en feu. La plupart de mes camarades de classe ont été brûlés vifs. J’ai vu tout autour de moi une dévastation totale, inimaginable.

    Des processions de figures fantomatiques se sont mises à défiler. Des personnes grotesquement blessées saignaient, brûlées, noires et enflées. Des parties de leurs corps avaient disparu. Leur chair et leur peau pendaient, laissant leurs os à. vif. Certains tenaient leurs yeux dans leurs mains. D’autres, le ventre ouvert, les intestins pendants. La puanteur nauséabonde de la chair humaine brûlée remplissait l’air.

    Mythe de la dissuasion

    Chaque fois que je me souviens d’Hiroshima, la première image qui me vient à l’esprit est celle d'Eiji, mon neveu de 4 ans. Son petit corps a été transformé en un morceau de chair fondue méconnaissable. Il n’a cessé de mendier de l’eau, d’une voix faible, jusqu’à ce que la mort le libère de son agonie.

    Ainsi, avec une bombe atomique, ma ville bien-aimée a été anéantie. La plupart de ses habitants étaient des civils – parmi eux, des membres de ma propre famille et 351 de mes camarades de classe – qui ont été incinérés, vaporisés, carbonisés. Dans les semaines, les mois et les années qui ont suivi, des milliers d’autres personnes sont mortes, souvent de façon aléatoire et mystérieuse, des effets à retardement des radiations. Aujourd’hui encore, les radiations tuent des survivants.

    Monsieur le président Macron, vous voulez maintenir et moderniser des centaines de ces armes inhumaines, instruments de génocide, qui menacent d’indicibles souffrances tous les êtres vivants ? Il est profondément naïf de croire que le monde peut conserver indéfiniment des armes nucléaires sans qu’elles ne soient à nouveau utilisées. Toute utilisation d’arme nucléaire serait contraire aux règles et aux principes du droit international humanitaire. En perpétuant le mythe de la dissuasion, en en faisant un élément central de la politique de défense de la France, en investissant massivement dans ces armes (à hauteur de 37 milliards pour les cinq prochaines années), vous mettez en péril la sécurité européenne ; vous mettez en péril la sécurité mondiale. Soyez réaliste.

    Chère France, vous pouvez faire un autre choix.

    En 2017, j’ai accepté le prix Nobel de la paix au nom de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires – distinction obtenue pour le travail que nous avons accompli avec l’adoption de la première interdiction juridique internationale des armes nucléaires, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. A ce jour, 35 Etats ont ratifié ce traité et 81 l’ont signé.

    Epée de Damoclès

    Près de 20 villes françaises, dont Paris et Grenoble, ainsi que des dizaines d’élus français appellent la France à adhérer à ce traité et à s’engager sur la voie d’un monde sans armes nucléaires. La jeunesse française, cette nouvelle génération, a compris la menace inacceptable que représentent les armes nucléaires pour l’humanité. Selon un sondage publié en janvier par le Comité international de la Croix-Rouge, 81% des «milléniaux» pensent que l’utilisation des armes nucléaires n’est jamais acceptable. Et la semaine prochaine, des centaines d’étudiants et des militants se réuniront à Paris pour une conférence sur l’abolition des armes nucléaires.

    Comme l’a déclaré le pape François à Nagasaki en novembre dernier, l’histoire jugera sévèrement les dirigeants qui rejettent le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires et qui, au contraire, prononcent des discours à la gloire de leurs armes atomiques conçues avec l’intention de commettre une tuerie de masse. Les théories abstraites ne doivent plus masquer la réalité génocidaire de ces pratiques. Ne considérons la «dissuasion» comme rien d’autre que ce qu’elle n’est : la mise en péril certaine des peuples. N’acceptons plus d’avoir cette épée de Damoclès nucléaire au-dessus de nos têtes.

    Monsieur le président Emmanuel Macron, vos stratèges de la défense ont peut-être étudié la théorie nucléaire, mais j’ai moi-même fait l’expérience bien réelle de l’enfer atomique. Vous devez choisir un avenir meilleur pour la France et pour l’Europe. Adhérez au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, et éradiquez à jamais la menace de l’anéantissement nucléaire.

    Setsuko Thurlow survivante d'Hiroshima et militante de l'Ican (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires), organisation Prix Nobel de la paix 2017.  

    SOURCE : https://www.liberation.fr/debats/2020/02/07/emmanuel-macron-vous-n-avez-jamais-fait-l-experience-de-l-inhumanite-absolue-des-armes-nucleaires-mo_1777601 

     

     

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    Pour Emmanuel Todd, "si la réforme

     des retraites passe", ce sera

     "un coup d’État"

    Pour Emmanuel Todd, "si la réforme   des retraites passe", ce sera   "un coup d’État"

    Avec d'autres personnalités de gauche, le démographe réclame un référendum sur la réforme des retraites. Selon lui, le projet du gouvernement est contraire à la Constitution.

    Plus de 140 personnalités réclament un référendum sur la réforme des retraites.  Elles publient une tribune dans le journal L’Humanité, alors qu’à l’Assemblée nationale, une Commission spéciale a essayé d’examiner le projet du gouvernement… la commission a piétiné durant neuf jours et s’interrompt alors qu’il lui restait près de 14.000 amendements. 

    Le démographe Emmanuel Todd, l'invité éco du 10 février, a signé cette pétition. Selon lui, cette réforme est contraire à la Constitution. "Je n’ai pas peur du Parlement, explique-t-il sur Franceinfo, mais j’ai peur d’une réforme qui n’a pas été étudiée (…) Le travail démographique, le travail économique sur ce qui va venir n’a pas été fait. C’est une sorte d’acte de nihilisme législatif (…) On est au bord de la sortie de constitutionnalité".

    "Revenir dans les clous de la légalité constitutionnelle"

    Emmanuel Todd estime que cette réforme va mettre "tous les Français en état d’insécurité sociale car elle brise le pacte social", et qu’elle va "produire une délégitimation du pouvoir en place". Il insiste : "Si cette loi n’est pas constitutionnelle, si elle passe en force, ça voudra dire que le mandat des députés est de fait invalidé et que le mandat présidentiel est invalidé."

    Selon lui, seul un référendum permettrait de "revenir dans les clous de la légalité constitutionnelle" . En revanche, si la loi était adoptée, ce serait, selon Emmanuel Todd, un "coup d’Etat".      

    Emmanuel Todd vient de publier Les luttes de classes en France au 21e siècle (Seuil).

    Merci d’arrêter la vidéo après le sujet concerné, d’autres vidéos, sans rapport, suivent…

     

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    C’est une bien triste nouvelle que Tramor Quemeneur vient de nous communiquer. Bernard Gerland vient de nous quitter.

    Bernard Gerland vient de nous quitter

     

    Tramor Quemeneur écris donc « Je viens d’apprendre le décès de Bernard Gerland la nuit dernière. J’avais écouté et lu son témoignage poignant «Ma Guerre d’Algérie» au début des années 2000. Il y revenait sur son parcours d’appelé dans la guerre d’Algérie, ce qui avait complètement bouleversé sa vie. Nous nous étions rencontrés au début des années 2010. Je l’avais alors interviewé, il m’avait ouvert ses archives et j’avais rendu compte de son parcours dans plusieurs ouvrages. Nous avons participé à plusieurs rencontres ensemble, autour du 17 octobre 1961 ou de la répression en Algérie, en région parisienne et bien sûr à Lyon. Il avait enfin participé au documentaire « Algérie. La guerre des appelés » pour lequel j’étais conseiller historique, et dans lequel son témoignage est très fort. Le rencontrer, échanger avec lui a toujours été très agréable. Sa prévenance et sa gentillesse me manqueront. Salut l’artiste !

    Tramor Quemeneur

     

    Le spectacle-témoignage "Ma guerre d’Algérie" est programmé à Besançon, mardi 14 avrl 2015, salle Battant, à 20 h

    Le témoignage

     

    de Bernard Gerland

    Un spectacle, Ma guerre d’Algérie "Ce qui se ressemble chez les appelés et rappelés de la guerre d'Algérie "Le silence du retour"

    On a vite fait de basculer 

    Bernard Gerland, 21 ans à Foudouk, 75 ans à Lyon 

    Instituteur avant la guerre puis conducteur de travaux, Bernard est un militant de gauche. Il est envoyé deux ans en Algérie entre janvier 1960 et janvier 1962.  

    Pendant les premières années de la guerre, il contribue à la diffusion sous le manteau de “La question” d’Henri Alleg. Il est persuadé d’échapper à l’Algérie, persuadé que “les choses vont s’arranger” jusqu’à son appel sous les drapeaux. Bernard n’adhère pas aux valeurs de l’armée. Progressivement, il entre dans le jeu, subit la propagande quotidienne de ses supérieurs et finit sa guerre en bon “petit chef de guerre”. Depuis 2001, Bernard milite dans l’association “Parlons-en” et donne des représentations publiques de son spectacle “Ma guerre d’Algérie”.  

