• « Ali Baba est parti, restent les 40 voleurs » *** Mais aucuns autres pays et surtout pas la France ne peuvent juger l’Algérie

     

    « Ali Baba est parti, restent les 40 voleurs »

    « Ali Baba est parti, restent les 40 voleurs »

    Le peuple algérien vient de gagner un round, mais le combat n’est pas fini : pour importante qu’elle soit, la décision du retrait de la « candidature » de Bouteflika des élections présidentielles constitue une avancée limitée.

    Le puissant mouvement qui s'est développé à travers l'Algérie et dans plusieurs capitales à l’étranger constitue une leçon à plus d’un titre, qu’il s’agisse de la détermination des manifestants ou du comportement des forces de l’ordre, police sur le terrain et armée en retrait.

    On peut gloser sans fin sur le fait de savoir s’il s’agit d’une révolution, d’un soulèvement ou d’un mouvement social, les faits restent les mêmes : pour la première fois depuis des décennies, le peuple algérien reprend son avenir en mains. C'est d'autant plus important que le régime croyait que ce même peuple était toujours sous le coup de la frayeur engendrée par la guerre civile et les affrontements entre le FIS (Front Islamique du Salut) et les forces années pendant les dix dernières années du siècle dernier, il y a vingt ans.

    Non seulement le régime s'attendait-il à ce que la mémoire de la "décennie noire" (années de plomb, années de braise ?) reste un levier efficace de "discipline" et de maintien de l'"ordre", mais il n’a pas hésité à utiliser à plusieurs reprises des références à la violence et au chaos de cette sombre période pour adresser des menaces à peine voilées à la population. En réponse, les manifestants ont fait preuve d'un grand sens des responsabilités en restant pacifiques et en refusant toute confrontation : « le peuple et la police ou l'armée sont des frères », scandaient les manifestants.

    L'erreur du pouvoir en place a été de ne pas comprendre, ni même connaitre, sa propre population, et d'ignorer le potentiel de puissance qu'elle recèle. La majorité des manifestants n'ont pas connu la guerre civile ou bien ils étaient encore très jeunes, des enfants. Leur vie a été marquée par un autre type de violence : le chômage endémique, le manque de perspectives et la pauvreté en dépit des énormes profits générés par le commerce des ressources naturelles du pays au profit d’un petit clan mafieux. La dégradation des conditions de vie, la corruption et la répression de toute velléité d’opposition ont créé profondément et durablement un sentiment étouffant d’une spoliation sans espoir d’évolution en même temps qu'elles ont provoqué des vagues d'émigration licites ou sauvages dont on connait les répercussions. Cette cocotte minute sous pression constituée de 22 millions d’âmes en 1985 et 44 millions aujourd’hui (le double !) a explosé et les menaces d’un retour au passé n’a pas suffi à intimider cette jeunesse pleine de vitalité et, maintenant, d’espoir.

    Quand, le 11 Mars, le régime a annoncé que Bouteflika ne briguerait pas un cinquième mandat, que le premier ministre Ahmed Ouyahia se retirerait, et qu'il y aurait un remaniement ministériel, on a pu entendre dans les rues et sur les places dans tout le pays des slogans tels que : "Ce n'est que le début, demain sera plus fort" ou "Ali Baba est parti. Maintenant (c’est le tour de) les 40 voleurs". Pour la première fois depuis la guerre d'indépendance, le peuple savourait les effets de son pouvoir collectif.

    Pour autant, s’il s’agit d’une première victoire importante, l’avancée est limitée. Bouteflika ne se retire pas, il « proroge » son mandat de président pendant un an tout en annonçant une prétendue "consultation nationale" (un « grand débat » ?). Donc, en fait, il reste en place, ou plutôt le clan au pouvoir cherche à gagner du temps et tente de stabiliser la situation pour déterminer si le mouvement va mordre à l'hameçon ou s'il devra passer à la répression. Encore faudrait-il que l’armée et la police se prêtent à ce jeu cynique.

