• Que va devenir la maison de Jean Moulin

     à Béziers, ville soutenue par le FN ?

    Que va devenir la maison de Jean Moulin   à Béziers, ville soutenue par le FN ?

    La justice doit bientôt se prononcer sur l'avenir de la maison natale du héros de la Résistance, que le maire affilié au Front national veut transformer à sa façon.

    C'est à Béziers, au troisième étage de cet immeuble d'époque haussmannienne, qu'est né Jean Moulin, le 20 juin 1899. C'est là, avant son départ à l'âge de 19 ans, que ses parents - notamment son père Antoine-Émile Moulin, prof d'histoire-géo et conseiller municipal - ont éduqué "Max", le futur héros national de la Résistance. C'est un appartement de classe moyenne, typique de la fin du XIXe siècle : quatre pièces (un séjour et trois chambres).

    Jean Moulin, étudiant en droit à Montpellier, puis chef de cabinet, sous-préfet, puis préfet, y est revenu régulièrement, voir ses parents, jusqu'à ce qu'ils quittent l'appartement en 1937. Depuis, certes, une salle de bain a été créée. Mais les onze locataires qui se sont succédé dans les lieux ont suivi la consigne : respecter l'esprit des lieux occupés de la famille Moulin entrée dans l'Histoire. Rien n'avait donc bougé dans l’appartement quand en 2011, la mairie UMP de Béziers a racheté l'immeuble dont a hérité en 2014 le nouveau maire Robert Ménard, apparenté 
    Front national.

    Depuis, une bataille de la mémoire de Jean Moulin est engagée autour de cette maison. Robert Ménard a fait voter en conseil municipal (voir dès la page 77) la vente du bâtiment à une société pour qu'elle réhabilite les logements et l'immeuble, et qu'elle transforme l'appartement de Jean Moulin en musée, rétrocédé ensuite à la ville. Sauf que, quand les plans d'architecte ont été dévoilés, Olivier Guiraud, l'ancien adjoint à la culture, s'étrangle. Plus rien ou presque de l'existant n'est conservé. Faux plafond, vitrines... : les quatre pièces deviendraient un musée radicalement moderne. Effaçant la patine de l'époque.

    Ménard réplique sur le terrain politique

    Olivier Guiraud fonde alors une association des "Amis de la maison de Jean Moulin", et entre... en résistance. "Jean Moulin était plutôt un homme de gauche, donc à partir de ce moment-là, on peut penser qu'il ne plaisait pas à une certaine partie de personnes qui se reconnaissent dans un courant d'extrême droite. Certains membres de l'association sont persuadés que le projet est véritablement un projet de destruction de la mémoire de Jean Moulin", assure-t-il. "Cette maison doit rester dans le patrimoine national, au même titre que celles de de Gaulle et de Clemenceau. Elle doit être préservée. C'est un crime que d'effacer la mémoire d'un personnage célèbre, on ne peut pas le faire", argue-t-il.

    L'accusation portée par une partie de l’opposition, c'est que le projet de rénovation, sous couvert d'hommage à Jean Moulin, permettrait en réalité de "liquider" les traces laissées à Béziers par l'enfant du pays. Le maire dément tout volonté de dénaturer les lieux, et il réplique sur le terrain politique. "L'appartement était à l’abandon. Ce qui les insupporte, mes adversaires, c'est que ce soit nous qui nous préoccupons de la mémoire de Jean Moulin", affirme Robert Ménard.

    "Jean Moulin n'appartient à personne", dit-il. "Pas à la gauche. Jean Moulin était avant tout un grand Français. Et il incarne l'esprit rebelle de Béziers", affirme Robert Ménard, dont le projet est pour l’instant bloqué par des procédures en justice.

    Un dossier surveillé "de très près"

    L'association a attaqué le vote du conseil municipal de Béziers prévoyant l'opération immobilière et la rénovation. Elle a demandé parallèlement le classement de la maison de Jean Moulin par les Monuments historiques. Le préfet de région Occitanie devrait, sous peu, signer non pas le classement, mais l'inscription au patrimoine, au nom de "l'importance nationale du caractère mémoriel du lieu".

    Robert Ménard, officiellement, se félicite de cette inscription programmée. Mais désormais tous travaux et toutes modification dans les lieux devront être validés par le préfet qui, selon ses services, surveillent "ce dossier très sensible de très près".

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    Que va devenir la maison de Jean Moulin   à Béziers, ville soutenue par le FN ?

    http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/que-va-devenir-la-maison-de-jean-moulin-a-beziers-ville-soutenue-par-le-fn-7789108501 

     

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  • Rappelez-vous de notre article : Calais : "Des gens ont faim et soif, qu'est-ce qu'on fait ?" Le Tribunal Administratif de Lille a tranché... alors je dédie l'article ci-dessous à :

    GERARD COLLOMB, PLUS PROCHE

    DES IDENTITAIRES QUE DES HUMANITAIRES !!!

     

    François COTTA avocate pénaliste de renom : " En deux ans, j’ai accueilli 450 réfugiés chez moi "

     

    L'avocate héroïne d'UNE HISTOIRE VRAIE REPRéSENTE LA VRAIE FRANCE PAYS DES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN... La France terre d'accueil... c'est "la france que j'aime"

    http://www.micheldandelot1.com/calais-des-gens-ont-faim-et-soif-qu-est-ce-qu-on-fait-a130552000 

     

     

    Le Tribunal Administratif a tranché

    Migrants de Calais : pas de centre d'accueil

    mais des mesures d'aide

    AFP, publié le lundi 26 juin 2017 à 18h57

    Le tribunal administratif de Lille a refusé lundi la création à Calais (Pas-de-Calais) d'un centre d'accueil d'urgence pour les migrants, mais a en revanche ordonné la mise en place de mesures pour leur venir en aide.

    Avec cette décision, il donne en partie raison aux onze associations qui avaient saisi par référé le juge administratif de Lille mercredi dernier pour demandé l'arrêt des "entraves" à la distribution de nourriture aux quelque 400 à 600 réfugiés qui errent dans le Calaisis. 

    Calais : "Des gens ont faim et soif, qu'est-ce qu'on fait ?"

     

    Par Françoise Cotta
    Avocate

    À Paris, Françoise Cotta est une avocate pénaliste de renom dont le travail consiste à faire respecter la loi. Mais, en tant que citoyenne et habitante de la vallée de La Roya, elle n’hésite pas à l’enfreindre en accueillant chez elle des réfugiés depuis bientôt deux ans. Au total, elle a hébergé près de 450 personnes. Si elle le fait, ce n’est pas par gaieté de cœur, mais simplement parce qu’il lui est impossible de faire autrement. 

    Bas du formulaire

     

     

    La maison de Françoise Cotta à Breil-sur-Roya. (M. BERTORELLO/AFP)

    Je suis d’origine niçoise, j’ai 67 ans et j’exerce le métier d’avocat, spécialisée en droit pénal. Depuis près de 20 ans, j’ai la chance d’être propriétaire d’une magnifique maison à Breil-sur-Roya. Je partage donc ma vie entre Paris et la vallée de la Roya. Si j’ai choisi de m’y installer, c’est pour les oliviers, le soleil, la montagne et ses splendides paysages. On n’oublie pas un panorama tel que celui-ci.

    En 2015, j’ai été victime d’un accident cardio-vasculaire et je suis restée en convalescence dans le sud, dans mon enclave paisible.

    Cet été-là, j’ai décidé d’héberger des réfugiés.

    En deux ans, j’ai accueilli 450 réfugiés

     chez moi 

    Je me souviens comme si c’était hier des premiers réfugiés que j’ai hébergés. Un jour, un couple d’amis m’a téléphoné pour me dire qu’ils avaient des visiteurs chez eux et m’a demandé si je pouvais les accueillir. J’ai accepté sans poser de questions. Qu’est-ce qui m’en empêchait ? Mon toit était suffisamment grand pour le faire.

    C’est ainsi que quatre Soudanais se sont installés chez moi pendant plusieurs mois. L’un d’entre eux, Mamadou, est même resté deux ans. Il m’a beaucoup aidé dans l’accueil d’autres réfugiés. Depuis, il vit à Nice et essaye de s’inscrire à la fac, mais ce n’est pas gagné.

    Aujourd’hui, ça va faire deux ans que j’héberge des réfugiés, parfois même jusqu’à 35 en même temps. Au total, j’estime que 450 personnes sont passées ici.

    Si je le fais, ce n’est pas par gaieté de cœur, mais simplement parce que je ne peux pas laisser ces gens sur le bord de la route. J’ai été élevé ainsi.

    Je n’étais pas préparée à cela 

    Accueillir des réfugiés, c’est une drôle d’expérience. Aucun des habitants de la vallée de la Roya n’a été préparé à cela. Aucun d’entre nous n’avait un seul instant imaginé que des gens viendraient mourir devant nos portes. Que pouvions-nous faire d’autre ? Les ignorer, les laisser se perdre sur nos routes…

    S’il y a tant de réfugiés qui échouent dans notre vallée, c’est parce que nous sommes situés à 20 kilomètres de Vintimille. C’est de là-bas qu’ils arrivent. Or, à la sortie de la ville, il n’y a qu’une route. Pour eux, c’est la "route de la France". C’est vrai, elle mène directement à Breil-sur-Roya, mais ce qu’ignorent les réfugiés, c’est que nous sommes dans une enclave et que s’ils prennent cette voie, elle les mènera de nouveau en Italie.

    Alors, quand je croise des migrants sur le bord de la route, totalement perdus, je leur propose systématiquement de monter dans ma voiture. Un simple t-shirt usé, un jean troué et des savates, pas le moindre sac ou papiers d’identité, beaucoup n’ont absolument rien. Sauf, un rêve : celui d’aller à Paris.

    Avocate, je me fous de l’interdit 

    J’ai beau être avocate, je me fous de l’interdit.

    Confrontée à une telle situation, je me dis que certaines lois sont iniques. Quand elles ne correspondent pas à ce que vous pensez profondément, elles ne doivent pas être respectées. C’est ce qu’on appelle en droit pénal, la théorie de la baïonnette intelligente : je refuse d’exécuter un ordre que j’estime illégal.

    Est-ce que j’ai peur ? Absolument pas. J’ai 67 ans, je n’ai rien à prouver à personne. Et puis, qu’est-ce qui pourrait bien m’arriver ? Les poursuites qu’il y a eues à l’encontre de Cédric Herrou  et des autres sont dérisoires . Elles ne sont que l’expression de l’ambiguïté de la situation.

    On a le droit d’accueillir qui on veut chez soi. Le seul problème, c’est de faire passer les frontières.

    Le tout étant donc de ne pas clamer haut et fort "j’ai fait passer des migrants".

    Je ne fais pas ça pour gagner mon paradis 

    Si je fais ça, c’est simplement parce que je n’ai pas d’autre choix. Je ne suis pas une bonne sœur, je ne fais pas ça pour gagner mon paradis.

    Je me souviens d’un soir de septembre où il faisait particulièrement froid. J’étais en voiture avec une amie quand j’ai croisé au bord de la route un groupe qui marchait, un homme, une femme et un jeune. L’homme portait un sac de pommes de terre. Je me suis arrêtée pour les prendre dans ma voiture. Dans le sac, il y avait une petite fille d’un an et demie.

    Peut-être que certains préfèrent ne pas voir ? Moi, j’ai toujours vu les chiens perdus sur le bord de la route. Je me suis toujours arrêtée pour les ramasser. Alors, je vais bien m’arrêter pour des hommes et des femmes.

    Je ne peux pas vous expliquer pourquoi je fais ça. Je vous répondrais simplement que ça ne se discute pas.

    Je me souviens de chacun d’entre eux 

    Je me souviens de chacun d’entre eux, de leurs visages, de leurs histoires quand ils acceptent de m’en parler et surtout de leur passage chez moi. Sur mon téléphone portable, je garde précieusement leurs photographies. Des familles entières avec leurs nouveaux nés ou leurs enfants en bas âge brûlés au quatrième degré lors de la traversée, des adolescents seuls…

     

     Françoise Cotta et une jeune enfant, dans sa maison de la vallée de la Roya. (VS PRESS/SIPA)

    Avec eux, je n’ai pas besoin de communiquer. Entre nous, les choses sont claires : je sais qu’ils ont faim, qu’ils sont fatigués, et c’est tout ce qu’ils attendent de moi. Moi, j’écoute ce qu’ils veulent bien me dire, mais je respecte leur silence. 

    À quoi bon les interroger ? Je sais ce qu’il y a à savoir. Je sais qu’ils ont fui leur pays, qu’ils ont traversé la mer, vécus des drames, qu’ils ont été traités comme de la merde… Je n’ai pas à leur faire revivre ça.

    Certains ne restent que quelques jours, d’autres plusieurs mois. La plupart n’ont qu’une idée en tête : partir, aller à Paris, rejoindre l’Angleterre ou l’Allemagne. C’est totalement faux de croire qu’ils souhaitent s’installer au milieu des oliviers, en pleine campagne.

    Souvent, c’est moi qui insiste pour qu’ils ne repartent pas. Pourquoi ? Parce que je sais ce qui les attend s’ils rejoignent la capitale. Ils se retrouveront sur le trottoir sans avoir le moindre coup de main. Je pense qu’ils sont plus heureux chez moi.

    Accepter d’ouvrir son intimité

     à des inconnus 

    Aujourd’hui, ces réfugiés font partie de mon quotidien. Dans la maison, nous partageons tout. C’est curieux à quel point ça dépasse nos limites. Héberger des réfugiés, c’est ouvrir sa porte mais aussi son intimité à des personnes que l’on ne connaît pas, qui n’ont pas la même culture, pas la même couleur de peau, pas les mêmes objectifs dans la vie… Ça a beaucoup effrité mon sentiment de propriété.

    J’ai gardé contact avec certaines personnes, en particulier deux familles. L’une est installée en Allemagne, la seconde à Aix-en-Provence. Régulièrement, elles me donnent des nouvelles. Je leur ai aussi rendu visite. Un réfugié m’a même dit :

    "Breil-sur-Roya, c’est la première terre que j’ai connue en France. Je reviendrais toujours."

    Ce genre de déclaration ne me laisse pas insensible.

    À chaque départ, j’ai le cœur en morceaux. Peut-être même plus qu’eux. Car eux sont habitués.

    L’État ne fait absolument rien 

    J’en veux beaucoup aux pouvoirs publics de nous avoir abandonnés. Consoler un homme qui vient d’apprendre la mort de sa femme, donner des cours de français, soigner des plaies, faire des maraudes, nourrir des personnes affamées… Ce n’est pas mon boulot. Je ne suis pas éducatrice, je ne suis pas formée à ça.

     

     Françoise Cotta a accueilli environ 450 réfugiés chez elle en deux ans. (M. BERTORELLO/AFP)

    L’État a une image politique à préserver : pas d’immigration. Et Christian Estrosi et Eric Ciotti, deux êtres parfaitement médiocres, sont engagés dans cette lutte anti-immigration. D’ailleurs, nous ressentons les effets directs de cette politique. Armée, douane, vigipirate, gendarmerie… nous sommes en état de siège. Impossible de faire quoi que ce soit sans être contrôlé.

    Pourtant, les choses pourraient être simples. Si ces réfugiés veulent traverser la France, laissons-les faire. Ils ne nous importunent pas. Arrêtons ces discours débiles expliquant que ces migrants viennent manger le pain des Français. C’est faux. On a besoin d’eux, nous avons du travail à leur offrir et une nouvelle vie.

    À défaut d’agir, j’aimerais que l’État reconnaisse le droit de ces gens-là, qu’il accepte toutes les demandes d’asiles politiques, aide et accompagne les réfugiés, et débloque des fonds nécessaires pour leur porter assistance.

    Je ne suis pas un héroïne 

    Aujourd’hui, ma région n’est plus la même. Je ne l’associe plus au soleil, aux oliviers, au chant des cigales ou au bord de mer. Comment pourrais-je occulter toute cette souffrance ? Impossible d’envisager de se baigner dans la mer de Vintimille quant à quelques mètres de soi, des hommes et des femmes se battent pour un quignon de pain.

    Je ne suis pas une héroïne. J’ai bien conscience qu’aider une personne ne changera pas la misère dans laquelle vivent tous les autres. Mon acte est citoyen.

    Et même si j’enfreins la loi allégrement, je vais continuer de le faire parce que ça ne s’arrêtera pas du jour au lendemain. Et vous voulez que je vous dise ? L’enfreindre, c’est bien plus intéressant que de la faire appliquer.

    Propos recueillis par Louise Auvitu 

    SOURCE : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1674898-avocate-j-enfreins-la-loi-en-accueillant-des-refugies-chez-moi-je-me-fous-de-l-interdit.html  

     

      

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  • La sale guerre…

    Irak : apocalypse et parfum de mort   dans le vieux Mossoul repris à l'EI

    Jacques Pous (ami de la 4acg) nous adresse ce texte écrit en réaction à l’intervention occidentale en Irak et en Syrie. Ce texte a été publié une première fois le 7 septembre 2016 dans la revue suisse « L’événement syndical ». 