    Dans "Instantanés d'Algérie, les gusses témoignent", Bernard raconte son voyage d’un mois à travers l’Algérie pendant une permission, l’exécution d’un prisonnier qu’il a regrettée toute sa vie et ses relations amicales avec les harkis qu’il a dirigés pendant plusieurs mois.   

    Un spectacle, Ma guerre d’Algérie

    Bernard Gerland raconte comment il en est arrivé à se porter volontaire pour une « corvée de bois » en Algérie, puis comment il s’en est libéré trente ans après.

     Qui suis-je et qui étais-je avant l’armée ?

    Je suis né le 16 Août 1939 à Villefranche-s/Saône  (Rhône), où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 11 ans, puis ensuite à Lyon. J’ai été élevé dans une famille de tradition catholique, le second de ma fratrie (trois sœurs). Bien que n’aimant pas l’école à partir de la classe de sixième (j’étais plutôt un esprit rebelle et avais horreur des activités sédentaires), je suis allé jusqu’au baccalauréat, ce qui m’a permis à 19 ans d’être instituteur public remplaçant, avant d’être, à 20 ans,  incorporé dans l’armée comme appelé.

    J’étais peu politisé, mais malgré tout hostile à la guerre et particulièrement à celle d’Algérie dont je suivais l’évolution depuis l’âge de 15 ans. Je lisais Témoignage Chrétien , parfois  France Observateur . Je connaissais  La Question  d’Henri Alleg, j’avais lu Germaine Tillion sur l’Algérie. Je ne voulais pas devenir gradé,  avec néanmoins une contradiction : j’avais suivi la  préparation militaire, mais plus pour le sport que pour l’aspect militaire.

    Double jeu de la « pacification »

    Je suis incorporé en août 1959 (classe 59 2A) à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) au 92ème R.I.  Quatre mois de classes de biffin (l’aspect sportif ne me déplaisait pas) au cours desquels je subis une très forte pression pour suivre le peloton et devenir caporal puis sous-officier. Devant mon refus, réitéré à maintes reprises, on finit par m’expédier en Algérie : départ janvier 1960. J’y resterai deux ans.

    Je suis affecté au 117ème R.I., région de Blida. On tente de suite de m’intéresser à des affectations du genre instituteur. Je ne manifeste pas d’intérêt, et me retrouve affecté dans un poste  de montagne,  « Poitiers », poste en protection du village regroupé d’Aguitoune, au-dessus de Fondouk (aujourd’hui Khemiz el Khechna) d’un côté et du barrage du Hamiz de l’autre.

    Là,  je fais de la « pacification ». Je m’occupe de l’état civil instauré par l’armée, je fais le secrétariat de l’infirmier. J’en profite pour passer de longs moments à bavarder avec les chefs du regroupement, dans le village, ou au café maure avec les habitués du lieu. J’ai un excellent contact avec la population. J’en découvre le dénuement.

    Je suis chargé de recueillir des renseignements, de « jouer » la protection, de mettre en garde contre tout agissement qui porterait tort à la « pacification » et amènerait l’armée à procéder à représailles.

    Je retiens, de l’exercice de cette fonction, l’amitié liée avec l’un des chefs, la liberté que je me permettais dans mes déplacements dans le village, les contacts et discussions avec la population, mais aussi le désagréable double jeu qu’était la « pacification ».

    Je participe, en tant que grenadier-voltigeur, à des opération d’envergure où nous effectuons surtout des bouclages et  ratissages  dans la montagne, souvent loin du poste, à des embuscades de nuit dans le village ou dans la région, aux gardes évidemment, aux escortes de ravitaillement du poste et des autres postes plus éloignés dans la montagne, aux contrôles de la population.

    Installation dans la guerre

    Quelques jours après mon arrivée, premier accrochage, dans les rochers de Rivet. Le sergent Carrot est blessé, je ne le revis plus ; c’était un bon copain, un gars très apprécié de tous, une référence pour moi à cause de ses positions sur cette guerre et sur la vie en général – positions qui correspondaient aux miennes -, à cause aussi de son rayonnement humain et chrétien.

    Je me retrouve ainsi seul, sans en avoir toutefois claire conscience. Et peu à peu, sans m’en rendre compte, je m’installe dans la guerre, je fais mon boulot de soldat.  J’abandonne la prière, les quelques lectures qui auraient pu me tenir éveillé ;  je ne me nourris plus ni spirituellement, ni intellectuellement, ni politiquement.

    Seul le courrier, notamment à mes parents, me tient ; j’écris beaucoup.  Je cafarde aussi beaucoup. L’alcool (le vin au bromure, la bière et l’anisette) devient un bon compagnon, comme pour ceux qui m’entourent.

    Le capitaine du poste, en qui j’ai confiance, me propose le peloton de sous-officier, après qu’on m’ait nommé caporal, grade dont je n’ai jamais voulu porter le galon – ce qui ne m’empêchait pas,  en opération, d’assurer la fonction de chef de pièce FM. Et me voilà au centre de formation de sous-officiers de Dellys  (petite Kabylie), après avoir cette fois accepté de devenir gradé.

    Installation dans l’armée

    Je m’installe dans l’armée, après m’être installé dans la « pacification », le maintien de l’ordre et la guerre. Je commence aussi à entrevoir l’intérêt que peuvent représenter, pour un sous officier, la paye, un peu plus de confort, la considération, les responsabilités – notamment de conduite d’hommes (je savais faire ça, pour l’avoir fait dans le civil : éducation populaire, colos, enseignement). Là, l’instruction, quelques opérations, embuscades, escortes, gardes, patrouilles ; la vie de garnison en petite ville au bord de la mer ; quelques rares bons amis.

    Retour au poste de « Poitiers ». Je suis nommé sergent. J’ai en opérations  la responsabilité d’un groupe. Je  suis rapidement affecté dans une harka dont la base arrière se trouve tout près de Fondouk : une bonne cinquantaine de harkis, souvent très jeunes (à partir de 16 ans), recrutés sur le secteur ; un encadrement mixte d’ « active » et d’appelés ; dirigée un temps par un lieutenant appelé dont je garde un excellent souvenir : chef brillant, discret, sûr de lui sur le terrain, inspirant et méritant confiance. Je fais mon boulot de chef de groupe, au mieux, soucieux de « mes hommes » ; je crois avoir acquis et mérité leur confiance. Je noue une grande amitié avec mon adjoint, un sous-officier harki ; il m’apprend l’arabe que j’arrive à bien parler.

    La « corvée de bois »

    Je m’installe dans l’Algérie, j’envisage même sérieusement d’y rester après « la Quille ».

    Quelques accrochages en opérations et en embuscades. Deux passages à l’hôpital Maillot d’Alger, pour un ressort de PM  qui m’a sauté dans un œil (aie !…) et le coccyx cassé par l’explosion d’une grenade OF (lancée par moi !).

    Lors du « putsch des généraux » d’avril 1961, le Bataillon – fidèle au Général de Gaulle – se replie dans la montagne. Mon groupe accroche une petite bande de l’A.L.N. conduite par le chef historique du secteur ; celui-ci est mis hors de combat, fait prisonnier, puis soumis aussitôt  au « renseignement» au P.C. du Bataillon. Il s’ensuit une série d’opérations dont je ne me souviens pas qu’elles aient été fructueuses pour l’armée française. Jusqu’au jour où le prisonnier est amené à la harka pour être exécuté façon « corvée de bois ». Je me porte volontaire pour prendre le commandement de cette corvée, qui finit par  m’incomber avec un petit groupe de harkis.  Comme il était de coutume, je la « déguise » ensuite, dans une déclaration au commissariat de police de Fondouk, en une tentative d’évasion du prisonnier.

    Je termine mon temps d’armée au centre de formation de sous officiers de Dellys, où j’exerce surtout des tâches administratives auprès d’un capitaine de compagnie. Pour la conduite de « mes harkis » au cours de l’accrochage d’avril 1961, il m’est demandé de leur proposer une citation, ce que je fais.  Je suis également cité à l’ordre du Régiment ;  je reçois la décoration au cours d’une prise d’armes à Dellys, au grand étonnement des élèves sous-officiers qui me connaissent comme instructeur et administratif  plutôt pacifique et non comme « petit chef de guerre » ; je suis fier de cette décoration, je la porte sur mon uniforme de sortie en Algérie et à mon retour en France – ce qui me vaut les félicitations de mon père. Après avoir été fier du galon de sous-officier, me voilà fier de la décoration.

