• Alain Ruscio : « Ils veulent gagner la guerre des mémoires » MISE A JOUR 1/12/2016

    Ils ne pourront jamais remettre en cause les accords d’Evian, même l’extrême droite, par contre ils peuvent tout-à-fait abroger la loi du 6 décembre 2012 et la commémoration officielle du 19 mars 1962...On peut s’attendre à tout avec le digne remplaçant de Sarkozy… le très droitier Fillon… Alors si cela arrivait nous regretterions davantage que François Hollande n'ait pas eu le courage ou la volonté d'abroger la journée de commémoration du 5 décembre, date qui n'a aucun lien avec la guerre d'Algérie... Et en plus ils nous prennent pour des ânes... rendez-vous compte : la première guerre mondiale a fait près d'1 million et demi de morts Français et une seule commémoration le 11 novembre comparée à la guerre d'Algérie : 30000 morts mais quatre commémorations : le 19 mars, le 25 septembre, le 11 novembre (aussi) et bien sûr le 5 décembre... tient c'est dans quatre jours mais ils ne m'y verront pas... Même Nathalie Kosciusko-Morizet certainement la plus sensée de tous les élus de droite répondant à une question de "L'Ancien d'Algérie" le journal de la FNACA après la déclaration de Sarkozy voulant supprimer le 19 mars avait écrit :

    Alain Ruscio : « Ils veulent gagner la guerre  des mémoires »

     

     

    Alain Ruscio : « Ils veulent gagner

    la guerre des mémoires »

    Alain Ruscio : « Ils veulent gagner la guerre des mémoires »

    Photo : Sylvain Thomas/AFP

    C'était en 2015 et un bien triste souvenir... en débaptisant la rue du 19-mars-1962 pour lui donner le nom d’un ancien putschiste, le maire de Béziers Robert Ménard se pose en héritier du colonialisme.

    L’historien Alain Ruscio, spécialiste de la guerre d’Algérie, rappelle le travail de sape des « descendants idéologiques de l’OAS ».

    Que signifie commémorer, en France aujourd’hui, le 19 mars 1962 ? 

    Alain Ruscio : Ce n’est pas seulement la guerre d’Algérie qui s’est arrêtée, mais un cycle qu’on peut qualifier de décolonisation tragique : depuis 1945 et pendant dix-sept ans, la France a été en guerre, du Vietnam à l’Algérie. Cette dernière guerre avait profondément marqué, blessé, voire tué les sociétés française et algérienne. Il y a eu une sorte de soupir de soulagement à voir la France se libérer de ce poids en reconnaissant à ces peuples le droit à disposer d’eux-mêmes.

    On assiste à un mouvement de recul idéologique. Des maires Front national et de droite refusent de commémorer cette date, effacent cette histoire, mettent en berne les drapeaux français… 

    Alain Ruscio : Le grand drame des Français d’Algérie a été de penser que l’Organisation armée secrète (OAS), les pires des racistes et des colonialistes, pouvait les sauver. L’OAS, responsable de plusieurs milliers de crimes en Algérie et sur le sol français au nom de l’Algérie française. Aujourd’hui encore, les descendants idéologiques de l’OAS continuent leur combat d’arrière-garde. Ils réussissent à laisser penser que l’histoire aurait pu tourner autrement. À contre-courant des historiens et des citoyens qui savent bien que l’indépendance de l’Algérie était inéluctable. Ces gens-là ont perdu la guerre sur le terrain mais veulent gagner la guerre des mémoires.

    Avec l’arrivée aux exécutifs locaux d’élus sensibles à leurs thèses, leurs réseaux se réorganisent. 

    Alain Ruscio : Ceux qui se réclament de l’héritage gaulliste (et je rappelle que c’est De Gaulle lui-même qui a voulu signer l’indépendance de l’Algérie) n’hésitent plus à passer des alliances avec des anciens de l’OAS, les mêmes qu’ils avaient combattus. Il y a une porosité inquiétante entre l’extrême droite et la droite classique.

    Dans leur livre le Mauvais Génie, Ariane Chemin et Vanessa Schneider écrivent que Patrick Buisson a presque réussi à faire revenir Sarkozy sur les accords d’Évian. Est-ce possible ? 

    Alain Ruscio : La France et l’Algérie sont deux pays totalement indépendants, maîtres de leur destin, et nul n’y pourra rien changer : aucun gouvernement au monde ne reviendrait sur des accords signés par deux gouvernements légaux et validés par l’entrée de l’Algérie à l’ONU. Même si, dans la pire des hypothèses, les Le Pen arrivaient au pouvoir, ils ne le pourraient pas, à moins de vouloir faire replonger les jeunes Français dans une deuxième guerre d’Algérie.

    Alain Ruscio

    Alain Ruscio contre

     les OAStalgiques

    Le chercheur rafraîchit les mémoires

    sur les ignominies de l’armée secrète

    Il y a le sourire de Robert Ménard, maire de Béziers, quand il débaptise, au milieu du mois de mars 2015, la rue du 19 mars 1962, date des accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie, pour dévoiler la plaque de la rue Commandant-Denoix-de-Saint-Marc. Et puis il y a ses mots : «Notre paradis à nous, comme disait et dit toujours ma mère.»