    Lisez les journaux, écoutez la radio, regardez la télévision non pas pour vous informer – vous perdriez le plus souvent votre temps – mais pour savoir quelle est l’information incontournable car on n’en parle pas, car on ne la montre pas, celle que l’on tente de faire disparaître sous le tapis, mais celle qu’il faut justement hurler sur tous les toits en essayant d’utiliser le peu de liberté d’expression qui nous reste.
    L’information qu’aujourd’hui il faut faire circuler car personne ou presque ne la donne est que nous (ceux qui la font et ceux qui se taisent) menons une sale guerre, une guerre de bombardements aveugles en Iraq et en Syrie.
    Il y a les bombardements ‘ignobles’ comme à Alep – et ils le sont – ceux du pouvoir syrien et du pouvoir russe, et il y a les bombardements ‘nobles’ – les frappes chirurgicales, esthétiques et morales (un léger nuage de poussière qui surplombe une croix) qui signalent au peuple reconnaissant que justice a été faite. Les premiers ne feraient que des victimes civiles, les seconds – les nôtres – ne tueraient que des terroristes sauf – car il y a toujours un sauf – lorsqu’ils font des victimes dites collatérales car il s’agit de victimes que l’on ne peut pas cacher : un site d’une ONG occidentale ou un hôpital tenu par Médecins sans frontières.
    Or tout le monde sait, car il y a eu de nombreux précédents, que la réalité n’est pas celle que l’on nous montre et, dans quelques mois, lorsque nous aurons gagné cette nouvelle « bataille contre la barbarie et le terrorisme » et comme d’habitude perdu la guerre, les silencieux d’aujourd’hui dénonceront, les sanglots dans la voix, les crimes commis et pleureront, trop tard, les victimes innocentes.
    En effet, pour se faire une idée de l’ampleur des victimes civiles, il suffit de regarder les quelques images des villes dites libérées (Ramadi, Palmyre ou autres) que, pour bien nous convaincre de la réalité de nos victoires, des télévisions distraites nous montrent.
    Dans les semaines et les mois à venir, cette sale guerre qui, comme les précédentes, crée les terroristes de la prochaine (nos lâches bombardements suscitent leurs lâches attentats et leurs lâches attentats suscitent nos lâches bombardements) va prendre, dans des villes comme Mossoul de plusieurs centaines de milliers d’habitants, avec les offensives qui se préparent et qui seront du côté de la coalition essentiellement aériennes, une ampleur jusqu’ici inégalée.
    Or, une ville, même si elle est sous la coupe d’un pouvoir ennemi, est peuplée, comme les nôtres, avant tout de femmes et d’enfants, de civils qui, de plus, dans le cas présent, n’ont pas choisi ceux qui les dirigent, alors que nous, nous avons élu ceux qui prétendent défendre nos valeurs. Il est peut-être encore temps, si nous parvenons à nous faire entendre, d’empêcher le massacre des habitants de Mossoul ou autres localités moins importantes en exigeant l’arrêt total de toute guerre aérienne qui, dans une guerre asymétrique où les combattants sont étroitement mêlés aux civils, se réduit le plus souvent à un massacre des innocents.
    Arrêtons le massacre des innocents chez eux pour espérer l’arrêter chez nous.
     

    Jacques Pous, ami 4acg

    Messages 

    « Je ne peux que vouloir la parution de ce texte. Aujourd’hui, à Mossoul des combattants de Daech se mêlent aux civils qui fuient et se font exploser parmi eux. Engager des débats au sein des 4ACG, avec des partenaires au sujet des conflits et guerres dans lesquels la France est impliquée est urgent ».

    Alain Desjardin

    Président de la 4acg

    SOURCE : http://www.4acg.org/La-sale-guerre

    Irak : apocalypse et parfum de mort

     dans le vieux Mossoul repris à l'EI

    Irak : apocalypse et parfum de mort   dans le vieux Mossoul repris à l'EI

    Bâtiments dévastés, montagnes de gravats, ruelles désertes parsemées de cadavres de jihadistes: c'est le nouveau visage, apocalyptique, du vieux Mossoul, ancien joyau de l'Irak, dont les quartiers sont peu à peu arrachés par l'armée aux derniers combattants jihadistes.

    Pour la troisième fois en quelques minutes, le lieutenant-colonel Mohamed al-Tamim passe sans regarder à côté d'un cadavre de jihadiste, à moitié enseveli sous un tas d'énormes gravats qui était encore il y a quelques jours une façade d'immeuble du quartier al-Farouq.

    Mieux vaut ne pas s'attarder: abandonné depuis plusieurs jours par 40°, la dépouille gonflée et brunie exhale une intolérable odeur de putréfaction.

    L'inconnu à la barbe fournie est mort en tenue de combat et les armes à la main, sort qui semble promis aux derniers combattants du groupe Etat islamique (EI) retranchés dans la vieille ville et qui seraient plusieurs centaines selon un commandant des services d'élite du contre-terrorisme (CTS).

    Les jihadistes de l'EI, qui s'étaient emparés de Mossoul, la deuxième ville du pays, il y a trois ans lors d'une offensive éclair, ne tiendraient plus aujourd'hui qu'un kilomètre carré dans la vieille ville, et sont encerclés de tous bords.

    - 'Ils ne se rendent pas' -

    La ruelle continue de résonner des tirs d'armes automatiques, de roquettes et au mortier que forces irakiennes et jihadistes continuent de s'échanger à quelques dizaines de mètre de là.

    "Les combattants de Daech ne se rendent pas", souligne le lieutenant-colonel al-Tamim. "Et s'ils ne se font pas tuer, en dernier ressort, ils se suicident en se faisant exploser".

    Des masses métalliques compactées et fondues en témoignent au coin des rues: ce qu'il reste des motos et scooters piégés, parfois précipités contre leurs ennemis par des kamikazes de l'EI.

    Les ruelles du quartier sont tapissées d'énormes tas de gravats. Des monceaux de parfois plusieurs mètres de haut, restes des toits et façades qui ont volé en éclat au fil des combats.

    Un soldat qui a participé à la reconquête du quartier al-Farouq souligne l'importance des bombardements aériens, dans ces ruelles inaccessibles aux blindés: "On repère d'abord les ennemis. Puis on appelle du soutien aérien pour les éliminer. Puis on avance, avec précaution. On croise beaucoup de cadavres, on traque les autres" jihadistes vivants.

    Le paysage urbain est dévasté, sens dessus dessous: fils électriques à même le sol, carcasses de voitures broyées encastrées entre deux étages, rambardes d'escaliers tordues et perchées sur les toits…

    Des bâtiments entiers ont explosé en tas de pierre. Les couleurs des commerces des ruelles ont disparu: l'horizon du quartier n’est plus qu'une masse informe, grise et empoussiérée.

    - 'Notre priorité' -

    Les intérieurs des maisons encore debout témoignent de l'état de siège: tout ce qu'elles comptent d'objets ou d'équipements est entassé de manière anarchique, des vêtements aux vélos, des meubles aux ustensiles de cuisine. Plus aucun civil dans ces maisons fantôme, ni dans les rues, à part quelques couvertures, vêtements, peluches ou jouets égarés.

    L'armée irakienne assure prendre toute les précautions pour épargner les dizaines de milliers de civils, dont la moitié d'enfants selon les secouristes, qui se sont retrouvés pris au piège dans les quartiers tenus par l'EI.

    "Ils sont notre priorité, et nous les avons secourus", souligne le général Abdelwahab al-Saadi, l'un des commandants des forces antiterroristes (CTS), en parlant des civils évacués lors de la reprise du quartier.

    Les militaires ne communiquent guère sur le nombre de victimes civiles des combats ou des bombardements aériens de la coalition internationale dirigée par Washington qui appuie les opérations au sol.

    Selon de nombreux témoignages de civils qui ont fui la vieille ville ces derniers jours, très rares sont les familles qui n'ont pas perdu un ou plusieurs proches lors des combats dans leur quartier.

    Certains ont été victimes des combattants de l'EI, qui promettaient la mort en cas de tentative de fuite. Mais d'autres témoins ont évoqué des familles entières réfugiées dans les sous-sol de leur maison occupée par des jihadistes, et mortes écrasées dans des bombardements.

    Dans les ruelles d’al-Farouq dimanche, l'infecte odeur des corps abandonnés ne flottait d'ailleurs pas qu'autour des cadavres de jihadistes. Elle s'échappait également des monceaux de gravats des maisons bombardées.

    Source : AFP

    SOURCE : http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2017/06/25/irak-apocalypse-et-parfum-de-mort-dans-le-vieux-mossoul-repris-a-l-ei,2135354.php

    Irak : apocalypse et parfum de mort  dans le vieux Mossoul repris à l'EI *** Mort de Stephan Villeneuve,  grand-reporter, à Mossoul

    Disparition

    Mort de Stephan Villeneuve,

    grand-reporter, à Mossoul

     par Luc Mathieu.

    Le journaliste préparait un reportage pour « Envoyé spécial » quand deux mines ont explosé. Il suivait les forces irakiennes qui ont pénétré dimanche dans la vieille ville aux mains de l’Etat islamique. 

    Irak : apocalypse et parfum de mort   dans le vieux Mossoul repris à l'EI

    Stéphan Villeneuve, mort au « service de l’information » à Mossoul 

    Stéphan Villeneuve, 48 ans et père de quatre enfants, n’a pas survécu à ses blessures. Il est mort lundi après-midi, quelques heures après avoir été blessé à Mossoul, dans le nord de l’Irak. « Avec sa disparition, c’est une nouvelle fois le journalisme de guerre qui est frappé. Je souhaite rendre hommage à son courage au service de l’information et à son professionnalisme reconnu par tous ceux avec lesquels il a travaillé », a déclaré la ministre de la Culture, Françoise Nyssen. Stéphan Villeneuve était expérimenté, coutumier des terrains de guerre et de leurs risques. Il a longtemps travaillé pour l’agence de presse Capa. « Il avait 25 ans quand il a fait ses premières armes en Bosnie. Après Sarajevo, il a enchaîné Mogadiscio, le génocide rwandais, le Kosovo, le Congo, Haïti, le Yémen, l’Irak, la Tunisie… Et puis l’Irak, une dernière fois. Stéphan connaissait la planète comme sa poche. Il aimait profondément les autres. […] C’était un grand pro », a fait savoir Capa dans un communiqué.

    Lundi, il était à Mossoul pour la société #5 bis Productions et préparait un reportage pour Envoyé spécial. Il était accompagné de la journaliste Véronique Robert, qui travaillait avec lui, de Samuel Forey, correspondant du Figaro et de Bakhtiyar Haddad, un journaliste et fixeur kurde. Ils suivaient une unité des forces spéciales antiterroristes irakiennes qui venait de pénétrer dans la vieille ville de Mossoul. Alors qu’ils marchaient, deux mines ont explosé. Bakhtiyar Haddad a été tué, Véronique Robert et Stéphan Villeneuve ont été grièvement blessés. Les deux journalistes et Samuel Forey, plus légèrement touché, ont été transportés par hélicoptère dans un hôpital de Bagdad.

    Snipers. L’offensive pour reprendre Mossoul à l’Etat islamique (EI) dure depuis plus de huit mois. La ville, la deuxième d’Irak, avait été prise à la surprise générale par les jihadistes en juin 2014. Quelques centaines de combattants avaient réussi à faire fuir des milliers de policiers et soldats irakiens, censés la protéger. Des officiers avaient abandonné armes et uniformes avant de battre en retraite. Le 17 octobre, l’offensive pour chasser l’EI était lancée. Des dizaines de milliers de peshmergas kurdes, de soldats et de policiers d’unités irakiennes attaquent les positions jihadistes dans la plaine de Ninive. En quelques semaines, la plupart des villes et villages de la périphérie de Mossoul sont repris. Fin janvier, les forces spéciales antiterroristes, formées et financées par les Etats-Unis, contrôlent les quartiers Est.

    Un mois plus tard, la bataille pour reprendre l’Ouest débute. Elle mobilise la police fédérale, les brigades d’intervention rapide - une unité d’élite de la police - et les forces antiterroristes. Elle est d’emblée plus dure. Les jihadistes résistent farouchement. Ils multiplient les attaques-suicides. Des combattants, des drones, des voitures, des bulldozers explosent devant les positions irakiennes. Des snipers prennent à revers les soldats. Les jihadistes se sont préparés. Ils circulent de maison en maison par des trous qu’ils ont creusés dans les murs mitoyens. A plusieurs reprises, les forces irakiennes se voient obligées de ralentir l’offensive pour se réorganiser. Soldats et policiers sont épuisés. Beaucoup ont aussi combattu à Ramadi et Fallouja, ils en portent les cicatrices.

    Catastrophique. 

    En mars, ils sont à la lisière de la vieille ville. Ils aperçoivent le minaret penché de la mosquée al-Nouri, là où Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EI, est apparu en public en juin 2014. Mais ils ne peuvent s’en approcher, les ripostes des jihadistes sont féroces. Dimanche, après une nouvelle réorganisation, les forces irakiennes ont pénétré pour la première fois dans la vieille ville.

    Les jihadistes les y attendent, acculés et encerclés. Les combattants irakiens pourront tenter de se faire passer pour des civils. Les étrangers, dont des Français, sont là pour mourir. Ils résisteront comme ils l’ont déjà fait, avec des snipers postés sur les toits de maison où vivent encore des civils, des mines artisanales et des kamikazes. La plupart des ruelles de la vieille ville sont trop étroites pour les voitures piégées. La situation humanitaire est catastrophique depuis plusieurs mois.

    Les habitants sont pris pour cible par l’EI lorsqu’ils tentent de s’échapper. Il n’y a plus d’eau courante, ils doivent payer pour récupérer celle du Tigre, qui coupe Mossoul en deux. Ceux qui ont épuisé leurs réserves mangent des chats ou des bouts de carton trempés dans l’eau. Selon l’ONU ? Il reste environ 100 000 habitants dans la vieille ville. L. M. 

    Photo Nicolas Jaillard France 2. STEPHAN VILLENEUVE, journaliste reporter d’images décédé le 19 juin 2017 en Irak suite à l’explosion d’une mine alors qu’il effectuait un reportage sur la bataille de Mossoul destiné au magazine Envoyé Spécial.

    SOURCE : http://www.grands-reporters.com/Mort-de-Stephan-Villeneuve-grand.html

    La journaliste Véronique Robert tuée

     en couvrant les combats à Mossoul

    Irak : apocalypse et parfum de mort  dans le vieux Mossoul repris à l'EI *** Mort de Stephan Villeneuve,  grand-reporter, à Mossoul

    Elle était en reportage pour l’émission « Envoyé spécial » avec le Français Stéphan Villeneuve et l’Irakien Bakhtiyar Addad, tués par la même explosion d’une mine.

    La journaliste Véronique Robert, touchée par l’explosion d’une mine à Mossoul, dans le nord de l’Irak, lundi 19 juin, a succombé à ses blessures, a confirmé France Télévisions dans un communiqué samedi. Opérée à Bagdad, elle avait été transférée dans la nuit de jeudi à vendredi à l’hôpital Percy, près de Paris.

    Spécialiste des terrains de guerre, grand reporter, elle avait couvert de nombreux conflits au Moyen-Orient. Agée de 54 ans, elle avait réalisé ses derniers reportages pour Paris Match, une série sur l’Irak. Cette fois, elle couvrait avec Stéphan Villeneuve la bataille de Mossoul pour l’émission « Envoyé spécial » de France 2. Tous deux travaillaient pour la chaîne par l’intermédiaire de la société #5bis Productions.

    « C’est avec une très grande tristesse que la direction de l’information de France Télévisions vient d’apprendre le décès de la journaliste Véronique Robert », peut-on lire dans un communiqué de la chaîne, qui s’associe « à la douleur de sa famille et de tous ses proches ».

    Emilie Raffoul, Dominique Tierce, responsable des magazines à France Télévisions, et la grand reporter Dorothée Olliéric s’étaient rendues en Irak mardi soir pour organiser le rapatriement de Véronique Robert, qui a subi plusieurs opérations à Bagdad.

    Quatre journalistes tués dans la bataille

     de Mossoul

    Dernièrement, Véronique Robert faisait partie d’un groupe de trois reporters français qui accompagnaient les forces spéciales irakiennes, engagées dans la bataille pour reprendre Mossoul à l’organisation Etat islamique (EI).

    Son amie et consœur Caroline Mangez, rédactrice en chef à Paris Match, la décrit comme une femme « hyper féminine, épaisse comme une allumette » et qui « ne mâchait pas ses mots ». « Elle ne lâchait rien. Jamais », écrit-elle dans un article qui rend autant hommage à son fort caractère qu’à son talent.

    Ses confrères, le journaliste reporter d’images Stéphan Villeneuve et le journaliste kurde irakien Bakhtiyar Haddad, qui accompagnaient le groupe, ont aussi été tués. Le troisième journaliste français, Samuel Forey, qui travaille pour Le Figaro et pour d’autres médias, a été touché légèrement au visage et au bras.