    J’avais utilisé ma « permission  longue durée »  pour faire un voyage d’un mois, en stop,  au Sahara.  J’avais pris aussi à deux reprises quelques jours de permission pour visiter l’Oranais et le Constantinois (je connaissais déjà bien l’Algérois, pour y « guerroyer »). Ce qui m’a amené à connaître des Algériens,  quelques Pieds-Noirs, et  ce magnifique pays où j’envisageais de rester après l’armée.

    Le silence au retour

    En janvier 1962, sans transition je retrouve la vie civile. Au cours de ma permission libérable effectuée en Algérie, je cherche et trouve du boulot là-bas. Revenu en France, avec ma lettre d’embauche en poche, je décide finalement,  pour raisons affectives, d’y rester.  Je retrouve assez vite du travail, dans le Bâtiment comme conducteur de travaux,  je dois investir beaucoup dans la vie professionnelle pour « faire mon trou ». Je me marie quelques mois après.

    Bien que ma pratique en Algérie ait été contraire à mes idées et à mes valeurs initiales, je n’avais néanmoins pas perdu complètement celles-ci, toujours présentes dans ma tête. Sans tarder, je m’engage syndicalement et politiquement.

    A part à mon épouse et peut être à quelques très proches (dont je ne me souviens pas,) je fais le silence sur ces deux années en Algérie,  je crois surtout par  honte de ce que j’avais fait et de ce dont j’avais été témoin, et par peur de représailles ; je préfère me faire « oublier ».  Plus ça va, plus j’enferme en moi, dans l’impossibilité de l’avouer – même à des amis intimes –,  la « corvée de bois » pour laquelle j’avais été volontaire.

    L’envie d’en parler

    Et puis … quelques trente ans après, m’est revenue de plus en plus fortement et de plus en plus souvent l’image de ce prisonnier, de cet acte, accompagnée du « mauvais goût » de ma lâcheté. L’envie d’en parler à mes enfants et à quelques amis intimes devient de plus en plus forte. Le film de Bertrand Tavernier  La guerre sans nom  est un déclencheur : au-delà de la guerre d’Algérie, il me montre tout simplement la nature humaine et sa fragilité, il renforce mon besoin de parler, et de parler avec d’autres anciens appelés – ce que je fais.  Je réalise alors combien nous portons tous au fond de nous une grande souffrance, difficilement partageable. 

    C’est alors que, en 1995, participant à un atelier sur le travail d’acteur avec des amis comédiens, l’occasion m’est donnée, dans le cadre du travail, de leur faire la confidence de l’exécution du prisonnier. Ce fut ma première expression publique : confidence difficile à dire de ma part, difficile à entendre de la leur. Ils me suggèrent de travailler à rendre cette confidence audible, partageable, présumant qu’un tel « travail» pourrait être salvateur pour moi et utile à d’autres.

    Un spectacle,  Ma guerre d’Algérie

    C’est de là qu’est né un spectacle, Ma guerre d’Algérie, après ce travail de plusieurs mois sur ma mémoire, sur la structuration de cette mémoire et son « appréciation » ;  je chemine  peu à peu avec mes amis dans l’écriture et la manière de la partager.

    Ma guerre d’Algérie  est un témoignage sous forme d’un grand poème sur l’Algérie, sur la guerre, sur les gens que j’ai côtoyés là-bas, sur la conscience, la fragilité de l’homme, sa « capacité » d’être lâche ; et par contre coup, sur la « résistance ». Le fil rouge du spectacle tient dans la phrase que je remets à chaque spectateur à la fin du récit de ma guerre d’Algérie, et qui ouvre sur la parole : « La guerre d’Algérie n’est pas terminée, elle se poursuit dans cet énorme silence qu’elle a creusé en nous. Comment ne pas voir que la honte peut entrainer la haine ; et que, sans une démarche de réconciliation avec soi-même et avec autrui, tout peut recommencer demain » (Bernard Sigg,  Le silence et la honte).

     

    Merci d'arrêter la vidéo après le sujet concerné

    d'autres vidéos, sans rapport, suivent...

     


     

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    Le 11 février 1951, Ambroise Croizat décédait

    Il y a 69 ans jour pour jour, Ambroise Croizat, le père de notre régime général de la sécurité sociale décédait. Il laisse derrière lui un héritage révolutionnaire qu'il faut défendre et qu'il faut continuer. Comme lui, il ne faut pas défendre des droits mais se battre pour de nouveaux droits. Merci Monsieur Ambroise Croizat !

     

    Le 11 février 1951, Ambroise Croizat décédait

     

     Qui connaît encore Ambroise Croizat ?

    Une expérience malheureusement triste à réaliser est de se rendre dans la rue afin de demander aux passants qui est Ambroise Croizat, la majorité ne pourront pas vous répondre. Comment est-ce possible ? Pourquoi cet homme est-il oublié des livres d'histoire ? Des références politiques ? Pourquoi son œuvre n'est-elle pas étudiée ? Pourquoi sa mémoire n'est-elle pas honorée ? Parce qu'il est communiste ? Parce qu'il a mis en place une institution anticapitaliste de gestion communiste ? Parce qu’il a combattu politiquement De Gaulle ? C’est pourtant l'homme qui permet aux soignants, aux parents, aux chômeurs, aux accidentés du travail, aux malades, d'avoir un salaire (allocation) pour vivre en dehors de l'économie de marché. C'est pourtant l'homme qui a reçu un des plus grands hommages de toute l'histoire française : 1 million de personnes se sont déplacées sous une pluie torrentielle. Un hommage digne de celui de Victor Hugo. Si ce n'est pour ce dernier homme cité, jamais autant de personnes ne se sont déplacées pour rendre un tel hommage, alors pourquoi Ambroise est-il tombé dans l'oubli ?

    Ambroise Croizat, qui êtes-vous ?

    Avant de vous parler de son œuvre politique, laissez-moi vous présenter rapidement l'homme. Ambroise est né le 28 janvier 1901, il est fils d'ouvrier et d'employée. Comme beaucoup d'enfants de son époque, il travaille à l'usine à l'âge de 13 ans dans la métallurgie. En 1920, le Parti Communiste se crée en France et Ambroise s'y inscrit dés son ouverture. Il devient un militant convaincu du projet communiste et deviendra l'un des dirigeants des Jeunesses communistes entre 1920 et 1928. Il sera membre du bureau de la Fédération de la Jeunesse jusqu'à son décès. C'est en 1936 qu'il devient secrétaire général de la Fédération Unique de métallurgiste CGT, qui regroupe à l'époque 20 % de l'effectif du syndicat. Cette même année, il participera activement aux conquêtes sociales et aux négociations qui amèneront les congés payés, la semaine de 40 heures et la loi dont il est l'auteur sur les conventions collectives. 

    Mais la deuxième guerre mondiale approche et les communistes sont arrêtés et condamnés à la prison pour leur neutralité politique dans le conflit mondial. Ambroise est condamné à 5 ans de prison et après avoir transité dans 14 prisons les fers aux pieds, il finira emprisonné à Alger. L'Algérie est libéré très tôt par l'intervention américaine, et c'est pendant ces années de résistance à Alger avec d'autres camarades que va mûrir l'idée d'un système de protection sociale novateur et révolutionnaire. A la Libération, il devient ministre du Travail de 1945 à 1947 et pendant ces 2 ans, il construira cette institution qui rend la France si unique dans le monde entier.

    L’œuvre d'Ambroise Croizat

    Les ordonnances de 45 créent le Régime Général de la Sécurité Sociale. Il permet de socialiser une partie de la richesse produite annuellement (PIB), soit environ 20 % (480 milliards d'euros), afin d'être distribuée aux soignants, aux malades, aux chômeurs, aux retraités, aux parents.

    Selon Bernard Friot, le Régime Général n'est pas un organisme de solidarité entre les actifs et les inactifs comme on le répète souvent sur tous les plateaux de télévision. Selon lui, le but de ce mensonge est de dénaturer la subversion politique engagée d'Ambroise Croizat. D’abord le Régime Général n'est pas qu'une institution de solidarité de ceux qui travaillent vers ceux qui ne travaillent pas ou plus. Le Régime est révolutionnaire car il crée une valeur économique alternative à la valeur capitaliste. Il socialise 500 milliards notamment par la cotisation pour les répartir vers différentes caisses qui elles, donneront un salaire aux soignants, aux retraités, aux parents... C'est à dire que ces personnes ont un salaire qui reconnaît un travail sans être sur le marché de l'emploi ! Les capitalistes n'ont aucune prise sur cette richesse.

    Selon Friot, une retraite n'est pas le droit d'avoir une pension qui reconnaît que l'on a travaillé auparavant, mais c'est le droit d'avoir un salaire qui reconnait une production de valeur d'usage sans être sur le marché du travail. Idem pour les familles, les allocations familiales étaient appelées « sur-salaire » et constituées jusqu'à 50 % des revenus des ménages en 1945. C'est la reconnaissance du travail d'éducation des parents sans qu'ils le fassent sur le marché capitaliste de l'emploi. 