    Passons sur l’ancien commandant du 1er Régiment étranger de parachutistes, admirable pendant la Seconde Guerre mondiale, respectable en Indochine et misérable en Algérie quand il participe à la bataille d’Alger et au putsch des généraux en retraite, qui n’étaient pas 25, un quarteron, mais quatre : Salan, Jouhaud, Challe et Zeller.

    Nostalgérie, l’interminable histoire de l’OAS, un livre d'Alain Ruscio, devrait rafraîchir les mémoires. «Notre paradis… ma mère», toute la guerre tient en quatre mots pour les nostalgiques. Après, il y a les chiffres et l’histoire d’un mouvement qui passera alternativement de l’horreur absolue à la bêtise, du ridicule à l’ignominie. Alain Ruscio dresse un bilan de ceux qui rêvaient de se mettre dans les pas de Franco marchant sur Madrid, pour conquérir Paris. Les chiffres : 15355 attentats, faisant 1622 morts (2700 suivant une autre source) (239 Européens, 1383 musulmans), entre mars 1961 et avril 1962, au nom du paradis que représentait l’Algérie pour quelques militaires en rupture de ban et des «braves gens» pour reprendre une expression du Canard enchaîné pour désigner des hommes de main.

    «Scorpions». «Le 15 mars 1961, un commando armé envoyé par Roger Degueldre, dirigé par deux chefs des commandos Delta, Jo Rizza et Gabriel Anglade, et comprenant Félicien "Kiki" Gardiola, "Petit Vincent", "Pierrot la Grue", "Jeannot" Martinez, fit irruption et exécuta froidement six hommes désarmés, collés au mur : Marcel Basset, Robert Eymard, Mouloud Feraoun, Ali Hammoutène, Max Marchand et Salah Ould-Aoudia.» Voilà l’affaire dite du Château-Royal, au cours de laquelle ces «braves gens» règlent leur compte aux dirigeants des centres sociaux éducatifs fondés par Germaine Tillion. Des méthodes si proches de l’attentat contre Charlie Hebdo. Pourquoi ? Ils répondaient à la violence du FLN et des «barbouzes» gaullistes. Sans doute, mais le niveau de haine - réciproque - touche à l’indicible. Le 19 février 1962, Francine Dessaigne, partisane de l’Algérie française, rend compte d’une opération : «Hier à midi, un commando OAS a tiré sur une voiture qui sortait de l’hôpital Maillot. Il y avait quatre barbouzes. La voiture a pris feu […]. Un cercle s’est formé. On a regardé se consumer le véhicule et ses occupants dont certains n’étaient que blessés […]. Qui n’a jamais dans sa vie tué des rats ou brûlé des scorpions.»

    L’imbécillité avait sa place aussi, comme le rappelle Alain Ruscio : «En février 1962, le siège des Editions sociales françaises, maison totalement apolitique spécialisée dans les publications de droit du travail, fut plastiqué à la place des Editions sociales, émanation du PCF… En mars, l’appartement d’un certain M. Léon, journaliste à la retraite, fut à son tour détruit, le commando l’ayant confondu avec Georges Léon, critique musical à l’Humanité…» A force de se tromper de cible et de méthodes, les plastiqueurs de l’OAS vont perdre tout soutien populaire, comme en témoignent les résultats aux référendums de janvier 1961 (74,9% des suffrages approuvent l’autodétermination) et d’avril 62 (90,8% en faveur de la ratification des accords d’Evian). Bilan de l’OAS, qui voulait rendre coup pour coup au FLN, mettant un terme à tout espoir de cohabitation entre les «indigènes» et les «Européens» : la guerre totale promise par des officiers qui avaient choisi de désobéir se transformait en une défaite totale.

    «Corps». En voulant aller contre l’histoire - le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, affirmé par le général de Gaulle -, les amis de Jean-Marie Le Pen, que l’on croise une douzaine de fois dans le livre d’Alain Ruscio, opposaient la force de quelques-uns à la volonté populaire. Ils auraient dû lire Alexis de Tocqueville qui écrivait en 1830 : «La société musulmane et la société chrétienne n’ont malheureusement aucun lien, elles forment deux corps juxtaposés, mais complètement séparés […]. Tous les jours cet état de choses tend à s’accroître par des causes contre lesquelles on ne peut rien.» Dire notre «notre paradis à nous», c’est encore naviguer entre le ridicule et l’ignoble pour faire plaisir à sa maman, sans rien avoir appris de l’histoire.

    Philippe DOUROUX

    « Claude Juin : «Des soldats tortionnaires» Comme je vous l'ai dit dans l'un des articles précédents nous n'étions pas tous logés "à la même enseigne"A Béziers : Najat Vallaud-Belkacem tacle Ménard "L'histoire ne doit être ni falsifiée, ni instrumentalisée" »
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