    Au moment de l’explosion de la mine, les quatre journalistes suivaient à pied l’avancée de l’armée irakienne contre les djihadistes de l’EI, dans le quartier de Ras Al-Jadah, selon Reporters sans frontières (RSF). L’Elysée avait annoncé, mardi, que Stéphan Villeneuve allait être fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

    Les forces antiterroristes irakiennes ont lancé, le 18 juin, leur offensive dans la cité historique de Mossoul, dernier pré-carré de l’EI dans la métropole du nord de l’Irak. Anticipant cette attaque, les djihadistes avaient renforcé leur première ligne de défense.

    Depuis 2014, le conflit en Irak a fait 26 morts parmi les journalistes, professionnels ou non, selon RSF, qui recense quatre journalistes tués et de nombreux blessés depuis le début de la bataille de Mossoul, en octobre 2016.

    SOURCE : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/06/24/mort-de-la-journaliste-francaise-veronique-robert-blessee-a-mossoul_5150554_3382.html#zFc9BI6a187dXZ0v.99

     

     

     



     



     

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  • Guerre d’Algérie : pour un armistice mémoriel

    Moi, petits-fils de pieds-noirs, j’ai décidé, avec d’autres, comme l’historien Benjamin Stora, de devenir, humblement, un militant du " compromis mémoriel ", autrement dit de défendre la construction d’une mémoire commune, d’abord cimentée par le récit méthodique et rigoureux des historiens : une mémoire non militante, qui n’occulterait ni les massacres de Sétif du 8 mai 1945 par l’armée française, ni la Nuit noire du 17 octobre 1961 à Paris, ni le massacre des Français d’Algérie de la rue d’Isly, celui oublié des Européens du 5 juillet 1962 à Oran, ou encore les massacres de harkis… et cela avec l’espoir qu’à terme, les murs des mémoires revanchardes et haineuses, qui séparent encore les différents groupes sociaux ayant fait cette histoire algérienne, se fissurent enfin… jusqu’à tomber !

    Hugo Melchior 

    Samedi 24 juin 2017, par nf

    http://ldh-toulon.net/guerre-d-Algerie-pour-un-armistice-memoriel.html

    Un historien, petit-fils de pieds-noirs, plaide pour la construction d’une mémoire commune et non militante. (1) Moi, petit-fils de pieds-noirs, encore adolescent, j’avais pris l’habitude devant mes grands-parents, du fait de mes convictions, d’adopter une posture anticolonialiste intransigeante, au risque de défendre une conception essentiellement binaire et manichéenne de l’histoire de l’Algérie française et coloniale.

    Moi, petit-fils de pieds-noirs, en dépit de l’amour infini que je leur portais, je fus longtemps incapable de faire preuve d’empathie à l’égard de mes grands-parents maternels, d’origine espagnole, nés et ayant grandi en Oranie, tous deux fils et fille de classe ouvrière devenus instituteurs, dès qu’ils évoquaient, pleins d’amertume et de mélancolie, la roue de l’histoire qui avait fini par tourner en faveur des peuples colonisés.

    Moi, petit-fils de pieds-noirs, je n’avais pour seule réponse à opposer à leur " nostalgérie " que cette phrase inutilement blessante : " Les Algériens ont eu raison de vous foutre dehors " ; allant jusqu’à leur dire que je regrettais de n’avoir pas eu 20 ans en 1958 pour aider les " fellagas " honnis, c’est-à-dire les nationalistes algériens, à recouvrer ce qu’ils considéraient comme leur souveraineté perdue, comme le firent des dizaines de militants français ayant pris fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie (intellectuels, trotskistes, anarchistes…).

    Moi, petit-fils de pieds-noirs, je n’avais en tête que la barbarie innommable, la multitude des crimes qui avaient accompagné le geste des prétendus civilisateurs dans le cadre de la conquête territoriale et de la " pacification " de l’Algérie à partir de 1830. L’Algérie coloniale avait été, à mes yeux, un scandale permanent pour les Algériens musulmans pendant plus de cent trente ans, et rien de plus : dissociation monstrueuse sur le plan juridique entre nationalité et citoyenneté pour les Algériens musulmans qui furent assimilés de facto à partir de 1865 à des " sujets français ", droit pénal d’exception pour les musulmans avec le fameux " code de l’indigénat ", l’expropriation systématique des terres au profit des grands propriétaires européens et a contrario la paupérisation extrême des campagnes algériennes, pourtant censées être des territoires de la République française….

    Moi, petit-fils de pieds-noirs, en devenant un " trans-mémoire ", j’avançais sur le champ de bataille des mémoires algériennes en brandissant le drapeau déployé de l’Algérie indépendante. Il fallait choisir son camp, paraît-il, et devenir par-là même un militant d’une mémoire exclusive. J’avais choisi la mienne, celle des Algériens musulmans, des colonisés, de celles et ceux qui avaient voulu, les armes à la main, conjurer la fatalité coloniale.

    Puis, moi, petit-fils de pieds-noirs, j’ai grandi et j’ai voulu en finir avec ces postures stériles qui ne me permettaient pas de saisir correctement les éléments constitutifs non seulement de la mémoire blessée de mes grands-parents, mais de celles et ceux qui, comme eux, avaient, la mort dans l’âme, dû quitter, en cette année 1962, l’Algérie, c’est-à-dire leur patrie au sens étymologique du terme (la terre de leurs pères et de leurs morts), pour rejoindre une métropole dont ils n’avaient jamais foulé le sol pour la grande majorité d’entre eux.

    Peuple mosaïque 

    Puis, moi, petit-fils de pieds-noirs, j’ai compris que mon rejet des colonialismes d’hier et d’aujourd’hui, ma dénonciation du caractère essentiellement inégalitaire et discriminatoire de l’Algérie à l’heure française ne devaient pas me conduire à rejeter le passé de mes grands-parents, ni celui de celles et de ceux qui avaient formé, en Algérie coloniale, ce peuple mosaïque, autrement dit cette société minoritaire bigarrée aux multiples contrastes (sociaux, culturels, religieux, politiques) qu’on ne pourrait assimiler raisonnablement à une simple " caste d’exploiteurs ".

    Puis, moi, petit-fils de pieds-noirs, j’ai compris que je pouvais, tout en demeurant principalement anticolonialiste, être fier d’être le fruit de l’arbre de cette histoire, que je pouvais, tout en me sentant solidaire du peuple algérien qui a payé le prix du sang pour se libérer du joug colonial, ressentir de la tristesse devant l’impossible deuil de mes grands-parents pour leur vie là-bas, n’exiger d’eux ni excuses ni contritions.

    Moi, petit-fils de pieds-noirs, j’ai donc décidé de rendre les armes pour ne plus avoir à participer à cette guerre sans fin des mémoires algériennes, à cette mise en concurrence des souffrances bien réelles de chacun.

    Moi, petits-fils de pieds-noirs, j’ai décidé, avec d’autres, comme l’historien Benjamin Stora, de devenir, humblement, un militant du " compromis mémoriel ", autrement dit de défendre la construction d’une mémoire commune, d’abord cimentée par le récit méthodique et rigoureux des historiens : une mémoire non militante, qui n’occulterait ni les massacres de Sétif du 8 mai 1945 par l’armée française, ni la Nuit noire du 17 octobre 1961 à Paris, ni le massacre des Français d’Algérie de la rue d’Isly, celui oublié des Européens du 5 juillet 1962 à Oran, ou encore les massacres de harkis… et cela avec l’espoir qu’à terme, les murs des mémoires revanchardes et haineuses, qui séparent encore les différents groupes sociaux ayant fait cette histoire algérienne, se fissurent enfin… jusqu’à tomber !

    Hugo Melchior

    (1)  Source : Tribune de Hugo Melchior, docteur en histoire contemporaine à l’université Rennes ll, publiée dans la page "Débats" de l’édition du Monde datée du 23 février 2017.

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  • Calais : "Des gens ont faim et soif, qu'est-ce qu'on fait ?"

    Le Tribunal Administratif a tranché

    Migrants de Calais : pas de centre d'accueil

    mais des mesures d'aide

    AFP, publié le lundi 26 juin 2017 à 18h57

    Le tribunal administratif de Lille a refusé lundi la création à Calais (Pas-de-Calais) d'un centre d'accueil d'urgence pour les migrants, mais a en revanche ordonné la mise en place de mesures pour leur venir en aide.

    Avec cette décision, il donne en partie raison aux onze associations qui avaient saisi par référé le juge administratif de Lille mercredi dernier pour demandé l'arrêt des "entraves" à la distribution de nourriture aux quelque 400 à 600 réfugiés qui errent dans le Calaisis. 

    Calais : "Des gens ont faim et soif, qu'est-ce qu'on fait ?"

    GERARD COLLOMB, PLUS PROCHE

    DES IDENTITAIRES QUE DES HUMANITAIRES !!!

    Les Jeunes Socialistes demandent

    la démission de Gérard Collomb

    Les déclarations du ministre de l’Intérieur aujourd’hui à Calais sont une honte pour la République.

    Après le rapport du Défenseur des droits publié il y a quelques jours qui dénonçait le traitement inhumain des migrants à Calais et les entraves faites aux associations qui leur portent secours, les Jeunes Socialistes attendaient autre chose d’un ministre venu de la gauche que des propos dignes de l’extrême droite.

    Cette dérive de Gérard Collomb oblige le Président de la République à lui retirer au plus vite ses responsabilités ministérielles. Les millions de Françaises et de Français qui ont fait barrage à Marine Le Pen Le 7 mai dernier ne l’ont pas fait pour retrouver son discours dans la bouche du ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron.

    Après cette nouvelle démonstration que l’orientation politique de ce gouvernement se situe bien à droite, tant sur le plan économique et social que sur celui des valeurs et de la conception de la République, il apparaît inconcevable pour les Jeunes Socialistes que des parlementaires socialistes puissent lui accorder leur confiance. 

     Calais : "Des gens ont faim et soif, qu'est-ce qu'on fait ?"

     

    Calais : "Des gens ont faim et soif,

    qu'est-ce qu'on fait ?"

    Calais : "Des gens ont faim et soif, qu'est-ce qu'on fait ?"

     

    Jeudi 22 juin 2017 Par Leïla Khouiel

    Ce mercredi, la justice examinait la requête en référé de 11 associations et d'une cinquantaine de migrants de Calais, demandant que les atteintes graves aux droits fondamentaux des exilés cessent. Une procédure visant notamment la préfecture du Pas-de-Calais, la ville et le département de Calais...


    [LETTRE OUVERTE] Points d’eau supprimés, distributions alimentaires entravées par les forces de l’ordre, violences physiques : les témoignages, rapports et reportages font état ces derniers jours d’actes de maltraitance inhumains insupportables envers les 600 exilés à Calais. Dans cette lettre adressée au président de la République, Emmanuel Macron, plusieurs personnalités demandent à ce que ces violences cessent.

    M. le président de la République,

    Depuis plusieurs années maintenant, des milliers de migrants transitent chez nous, à Calais, en espérant atteindre la Grande-Bretagne. Ils aspirent à une vie meilleure. Ils ont fui leur pays, leurs proches, leurs familles, ont parcouru des milliers de kilomètres, ont échappé au pire : la faim, la soif, la répression, l’esclavage, la mort. Ils espèrent et attendent sur notre territoire dans des conditions qui ne nous honorent pas. Ces conditions nous font honte. C’est pourquoi M. le Président, nous, associations, ONG, chercheurs, journalistes, écrivains, avocats, artistes, comédiens, réalisateurs, élus, policiers, enseignants, décidons de vous interpeller.

    Depuis le démantèlement du camp de Calais fin octobre 2016, les associations et organisations non gouvernementales dénombrent 600 migrants sur place. Celles-ci se battent pour leur assurer ce qu’il y a de plus élémentaire : de l’eau et de la nourriture. Mais voilà deux semaines que les autorités rendent cette tâche difficile. Qu’une “sorte de traque” est organisée pour reprendre les propos du Défenseur des droits dont les collaborateurs se sont rendus sur place. Nous avons lu que des officiers de police interdisent à des migrants de se rendre à une distribution de vivres. Nous avons aussi pris connaissance de ces témoignages de bénévoles, rapportés par plusieurs journalistes, qui racontent comment les CRS les ont empêchés de donner à boire à des exilés dont des enfants. Nous avons appris que tous les points d’eau ont été supprimés, que les exilés dorment à même le sol. Nous avons aussi lu ces récits de migrants qui racontent qu’on les frappe, qu’on les gaze. Qui donne ces ordres ? Est-ce donc cela, selon vous, une police qui protège et qui sert ? Les forces de l’ordre ne méritent-elles pas mieux que d’assoiffer des femmes, des hommes, des enfants déjà exténués par leurs conditions de survie ? Est-ce faire honneur aux policiers que de les assigner à des tâches si inhumaines?

    Vous le savez, ces faits sont constitutifs d’une “atteinte aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité”. La justice a été saisie, et nous avons bon espoir qu’au moins, les pressions sur les associations cessent afin qu’elles puissent faire leur travail correctement, afin qu’elles puissent assurer le minimum. Mais vous avez le pouvoir d’agir afin que ces pressions cessent dans l’heure. Et vous avez un pouvoir plus grand encore, celui de mettre en place une politique migratoire digne comme le demandent plus de 200 organisations.

    Il y aurait, lit-on, une volonté des pouvoirs publics de ne plus voir de migrants à Calais. Mais il y a une volonté plus grande encore : celle qu’ont ces migrants de vouloir construire une vie meilleure pour eux et leurs familles. Aucun gouvernement ne parviendra jamais, et par quelque mesure que ce soit, à empêcher un individu que la mort, la faim ou la répression poursuit d’aller vers là où la vie est plus douce.

    Alors nous vous proposons de faire vôtre une autre volonté : celle de ne plus voir, sur notre territoire, d’individus, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, victimes de violences et de traitements inhumains et dégradants exercés par l’État. Cela commence par mettre fin à ce qui se passe à Calais. C’est une question d’humanité. Nous ne vous demandons pourtant pas d’être généreux ; il n’est pas question de sacrifier la raison au coeur ; il s’agit seulement, au lieu de mener une politique inutile, et inutilement violente, de respecter les droits humains.

    Pour signer la pétition : https://www.change.org/p/emmanuel-macron-m-le-pr%C3%A9sident-faites-cesser-ces-violences-envers-les-migrants

    Premiers signataires :

    La rédaction du Bondy Blog – Yannick Jadot, député européen – Omar Sy, acteur – Association Auberge des migrants – Assa Traoré, comité Adama – Hélène Sy, présidente de l’association Cékedubonheur – Camille Louis, philosophe, dramaturge – Jean-Luc Mélenchon, député européen – Sud Intérieur-Union syndicale solidaires, syndicat de police – Marie-Françoise Colombani, journaliste – Florence Thune, directrice générale de Sidaction  – La Caution, artistes – Malik Salemkour, président de la LDH – Laurence De Cock, historienne – Raphaël Kempf, avocat – Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde France – Mathilde Larrère, historienne – Coordination nationale “Pas sans nous” – Syndicat de la magistrature – Alain Gresh, journaliste – Marwan Mohammed, sociologue au CNRS – Aïssata Seck, maire-adjointe de Bondy – Nordine Nabili, journaliste, enseignant – Eric Fassin, sociologue – Christine and the Queens, artiste – Geoffroy de Lagasnerie, philosophe, sociologue – Laurent Cantet, réalisateur  – Océanerosemarie, comédienne – Nadia Lamarkbi, formatrice, coach professionnelle – Christophe Ruggia, réalisateur – Véronique Decker, directrice d’école – Nadia Leila Aissaoui, sociologue, féministe – Céline Sciamma, réalisatrice, scénariste, co-présidente de la Société des Réalisateurs de Films – Etienne Tassin, philosophe – Marwan Muhammad, directeur du Ccif – Marie-Laure Basilien, professeur des Universités en droit public, membre de l’Institut universitaire de France – Ziad Majed, politiste, professeur universitaire – Edouard Louis, écrivain – Médine, artiste – Didier Eribon, philosophe – Alice Diop, réalisatrice – Magyd Cherfi, chanteur, écrivain – Laurent Chalumeau, auteur de polars – Mohamed Hamidi, réalisateur – Robin Campillo, réalisateur – Yasmine Bouagga, sociologue – Alain Mikowski, avocat – Rokhaya Diallo, journaliste – Pascale Ferran, réalisatrice – Association Itinérance Cherbourg – Raphäl Yem, animateur TV, fondateur de Fumigène magazine – Akram Belkaïd, journaliste, écrivain – Pouria Amirshahi, député, fondateur du “Mouvement Commun” – Nora Hamadi, journaliste – Raphaël Glucksmann, essayiste – Faïza Guène, écrivain – Julien Salingue, docteur en science politique –  Madjid Messaoudene, conseiller municipal délégué, Saint-Denis – Pierre-Emmanuel Barré, humoriste – Lauren Bastide, journaliste – Abou Diaby, footballeur professionnel – Mouloud Achour, journaliste – Malik Bentalha, humoriste et comédien – Benjamin Stora, historien – Latifa Ibn Ziaten, présidente et fondatrice de l’association Imad Ibn Ziaten pour la Jeunesse et la Paix – Amelle Chahbi, comédienne.

    Calais : "Des gens ont faim et soif, qu'est-ce qu'on fait ?"