    Croizat sort donc le salaire de l'emploi, c'est à dire qu'il considère que les cotisations versées ne sont pas des aides, mais bel et bien du salaire et invente donc une autre reconnaissance du travail. Il ne suffit pas d'avoir un emploi pour avoir le droit à un salaire. Pourquoi si j'élève mon enfant, on me dit que je ne travaille pas alors que si c'est une auxiliaire qui le fait, cela devient du travail ? On se rend compte que la définition du travail capitaliste, ce n'est pas ce que l'on fait, mais c'est dans l'institution dans laquelle on le fait. Croizat change cette définition en reconnaissant le travail quotidien en dehors du marché de l'emploi. La révolution de Croizat, c'est qu'il change le sens du travail. Ambroise a ouvert la voie de l'émancipation du modèle capitaliste.

    Cette théorie de Friot sur la subversion du Régime Général est ambitieuse car on ne peut savoir si la volonté de Croizat s’inscrivait dans cette dynamique réflective. Du moins, Croizat s’est battu, tel un résistant contre les forces capitalistes non pour faire du ‘’social’’ comme aujourd’hui, mais bel et bien pour repousser au plus loin qu’il le pouvait la violence de la prédation capitaliste.

    Le 11 février 1951, Ambroise Croizat décédait

    Une deuxième chose à laquelle Friot n’est pas d’accord est cette affirmation : « le patronat a accepté le régime général car il était décrédibilisé par son collaborationnisme nazi ». Ainsi Ambroise Croizat a baigné dans un consensus entre le capital et le travail. Or ceci est totalement faux ! Le patronat n'était pas à genoux, il était omniprésent dans tous les partis du gouvernement de 1945 (Gaullistes, le SFIO, le MRP...). Ainsi ils se sont tous accordés sur la continuité de l'interdiction des augmentations de salaire. Mais le PC gagne les élections législatives de 1945 avec 26 % des voix. Avec 5 ministres communistes au pouvoir dont Croizat et 5 millions d'adhérents à la CGT, le patronat tremble et organise la pénurie avec les députés non communistes par l'interdiction de hausse des salaires avec l'augmentation des prix. C'est pourquoi le pouvoir d'achat en 1947 est inférieur à celui de 1944. La classe dominante attend que les ouvriers se retournent contre la CGT et le PC, beaucoup trop puissant en termes de militants et de puissance idéologique. Mais l'intelligence de Croizat est prodigieuse. Il va contourner l'interdiction de valorisation salariale en… doublant les allocations familiales, puis il introduit les 50 % pour les heures supplémentaires. Il supprime également la décote de 10 % sur les salaires féminins. Avant Croizat, une femme pour le même poste qu'un homme avec la même qualification perdait automatiquement 10 % de salaire. Croizat engendre une victoire de plus face au patronat collaborateur nazi et à tous les politiques qui le soutient !

    Puis en décembre 1946, les ministres communistes sont éliminés et Croizat partira en mai 47. C'est la fin de la participation communiste au gouvernement. Pour ce qui est de l’affaiblissement de la puissance de la CGT, c'est la CIA qui va s'en charger en organisant la scission de la CGT en 1947 avec l'aide du syndicaliste américain Irving Brown, pour créer Force ouvrière, afin de lutter contre les communistes et surtout pour soumettre la population au Plan Marshall.

    En conclusion, entre 1945 et 1947, 5 ministres communistes ont été suffisants pour révolutionner notre système social et de santé sur un mode de gestion communiste avec un salaire à vie, la co-propriété d'usage, le financement par l'investissement et tout cela avec une gestion ouvrière. Ceci sans parler de la fonction publique qui détache le salaire du poste de travail et qui en fait un salaire à vie, détaché de toute dynamique de marché. Entre 1947 et 1967, le Régime était géré par 3/4 de salariés et 1/4 de patrons. De Gaulle qui a toujours été contre le programme social du Conseil National de la Résistance et du Régime Général de la sécurité sociale, détruira la démocratie sociale du Régime Général notamment en 1967 en confiant sa gestion au patronat.

    Ambroise Croizat décédera en 1950 rongé par un cancer des poumons. Militant dans l'âme, ses derniers mots à l’assemblée seront « Jamais nous ne tolérerons que soit mis en péril un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès ».

    Et aujourd’hui ?

    Depuis les années 80, les gouvernements successifs essaient de casser morceau par morceau la construction d'Ambroise Croizat, que ce soit l'UMP/LR ou le PS ou LREM. Depuis sa création, on dénombre au moins une centaine d’attaques contre le Régime Général. L’expression « trou de la sécu », un autre argument fallacieux de la contestation politique bourgeoise, date de 1947 !

    Ambroise Croizat, que l'on appelait le ministre des travailleurs, était également le ministre de la subversion, de la fraternité populaire, du courage politique. Il faut défendre ce qu'il a construit avec ses camarades de la CGT. Croizat est celui qui permet encore aujourd'hui aux chômeurs, aux parents, aux malades, aux soignants, aux retraités de pouvoir vivre par la cotisation. La cotisation aujourd’hui détruite par les réformateurs de droite comme de gauche par le blocage du taux de cotisation, par la CSG, les exonérations, les fraudes.
    Merci Ambroise, merci ceux qui ont continué son combat. A nous maintenant de continuer la lutte non pas pour défendre nos droits, mais pour conquérir du droit !

    Le combat d’Ambroise n’a eu qu’un seul but, celui de :

    « Mettre définitivement l’homme à l’abri du besoin, en finir avec la souffrance et les angoisses du lendemain... La sécurité sociale est la seule création de richesse sans capital. La seule qui ne va pas dans la poche des actionnaires mais est directement investie pour le bien-être de nos citoyens. Faire appel au budget des contribuables pour la financer serait subordonner l'efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières. Ce que nous refusons. » 

    Ambroise Croizat 

    Le 11 février 1951, Ambroise Croizat décédait

    Mettre un ouvrier au pouvoir politique, c'est conquérir des droits bien différents que les technocrates de l'ENA. Voici ci-dessous les différentes implications d'Ambroise Croizat dont il est soit l'initiateur, soit ayant participer activement à la réussite de la conquête du droit :

    -  Mise en place du Régime Général de la Sécurité Sociale

    -  La généralisation des retraites

    -  Augmentation des allocations familiales

    -  Négociation aux Conventions Collectives

    -  Négociation aux congés payés

    -  Les comités d’entreprise, la formation professionnelle

    -  La médecine du travail

    -  Le statut des mineurs, des électriciens et gaziers

    -  La prévention dans l’entreprise

    -  La reconnaissance des maladies professionnelles

    -  Amélioration du Code du Travail

    -  La caisse d’intempérie du bâtiment

    -  Réglementation sur les heures supplémentaires

    -  Le Statut des mineurs

    -  Donner un salaire sans être sur le marché de l'emploi (détachement du salaire de l'emploi)

    « Ne parlez pas d'acquis sociaux, parlez de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais 

    Ambroise Croizat 

    SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/marcuss/blog/110220/le-11-fevrier-1951-ambroise-croizat-decedait 

     

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    La commission "retraites" ne peut achever

    ses travaux sur le texte, situation inédite

     à l'Assemblée

    C'est donc la version du gouvernement qui sera examinée à partir du 17 février dans l’hémicycle, sans les petits changements votés en commission.

    A.F.P.

    Twitter/LCP La commission "retraites

     

    Noyée sous des milliers d’amendements, la commission spéciale “retraites” à l’Assemblée a mis un terme ce mardi 11 février tard dans la soirée à ses travaux sur le volet principal de la réforme en s’arrêtant au milieu du gué, une situation inédite.

    C’est donc la version du gouvernement qui sera examinée à partir du 17 février dans l’hémicycle, sans les minces changements votés en commission.

    “C’est un constat que j’établis à regret, cela va sans dire”, a reconnu la présidente de la commission Brigitte Bourguignon (LREM), tout en assurant que “le travail” accompli “ne restera pas lettre morte”.

    #Retraites : @BrigBourguignon annonce "à regret" la fin des débats en commission pour tenir compte du "dépôt et du traitement des amendements pour la séance"
    > "Notre commission a beaucoup travaillé : 75h de discussion et 5566 amendements examinés"
    #DirectAN 

    https://twitter.com/i/status/1227355854480998400 

    Face à l’obstruction assumée des Insoumis, qui avaient déposé 19.000 des quelque 22.000 amendements, la commission a piétiné durant neuf jours et s’interrompt alors qu’il lui restait près de 14.000 amendements.