    Gérard Collomb, plus proche

     des identitaires que des humanitaires

    Calais : "Des gens ont faim et soif, qu'est-ce qu'on fait ?"

    En visite à Calais ce vendredi, le ministre de l'Intérieur s'est lâché sur les migrants pour le plus grand bonheur de Génération identitaire, groupuscule d’extrême droite, qui lui propose ses services.

    En visite à Calais, suite à la mort d’un chauffeur routier dans un accident consécutif à un barrage dressé sur l’autoroute par des migrants, Gérard Collomb s’est lâché sur les migrants.

    Considérant, tout d’abord, que les accusations de violences policières étaient « tout à fait excessives » au regard de la « douceur légendaire » des migrants, il a affirmé que les forces de l’ordre agissaient avec « beaucoup d’humanité » face à des gens « enkystés ». Le ministre de l’Intérieur - censé représenter la « gauche » d’un gouvernement « progressiste » - propose donc de « renforcer la sécurité avec l’arrivée de deux compagnies de forces mobiles supplémentaires pour éviter que de nouveaux campements ne se forment ».

    Annonçant la présentation « dans les quinze jours » d’un plan sur la question migratoire, Gérard Collomb a insisté sur le fait qu’il n’y aurait pas de centre d’accueil à Calais : « Je me méfie des centres qui se disent prêts à accueillir des migrants pour seulement quelques jours et qui finalement durent dans le temps », a-t-il déclaré.

    Jacques Toubon, Défenseur des droits, s’est, pour sa part, offusqué sur RTL ce matin : VISIONNEZ JACQUES TOUBON ICI, qu’on ne respecte pas « l’obligation légale – et non morale - précise-t-il, de leur donner accès à leurs droits fondamentaux, ne serait ce que manger et boire ! » Mais le ministre de l'Intérieur ne s’en émeut pas, préférant dire aux associations humanitaires « qu'il y a peut-être d'autres lieux que Calais où elles pourront déployer leur savoir-faire ». Parce que, selon lui, « le vrai problème, se sont les routes de passeurs qu’il faut couper pour pas qu’on ait ces flux d’immigration qui ne sont plus des demandeurs d’asile mais de la migration économique ».

    Une position saluée par Génération identitaire, groupuscule d’extrême droite qui « sait avoir contribué, par ses activités, à cette nouvelle position politique au plus haut sommet de l’État ». Vantant son action « Defend Europe » qui « vise à stopper les bateaux de passeurs et à empêcher les bateaux d’ONG complices de ramener les migrants en Europe », le groupuscule proche du Front national propose même ses services au ministère ! « Une demande de subvention publique va être adressée à ce ministère dans les prochaines heures », peut-on lire dans un communiqué CLIQUEZ ICI. 

    « Quand aujourd'hui dans le Pas-de-Calais, on s'aperçoit que beaucoup de députés sont Front national, cela veut dire qu'il y a un vrai problème », a osé Gérard Collomb. Mais flirter avec leurs orientations idéologiques n’en pose aucun…

    SOURCE : https://www.politis.fr/articles/2017/06/gerard-collomb-plus-proche-des-identitaires-que-des-humanitaires-37219/

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  • " Les balles du 14 juillet 1953 "

    Le massacre policier oublié

    de nationalistes algériens à Paris

     Daniel KUPFERSTEIN

    Préface de Didier DAENINCKX

     La Découverte, mai 2017, 256 p., 18 €

    Rappelez-vous de notre article « Les balles du 14 juillet 1953 » : un film sur un carnage méconnu : une plaque pourrait être bientôt apposée en hommage aux victimes

    La Mairie de Paris fera poser une plaque à la mémoire des victimes du 14 juillet 1953 le 6 juillet 2017 à 15h, Place de la Nation

    Rappelez-vous de notre article « Les balles du 14 juillet 1953 » : un film sur un carnage méconnu : une plaque pourrait être bientôt apposée en hommage aux victimes

      

      Introduction et table des matières

    Le 14 juillet 1953, la traditionnelle manifestation célébrant la fête nationale prend un tour tragique lorsque la police ouvre le feu sur le cortège. Les tirs ciblent essentiellement les représentants du parti nationaliste algérien et font de nombreuses victimes. Fruit de quatre ans d'enquête, le livre de Daniel Kupferstein, grâce à de nombreux témoignages, fait la lumière sur ce non-dit de l'Histoire qui servit de déclencheur à la « guerre de libération » initiée par le FLN.

    Le 14 juillet 1953, la gauche communiste et syndicale célèbre la fête nationale, comme c’est la tradition, par une manifestation à Paris. Y participent, à la fin du cortège, plusieurs milliers de militants du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), le parti nationaliste algérien. Quand ils arrivent place de la Nation, des heurts se produisent et les policiers tirent froidement sur les manifestants algériens. Six d’entre eux sont tués, ainsi qu’un militant de la CGT. Et on compte des dizaines de blessés par balles.
    Pendant un demi-siècle, ce drame va être effacé des mémoires et des représentations, en France comme en Algérie. Pour comprendre les raisons de cette amnésie et faire connaître les circonstances de l’événement, Daniel Kupferstein a conduit une longue enquête, pendant quatre ans. Elle lui a permis de réaliser en 2014 un film, que ce livre prolonge et complète. On y découvrira les témoignages inédits de nombre d’acteurs de l’époque, ainsi que les ressorts de l’incroyable mensonge d’État qui a permis l’occultation de ce massacre. Et on comprendra le rôle essentiel de « déclic » joué par ce dernier dans le déclenchement par le FLN de la « guerre de libération » en novembre 1954.

    « L’originalité de l’approche de Daniel Kupferstein réside dans sa méthode de cinéaste documentariste. Si ce livre s’appuie sur la consultation d’archives inédites, sur une lecture attentive de la presse de l’époque et des moindres évocations du 14 juillet 1953 au cours des années qui suivent la tragédie, sur une fréquentation des études consacrées à la guerre d’Algérie, une part essentielle est constituée par la recherche des témoignages. Ce qui en fait la richesse, c’est bien la rencontre avec les acteurs de cet épisode sanglant, avec leurs proches, aussi bien du côté des victimes que des forces de répression, et avec tous ceux dont la vie, aujourd’hui encore, est entravée par les non-dits, les mal-dits de l’Histoire. » Extrait de la préface de Didier Daeninckx.

    Daniel Kupferstein, réalisateur et documentariste, est l’auteur de nombreux films, en particulier Dissimulation d’un massacre (2001), sur la sanglante la répression de la manifestation du FLN du 17 octobre 1961 à Paris, et Mourir à Charonne, pourquoi ? (2010) sur la répression de la manifestation du 8 février 1962.

    Drame du 14 juillet 1953 :

    N’oublions jamais !

    Communiqué de Nicolas Bonnet Oulaldj

    Elu au Conseil de Paris

     

    La fachosphère va avoir du "boulot" il existe près de 6000 lieux du 19-Mars-1962... voici donc une brève qui vient d'arriver

     Nicolas Bonnet Oulaldj

    Elu au Conseil de Paris

    Le Conseil du 12ème arrondissement a voté la pose, place de la Nation, d’une plaque commémorant la mort de six militants indépendantistes du MTLD (mouvement pour les libertés démocratiques en Algérie) et d’un syndicaliste de la CGT, le 14 juillet 1953, tués par les forces de l’ordre.

    C’est un drame presque oublié de l’Histoire, qui a endeuillé notre pays, notre ville et notre quartier.

    Nous réparons aujourd’hui cet oubli terrible.

    En mars 2016 je déposais, avec mon groupe, un vœu au Conseil de Paris demandant à ce qu’une plaque soit apposée place de la Nation pour que le travail de mémoire autour des évènements du 14 juillet 1953 puisse se faire.

    Parce que notre mémoire doit rester intacte. Parce que nous avons un devoir de rappeler aux passants que des lieux à Paris sont marqués par l’Histoire fusse t’elle tragique.

    Nous nous félicitons de cette décision de notre conseil et nous souhaitons que le conseil de Paris l’approuve dans quelques jours comme il a approuvé notre vœu qui est aujourd’hui exhaussé. 

     

    Rappelez-vous de notre article « Les balles du 14 juillet 1953 » : un film sur un carnage méconnu : une plaque pourrait être bientôt apposée en hommage aux victimes

     

     

    « Les balles du 14 juillet 1953 » : un film sur un carnage méconnu

    « Les balles du 14 juillet 1953 »

    Un film sur un carnage méconnu

    Par Michel Berthelemy membre de la 4acg

    Il y a 62 ans, le 14 juillet 1953, un drame s’est déroulé en plein Paris. A la fin d’une manifestation célébrant la Révolution française, la police parisienne a chargé. Six Algériens et un Français ont été tués, une cinquantaine de manifestants ont été blessés.
    Daniel Kupferstein avait déjà réalisé en 2011 le documentaire « 17 octobre 1961, dissimulation d’un massacre » et en 2010 « Mourir à Charonne, pourquoi ? ». Il explique ici ce qui l’a poussé à sortir cette histoire de l’oubli.

    « Ce qui est troublant avec ce fait dramatique, c’est que cette histoire est quasiment inconnue. Pratiquement personne n’est au courant de son existence. C’est comme si une page d’histoire avait été déchirée et mise à la poubelle. En France comme en Algérie.

    En fait, ce film, est l’histoire d’une longue enquête contre l’amnésie. Enquête au jour le jour, pour retrouver des témoins, les familles des victimes, pour faire parler les historiens, pour reprendre les informations dans les journaux de l’époque, dans les archives et autres centres de documentation afin de reconstituer au mieux le déroulement de ce drame mais aussi pour comprendre comment ce mensonge d’Etat a si bien fonctionné.

    Avant que les derniers témoins ne disparaissent, il est temps que l’histoire de ce massacre sorte de l’oubli ! »

    Michel BARTHELEMY

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    Mais aussi le témoignage de Jacques CROS

    qui m'a signalé ce film

     

    C’est le titre d’un film documentaire de Daniel Kupferstein qui relate les événements qui se sont produits ce jour-là dans la capitale. Quels sont ces événements assez peu connus de grand public ?

    Ce 14 juillet 1953, dans l’après-midi, est organisée à Paris une manifestation pour commémorer la Révolution française avec notamment la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Un cortège va rallier La Bastille à La Nation. Y participent le parti communiste, la CGT… et le MTLD, le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques créé par Messali Hadj.

    Les Algériens qui défilent sous les drapeaux et les banderoles du MTLD demandent le droit à l’indépendance de leur pays, une revendication qui, à cette date, n’est pas prise en compte par le PCF. Un groupe de parachutistes, venus d’Indochine pour la cérémonie officielle, se livre à une provocation.

    A la fin de la manifestation, alors que les Algériens, qui ont défilé dans le calme et la dignité, s’apprêtent à ranger leur matériel dans le camion prévu à cet effet. La police intervient brutalement et des coups de feu sont tirés. On comptera sept morts, six Algériens et un Français, et de nombreux blessés. Une quarantaine reconnaîtront les forces de l’ordre mais sans doute beaucoup plus.

    Silence et oubli ont caractérisé cet épisode antérieur de plus d’un an au déclenchement de la guerre d’indépendance. Il y aura certes un meeting de protestation au Cirque d’Hiver le 21 juillet mais l’idée du droit à l’autodétermination du peuple algérien n’est pas encore acquise. Dans son édition du 15 juillet Le Figaro rendra même les Messialistes responsables des affrontements ! Un entrefilet du fils de Maurice Lurot assassiné ce 14 juillet 1953 passera dans le courrier des lecteurs d’un numéro de L’Humanité Dimanche de 1995 mais pour l’essentiel l’affaire restera étouffée. Pourtant l’histoire était déjà en marche !

    Merci donc à Daniel Kupferstein pour son film qu’il doit compléter par la publication d’un livre sur ce carnage resté jusqu’ici méconnu.

    Jacques CROS

    Au début de cette vidéo vous allez reconnaître Jean LAURANS

    Président du Comité de Paris de la FNACA

    « Les balles du 14 juillet 1953 » : un film sur un carnage méconnu

    Entretien avec Daniel Kupferstein, réalisateur du documentaire Les balles du 14 juillet 1953

    Si les massacres du 17 octobre 1961 et de Charonne sont désormais connus, celui du 14 juillet 1953, où six manifestants algériens et un métallo français tombèrent sous les balles de la police, reste plongé dans l’oubli. Cet hommage du mouvement ouvrier à la révolution française, alors traditionnel, fut d’ailleurs ensuite supprimé. Daniel Kupferstein a consacré à ce drame un film-enquête émouvant qui lui a demandé quatre ans de travail. 

    Qu’est-ce qui t’a amené à travailler sur ce sujet ?
    J’avais déjà réalisé un film sur Charonne et un autre sur le 17 octobre. À l’occasion d’un débat suivant une projection, l’historienne Danielle Tartakowsky m’a dit « Tu devrais faire un film sur le 14 juillet 1953 ». Sur le moment, j’ai répondu que je ne voulais pas devenir le spécialiste des massacres parisiens. Ensuite, j’ai réfléchi et je me suis dit que les gens qui avaient vécu ces événements devaient avoir dans les 75 ou 80 ans, donc que les témoins risquaient de disparaître prochainement. Cela a été le déclic.

    Comment as-tu procédé ?
    J’ai utilisé le livre 1953, un 14 juillet sanglant de Maurice Rajsfus (Ed Agnès Vienot, 2003), malheureusement épuisé aujourd’hui. Puis j’ai consulté les archives, recherché des témoins, que j’ai trouvés, certains par relations, d’autres par Internet. J’ai même passé une annonce dans le journal algérien El Watan, ce qui m’a permis de contacter des manifestants et les parents de victimes qu’on voit dans le film.

    Pourquoi ce drame a-t-il été occulté ?
    Les causes de cet oubli sont diverses. D’une part, comme je le souligne dans le film, pour que la mémoire soit transmise, il faut qu’il y ait des gens pour s’en emparer, ce qui s’est fait presque immédiatement pour Charonne car les victimes appartenaient au PCF qui était un très grand parti, et beaucoup plus tardivement, à la fin des années 80, pour le 17 octobre. En ce qui concerne le 14 juillet 1953, d’une part il s’agissait d’une manifestation du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques dirigé par Messali Hadj) qui a ensuite scissionné. Le FLN qui en est issu et a déclenché la lutte armée à la Toussaint 1954 n’accorde aucune importance à ces événements qui se sont déroulés avant cette insurrection. Cela peut paraître délirant, mais les victimes du 14 juillet 1953 n’ont pas officiellement le statut de martyrs. Elles sont mortes trop tôt. Ensuite, en France, le PCF et la CGT ont dénoncé le massacre sur le coup, mais celui-ci a très vite été occulté dans le mouvement ouvrier par la grande grève des fonctionnaires d’août 1953. Dernière explication, selon Danièle Tartakowsky qui apparaît dans le film, avec l’éviction d’André Marty, le parti serait passé d’une ligne « classe contre classe » à une ligne plus centrée sur des alliances. Alors commémorer ces morts n’était plus à l’ordre du jour.

    Qu’est-ce qui explique la violence des policiers qui ont tiré dans le tas, comme le reconnaît de façon assez stupéfiante un de ceux que tu as retrouvés ?
    Ils ont en effet la bonne conscience de fonctionnaires qui n’ont fait que leur boulot. Les Algériens avaient à leurs yeux le statut de sous-hommes. Les tuer n’avait pas la même signification que d’assassiner des Français. Ils n’ont pas supporté que les militants algériens défilent avec un service d’ordre impressionnant, refusent de se laisser arracher leurs drapeaux et banderoles. À leurs yeux, il était inconcevable que des colonisés relèvent la tête, ne rasent pas les murs. Les deux flics qui témoignent dans le film n’éprouvent pas la moindre culpabilité. Alors que pour Charonne, tous les policiers se sont défilés : peut-être étaient-ils beaucoup plus mal à l’aise d’avoir massacré des Français ?

    Quel rôle a joué ce massacre dans la conscience des Algériens ?
    Il a probablement été un des éléments en faveur de la lutte armée. « Même quand on manifeste pacifiquement un jour symbolique de l’égalité, la liberté et la fraternité, on nous tire dessus, alors autant mourir en combattant »...

    Propos recueillis par Gérard Delteil 

    Les balles du 14 juillet 1953. DVD en vente à la librairie La Brèche. 
    Plus d’infos : 
    http://daniel-kupferstein.com  

    SOURCE : http://www.npa2009.org/idees/entretien-avec-daniel-kupferstein-realisateur-du-documentaire-les-balles-du-14-juillet-1953 

     

     

     

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    Migrants de Calais : l'Etat interpellé

    par le Défenseur des Droits face à la gravité

    de la situation

    Fête de la musique 2017... Ce n’était pas la fête des réfugiés… Chanson anti raciste de François Béranger... Toujours d'actualité malheureusement....

     

    Le Défenseur des droits s’est sérieusement penché, depuis plusieurs semaines, sur les conditions de vie des réfugiés à Calais. Jeudi 22 juin 2017, il en appelle à la responsabilité du gouvernement afin d’apporter des améliorations concrètes de leurs situations face à des « atteintes (aux droits fondamentaux) d’une exceptionnelle et inédite gravité ».
    Il réclame qu’« un accès pérenne à l’eau soit rendu possible, ainsi que des distributions de repas adaptées aux besoins des exilés, dans des conditions dignes ». Il préconise de plus la garantie d’«un accueil de jour spécialisé et la mise à l’abri des mineurs et des femmes dans des locaux situés sur le territoire de Calais ou à proximité immédiate» ainsi qu'« un lieu où les exilés puissent se reposer, se laver et envisager la suite de leur parcours migratoire soit installé ».

    Enfin, le Défenseur des droits souhaite la mise en place d’un bureau permettant de réceptionner les demandes d’asile depuis Calais car, aujourd’hui, les migrants doivent se rendre à la préfecture de Lille située à plus de 100 km de « la Jungle ».
    En octobre 2016, le gouvernement avait opéré à
    un grand démantèlement du bidonville de Calais. Mais la zone est de nouveau habitée par environ 600 personnes condamnées à errer, pourchassées par la police et empêchées de manger, boire et dormir. Les distributions de repas, organisées par des associations sont en effet perturbées par les forces de l’ordre qui en profitent ponctuellement pour procéder à des interpellations. Selon certaines associations, la situation dans le Calaisis est semblable à celle qui existait avant la mise en place d’un accueil de jour en 2015. Bondy Blog, a lancé vendredi 16 juin, une pétition
    à l’adresse du président Emmanuel Macron pour faire « cesser ces violences envers les migrants ». En près d’une semaine, elle a déjà récolté 24000 signatures.

    Fête de la musique 2017... Ce n’était pas la fête des réfugiés… Chanson anti raciste de François Béranger... Toujours d'actualité malheureusement....


    Fête de la musique 2017... Ce n’était pas la fête des réfugiés…
    Chanson anti raciste de François Béranger... Toujours d'actualité hélas, la preuve...

     

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  • Les « kwassa-kwassa »

    ou la persistance du refoulé raciste

    Les « kwassa-kwassa » ou la persistance du refoulé raciste

    Dimanche 18 juin 2017, par nf

    Lors d’un déplacement en Bretagne, jeudi 1er juin 2017, Emmanuel Macron a plaisanté sur ces fragiles embarcations à bord desquelles de nombreux migrants comoriens périssent en tentant de rejoindre Mayotte, le département français voisin. « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent », avait-il lancé. Ces propos, qui ont déclenché la polémique, montrent combien les esprits sont encore marqués par un imaginaire colonial.

    Une avocate du barreau de Mamoudzou, Fatima Ousseni, présidente du Festival d’arts contemporains des Comores dénonce la persistance de schémas racistes imaginaires qui survivent dans la pensée républicaine moderne.

    Tribune de Fatima Ousseni, publiée dans Libération le 13 juin 2017


    La récente plaisanterie reconnue malheureuse d’Emmanuel Macron (« Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent ») rappelle les insultes dont avait fait l’objet la ministre de la Justice Christiane Taubira en 2013 en sa qualité de femme noire. Celles-ci avaient alors conduit à considérer qu’il s’agissait là d’une simple expression d’un racisme, dont le parti politique auquel appartenait l’auteur des propos était alors jugé familier. En réalité, l’analyse était trop réductrice. Cela dénotait d’un phénomène bien plus profond et complexe. Le propos étant tenu aujourd’hui par un homme brillant, chef d’Etat qui a une pensée construite sur la question, abordée pendant sa campagne avec clairvoyance, il devient indispensable de comprendre ces postures en ouvrant le débat.

    La déclaration d’Emmanuel Macron est blessante et désastreuse pour les Comores qui subissent des pertes de vies humaines considérables depuis de très nombreuses années. Ce « trait d’humour » ne peut pas être banalisé même si dans le cas concernant Christiane Taubira, la trivialité est recherchée, alors que pour Emmanuel Macron elle se dit non intentionnelle. La guenon d’une part, les produits d’une pêche pour qualifier une population entière, les Comoriens, ramènent une partie de l’humanité, les Noirs, au rang d’animal. Le point mérite d’autant plus d’être soulevé qu’actuellement à Paris se succèdent diverses manifestations exprimant une démarche déterminée vers l’Autre, le non-Européen. Une exposition scientifique au Musée de l’homme où sont détaillés et combattus les processus de catégorisation, hiérarchisation des populations. Exposition historique à l’Institut du monde arabe où est présenté le développement de l’islam sur les terres africaines. Méconnu en Europe, il permet la remise en cause de préjugés. Exposition artistique enfin à la Villette « Afriques Capitales » où des plasticiens offrent une lecture empreinte d’une altérité féconde des villes et migrations. Ces trois événements n’empêchent pas les assertions déplacées et montrent que des actions ponctuelles, aussi louables soient-elles, ne suffisent pas.

    Les expressions ici incriminées ne bestialisent que le Nègre, ciblent une population précise et ne semblent pas procéder du hasard. Les esprits continuent d’être marqués de façon latente après les siècles d’esclavage durant lesquels les Noirs étaient considérés tels un bien meuble, mais aussi après la colonisation et sa négation résolue de leurs civilisations et cultures. Les poncifs habituels qui affublent généreusement le Noir d’une émotion exacerbée, un sens inné du rythme qu’il aurait dans le sang, ne brillerait que par des performances physiques limitées au sport, au sexe, serait une sorte de grand enfant, appartiennent au même registre qui le dépeint tel un être primaire dénué d’intelligence. C’est cet imaginaire colonial qui s’exprime aujourd’hui encore, chargé des stigmates de l’Afrique miséreuse telle qu’elle est trop souvent présentée dans les médias.

    La persistance de cette conception caricaturale constitue une réalité qui demeure inconsciemment prégnante dans la société. Elle est à l’origine des préjugés et entretient l’aliénation, les malentendus. Depuis très longtemps, nombre de scientifiques et notamment d’historiens expliquent cet état de fait par une carence sévère et symptomatique de connaissance de l’histoire de l’Afrique et tous ses descendants.

    Il existe une méconnaissance quasi totale des civilisations et cultures nègres en France, mais aussi un mépris entretenu. Cet enseignement n’est nulle part pris en charge dans les écoles. Pourtant l’humanité est née en Afrique près de la région des Grands Lacs, où la première intelligence humaine s’exprime. Les traces de conceptualisation les plus anciennes, mathématiques en l’occurrence, mais pas seulement, sont découvertes sur ce continent qui voit s’épanouir les premières révolutions technologiques, découvertes des métaux, métallurgie du fer, leur transformation, etc... Les scientifiques martèlent l’impérieuse nécessité d’enseigner cette histoire. Cette démarche est indispensable à la reconstruction des descendants de peuples déstructurés par l’esclavage et la colonisation. Elle est aussi nécessaire au reste de l’humanité qui vit aux côtés des Noirs pour les investir dans d’autres postures que celles de fils d’anciens esclaves ou colonisés, d’un peuple, vaincu, rabaissé au rang d’animal.

    Christiane Taubira, par une loi adoptée à l’unanimité au Parlement, a obtenu que l’histoire de l’esclavage, qualifié de crime contre l’humanité, soit incluse dans les manuels d’histoire. Non seulement cette loi n’est pas respectée, mais elle est insuffisante.

    Cette absence de narration et connaissance de l’histoire des Noirs, par l’ensemble des individus en France, est aussi à l’origine des graves crises identitaires conduisant aujourd’hui à des replis communautaires de plus en plus sévères. Cette situation est ainsi préjudiciable à l’égard de tous. Le travail de déconstruction par la science des stéréotypes dévalorisants, dans le respect de la diversité, se doit d’être entrepris avec force et détermination.

    Les mots d’Emmanuel Macron montrent qu’il peut être des basculements vers des postures dont on n’a pas toujours conscience, c’est pourquoi dresser un état des lieux sans complaisance s’impose. Une intelligence raisonnée et audacieuse ne se contenterait pas de simples excuses lénifiantes qui apaisent à peine et n’effacent pas l’humiliation de toutes les personnes qui se sont senties méprisées. Elle consisterait plutôt en une dynamique active, « en marche » qui saisirait le taureau par les cornes, lancerait une étude profonde de cette question de l’essentialisation et des représentations d’une partie de la population pour mieux aborder le bien vivre ensemble. Le défi est de taille et appelle à être relevé.


    Fatima Ousseni
    Avocate à la cour et présidente du Festival d’arts contemporains des Comores

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  • Ce matin j'ai mis en ligne un article intitulé "Les soldats du refus" mais je ne me rappelais pas que sur une photo d'un autre article mis en ligne le 6 octobre 2013 il y avait un autre soldat du refus en la personne d'Alban Lietchi. Alors à l'occasion de la Fête de la Musique je vous propose une chanson écrite et interprétée par le fils d'Alban Lietchi tout en ayant une pensée pour un grand ami Jean-François Gavoury.

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    Jean-Philippe Ould Aoudia (Marchand-Feraoun), Alban Liechti (ACCA), Gilles Manceron (LDH) et Georges Morin (Coup de soleil)

    Le documentaire «  le Refus » retrace le combat anticolonial d’Alban Liechti qui refusa en juin 1956 de prendre les armes contre le peuple algérien. Alban Liechti fut incorporé dans l’armée le 5 mars 1956 comme jeune soldat du contingent. Lorsque son contingent est envoyé en Algérie à l’automne 1956, il écrit au président de la république qu’il refuse de faire la guerre au peuple algérien. Il sera condamné à la prison.

    Après 4 années passées dans les prisons d’Algérie et de France, le 17 mars 1961, il est envoyé de force en Algérie dans un commando de Chasse d’un régiment de tirailleurs algériens. Dans le Djebel, de la région de Blida, il patrouille, tout en refusant de mettre les balles dans son arme. Son refus déterminé était celui d’un jeune qui reconnaissait au peuple algérien le droit à l’indépendance. Et ce n’est qu’avec la fin de la Guerre d’Algérie qu’il est libéré, le 8 mars 1962. 

    COMMUNIQUÉ

    Paris - 7-X-2013

    Le dimanche 6 octobre 2013 en fin de matinée, 45 personnes ont pris part à une manifestation privée organisée au cimetière du Père Lachaise (Paris-20e) à l’occasion du 2e anniversaire du dévoilement par Monsieur Bertrand Delanoë, Maire de Paris, de la première stèle en hommage à l’ensemble des victimes civiles et militaires de l’OAS en Algérie et en France.

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    Se déroulant un an jour pour jour après l’inauguration par Monsieur Joaquim Pueyo, député-maire d’Alençon, d’une plaque commémorative nommément dédiée à Alfred Locussol, premier fonctionnaire d’État assassiné par l’OAS sur le sol français, la cérémonie de ce dimanche avait pour objet d’ancrer cette date anniversaire dans le paysage mémoriel en faisant du 6 octobre une journée - pour le moment associative - du souvenir des victimes du terrorisme de l’OAS.

    Tel a été le sens de l’intervention, reproduite ci-après, de Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l'OAS (Anpromevo), entouré du représentant du maire de la capitale et des responsables nationaux et départementaux de plusieurs associations en lien avec le monde combattant, l’Algérie, l’anticolonialisme et les droits de l’Homme.

    Après celui de l’Orne en 2012, c’est le département de l’Isère dont une commune est pressentie pour accueillir le rendez-vous de l’an prochain.

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    Raphaël Vahé (ARAC), Jean Laurans (FNACA-75), Jean-François Gavoury (ANPROMEVO), Hamou Bouakkaz (Mairie de Paris)

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    Jean-Philippe Ould Aoudia (Marchand-Feraoun), Alban Liechti (ACCA), Gilles Manceron (LDH) et Georges Morin (Coup de soleil)

    La manifestation a été marquée par le dépôt d’une gerbe au nom de l’Anpromevo, de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons et du Comité vérité et justice pour Charonne.

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    Elle s’est conclue par une minute de silence

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    Cérémonie privée le dimanche 6 octobre 2013 à 11 h 00

    au cimetière du Père Lachaise (Paris-20e)

     à l’occasion du 2e anniversaire du dévoilement

    par Monsieur Bertrand Delanoë, Maire de Paris,

    de la stèle en hommage

     à l’ensemble des victimes civiles et militaires de l’OAS

    en Algérie et en France

     *

    Intervention de Jean-François Gavoury, président

    de l’Association nationale

     pour la protection de la mémoire des victimes de l'OAS

    (ANPROMEVO)

     

     

    Je dédie mon intervention à Mme Vve Marcel Basset et à Mme Micheline Renard, membres bienfaitrices de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS, décédées cette année, respectivement en juin et en juillet.

    _

    Quelques mots pour saluer la présence aux côtés des membres et des responsables de l’Anpromevo, de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons et du Comité vérité et justice pour Charonne :

    - de M. Hamou Bouakkaz, adjoint au maire de Paris en charge de la démocratie locale et de la vie associative ;

    - de M. Jean Laurans, président départemental de la FNACA de Paris ;

    - de M. Alban Liechti, président de l’association Agir contre le colonialisme aujourd'hui ;

    - de M. Gilles Manceron, responsable Mémoire, Histoire, Archives de la Ligue des droits de l'Homme ;

    - de M. Georges Morin, président de l’association Coup de soleil ;

    - de M. Raphaël Vahé, président national de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC).

    Parce que nous sommes fiers, Jean-Philippe Ould Aoudia et moi, de les avoir auprès de nous, dans nos associations respectives, parce que des raisons personnelles auraient pu les retenir ailleurs, remercions également de leur participation M. Michel Levallois, préfet honoraire, membre de l'Académie des sciences d'outre-mer, et Me Nicole Rein dont les combats les plus récents, menés avec le regretté professeur Albert Jacquard, nous rappellent, par leur inspiration humaniste, les engagements d’hier.

    Et puisque nous sommes sur cette note de nostalgie, permettez-moi de vous dire la peine que j’éprouve en imaginant que nous ne verrons plus autour de cette stèle ni la frêle silhouette de Henri Alleg, ni l’écharpe rouge de Mouloud Aounit, ni le visage - découvert il y a deux ans - de Mme Micheline Renard, mère de Delphine.

    *

    Oui, deux ans. Il y a deux ans jour pour jour, heure pour heure, M. Bertrand Delanoë exprimait ici même sa fierté que Paris, capitale de la France, capitale de la République, soit la première commune, la première institution française, à honorer d’un mémorial le souvenir de l’ensemble des victimes du terrorisme de l’OAS, organisation qu’il qualifia alors, avec pertinence, d’idéologiquement criminelle et de barbare dans ses actes.

    Voulant faire de cette démarche un acte de rassemblement, le maire de Paris précisait : « Pour unir, pour servir la paix, pour être ensemble, il n’y a qu’un moyen : la vérité, l’humilité et la dignité de savoir dire quelles sont les victimes et quelles sont les forces du Mal. Et les forces du Mal, ce sont les idéologies qui refusent l’autre, qui refusent son droit à la dignité, qui refusent notre égalité dans nos différences. »

    Le 6 octobre 2012, une date qui ne doit rien au hasard, une stèle voyait le jour à Alençon, avenue Wilson, érigée à la mémoire d’Alfred Locussol, fonctionnaire de l'État, abattu à quelques mètres de là, le 3 janvier 1962. L’OAS, depuis l’Algérie, l’avait poursuivi de sa vindicte, lui qui avait été le témoin, sur place, et accusateur des injustices de la colonisation.

    À l’occasion de cette cérémonie, M. Joachim Pueyo, député-maire, rappelait combien ce devoir de mémoire était essentiel pour notre conscience collective et citoyenne et que les initiatives de cette nature honoraient les fondements de notre démocratie. C’était compter sans ces forces du Mal, toujours agissantes, sans cesse revigorées, qui, dans les nuits suivantes, s’employèrent à démolir ce symbole de leur forfait passé : ignominieuse profanation, qui aurait justifié une indignation équivalente à celle ayant suivi la destruction de la plaque apposée à la mémoire du préfet de Corse Claude Erignac sur les lieux de son assassinat.

    Mais la malfaisance occulte a dû reculer face à l’ordre démocratique, et la plaque commémorative - par deux fois remplacée - s’est imposée comme une marque de l’histoire de la commune, ensanglantée un demi-siècle auparavant par les irréductibles de l’Algérie française.

     

    *

    *   *

    Ce 6 octobre 2013, c’est à une cérémonie privée que vous assistez, mais dont il sera rendu publiquement compte. Je souhaite, en effet, que soit connu et diffusé le message dont sont porteuses l’Anpromevo et les associations qui la soutiennent.

    Ce message est en lien avec une certaine actualité politique. Il s’adresse aux maires sortants et à celles et ceux qui vont briguer leur succession. Il ne vise pas les futurs candidats de la droite transformiste, capable, par clientélisme, de revêtir le costume de la bête immonde. Il vise encore moins ceux des droites de l’extrême, propagatrices des idéologies les plus sombres de notre histoire. Il vise au contraire les femmes et les hommes pour qui le pacte républicain et la concorde citoyenne ont un sens.