    Elle va siéger un ultime jour mercredi pour examiner cette fois le volet organique de la réforme.

    Depuis la révision constitutionnelle de 2008, la plupart des projets de loi sont examinés en séance dans leur version modifiée par la commission. Selon des sources parlementaires, il n’est jamais arrivé depuis qu’une commission ne vienne pas à bout des amendements déposés.

    Entre “gâchis” et “amertume”, les députés de tous bords ont reconnu leur “frustration” face à l’interruption des travaux. Dans la majorité, on fustige l’avalanche d’amendements LFI, “un mépris du travail parlementaire”. “Il faut que les oppositions se responsabilisent”, réclame la marcheuse Marie Lebec.

    Un calendrier parlementaire critiqué par l’opposition

    De son côté, l’opposition rejette en bloc le calendrier parlementaire contraint de cette réforme. Ce n’est “pas sérieux”, selon le socialiste Boris Vallaud pendant que le chef de file des députés LR Damien Abad regrette le “coup d’épée dans l’eau” de la commission.

    Pour “apaiser”, la vingtaine d’amendements adoptés en commission pourraient être repris par le rapporteur général Guillaume Gouffier-Cha (LREM).

    Malgré quelques éclats de voix, les débats sont globalement restés courtois durant neuf jours. Les mêmes critiques sont revenues en boucle chez les opposants: étude d’impact “truquée”, réforme “floue”, ou texte ”à trous” en raison de la trentaine d’ordonnances programmées par le gouvernement…

    La majorité a défendu de son côté un projet de “progrès social”, avec la retraite minimale à 1000 euros pour les carrières complètes dès 2022 ou les pensions des “femmes” présentées comme les “grandes gagnantes” du futur système, ce que conteste l’opposition.

    Les quelque 75 heures de débats furent comme “le Verdun de la politique, chacun dans des tranchées (…) Pour un quart d’heure de bon, vous aviez trois heures de mauvais”, selon un marcheur.

    Les Insoumis vent debout avant l’échéance de mars

    Le blocage va-t-il se poursuivre dans l’hémicycle, alors que la majorité vise une adoption en première lecture début mars, avant les municipales?

    Les Insoumis évoquent déjà un “feu d’artifice” en séance, en nombre d’amendements. “On va faire en sorte qu’ils ne puissent pas finir le 3 mars ou alors qu’ils aient besoin du 49-3”, arme de la Constitution permettant d’abréger les débats et d’adopter le texte sans vote, prévient Éric Coquerel.

    “La lutte continue sur tous les fronts. L’obstination de Macron sera vaincue”, a tweeté mardi soir Jean-Luc Mélenchon.

    Les trois groupes de gauche — PS, PCF et LFI — promettent aussi une motion de censure et une “motion référendaire”, peut-être dès l’ouverture des débats, ce qui pourrait les ralentir.

    Un responsable de la majorité veut toutefois croire que les débats sont “tenables” sur trois semaines — une de plus que prévu à ce stade — car il y a des “outils de régulation” renforcés en séance.

    Le gouvernement et des responsables LREM excluent pour l’heure un recours au 49-3. “Cela reviendrait à tuer le débat, ce n’est pas une option considérée”, assure Marie Lebec (LREM), même si certains “marcheurs” préviennent déjà qu’ils n’auront “aucun problème politique” à y recourir.

    Pour Damien Abad (LR), le 49-3, c’est “l’arme atomique. C’est absolument impensable dans un projet de loi comme celui-là”.

    Pendant ce temps, le mouvement social se poursuit, avec cinq syndicats qui appellent à une “journée morte” dans les transports le 17 février et une journée interprofessionnelle de grèves fixée par l’intersyndicale le 20 février.

    Mardi soir, en recevant les députés de la majorité, le président Emmanuel Macron les a exhortés à “vendre cette réforme qui est une réforme de justice”, afin de l’adopter définitivement “avant l’été”.

     

    Retraites : ces manifestants répondent à Macron

     qui leur suggère de tester la dictature

     

    merci d’arrêter la vidéo après le sujet concerné, d’autres vidéos, sans raport, suivent…

    SOURCE : https://www.huffingtonpost.fr/entry/la-commission-retraites-ne-peut-achever-ses-travaux-sur-le-texte-situation-inedite-a-lassemblee_fr_5e4335c9c5b61b84d341a6b1??ncid=newsltfrhpmgnews#EREC-101 

     

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  • Josette et Maurice Audin : En hommage

    aux disparus de la guerre d’Algérie

     

    Le mois de février aura marqué l’histoire de la famille Audin, Maurice et Josette son épouse. Maurice Audin, né le 14 février 1932 à Béja (Tunisie), est un mathématicien français. Assistant à l’université d’Alger, il est membre du Parti communiste algérien et militant de l’indépendance algérienne. Il est déclaré mort le 21 juin 1957 à Alger.

    Le jeune homme était assistant en mathématiques à la faculté d’Alger, adhérant du Parti communiste algérien (PCA) et militant anticolonialiste. Il a 25 ans quand les militaires viennent l’arrêter, le mardi 11 juin 1957, à 23 heures, dans son appartement de la rue Flaubert, au cœur du quartier du Champ-de-Manœuvre, à Alger. En 1957, Josette Audin et son mari vivent à Alger et sont âgés respectivement de 26 et 25 ans. Le couple a trois enfants, une petite fille de 3 ans et demi et deux petits garçons de vingt mois, et un mois. Tous deux sont membres du Parti communiste algérien qui, à cette époque, est engagé dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. «Depuis le début de l’année 1957 les parachutistes font régner la terreur, ils se promènent dans les villes, arrêtent les passants, ceux naturellement qui sont suspects, c’est-à-dire les Algériens, pas les Européens, et tout le monde sait que le jour ils paradent auprès des filles et que la nuit ils font leur sale boulot», (témoignage de Josette Audin dans une émission «Le monde en soi», le 3 novembre 2001.)

    C’est dans ce contexte que tous deux mènent des activités clandestines au sein du parti. En parallèle, le mathématicien est assistant à la faculté des sciences d’Alger. Sa thèse est presque aboutie lorsqu’il est arrêté dans la nuit du 11 juin 1957. (Elle sera finalement soutenue «in absentia» à la Sorbonne, six mois après sa disparition, par son directeur de thèse René de Possel.)

    Josette son épouse s’inquiète auprès des soldats venus l’arrêter, et leur demande quand son époux va revenir. L’un des militaires lui répond : «S’il est raisonnable, il sera de retour ici dans une heure.». Maurice Audin est conduit dans un immeuble en construction d’El-Biar, sur les hauteurs de la ville, transformé en centre de détention par l’armée française. Torturé à mort, exécuté, il n’en est jamais revenu. Le 1er juillet 1957, vingt jours après l’arrestation, un lieutenant-colonel tente de faire croire à Josette Audin que son mari s’est évadé lors d’un transfert. Alors, elle dépose plainte contre X pour homicide volontaire.

    Les parachutistes et le scénario fiction 

    Josette Audin n’a même pas pu voir la dépouille de son mari : «Peut-être parce qu’il était européen, universitaire, les militaires ont essayé d’inventer une histoire. Les parachutistes de Bigeard ont imaginé un scénario de Maurice Audin s’enfuyant, s’étant échappé d’entre leurs mains. Evidemment, c’était complètement improbable, impossible. Non seulement ils ont torturé jusqu’à la mort, mais en plus, le fait de faire disparaître les gens participait à la terreur qu’ils faisaient régner sur la ville».

    L’épouse du mathématicien témoigne être restée quatre jours en compagnie de parachutistes et de policiers (qui restaient à son domicile), n’ayant autre chose à faire que se ronger les sangs : «A cette époque on savait que les gens qui étaient arrêtés étaient automatiquement torturés, donc forcément, je ne pensais qu’à ça, qu’il était certainement torturé.» Elle assiste le lendemain à l’arrestation du journaliste Henri Alleg, ami de Maurice Audin, venu à leur domicile : « Il s’était présenté chez nous. Il a essayé de faire croire qu’il était là pour renouveler l’assurance de mon mari mais les parachutistes n’ont pas été dupes. Ils ont téléphoné au lieutenant Charbonnier qui est venu très vite le chercher.»

    Josette Audin, morte samedi 2 février 2019, s’était battue toute sa vie pour que l’Etat français reconnaisse sa responsabilité dans la disparition de son mari, le mathématicien Maurice Audin, pendant la guerre d’Algérie. Elle aura passé la majorité de sa vie à tenter de faire la lumière sur les circonstances de l’assassinat de son mari, Maurice Audin.