    À elles comme à eux, je demande un discours intransigeant et des actes concrets de résistance contre la frange ultra-droitière d’une mouvance nostalgérique toujours prompte à coloniser l’espace communal pour y dresser stèles, statues, murs, monuments à la gloire de l’Algérie française et de ses prétendus héros. Dernière conquête des anciens factieux : Aix-en-Provence, le 7 juin. Mais tant et plus en quatre décennies d’une aventure révisionniste commencée en 1973 dans un jardin public de Nice, avec une sculpture devant laquelle il arrive à Christian Estrosi de se prosterner : une sculpture exaltant le lieutenant déserteur Roger Degueldre, chef des commandos Delta de l’OAS, assassin multirécidiviste dont les actes relevaient de la barbarie en temps de guerre.

    Je le dis avec quelque gravité : l’on ne saurait rester indifférent au fait que des maires de villes comptant parmi les trente plus grandes de France (Nice et Aix-en-Provence, certes, mais aussi Toulon et Perpignan) légitiment l'action terroriste dirigée contre la République et contre ses serviteurs.

    Il n’y a jamais loin de la légitimation à l’apologie. Et l’apologie de crimes commis en masse par des Français contre d’autres Français, l’apologie de crimes racistes, l’apologie de crimes contre l’humain doivent être dénoncées avec plus de détermination lorsqu’elles sont le fait d’élus dotés de la qualité d’agent de l’État.

    Comment admettre, en effet, que des dépositaires de l’autorité publique, des acteurs de premier plan de la démocratie et de la citoyenneté locales, enfreignent délibérément les lois et règlements et se mettent au service de pourfendeurs de la République pour participer avec eux à la réhabilitation d’une organisation terroriste ?

    Et comment ne pas craindre de ces mêmes élus qu’ils défient les lois de la République au gré d’autres circonstances, en relation ou non avec la guerre d’Algérie ? Les refus, constatés à Nice et à Perpignan en particulier, d’appliquer la loi prévoyant la commémoration du 19 mars 1962 résonnent ici tels des signaux d’alerte : des signaux annonciateurs de possibles voies de fait dans d’autres domaines de compétence municipale, comme, par exemple, le  refus discriminatoire de se soumettre à certaines  de ses obligations d’officier d’état civil.

     

    *   *

    *

     

    Devant le député-maire d’Alençon, il y a un an, je déclarais : « Puisse le  6 octobre devenir une date de référence dans le calendrier des hommages aux victimes du terrorisme comme aux victimes de la guerre d’Algérie ». Notre rassemblement d’aujourd’hui marque, dans cette perspective, une étape supplémentaire : il tend à ancrer la date du 6 octobre dans le paysage mémoriel français, en en faisant une journée associative de recueillement et du souvenir des victimes de l’OAS. Et puisque l’Isère est représentée ici, je forme le vœu que, l’an prochain, nous puissions nous transporter dans une commune de ce département où nos Morts, nos blessés, nos mutilés méritent reconnaissance.

    Mais d’ici là, trois rendez-vous au moins nous permettront de nous retrouver unis dans la douloureuse mémoire des victimes de la guerre d’Algérie : le 17 octobre au pont Saint-Michel, le 8 février au Métro Charonne et le 19 mars au pied du Mémorial national des morts pour la France en AFN. En cette journée désormais officielle de commémoration, nous aurons, présent à l’esprit, ce message du ministre de l’Éducation nationale Lucien Paye, lu dans tous les établissements scolaires au cours de la matinée du 19 mars 1962, date de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, et destiné à saluer le sacrifice de six inspecteurs des centres sociaux éducatifs, assassinés par l’OAS, quatre jours auparavant, dans l’exercice de leurs fonctions au service des valeurs spirituelles et morales qu’enseigne l’Université française.

    A l'occasion de la Fête de la Musique 2017

    Refus d'obéissance - paroles et musique Vincent Liechti

     

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    Le 19 mars 1962 est une date charnière dans l'Histoire de l'Algérie. Tous les ans elle est commémorée. Mais pour des considérations diverses elle est différemment appréciée. Pourtant, c'est la fin d'une guerre et pas seulement. Elle est la fin du colonialisme qui a opprimé beaucoup de peuples. C'était le début d'une nouveau monde.
    Le 19 mars est une occasion pour honorer la mémoire de ceux qui ont combattu pour les idéaux de liberté et d'indépendance. Parmi ceux-là il y a beaucoup de méconnus et d'anonymes dont "les soldats du refus" qui ont refusé de combattre les Algériens dans leur lutte pour l'indépendance de leur pays.
     

    Gilbert avril, un grand humaniste, connait l'amour que je porte à l'Algérie et mon intéressement à la guerre d'Algérie, surtout telle qu'elle s'est déroulée ici en France. De multiples fois il m'a parlé de la guerre fratricide entre le FLN et le MNA à Lille, à Roubaix, à Valenciennes et dans toute la région.
    Ce jour du mois d'avril, il tenait à me faire découvrir un autre aspect de la guerre d'Algérie méconnu tant en France qu'en Algérie. Il s'agit des soldats du refus. Ces soldats qui ont bravé les lois militaires françaises et refusé de prendre les armes contre les Algériens.
    Nous sommes donc allés voir Monsieur Voltaire Develay, à Raismes au sud du département du Nord. Gilbert l'avait averti. J'ai rencontré ce jour là un brave homme qui se porte comme un charme. Il vit dans une belle petite maison avec sa femme. Il était tout heureux de nous voir. Surtout Gilbert, l'une des rares personnes à l'avoir soutenu dans un combat qui n'était pas du tout évident à l'époque. Refuser de porter les armes était dans les années cinquante assimilé à de la haute trahison. Tout de suite Monsieur Develay m'explique que son refus de porter les armes contre les Algériens était tout-à-fait naturel. Il ne comprenait pas pourquoi les combattre, eux qui quelques mois plus tôt, étaient à ses côtés, dans les combats politiques et syndicaux, pour la justice et l'égalité.
    Quand son incorporation avait sonné, il n'avait pas refusé de porter l'uniforme et de s'enrôler comme appelé. Il a rejoint son unité à Téléghma et sur place il a refusé de prendre les armes pour guerroyer contre les maquisards du FLN. Ses misères ont alors commencées. De prison en prison, d'une unité à une autre, rien ne lui fit changer d'avis. Il est resté fidèle à ses convictions et principes. On le traitait de tout et on le méprisait. Ce n'était pas facile. Ni pour lui, ni pour sa famille dans le Nord de la France. Mais les humanistes, ceux qui ont cru en le bien-fondé de son combat étaient là. Une chaine de solidarité s'est organisée avec à sa tête, bien sûr, Gilbert Avril dans le Nord et beaucoup d'autres à travers la France, surtout à Paris où un autre homme s'était fait remarquer par la solidarité qu'il a apporté aux "soldats du refus". Lui, c'est Julien Lauprêtre, le Président du Secours populaire français.

     

    Voltaire Develay a refusé de combattre les Algériens dans leur lutte pour l'indépendance : Témoignage.

    Gilbert Avril que l’on voit dans la vidéo est décédé le 22 janvier 2014, à l’âge de 91 ans : toute une vie tournée vers les autres.

     

    Les soldats du refus

    Gilbert Avril est décédé le 22 janvier 2014. Enfant des corons, né à Vieux-Condé dans le Nord, le 24 décembre 1922, il a consacré la quasi-totalité de son existence à lutter contre l’injustice, consacrant son temps à la solidarité envers les plus humbles. Adolescent, il assiste aux manifestations sociales et politiques de l’entre-deux-guerres, s’y forgeant des convictions et une sensibilité qui l’animeront toute sa vie. En 1943, réfractaire au STO (Service du travail obligatoire), il rejoint la Résistance dans le Valenciennois.
    Instituteur en 1946, il termine sa carrière en 1978 comme principal adjoint de collège. Dès la Libération, il milite dans les mouvements de jeunesse, de promotion de la culture populaire et de la pratique du sport. Le 8 mai 1945, il entre au Secours populaire, né de la fusion de l’Association nationale des victimes du nazisme et du Secours populaire de France. Il est aussitôt chargé du comité d’Hellemmes dans le Nord, puis en 1947 il intègre le comité départemental, devenant l’année suivante secrétaire général de la fédération du Nord. Il s’attache alors à faire prospérer les grandes campagnes du SPF : acquittement des résistants condamnés, aide aux victimes de la répression à Madagascar ou aux mineurs en grève, etc. Son humanisme et son ouverture d’esprit élargissent l’influence de l’association en direction d’autres acteurs sociaux. La fédération du Nord, stimulée par son énergie communicative devient pionnière en matière de solidarité avec les accidentés du travail et les handicapés, de promotion des journées à la mer pour les enfants privés de vacances ou d’aide au développement durable. Dégagé de ses fonctions à la tête de la fédération du Nord, Gilbert Avril assure la liaison avec les autres ONG dans les instances européennes et participe à des missions en Afrique, Amérique du Sud, au Cambodge... Décoré de la légion d’honneur en 1996, Gilbert Avril laisse le souvenir d’un homme bon dont la figure marquera l’action du Secours populaire.

    https://www.secourspopulaire.fr/gilbert-avril-toute-une-vie-tournee-vers-les-autres#.WUoctFFpzX4

     

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  • Ils n'étaient pas des soldats 

    de métier. Juste des appelés...  

    dans une guerre de "Malgré eux"  

    disent beaucoup. La honte d'avoir  

    appartenu à une armée salie par  

    les exactions de certains...  

     

     Ils avaient vingt ans, ils racontent « leur » Algérie

     

     

    Ils n'étaient pas des soldats de métier. Juste des appelés... dans une guerre de "Malgré eux" disent beaucoup La honte d'avoir appartenu à une armée salie par les exactions de certains

    Ils n'étaient pas des soldats de métier. Juste des appelés... dans une guerre de "Malgré eux" disent beaucoup La honte d'avoir appartenu à une armée salie par les exactions de certains

    Ils n'étaient pas des soldats de métier. Juste des appelés... dans une guerre de "Malgré eux" disent beaucoup La honte d'avoir appartenu à une armée salie par les exactions de certains

     Les patrouilles sur terrain accidenté, un danger permanent

    pour de jeunes soldats.

     

    Et c'est dans le fracas de la guerre qu'ils sont devenus des hommes, mobilisés dans une guerre qui ne disait "pas son nom" 55 ans après, ils témoignent.


    Son grand-père était « le héros de la famille ». Sa photo, en tenue de poilu, trônait dans le salon. Et sa médaille militaire, bien rangée dans une boîte qu'on ouvrait de temps à autre, le souvenir de batailles terribles qui alimentaient les conversations des repas dominicaux. « Pour notre génération, 39/45 était aussi très présent puisque nos parents l'avaient vécu. Des guerres justes, des victoires, des souvenirs qu'on s'appropriait ».
    Rien de tel avec cette guerre d'Algérie qui allait propulser Lucien Delobel de l'autre côté de la Méditerranée, à 19 ans. Sa guerre à lui, sa guerre de « malgré lui », comme il dit, n'a jamais alimenté la mémoire familiale. « Quand je suis rentré, je ne voulais qu'une chose, reprendre ma vie où je l'avais laissée en partant. Oublier. Et personne ne m'a vraiment posé de questions. Tout le monde voulait passer à autre chose » . Lucien retrouve son boulot de garagiste, tente d'enfouir ses souvenirs. Peine perdue. « Cette histoire est inscrite en moi, comme un tatouage. Je n'oublierai jamais la terreur quand on patrouillait, l'odeur des cadavres, les corps suppliciés, les copains disparus, les Algériens massacrés dans des conditions tout aussi atroces. Par des militaires français ou par d'autres Algériens » égrène l'ancien appelé en Grande Kabylie entre 1958 et 1960.
    Pour Lucien, pas de distinction dans l'horreur. « Des deux côtés, ce fut terrible. Tous ces massacres, toutes ces souffrances, la honte d'avoir appartenu à une armée salie par les exactions de certains » poursuit son ami, Pierre Lumet, onze mois de guerre du côté de Batna.
    Et la conviction d'avoir participé à une « guerre immorale et sale ». Pierre est sans illusions. « Toutes les guerres sont sales, bien sûr, mais là, on était les occupants. En débarquant en Algérie, il était évident qu'on arrivait sur une autre planète.
    Un monde auquel nous ne connaissions rien. Un bout de France nous disait-on mais où certains avaient des droits et pas les autres. Un système colonial inégalitaire. Injuste. ».


    Embuscades et attentats


    C'est aussi cela qui a frappé Marcel Jean, à son arrivée en Algérie en juillet 1960. Plus de cinquante ans plus tard, il se souvient encore d'une réflexion qu'il s'était faite dans le trajet en train qui l'emmenait d'Oran à son régiment de Vialar. « Je regardais les villages par les fenêtres, et je me suis dit que c'était pas étonnant qu'ils demandent leur indépendance. C'était la misère ».
    À cette époque, Marcel est affecté au 5e bureau du 110e RIM. Celui de l'« action psychologique ». « Le but, c'était de rallier le monde rural à l'Algérie française. Les gens étaient extraits de leurs villages, regroupés, "resserrés" on disait, dans des camps, pour éviter tout contact avec le FLN ». Les paysans ne sont guère convaincus. Les bidasses non plus d'ailleurs. « On savait parfaitement qu'on allait finir par lâcher, alors... ». Ambiance fin de règne.
    À partir de mars 1961, changement d'affectation pour Marcel qui rejoint un poste isolé, pendant deux mois. Deux mois de contact avec la réalité de la guerre. « Le risque, c'était de tomber dans une embuscade pendant les patrouilles. On s'est fait canarder plusieurs fois ». Les violences se radicalisent dans cette dernière année de présence française. « À Mostaganem où j'ai fini mon service, j'ai échappé de peu à une grenade lancée en plein centre-ville. Après il y a eu les plastiquages de l'OAS. Le danger était partout, tout le temps ». De tout ça, mais aussi des « corvées de bois », ces exécutions sommaires, et des arrivages de suspects pour des interrogatoires qui viraient en torture, Marcel n'a que peu parlé à son retour en France au moment de reprendre son poste à l'usine Peugeot de Fives. Comme si ces 28 mois de conscription, dont 14 en Algérie, n'avaient été qu'une parenthèse.


    « Impossible à assumer »


    Pierre Lumet, issu des mouvements de jeunesse ouvrière chrétienne, s'est aussi replié sur son silence. Une mémoire en miettes.
    Refoulée. « Impossible à assumer, au fond » constate-t-il aujourd'hui, à la recherche d'une mémoire enfin apaisée.
    « On était vus comme des tortionnaires par les uns, et les témoins d'une défaite honteuse d'une France qui avait abandonné les Pieds-Noirs par les autres » résument Lucien et Pierre. « On était juste des gamins d'à peine 20 ans, projetés dans un conflit dont nous étions le bras armé et qui ne comprenaient pas ce qui se jouait politiquement. Ni héros, ni ordures. Des pions », lâche Pierre dans un soupir lourd de cette amertume qui ne l'a jamais quitté.
    Heureusement, Lucien avait Pierre pour en parler et Pierre avait Lucien. Ces deux-là ne se sont jamais quittés. Unis par un passé commun, « incommunicable à qui ne l'a pas connu. Au moins, ensemble, on peut se parler sans se sentir jugés ».
    « Qu'est ce qu'on est allés faire là-bas ? », s'interroge encore Marcel Jean, qui parle « d'une guerre coloniale honteuse dans laquelle la France s'est déshonorée. Un gâchis humain, des morts pour rien du tout... ».
    Parmi les anciens de l'Algérie, Marcel a conscience de porter une voix minoritaire. Sa pension, il la reverse à des associations. Cet argent, il n'en veut pas. « Mes décorations, tout ce qui était militaire, j'ai tout balancé. J'étais trop dégoûté ». Et d'ajouter : « si au départ on avait su négocier, donner les mêmes droits à tout le monde, on aurait pu vivre ensemble ». La guerre est finie depuis 55 ans. Mais la mémoire n'est toujours pas pacifiée. « Tourner la page, ça voudrait dire que le France reconnaît ses torts », conclut Marcel Jean, plongé dans les quelques photos sépia ramenées de là-bas. « Mais j'ai bien peur que ça n'arrive jamais »...

    Dans la vidéo ci-dessous témoignages de : 

    Marcel Jean, originaire de Nomain (59) a été appelé en juillet 1959. Il intègre l' "action psychologique".

    Alain Hernandez est né en Algérie Française (pro-OAS). Il doit la quitter à 17ans, en 1962, avec sa famille.

     

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  • Gouvernement Macron : Gérald Darmanin qui a été nommé ministre de l'Action et des Comptes publics du gouvernement Macron et exclu du parti Les Républicains avait déclaré le 15 février 2017 :

    "Honte à Emmanuel Macron qui insulte la France à l'étranger : 'la colonisation de la France était un crime contre l'humanité'", a tweeté le député LR Gérald Darmanin, un proche de l'ancien président Nicolas Sarkozy.

    Honte à @EmmanuelMacron qui insulte la France à l'étranger : "la colonisation de la France était un crime contre l'humanité"

    — Gérald DARMANIN (@GDarmanin) 15 février 2017.

    Cette déclaration figure dans l’article qui suit… Elle n’est pas belle la politique vue sous cet angle… Et les politiciens opportunistes non plus… 

    Gérald Darmanin ministre de l'Action et des Comptes publics du gouvernement Macron 

    Benjamin Stora Historien, professeur

     des universités

    Le conflit colonial en Algérie fait écho dans la politique française In New York Times, 1er mai 2017.

    Quand on aborde avec eux la question de l’élection présidentielle de cette année, les historiens français font souvent une comparaison qui peut, au début, paraître étrange. La guerre que la France a menée en Algérie, disent-ils, a clivé la société française, ouvrant des crises d’identité et d’intégration qui sont encore des moteurs des politiques, tout comme la Guerre de Sécession qui se cache dans les politiques raciales et régionales qui continuent de consumer les États-Unis.

    « La guerre d’Algérie était une guerre civile française » a dit Benjamin Stora, le plus important historien du conflit, au cours d’un récent entretien depuis son domicile parisien. En Algérie, les groupes se sont battus pour l’indépendance en mettant fin à 130 ans de règne français. En France, selon Monsieur Stora, la guerre fut une guerre idéologique à propos de « deux conceptions de la nation » : une qui voit la France comme un Empire et l’Algérie au cœur sa grandeur ; et une autre qui rejette le colonialisme. La guerre est également devenue une lutte pour savoir si l’identité française pouvait s’étendre afin d’inclure les Algériens majoritairement musulmans.

    Quand la France se retira après sa défaite de 1962, les fusils se sont tus, mais ces tensions à propos de l’identité se sont intensifiées en France. Les colons, ainsi que leurs partisans en France, ont tellement souffert de la perte de l’Algérie que nombreux sont ceux qui appellent à récupérer la gloire perdue de la France, en appuyant leur soutien à Marine Le Pen, la candidate d’extrême-droite à l’élection présidentielle. Les questions autour de l’identité française, causées par la guerre, dressent encore les Français les uns contre les autres. Les politiques de nostalgie et de doléances apparaissent comme similaires au Sud de l’Amérique, que Monsieur Stora l’a appelé « Sudisme à la Française ». Si le parallèle a ses limites, il met en lumière à quel point les disputes sur l’héritage de la guerre d’Algérie, qui sont souvent trop pénibles pour l’aborder directement, se répercutent sur l’élection présidentielle française.

    « C’était l’Algérie qui était le problème » 

    Environ un million de colons, connus sous le nom de pied-noir, ont fui l’Algérie après la guerre. Beaucoup arrivèrent dans les villes du sud où Madame Le Pen jouit d’un large support aujourd’hui, et qui sont parsemés de monuments semblables à des pierres tombales à la gloire du territoire perdu. Les écoles françaises sont sommées par la loi d’enseigner les bénéfices du colonialisme français. En conversant avec des votants de la région, les questions sur des sujets apparemment disparates sur la situation politique actuelle – immigration, valeurs républicaines française, lutte contre l’antisémitisme, le soutien croissant au Front National – reviennent toujours à l’Algérie, comme le suggère Monsieur Stora. A propos de l’immigration, Christophe Tellier, un plombier de Fréjus, a parlé des harkis, les Algériens qui ont combattu aux côtés des militaires français pendant la guerre et qui ont émigré en France par la suite. « C’était l’Algérie qui était le problème, dit Monsieur Tellier. « Et maintenant ce sont les enfants des harkis qui sont le problème ».

    Tout comme dans le Sud de l’Amérique, le souvenir de la défaite se mélange aux conséquences sociales d’aujourd’hui. Les citoyens français ont perdu leur statut privilégié qu’ils avaient autrefois sur les sujets musulmans et arabes, une transition qui émaille le débat présent sur l’immigration et le traitement des communautés musulmanes par la France. Pour Monsieur Stora, l’Algérie est devenue un moyen d’exprimer « la nostalgie d’un temps perdu, d’un temps de la hiérarchisation ethnique ». Terrence Peterson, un historien de l’Université Internationale de Floride, comparait les débats autour de l’Algérie à ceux autour du drapeau Confédéré aux Etats-Unis. « L’Histoire est une manière de parler de la relation entre la France avec ses minorités », dit Monsieur Peterson. « Tout comme le drapeau Confédéré, cela a une signification très différente selon les personnes ». Pour ceux qui considèrent que l’immigration ou l’Union Européennes sont des attaques contre l’identité française, l’Algérie représente un temps où la France était grande et un moyen d’argumenter contre la compromission de cette grandeur à jamais. Compromission qui se fait soit en s’inclinant devant l’Union Européenne ou en élargissant l'identité française pour accepter les nouveaux arrivants.  Madame Le Pen a habilement joué de cette nostalgie, en disant que le colonialisme « a beaucoup apporté, en particulier à l’Algérie ». Après qu’Emmanuel Macron, son opposant centriste à la présidence, a qualifié l’action de la France en Algérie de « crime contre l’humanité » et « une partie de cette histoire à laquelle nous devons faire face » pendant un voyage là-bas, il a fait face à un levé de boucliers. Gérald Darmanin, maire et membre du parti de centre-droit Les Républicains, a accusé Monsieur Macron de « cracher sur les tombes » de ceux qui sont morts en Algérie « pour une France qu’ils aimaient ».

    France révolutionnaire ou France impériale 

    La guerre d’Algérie a divisé la France entre deux visions qui jouent sur la politique d’aujourd’hui, selon Monsieur Stora.

    Une conception définit la France selon les valeurs révolutionnaires, et plus particulièrement l’égalité et la liberté, que beaucoup ont trouvé mis à mal avec la colonisation. Le règne de 130 ans en Algérie a culminé dans une identité impériale qui mélangea des valeurs comme la laïcité avec le nationalisme et la hiérarchie raciale du colonialisme. La dispute de savoir s’il fallait rester ou pas en Algérie a mené la France au bord de la guerre civile qui a été évitée par le retrait de l’Afrique du Nord. Mais les problématiques culturelles et d’identité n’ont-elles jamais été résolues.

    Les divisions se sont creusées avec l’arrivée soudaine d’environ un million de pied-noir et des milliers de harkis, suivis par de nombreux Algériens venus en France pour travailler. Le conflit idéologique à propos de l’identité française, loin d’être éteint, a été importé sur le sol français. Jean-Yves Camus, un analyste à l’Institut français des relations internationales, fait remonter les fondamentaux du Front National à l’opposition populaire à quitter l’Algérie, culminant avec la tentative ratée de coup d’Etat par des officiers militaires. Jean-Marie, le père de Madame Le Pen, qui a fondé le parti, a maintenu cet « étincelle » d’activité d’extrême droite selon Monsieur Camus.

    Intégration et valeurs fondamentales 

    Jennifer Sessions, une historienne de l’Université d’Iowa, dit que les hommes politiques d’extrême droite française ont utilisé le langage de la colonisation pour parler à propos de la peur de l’immigration, en prévenant que la France risquait de se faire « coloniser » par les immigrants. Le Front National a établi un parallèle subtil entre les combattants de l’indépendance algérienne et les instabilités dans les quartiers (banlieues) d’immigrants d’aujourd’hui.  La gauche a aussi utilisé l’Algérie de manière métaphorique, dressant un parallèle entre les abus de l’ère coloniale et la surveillance des musulmans aujourd’hui.

    Mais la controverse de ces arguments conduit à obscurcir un problème plus profond : les débats autour de l’intégration des immigrants ne peuvent pas être résolus sans accord sur les valeurs fondamentales auxquelles les nouveaux arrivants doivent consentir. La question a été posée en Algérie, mais jamais répondue. Certains ont soutenu que les Algériens pourraient s’intégrer seulement s’ils abandonnaient leur foi et leur culture ; d’autres, que les chrétiens français devaient élargir leur sentiment d’identité pour faire de la place, et d’autres enfin, que la France n’était que pour les français. Ces désaccords continuent de diviser la classe politique, même s’ils sont maintenant abordés au langage subtil de l’intégration et de la laïcité.

    « Marine Le Pen utilise le vocable de la République, mais dans un sens colonial » dit Monsieur Stora, faisant référence aux demandes de l’ère coloniale que les Algériens s’imposent à eux-mêmes la culture française. L’effet, dit-il, est que les étrangers « ne peuvent toujours pas avoir accès à la République ».

    Une droite divisée 

    Quand Charles De Gaulle, le président nationaliste, s’est retiré de l’Algérie après la défaite de 1962, il a ouvert une brèche entre les Français de centre droit et ceux d’extrême qui ne s’est jamais refermée. La popularité immense de De Gaulle a conduit les électeurs de centre droit à le soutenir dans son abandon de l’Algérie. Mais l’extrême droite ne le lui a jamais pardonné.

    « Ils voulaient physiquement tuer De Gaulle », dit Monsieur Stora à propos de l’extrême droite du début des années 60. « Il y a eu 4 tentatives d’assassinats contre lui ». Même de nos jours, les principales figures de la vie politique ont beaucoup de mal à réconcilier le grief national à propos de l’Algérie avec la position de l’eshtablissement sur la fait que De Gaulle avait raison de se retirer.

    Le Front National, qui a été pendant longtemps le parti d’extrême droite le plus populaire d’Europe, a prospéré en prenant en considération le nationalisme français. Cette colère fait écho à la fureur populiste envers l'ensemble de l'Union européenne et les élites, qui sont perçues comme ayant vendu le peuple. Mais il a été particulièrement fort en France, amplifié par l'humiliation persistante et la nostalgie d’une identité nationale qui aurait été perdue dans une partie de l'Afrique du Nord, qui était autrefois française.

    https://benjaminstora.univ-paris13.fr/index.php/articlesrecents/544-le-conflit-colonial-en-algerie-fait-echo-dans-la-politique-francaise-in-new-york-times-1-mai-2017.html 

     

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  • Alain Ruscio : maître d’œuvre d’une Encyclopédie de la colonisation française (le grand entretien)

     Alain Ruscio

    Encyclopédie de la colonisation française : ce travail véritablement titanesque qui vient à édition a été mis en chantier par l’historien Alain Ruscio auquel nous avons posé quelques questions sur l’entreprise dont ce premier tome est l’éclaireur.
    Mais c’est aussi l’occasion de revenir sur un autre livre paru en 2015 et qui, en ces temps de montée de l’extrême droite en France, est une lecture nécessaire et décapante. Si l’on sait que le passé informe notre présent, on s’en convainc encore plus en lisant Nostalgérie – L’interminable histoire de l’OAS (La Découverte, 2015). 

    Dans un entretien réalisé par Grégory Marin le vendredi 15 mai 2015 pour L’Humanité, à la question suivante : « vous parlez de « ces-Français-qui-se-croient-de-souche », pour qui l’histoire coloniale est « dans leur vie d’aujourd’hui » »… Alain Ruscio répond : « La société française est aujourd’hui encore très fortement marquée par la question algérienne. Il y a plusieurs millions de Français qui sont liés à l’histoire de l’Algérie pour des raisons différentes : les pieds-noirs et leurs descendants qui vivent encore dans la haine et le regret, les soldats de l’époque, qu’ils aient été ou non des héros, et les Algériens qui ont vécu là-bas et leurs descendants français, de quelque côté qu’ils aient été, indépendantistes ou harkis. Des gens qui ont un seul point commun et toutes les raisons de continuer le combat mémoriel. Et puis, il y a ce que j’appelle un « nouveau vécu » de la guerre d’Algérie. Un ancien soldat qui prend le métro à Saint-Denis ou à Bobigny est confronté à cette sensation de présence massive d’Algériens (ou ce qu’il peut assimiler comme tels) et, pour certains, la théorie du grand remplacement n’est pas loin. Autant d’éléments qui font que les plaies de la guerre d’Algérie ne sont pas refermées ».

    Deux exergues éclairantes sont mis en regard en ouverture du livre : l’une qui est une réplique de Jules Roy au Général Massu : il a tiré son épingle du jeu en faisant croire aux Pieds-Noirs qu’il allait sauver leur Algérie en torturant ; il l’oppose à Germaine Tillion qui les a vraiment défendus en cherchant à préserver la coexistence des communautés ; l’autre, la définition d’ « Ultra » dans le Dictionnaire du Canard enchaîné de 1958.

    Histoire et actualité s’épaulent à l’appui de sa thèse : si les idées « coloniales » sont si prégnantes en France, c’est qu’elles ont une antériorité. Écrire l’histoire de l’OAS, c’est rendre visible ce qui sourd dans la société dans un : « […] courant [qui] empêche les évolutions nécessaires quant à l’évaluation du passé colonial ». Il s’agit de « débloquer l’histoire » pour que « plus d’un demi-siècle après les accords d’Evian […] les cadavres de l’OAS et de l’Algérie française [n’] empuantissent [plus] l’atmosphère ».

    Il faut donc reprendre dès le début l’histoire de la colonisation et remettre en question les mythes de la « nostalgérie » : celui de la cohabitation harmonieuse des communautés ; ceux d’une sorte de justice et d’absence de racisme. En donnant faits et déclarations, A. Ruscio consacre dix de ses chapitres à l’histoire de l’OAS qu’il fait précéder de deux chapitres condensant la réalité binaire de l’Algérie coloniale, partagée entre colons et indigènes, arbitrée par un gouvernement de la Métropole qui n’a jamais pu imposer même les réformes les plus timides. Les trois derniers chapitres sont fortement indexés à l’actualité de la France du début du XXIe s. et pistent survivance et résurgence. Si beaucoup de faits et d’acteurs sont connus, le mérite de cet ouvrage est de synthétiser et de rassembler, en un exposé clair et percutant, une histoire réservée aux spécialistes : « L’histoire coloniale […] est […] l’affaire de chacune et de chacun. La France est-elle vouée à la rumination éternelle ? Son passé colonial va-t-il encore et toujours donner à l’air du temps cette odeur rance, cette « puanteur » dont parlaient Mauriac et Sartre ? Un combat mémoriel est en cours. Débloquer l’histoire, ce sera contribuer à libérer la société française ».

    L’Encyclopédie de la colonisation française creuse encore ce sillon mais en élargissant à tout l’Empire français, sur toute sa durée.

     

    Maurice Audin

    Alain Ruscio, vous venez de signer une lettre ouverte au nouveau président, Emmanuel Macron, demandant que la vérité soit faite sur « l’Affaire Audin ».
    La lettre dit en substance : « Nous pensons qu’à l’occasion de ce triste soixantième anniversaire, la vérité historique relative à cet assassinat doit enfin être connue. Le 5 mai, devant la rédaction de Mediapart, vous avez déclaré : « De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire »». Parmi la quarantaine de signataires on trouve aussi Gilles Manceron, Benjamin Stora et Raphaëlle Branche. Rappelons que Maurice Audin, mathématicien, est mort durant sa détention en 1957 en Algérie. Arrêté dans la nuit du 11 au 12 juin 1957 à Alger, par une unité de parachutistes : la version officielle évoque son « évasion » pour expliquer sa disparition.
    Dans l’Encyclopédie, vous signez l’article sur cette « affaire », en en donnant la progression de manière très précise mais votre conclusion n’est-elle pas pessimiste : « L’affaire Audin ne débouchera probablement jamais sur une certitude factuelle. Mais la responsabilité de l’état, dans ce crime politique, est une réalité incontournable » ? Après le récit si prenant de Joseph Andras, De nos frères blessés, faut-il donc renoncer ?

    On avait remarqué, lors du quinquennat de François Hollande, une évolution sensible de la position officielle sur ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Audin. Mais l’ouverture des archives, proclamée par l’Élysée, s’est révélée décevante. En fait, on ne peut faire confiance aux seules archives : d’une part, on imagine mal les tortionnaires et les assassins laisser des traces écrites de leurs forfaits ; de l’autre, les dossiers ont pu être « nettoyés », manipulés, depuis 60 ans. C’est ce qui vous a laissé l’impression d’un certain pessimisme dans ma notice. Mais si pessimisme il y a, c’est sur le factuel qu’il repose. L’essentiel, je le répète, est que l’État a couvert un crime. Si le président Macron veut mettre ses actes en conformité avec ses déclarations, c’est vers la reconnaissance de cette responsabilité qu’il doit se diriger.

    Enfin, le récit de Joseph Andras, sur lequel je porte le même regard positif que vous, concerne une affaire bien différente. Il y a deux points communs entre Fernand Iveton et Maurice Audin : leur appartenance au PC Algérien et leur assassinat, celui d’Audin étant masqué, celui d’Iveton prenant les apparences d’un jugement légal. Dans les deux cas, la haine des partisans de l’Algérie française a conduit à la mort deux Algériens d’origine européenne, frères des centaines de milliers de martyrs des autres Algériens.

    Il y a une grande diversité d’apports dans cette Encyclopédie dont les articles attendus et historiques au sens plein du terme comme « Accra », « Bandoeng », « Antilles », « Antisémitisme&antisémite(s) » décliné en trois articles : Maroc, Algérie, Tunisie, etc… Considérez-vous qu’ils sont un apport essentiel ?

    Je peux difficilement être juge et partie. Mais, bien sûr, l’ambition globale de l’Encyclopédie est d’offrir au public cultivé, aux historiens, aux lecteurs originaires tant de France que des anciennes colonies, un outil global, multipliant les passerelles entre les périodes, entre les régions, entre les acteurs de l’Histoire.