    La dernière fois où elle reçut des journalistes, c’était à la mi-décembre 2019. Il lui a été demandé ce qu’elle avait emporté, en 1966, quand elle avait quitté l’Algérie pour rejoindre la France, en passant par le Maroc et l’Espagne, avec ses trois enfants. Comme souvent, Josette Audin avait d’abord répondu par un silence. Puis elle avait lâché six mots, pas un de plus. « J’ai pris les choses importantes, les livres et les photos. » Les livres qui avaient traversé la Méditerranée étaient encore-là, un demi-siècle plus tard, dans la bibliothèque de son salon, perché au cinquième étage d’un immeuble blanc de Bagnolet, en banlieue parisienne. Lieu qui est situé dans le Bassin parisien, dans la région Île-de-France, limitrophe de Paris, ce qui change énormément du Champ-de-Manœuvre où vécurent les époux Audin et où sont nés leurs enfants. Avec les livres, il y avait les photos aussi, les rares portraits en noir et blanc, visage resté à jamais enfantin, de son mari Maurice Audin. Le combat de toute sa vie. A cette époque, Josette, 26 ans, était là. Leurs trois enfants, Michèle, 3 ans, Louis, 1 an et demi, et Pierre, 1 mois, aussi. Sans Josette, a l’habitude de dire sa fille Michèle, mathématicienne, il n’y aurait pas eu d’affaire Audin.

    Pierre Audin, fils de Maurice et de Josette, mathématicien comme son père, est auteur de nombreux ouvrages, dont «Une vie brève» (Gallimard), un livre très émouvant sur son père.

    L’épouse éplorée participe à la création d’un Comité Maurice Audin. Elle va inlassablement sonner à toutes les portes, celles des avocats, des journalistes, des militants des droits de l’homme, des politiques, pour faire éclater la vérité sur la disparition de son mari. Elle qui, le 15 février prochain, aurait dû avoir 88 ans, aura été veuve très jeune. Elle aura aussi connu une enfance un peu grise, de celles que raconte Albert Camus dans son roman autobiographique et inachevé, «le Premier homme». Elle est née et a grandi à Bab-el-Oued, le quartier algérois des Européens les plus modestes. Avant de disparaître, et dans un souffle, elle avait murmuré : « Tous les militaires impliqués dans l’affaire Audin sont morts tranquillement ou vont bientôt mourir sans avoir dit ce qu’ils avaient fait de Maurice Audin ».

    Josette Audin est morte il y a un an jour pour jour, sans savoir comment a été tué son mari. Et c’est une tristesse supplémentaire pour tous ceux qui l’ont connue.

    Comme Josette, c’est un devoir important que de participer à faire connaître les ressorts de l’affaire de l’assassinat de Maurice Audin, aujourd’hui établi, ainsi que celle des disparus de la guerre d’indépendance algérienne. Cet acte de l’Histoire devrait s’inscrire dans la perspective du droit à la vérité, mais aussi du devoir de mémoire, qui en est le corollaire.

    Outre un intérêt personnel de nombre de militants de sa génération, l’histoire de la disparition de Maurice Audin, et la dénonciation de la guerre en Algérie par cette affaire, nous tous Algériens et parents de disparus sommes intéressés par la question de la réparation des injustices subies par le passé, même si rien ne répare jamais vraiment la souffrance causée aux proches d’un disparu. Dans le cas de Maurice Audin comme dans tous les autres, il manque toujours la vérité sur les circonstances de sa mort.

    Emmanuel Macron président de la République française avait choisi de reconnaître enfin la responsabilité de l’Etat dans la mort du mathématicien français communiste, enlevé chez lui à Alger par des parachutistes dans la nuit du 11 juin 1957, et jamais reparu. L’Elysée avait reconnu que Maurice Audin était « mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France », annonçant « l’ouverture des archives sur le sujet des disparus civils et militaires, français et algériens ».

    Comme Maurice Audin, des milliers d’Algériens disparaîtront du fait des forces de l’ordre françaises pendant la guerre d’Algérie. Emmanuel Macron a promis l’ouverture des archives pour sortir leur trace du brouillard du récit officiel et du refoulé. Historiens et familles l’attendent encore. Un an a passé depuis ces mots d’Emmanuel Macron chez Josette Audin. Entre-temps, la veuve de Maurice Audin est décédée à l’âge de 87 ans, le 2 février dernier. Et aucune décision n’est venue prolonger cet engagement présidentiel à « encourager le travail historique sur tous les disparus de la guerre d’Algérie, civils et militaires ». En un an, aucune circulaire n’a pulvérisé le verrou sur ces archives.

    Combien de temps devons-nous attendre encore pour arriver à la vérité ? Quand l’Etat français donnera-t-il cette fameuse dérogation qui donnera accès à ces archives ? Ces fameuses dérogations supposent encore que les documents auxquels on donnerait accès soient déclassifiés par l’autorité qui les a produits (ou en tous cas, l’institution qui en est l’héritière). C’est-à-dire que cela implique que le secret de la défense français soit levé, au coup par coup, pièce par pièce, avec l’aval des autorités concernées.

    Autrement dit, un verrou puissant… et un verrou qui entrave drastiquement l’accès à autant de fonds d’archives susceptibles de crever un silence obstiné.

    SOURCE : https://www.moroccomail.fr/2020/02/10/josette-et-maurice-audin-en-hommage-aux-disparus-de-la-guerre-dalgerie/ 

     

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    Macron dans la continuité de De Gaulle !!!

    "Notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux", a expliqué vendredi à l'Ecole de guerre Emmanuel Macron. (Crédits : Elysée)

     

    La dissuasion nucléaire reste la clé de voûte de la sécurité de la France. Emmanuel Macron ne souhaite pas désarmer la France, ni diluer les forces de dissuasion dans l'OTAN. En revanche, il aspire à un débat des Européens sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité collective de l'Europe.

    Plus de soixante ans après le général de Gaulle et son discours à l'Ecole de Guerre sur la création de la "force de frappe", Emmanuel Macron s'est placé dans les pas de son illustre prédécesseur pour réaffirmer l'intangibilité de l'arme nucléaire, qui reste au cœur de la stratégie de défense de la France. "Notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux, a expliqué vendredi le président de la République à l'occasion d'un discours très riche. Aujourd'hui comme hier, elle garantit notre indépendance, notre liberté d'appréciation, de décision et d'action. Elle interdit à l'adversaire de miser sur le succès de l'escalade, de l'intimidation ou du chantage".

    13 février 1960, premier essai nucléaire français

    dans le Sahara en images

    Le 13 février 1960, à 7h04 du matin, la première bombe atomique française explosait dans le sud du Sahara algérien, sur la base de Reggane. Cette explosion faisait du pays la 4e puissance nucléaire mondiale.

    7 heures du matin, ce 13 février 1960, la France s'apprête à réaliser son premier essai nucléaire. Dans la base de Reggane, en plein cœur du désert algérien, 1 200 km d'Alger, "Gerboise bleue", c'est son nom, est placée en haut d'un pilonne de 100 mètres.

    Ce petit rongeur des sables est en fait une bombe au plutonium qui s'apprête à exploser. Sa puissance de 70 kilotonnes équivaut à trois à quatre fois celle d'Hiroshima. L'explosion est déclenchée à 7h04 et génère une gigantesque déflagration qui illumine le ciel. Au sol, la chaleur est telle qu'elle vitrifie le sable dans un rayon de 300 mètres.

    Ce matin-là, les conditions météo sont excellentes et les vents bien orientés doivent limiter la propagation des poussières en les dispersant en haute altitude.

    Si des caméras filment l'événement, peu d'images filtreront dans les médias d'alors. C'est d'ailleurs ce que déplorent les Actualités françaises dans ce reportage diffusé dans les salles de cinéma. C'est finalement à la radio que sera diffusé le plus long reportage sur l'événement.

    "Certes, on pourra déplorer la pauvreté des images qui nous ont été fournies sur l'explosion dont on ne verra qu'un panache de fumée".

    On sent cependant la fierté poindre dans le ton de la voix du speaker : "Cela ne retirera rien au fait. Seule, avec ses propres moyens, la France a fabriqué seule sa bombe."

    La suite du reportage se contente de relater, en images, l'historique de la réalisation de la bombe avec les gisements d'uranium et de décrire le site de Marcoule pour expliquer ensuite toute la mise en place de la base de Reggane [créée pour la circonstance] et tout le dispositif d'allumage au point zéro.

    Avec cette explosion, la France rejoint les trois autres possesseurs de la bombe à l'époque : Les USA, l'URSS et la Grande-Bretagne.

    Rassurer les alliés

    Cet autre reportage, diffusé le soir-même, retrace l'historique de la bombe A et de la bombe H dans le monde, jusqu'à l'expérience française.

    Il présente aussi l'intervention de Jules Moch à l'ONU [Le délégué de la France à la Commission du désarmement de l'ONU de 1951 à 1960] justifiant le choix du Sahara pour les essais français. : "Le Sahara se prête mieux que toute autre région à ces essais parce que le site choisi est à la fois désert et beaucoup plus proche que les atolls de la France…" [Les accords d’Evian qui mirent fin à la guerre d’Algérie, en mars 1962, contenaient des clauses secrètes autorisant une présence française dans le désert du Sahara algérien jusqu'en 1967.]

    Le ministre veut alors rassurer la communauté internationale sur les risques encourus sur les populations voisines des futurs essais français, en soulignant que les habitants des villes des "états voisins du Sahara : Maroc, Tunisie, Lybie, Soudan, Ethiopie, Ghana… courront moins de dangers que les habitants de la Californie et de la Sibérie qui n'en coururent aucun lors d'expériences plus nombreuses."

    Et qu'en pense la rue ?

    Dans la rue, après les essais, les avis des badauds interrogés sont mitigés, certains souhaitant que les hommes se montrent sages et que ces essais apportent plus de bien que de mal…

    Des retombées radioactives critiquées par la communauté internationale

    La communauté internationale va s'émouvoir de ces essais et les pays riverains dénoncer une augmentation de la radioactivité. Des critiques démenties plus tard par autorités françaises. Le 20 février 1960, face au tollé de protestations à l'étranger, à propos des retombées radioactives, Fernand Lot interviewe sur Paris Inter le général Charles Ailleret, responsable de cet essai, commandant inter-armées des armes spéciales à propos des deux sortes de retombées radioactives et des risques : "Nous n'avons pas à nous inquiéter de cette pincée supplémentaire négligeable de radioactivité lointaine que nous introduirons dans le monde"

     

    Le général de Gaulle, "SAV" de la bombe "A"

    Le 26 février suivant, quelques jours avant un second essai, le général de Gaulle assure lui-même "l'après-vente" de cet essai contesté. Au cours du deuxième jour de son voyage officiel dans le sud-est de la France, à Narbonne, le président prononce un vibrant plaidoyer pro-nucléaire dans lequel il tourne ouvertement en ridicule l'opposition aux essais.

    "Il faut que la France soit debout à l'égard de ses amis... Il faut avoir des alliés et la France d'ailleurs donne l'exemple de sa fidélité à ses amis et à ses alliés. Mais il ne faut pas avoir des protecteurs, c'est la raison pour laquelle, la France, avec ses moyens et sans outrecuidance a cru devoir entrer dans la voie qui lui procurera l'armement, il faut bien le dire, nécessaire pour être elle-même. En même temps, elle fait ainsi la démonstration de son propre progrès scientifique et technique et ce n'est pas monsieur le ministre chargé de l'énergie atomique, chargé aussi de la recherche scientifique et ici présent qui démentira. C'est une démonstration que la France a faite de ce qu'elle vaut. Elle ne veut pas le faire, bien entendu, pour menacer personne et certains clans plus ou moins hystériques qui nous accusent de vouloir, avec une 200ème expérience, alors qu'ils n'ont rien dit pour les 199 précédentes, qui nous accusent de vouloir empoisonner l'humanité. Ceux-là, nous leur opposons, bien entendu, qu'une vaste ironie. Mais il faut que la France prenne conscience de ce que cela vaut pour elle et de ce que cela lui donne de force, pour entrer plus avant encore, dans les grandes délibérations, d'où je le crois, et je le veux, sortira la paix du monde."

    Au total, la France effectuera en Algérie 57 expérimentations et essais nucléaires entre 1960 et 1966. Six ans après "Gerboise bleue", la France fera exploser sa première bombe H (thermonucléaire) à Mururoa en Polynésie (Mururoa). Après plus de 200 essais nucléaires, Jacques Chirac annoncera leur arrêt définitif, le 29 janvier 1996. Quant aux retombées radioactives et à leur conséquences évoquées à l'époque, il faudra attendre les années 2000 avec le long combat de vétérans des essais victimes de cancers et  2013, avec la déclassification des documents pour découvrir l'ampleur des retombées radioactives. Bien plus importantes que celles données à l'époque, elles s'étendirent sur toute l'Afrique de l'Ouest jusqu'au sud de l'Europe.

    Essais nucléaires: "La France a une dette

    envers les irradiés du Sahara"

    DR

    Ancien appelé d’un contingent français et témoin de l’accident de Béryl, Louis Bulidon a affirmé que “la France a une dette envers les descendants des irradiés de Béryl.

    Le 1er mai 1962, la France a réalisé son second essai nucléaire souterrain à In Ecket, au nord de Tamanrasset ayant pour code Béryl. Louis Bulidon, en tant qu’appelé à cette époque-là, a assisté à cet essai. Il est l’auteur en 2011 de l’ouvrage “Les irradiés de Béryl: l’essai nucléaire français non contrôlé”.

    “L’essai Béryl par la propagation accidentelle de son nuage radioactif a durablement irradié les populations Sahariennes, au premier rang desquelles les touaregs du Hoggar mais aussi les populations locales des oasis du sud algérien, du Mali, du Niger et à l’est jusqu’au Tchad”, a-t-il affirmé.

    Il a souligné que les enfants et les petits-enfants de ces populations “portent dans leurs gènes les séquelles de cette contamination radioactive comme tentent à le démontrer les études scientifiques récentes en France et en Angleterre”.

    Pour lui, après les accords d’Evian sur l’indépendance de l’Algérie, la France a “totalement” abandonné les victimes de son programme nucléaire à leur sort d’irradiés “vivant sur des sols durablement radioactifs comme ont pu le démontrer les prélèvements sur la végétation que nous avons effectué mes camarades et moi à l’époque après Béryl en nous déplaçant jusqu’aux frontières du territoire algérien”.

    “La France a une dette envers ces hommes et ces femmes, leurs enfants auxquels nous avons apporté aucune attention sur leur sort de descendants des irradiés de béryl. Comment oublier que nous avons ignoré totalement dans le passé la situation sanitaire de leurs parents exposés aux retombées de Béryl”, a-t-il écrit dans un blog sur MédiaPart, appelant le président Emmanuel Macron à assumer “cet héritage”.

    “Notre jeune président de la République se doit d’assumer cet héritage de l’époque gaullienne et de notre présence en Algérie  en accueillant dignement cette classe d’immigrés et en leur octroyant sans réserve le statut de réfugiés.”

    L’ouvrage de Louis Bulidon (83 ans), un ingénieur chimiste affecté en décembre 1961 au Service Technique des Armées arme atomique, dans une base militaire dans le Hoggar, se veut un témoignage pour faire toute la lumière sur l’accident de l’essai nucléaire Béryl.

     La France a réalisé plusieurs essais nucléaires dans le sud algérien, notamment à Reggane et à Tamanrasset. Une équipe de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a inspecté en 1999 les champs de tirs, demandant la fermeture de quatre zones interdites d’accès.

    Le dossier des conséquences des essais nucléaires française et de l’indemnisation des victimes se trouve actuellement sur la table de négociations d’une commission algéro-française chargée de régler les questions liées à la mémoire.

    La bombe A en Algérie (encore) française :

    24 fois plus puissante que Nagasaki et Hiroshima 

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  • Se souvenir de Charonne, et se battre

    Le 8 février 1962, 9 militants CGT et PCF manifestant pour la « paix en Algérie » étaient assassinés par la police du Préfet de Paris, Maurice Papon. Des centaines d’autres ont été grièvement blessés, entassés sous des grilles d’arbre dans la station de métro. Comme chaque année, la CGT, le PCF et le comité « Vérité et Justice pour Charonne » organisent un rassemblement commémoratif au Métro Charonne, à 13 heures.

    Commémorer pour célébrer. Commémorer pour ne pas oublier le combat pour la paix en Algérie que neuf militants CGT et PCF ont payé de leur vie. Commémorer pour se souvenir que leur combat d’hier est aussi le nôtre aujourd’hui. Pour que jamais plus de tels faits ne puissent se reproduire.

    Comme chaque année, la CGT, le PCF et le comité « Vérité et Justice pour Charonne » se sont donné rendez-vous au carrefour du métro Charonne pour rendre hommage aux victimes, celles qui périrent instantanément sous les projections de grilles d’arbres et les coups de matraque des policiers, mais aussi les 250 autres victimes, gravement blessées qui, protégées par l’amas de centaines de corps précipités dans la station Charonne, purent miraculeusement survivre à ce massacre d’une sauvagerie inouïe.

    Comme chaque année depuis 1962, les militants de la CGT et du PCF ont eu à cœur de célébrer le courage de ces combattants d’hier qui luttaient pour la paix en Algérie et contre le fascisme rampant et son bras armé, l’OAS, semeur de terreur partout en France jusqu’à la veille du 8 février 1962.