    On est frappé par l’abondance et la diversité des articles : pour ces deux premières lettres de l’alphabet, on peut lire quelques 300 articles. On trouve aussi bien un article à « Absinthe » — dans son Dictionnaire des idées reçues Flaubert écrivait que l’absinthe « a tué plus de soldats que les bédouins » — qu’un article sur « Abd El-Kader ». Vous écrivez que « ce fut le début d’une des plus graves affaires de parjure de l’histoire de France, marquée par l’emprisonnement arbitraire de l’Emir durant trois années ». Comment ont été faits les choix ?

    D’abord par le choix le plus élémentaire : tous les pays colonisés (ou para-colonisés) par la France à un moment ou à un autre ont leur place dans le travail. Donc, on trouvera évidemment « Algérie », « Maroc », « Viêt Nam », « Cambodge », « Tchad », « Sénégal », etc., mais aussi « Louisiane », « Québec », etc.
    Ensuite, le plus naturellement du monde, les associations d’idées se sont mises en place. Une fois que l’on a décidé de traiter de l’Algérie, il faut évidemment évoquer les batailles de l’ère de la conquête ; « Sidi-Brahim », « Zaatcha », « Isly »… celles de la guerre de libération, « Bataille d’Alger », « Palestro »… Une troisième étape a été celle des données croisées : par exemple, l’article « Tortures » ne pouvait évidemment se réduire à la bataille d’Alger. Il a fallu remonter le temps (la torture à l’électricité en Indochine dénoncée dès 1935 par Andrée Viollis), et sillonner les colonies (Madagascar, Afrique subsaharienne…). Tout comme l’article « Napalm » évoque les épandages en Indochine d’abord, en Algérie ensuite, sans oublier la question controversée du Cameroun.

    Quand on se lance dans une telle entreprise, est-il facile de trouver des collaborateurs ? Pour ce premier tome, on en dénombre 45 dont certains ne sont auteurs que d’un seul article ? Comment alors couvrir toute la matière ?

    Comme vous le savez peut-être, j’ai d’abord été un spécialiste de la colonisation française en Indochine. Depuis un mémoire de maîtrise soutenu en 1973 sur Dien Bien Phu, j’ai eu largement le temps de connaître bien des collègues ! Puis, depuis 20 ans, j’ai étudié d’autres colonies françaises, faisant progressivement la connaissance de spécialistes du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne, des Antilles, de la Kanaky, etc. Dans un troisième temps, c’est le bouche à oreilles qui a fonctionné à merveille, tel collègue me signalant tel auteur de travaux faisant autorité dans tel domaine. Puis Internet permet bien des contacts. On peut, quand on n’a aucune autre possibilité, taper un nom propre, un thème, et trouver une adresse électronique. La suite est simple : « Cher collègue, accepteriez-vous, etc. ». La réponse est « oui » ou « non, désolé ». Pour finir, je tiens à remercier Frédéric Mantienne, le directeur des Indes Savantes qui, grâce au carnet d’adresses des auteurs qu’il a déjà publiés, a été d’une grande efficacité.

    Quelles ont été les consignes que vous avez données ? en longueur ? en orientation ? en neutralité énonciative ? On remarque que l’auteur donne bien sa touche comme c’est le cas, par exemple de Catherine Coquery-Vidrovitch pour « Africanisme&africaniste(s) » ou Barkahoum Ferhati pour « Bou-Saâda (affaire de-), 1959 »

    Le rôle de coordinateur est, à mes yeux, uniquement technique. Alors, oui, il a bien fallu donner des indications sur les dimensions des notices. Pour le reste, surtout aucune « consigne » d’« orientation » ! Si filtrage il y eut, ce fut à la source : demander une notice à un collègue dont on connaît les travaux plutôt qu’à un autre suppose effectivement un choix. Mais, une fois ce choix effectué, totale liberté à chacun sur les contenus. J’ai au moins une centaine de témoins pour confirmer ce que j’avance.

    Une précision sur les choix : le panel des auteurs couvre trois générations (des professeurs émérites aux jeunes doctorants) et trois continents (outre les Français « de métropole », il y a des auteurs venant des territoires d’outre-mer, des historiens des anciennes colonies, mais aussi des Britanniques, des Canadiens, des Américains, des Belges, j’en oublie certainement).

    Certaines entrées se déploient en éventail d’articles, si je puis dire, au lieu que la matière soit synthétisée en une seule fois : pourquoi ? Je prends comme exemples : « Abolition de l’esclavage (première – 1794) » « Abolition de l’esclavage (Seconde – 1848) » « Abolition de la traite (1817) » « Abolitionisme & abolitioniste(s) » « Abolitionnisme & abolitionniste(s) ». Ou encore comme « Animalisation des colonisés » décliné en quatre articles : hyènes&chacals ; loups&chiens ; serpents ; singes.

    C’est un choix délibéré. Mieux valent 3 ou 4 notices sur des sujets voisins (avec les renvois nécessaires) qu’une seule, lourde et forcément de lecture plus difficile. Vous citez l’exemple du mot « Abolitionisme » (avec un seul « n ») : c’est pour mieux souligner l’influence du mouvement en Angleterre, qui atteint même, un court temps, l’orthographe. Si on n’avait fait que signaler ce fait dans une notice plus globale, il serait peut-être passé inaperçu.

    Un sort est fait à certaines expressions comme « Burnous » pour « faire suer le burnous » ou « arpents de neige » pour les « quelques arpents de neige vers le Canada » dans Candide de Voltaire ? Cela se justifie-t-il ?

    Peut-être. Mais nous avons décidé de retenir également des expressions, souvent devenues populaires, car elles ont une signification en quelque sorte sociologique.
    Dans les volumes à venir, vous trouverez des notices sur les expressions « C’est vous le nègre ? » ou « Périssent les colonies plutôt qu’un principe ». Il est, me semble-t-il, intéressant de porter à la connaissance des lecteurs dans quelles circonstances ces phrases furent prononcées.

    Il y a beaucoup de citations : est-ce voulu ? Quelle est leur fonction ?

    Oui, car vous aurez remarqué que ces citations sont, dans leur grande majorité, contemporaines des événements. Elles ont une fonction de preuves des hypothèses avancées.

    Trouver un éditeur a-t-il été aisé ?

    Je travaille depuis plus de quinze ans avec les Éditions Les Indes Savantes, dont je viens de vous parler. Je suis très fier de cette coopération avec un éditeur réputé « petit », mais qui a un catalogue d’une exceptionnelle densité et de grande qualité. Il faut dire qu’il m’a suivi et me suit dans la « folie » d’un tel projet, qui va durer encore plusieurs années. Je ne le remercierai jamais assez. Mais, à la réflexion, cette « folie » est relative, car l’Encyclopédie, depuis la parution du volume I (le volume II est sous presse), rencontre déjà un grand succès.

    Depuis le début de l’entreprise, le titre général a changé pour aboutir à celui-ci. Pourquoi ? Le mot « encyclopédie » est-il magique depuis Les Lumières, en France ?

    Là encore, c’est vers Frédéric Mantienne, le directeur des Indes Savantes, qu’il faut se retourner. C’est lui qui a proposé, après avoir pris connaissance du volume I, le terme d’Encyclopédie, de préférence à Dictionnaire. D’abord parce qu’un dictionnaire se doit de couvrir tous les mots, alors qu’une Encyclopédie est plus thématique.

    Est-ce que nous avons été influencés par les Lumières ? Si c’est le cas, avançons sur ce chemin avec une immense modestie.

    La rédaction de l’ensemble est-elle terminée ? Quelle est la programmation des autres tomes ? Il y en aura combien ? Combien d’articles cela représente-t-il ?

    Beaucoup d’articles sont achevés et d’ores et déjà « dans la boîte ». Il en est d’autres, qui sont attendus. Je vais d’ailleurs profiter de cet entretien pour relancer les auteurs. Actuellement, il y a plus de 2.000 entrées sélectionnées (la dernière est Zouaves !), dont les deux tiers sont attribués. J’ai un petit espoir que les notices non attribuées à ce jour trouveront preneurs lorsque l’écho de l’Encyclopédie s’amplifiera. Combien de volumes prévus ? … « Plusieurs ».

    Encyclopédie de la colonisation française, sous la direction d’Alain Ruscio, Les Indes savantes, 2016, Tome I, 511 p., 33 €

    SOURCE : https://diacritik.com/2017/06/19/alain-ruscio-maitre-doeuvre-dune-encyclopedie-de-la-colonisation-francaise-le-grand-entretien/

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    1 commentaire
  • BEZIERS : "Ménard et nous" Un article de Jacques CROS

    Une véritable gifle pour Elie Aboud exclu du second tour devra faire ses valises et quitter l’Assemblée nationale. Un « dégagisme » à la sauce biterroise aussi violent qu’incontestable…

    A Béziers nous ne verrons plus cette photo devant la stèle de la honte, les Biterrois ont dégagé le député LR Elie Aboud, c’est déjà bien, mais encore un effort amis biterrois, dégagez la femme à Ménard (FN) et élisez Isabelle Voyer (LREM) et tout sera parfait…

    Le maire de Béziers, élu avec le soutien du Front national, propose également de mettre les drapeaux de la ville en berne chaque 19 mars, jour du cessez-le-feu de la guerre d'Algérie.

    «Les critiques? Je m'en contrefiche». Le maire de Béziers, Robert Ménard, assume totalement s'être incliné devant une stèle de la ville glorifiant l'OAS - ou Organisation armée secrète, un mouvement qui a combattu pour le maintien de la présence française en Algérie - pour commémorer «les massacres d'Oran» du 5 juillet 1962. L'édile, élu avec le soutien du FN, était accompagné du député UMP Elie Aboud. Ce dernier était candidat contre Robert Ménard lors des dernières élections municipales.

    Le Nouvel Observateur, qui relaie une information de Minute, précise que la stèle est installée depuis plusieurs années dans le cimetière municipal de Béziers (Hérault). Des photographies d'Albert Dovecar et de Claude Piegts y figurent. Ces deux membres de l'OAS ont été condamnés pour avoir été à l'origine de l'assassinat du commissaire d'Alger Roger Gavoury. Jean-Marie Bastien-Thiry, organisateur de l'attentat manqué contre le général de Gaulle au Petit-Clamart, y tient aussi une bonne place. Ainsi que Roger Degueldre, le fondateur des commandos Delta.

    A Béziers nous ne verrons plus cette photo devant la stèle de la honte, les Biterrois ont dégagé le député LR Elie Aboud, encore un effort ami biterrois, dégagez la femme de Ménard

    Drapeaux en berne le jour du cessez-le-feu

    L'opposition municipale crie au scandale: «Robert Ménard continue de porter des idées encore plus extrémistes que celles du FN», s'indigne Aimé Couquet, conseiller municipal communiste. «Outre sa nostalgie de ce qu'à fait l'OAS en Algérie, on voit bien le côté électoraliste de la chose, vis-à-vis des nombreux rapatriés de Béziers», ajoute-t-il.

    L'élu n'a pas fini de s'indigner. Robert Ménard a donné rendez-vous aux nostalgiques de l'Algérie française chaque 19 mars, pour la commémoration du cessez-le-feu entre l'hexagone et son ancienne colonie. Ce jour-là, les drapeaux de la ville sont mis en berne.

     

    "Ménard et nous"

    Un article de Jacques CROS

    "Ménard et nous" Un article de Jacques CROS

    Il m’a été demandé par Huguette Azavant de rédiger, pour le bulletin du comité « Vérité et justice pour Charonne » dont elle s’occupe, une manière de rétrospective des actions biterroises qui expriment l’opposition des progressistes aux mesures prises par Ménard en faveur de l’idéologie colonialiste. Voilà donc ci-dessous ce qu’il résulte de cette sollicitation…

    Nous ? Ce sont des citoyens qui sont pour la paix et pour l’amitié entre les peuples. Des gens qui condamnent le colonialisme, qui considèrent que la guerre d’Algérie avait pour objectif de le perpétuer. Aussi nous avons organisé le contre-rassemblement du 14 mars quand Ménard a voulu débaptiser la rue du 19 mars 1962 qui rappelle le cessez-le-feu de cette guerre injuste et anachronique.

    "Ménard et nous" Un article de Jacques CROS

    Nous avons récidivé le 19 mars 2015 devant le Monument aux Morts de Béziers, exprimant notre désapprobation que ne soit pas respectée par les élus locaux la décision du parlement de faire de cette date la journée commémorative du souvenir.

    "Ménard et nous" Un article de Jacques CROS

    Le 21 mai 2015 nous avons tenu une conférence débat avec deux journalistes historiens qui ont présenté leurs livres. L’un porte sur le sort qu’ont connu les harkis après l’indépendance de l’Algérie, l’autre sur la permanence de l’idéologie colonialiste qui,  héritée de ce qu’a été celle de l’OAS, refait surface dans le contexte de crise que nous connaissons.

    "Ménard et nous" Un article de Jacques CROS

    Nous avons eu l’opportunité de nous exprimer sur la présence le 5 juillet 2015 de divers élus devant la stèle érigée dans le cimetière neuf de la ville laquelle stèle rend hommage aux assassins de l’organisation terroriste condamnés par la justice et exécutés. Nous avons donné notre sentiment sur le discours prononcé par Ménard le 5 décembre et vantant la grandeur de la France au temps de son empire colonial.

    "Ménard et nous" Un article de Jacques CROS

    Nous avons eu l’occasion de dire notre désaccord avec le racisme, la xénophobie, l’islamophobie du maire de Béziers qui surfe sur les idées ambiantes nauséabondes qui prennent naissance dans les difficultés du quotidien. L’affaire du fichage des élèves en fonction des croyances religieuses de leurs familles en est l’illustration la plus scandaleuse.

    "Ménard et nous" Un article de Jacques CROS

    Nous avons participé sur ce sujet aux initiatives prises par la communauté musulmane et, à celle de la Libre Pensée  mettant en cause  les atteintes à la légalité républicaine dans le domaine de la laïcité. Nous avons encore contribué par notre présence et nos interventions au succès du débat organisé sur la gestion de Béziers par le système Ménard qui s’en prend aux pauvres mais en aucune façon à la pauvreté !

    Jacques CROS

    SOURCE : http://cessenon.centerblog.net/6570884-menard-et-nous

     

    L’extrême droite remplace

     la droite extrême

    A Béziers nous ne verrons plus cette photo devant la stèle de la honte, les Biterrois ont dégagé le député LR Elie Aboud, malheureusement remplacé par pire la femme de Ménard

    Publié le 20/06/2017 à 07:58 par cessenon

     http://cessenon.centerblog.net/6572069-l-extreme-droite-remplace-la-droite-extreme 

    Eh oui, dans la sixième circonscription de l’Hérault, celle qui concerne Béziers, Elie Aboud avait été éliminé au premier tour des élections législatives. L’événement ne m’avait pas attristé le moins du monde et pour tout avouer je n’avais pas pu m’empêcher d’éprouver une certaine satisfaction. J’avais déjà connu un sentiment analogue lors des muncipales de 2014. 

    Reste que la question de savoir quelle suite nous allions connaître avec le second tour était lourde d’inquiétude. Eh bien ça y est, nous avons une variante du Front National comme député. Nous avions déjà un maire et trois conseillers départementaux, à présent c’est « la total » ! 

    Evidemment on n’a pas le choix et on ne peut que respecter le suffrage universel. Reste qu’il faut analyser ce qui conduit à une telle situation. De ce point de vue on ne peut espérer endiguer le score de l’extrême droite avec la seule ressource du vote au second tour. 

    C’est tout ce qui conduit à l’émergence de cette idéologie raciste, xénophobe et fascisante qu’il faut analyser. Visiblement il y a carence à ce niveau. Il faut reprendre son bâton de pèlerin et accepter de mettre en cause tout ce qui amène à cette aggravation continue dans le domaine économique et social. 

    Je propose une piste : le système fondé sur le mécanisme du profit a atteint ses limites historiques. Son maintien au-delà des possibilités  d’un fonctionnement correct crée les désordres que nous connaissons. 

    On ne règlera rien sans affronter cette donnée. Pas plus avec des leçons de morale qu’avec de l’humanisme. Il y a une rupture à réaliser et ne pas ouvrir cette perspective c’est se condamner à subir des régressions et à souffrir  de manière toujours plus douloureuse. 

    C’est à partir de cette considération et de cet objectif qu’il faut élaborer une stratégie. Sans cela on se condamne à tourner en rond  indéfiniment avec de beaux jours pour ceux qui ont intérêt à ce que la logique que nous subissons continue.

    Jacques CROS 

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    15 commentaires
  • Aujourd'hui 18 juin 2017 est un jour particulier, d'abord c'est un jour électoral où, grâce ou à cause de la Constitution écrite par le général de Gaulle en 1958, en pleine guerre d'Algérie qui créait la Ve République devrait voir ce soir la victoire, sans partage, d'un parti qui n'était même pas connu l'année dernière... Mais cette victoire est devancée par une autre : celle de l'abstention et celle-là est plus grave...