    « Se souvenir du massacre de Charonne, c’est réaffirmer l’importance, aujourd’hui comme hier et demain, de poursuivre la lutte pour la liberté des peuples et pour une société réellement démocratique »,  affirme Yann Garaoui, secrétaire de l’Urif-CGT.

    Terreur, censure, répression

    Ne rien oublier, donc. Ni la sauvagerie de la répression qui s’est abattue contre des manifestants pacifistes, ni le contexte politique de l’époque dans lequel un tel crime a pu être perpétré : un climat de terreur entretenu par l’OAS qui par des méthodes fascistes veut imposer « l’Algérie française ».

    Parmi ses crimes : des dizaines de plasticages frappant des personnalités politiques et intellectuelles ; une bombe posée la veille, au domicile du ministre de la Culture, André Malraux, qui mutilera à vie une petite fille de 4 ans, Delphine Renard, résidant au rez-de-chaussée.

    Mais au-delà des crimes de l’OAS, les participants rappellent la censure de la presse, particulièrement de l’Humanité, et les interdictions de manifester, que les partisans de la paix en Algérie n’ont pas hésité à braver afin de promouvoir le principe de nouvelles relations entre les peuples. Car, au-delà de la paix, majoritairement souhaitée, c’est aussi d’indépendance et de décolonisation qu’il s’agissait.

    Quelques mois après le 17 octobre 1961

    Se souvenir de Charonne, c’est aussi rendre hommage aux milliers d’Algériens qui, un an plus tôt, le 17 octobre 1961, manifestaient malgré un couvre-feu discriminatoire et qui furent réprimés dans le sang : des centaines et de centaines de corps jetés et noyés dans la Seine par les brigades d’interventions aux ordres du même préfet Papon et du ministre de l’Intérieur, Roger Frey. Leurs corps n’ont jamais été dénombrés.

    Sans doute pour les mêmes raisons, la tuerie de Charonne n’a toujours pas été reconnue comme crime d’État, malgré l’exigence constante de la CGT en lien avec le PCF et le « Comité Vérité et Justice pour Charonne » qui, inlassablement, œuvrent afin que vérité soit faite et que justice soit rendue à toutes les victimes, ainsi qu’à leurs proches.

    « 58 ans après ce massacre, l’État français n’a toujours pas reconnu sa responsabilité. Notre devoir de mémoire historique est donc indispensable pour mener les combats syndicaux et politiques d’aujourd’hui, notamment contre la dérive autoritaire du président Macron, dont la contestation des politiques est violemment réprimée par des mutilations souvent gratuites perpétrées par les forces de police contre des manifestants, dans la rue depuis un an, dans les entreprises  et désormais dans les lycées depuis quelques semaines », signale Yann Garraoui.

    Se souvenir de Charonne, ce samedi 8 février 2020, c’est permettre à l’histoire d’éclairer le présent et même l’avenir, en réaffirmant cette exigence fondamentale d’une société réellement démocratique. 

    « Se souvenir (de Charonne) ne suffira pas, il va falloir se battre »

    Philippe Matinez et Henri Cukierman, président de l'association Commémoration du 8 février 1962, au métro Charonne.

    Pour cette 58e commémoration du massacre de Charonne, la NVO a souhaité recueillir la parole d'Henri Cukierman, président du comité « Vérité et justice pour Charonne ». Inlassable militant pour la reconnaissance de ce drame en crime d'État, il nous livre son analyse des conditions politiques qui ont rendu possible la tragédie de 1962. Et nous éclairent sur le contexte politique actuel, ses dérives autoritaires, son emballement répressif et sur l'enjeu des luttes en cours pour la démocratie.

    Comment appréhendez-vous cette 58e commémoration du massacre de Charonne ?

    Henri Cukierman : Comme chaque année, notre volonté, c'est de ne pas oublier la tragédie de Charonne, les 9 manifestants pacifiques de la CGT morts sous les coups de matraque et les centaines de victimes de ce massacre d'une sauvagerie inouïe. Mais, commémorer Charonne, ce n'est pas seulement entretenir la mémoire.

    C'est aussi un combat politique que nous continuerons de poursuivre avec l'exigence de faire reconnaître ce qui fut un crime d'État. Nous le devons aux victimes de Charonne, à leurs familles et à tous les Français.

    Pourtant, aucun gouvernement depuis 1962 n'a consenti à cette reconnaissance. Comment l'expliquez-vous ?

    L'histoire de la guerre d'Algérie, dernière colonie de l'empire français, et de la fin du colonialisme ont profondément marqué la politique française et continuent aujourd'hui encore de la marquer. Les conséquences de la colonisation et de la guerre d'Algérie constituent aujourd'hui encore des éléments de confrontation politique entre partisans de l'Algérie française et du colonialisme, entre les forces de la droite dure et de l'extrême droite et les forces progressistes et démocrates.

    Or, cette confrontation est encore très vive, comme en témoignent les stèles et monuments à la gloire de l'OAS qui sont érigées dans les communes dirigées par le RN et la LR.

    Peut-on établir des parallèles entre les tensions politiques de l'époque et les tensions politiques actuelles, avec les violences policières et la répression qui sévissent aujourd'hui jusque dans les lycées ?

    En effet, on peut éclairer l'attitude du gouvernement actuel et le comportement de la police contre tous ceux qui manifestent un désaccord avec sa politique, que ce soient les gilets jaunes, les syndicats ou les lycéens en s'appuyant sur Charonne. Mais en précisant que la répression policière n'est pas nouvelle.

    Elle fait partie, depuis des siècles, de la politique de tous les gouvernements. Elle est fonction des objectifs que le pouvoir se donne pour imposer sa volonté. Chaque fois que le pouvoir refuse de reconnaître démocratiquement la volonté publique, cela engendre inévitablement de la répression, même si à des degrés d'intensité différents.

    Dans quel contexte de tensions politique intervient le massacre de Charonne ?

    En 1961, 75 % des Français sont favorables à un référendum sur l'autodétermination de l'Algérie. En d'autres termes, pour la fin de la guerre et du colonialisme. Or, les forces politiques de droite et d'extrême droite procolonialisme refusent obstinément de reconnaître cette expression publique.

    C'est ce qui a donné lieu à la création de l'OAS (organisation de l'armée secrète) et à la répression, qui s'est faite par tous les moyens, y compris des attentats contre des ministres, des intellectuels et contre tous ceux qui réclamaient l'indépendance de l'Algérie.

    En 1961, le préfet Papon instaure un couvre-feu pour les citoyens algériens, et cela donne lieu à des manifestations pacifiques organisées par le FLN (Front de libération nationale algérien) ou par des syndicats prolibération de l'Algérie.

    Elles seront toutes réprimées dans le sang : notamment le 17 octobre 1961 où 200 à 300 citoyens algériens ont été jetés dans la Seine par la police de Papon, puis le 8 février 1962 à la station du métro Charonne où des centaines de manifestants pacifiques, ainsi que des gens sortant du métro, ont été massacrés à coups de manche de pioche, de grilles d'arbre en fonte et de tables de bistrot jetées dans l'escalier de la station sur des centaines de corps entassés.

    L'intensité de la répression actuelle des mouvements sociaux vous paraît-elle inquiétante ?

    Chaque fois que le pouvoir refuse de respecter la volonté démocratique, le recours à la violence est inévitable et inévitablement, la violence engendre de la violence. Ce qu'il y a d'inquiétant, aujourd'hui comme hier, c'est de savoir jusqu'où le gouvernement est prêt à aller pour imposer sa volonté et ça, nul ne peut le savoir.

    Il faut se souvenir que des démocrates tels que Mendès-France, Mollet ou encore Mitterrand ont tout fait pour empêcher l'indépendance de l'Algérie. Car l'enjeu politique sous-jacent, aujourd'hui comme hier, est toujours le même : sauvegarder les intérêts de grands groupes économiques. Celui du secteur pétrolier pendant la guerre d'Algérie, ou celui du secteur banques-assurances aujourd'hui.

    L'histoire n'apprend donc rien ?

    Au contraire, l'histoire nous enseigne que les mêmes causes produisent les mêmes conséquences. Que de tout temps, les classes qui détiennent le pouvoir utilisent, dès que possible, tous les moyens, y compris le meurtre, pour s'opposer à l'expression démocratique des classes qui subissent leur volonté.

    Et que ce qui se joue dans la rue aujourd'hui contre les politiques de Macron comme hier contre la guerre d'Algérie, c'est l'exigence d'une société réellement démocratique. Il faut donc honorer tous les faits historiques qui ont contribué au progrès démocratique, d'où l'importance de commémorer Charonne pour la 58e fois, mais en sachant que se souvenir ne suffira pas. Il va falloir se battre.

    SOURCE : https://nvo.fr/se-souvenir-de-charonne-ne-suffira-pas-il-va-falloir-se-battre/ 

     

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