    Le régime a été pris par surprise et il est affaibli :

    •  Il n’a pas d’alternative à Bouteflika sinon l’équipe en place n’aurait pas pris le risque de le remettre en selle pour un autre mandat.
    • Il a perdu d’importants soutiens, tels que les personnalités officielles de « l’opposition » et l’Organisation Nationale des Moudjahidine, l’organe des vétérans de la révolution.
    • Des figures célèbres du FLN, qui avaient été marginalisées par le régime, telles que Djamila Bouhired et Zohra Drif, ont rejoint le mouvement.

    Une réponse brutale serait un signal de déclenchement d’événements que les autorités veulent éviter à tout prix pour garder un minimum de contrôle. Comme en écho aux soubresauts provoqués par les GJ en France, il s’agit maintenant d’essayer de diviser les manifestants pour reprendre pied, avant de lancer une contre-offensive avant la fin de la soi-disant consultation. La réaction du mouvement populaire entre-temps sera le facteur déterminant de l'efficacité de cette stratégie. Et c’est là que le bât blesse peut-être. Ou peut-être pas ?

    Comme ailleurs, l’absence d’alternative crédible est une des grandes faiblesses du défi lancé au régime algérien. Les partis d'opposition officiels, même au sein des mouvements berbères et de la gauche socialiste, sont considérés comme trop conciliants envers le pouvoir central d’Alger et les syndicats sont relativement contrôlés. Les islamistes ont été discrédités par leurs exactions des années 1990 et intégrés par le régime pour mieux les étouffer. Les candidats de l'opposition aux élections présidentielles n'ont pas de base solide dans la population. Tout cela fait que le mouvement est très exposé aux divisions, fractionnements et qu’il manque d’une focalisation stratégique (jusqu’à plus ample informé).

    L’alternative semble être la suivante :

    • Soit la population mobilisée continue à refuser d’accepter quelque aménagement que ce soit, à moins de changements significatifs, ce qui ne signifierait pas forcément la chute du régime mais maintiendrait un rapport de force qui pourrait se renforcer encore et aboutir à l’objectif de maintenir la date prévue des élections
    • Soit les manifestants développent des types d’organisations telles que des assemblées, des forums, etc. et ils se donnent de véritables dirigeants issus de la base capables de constituer la colonne vertébrale d'un autre type de pouvoir.

    Rien n’est plus puissant qu’un peuple en révolte et rien n’effraie davantage le pouvoir que cette puissance (les anglophones n’ont qu’un seul mot pour les deux concepts, « power », ce qui les prive de cet angle de vue). Lorsqu'un régime a peur, il devient violent s'il se sent capable de tirer les marrons du feu. Si les masses le maîtrisent, il essaie de désamorcer le danger en préservant ce qu'il peut. La tâche qui incombe actuellement au peuple algérien est difficile. Courage !

    « Ali Baba est parti, restent les 40 voleurs »

    Place de la République à Paris

    Mais aucuns autres pays

     et surtout pas la France ne peuvent juger

    l’Algérie

    La réindépendance de l’Algérie

    D’abord, il y eut le déni de nommer ce qui se passait en Algérie, tout au plus des «événements . Puis, il fallut bien se rendre compte et dire le réel. Ce fut «la guerre d’Algérie».

    Puis il y eut ce qui est encore passé sous silence, une guerre civile de quelques mois où l’OAS fit régner la terreur en France et en Algérie. Mais il n’y a toujours pas d’histoire partagée, voire d’histoire qui cherche à comprendre celle de l’Autre, celle des Algériens qui ne parlent pas de guerre d’Algérie mais de Révolution.

    Le jour où nous cesserons de croire que seuls les Français sont capables de faire une révolution et qu’ils regarderont l’histoire des autres avec d’autres yeux que les leurs, un autre pas sera fait qui, est long à venir.

    Pourtant, en ce début d’année 2019, ce sont les Algériens qui montrent l’exemple et poursuivent le processus enclenché en 1954, stabilisé en 1962 et recommençant aujourd’hui, en ayant passé par une guerre civile dans les années 90 qui a fait plus de 200000 victimes. Pourquoi s’en étonner ?

    Combien de temps ont mis les États-Unis, de leur guerre d’indépendance à la naissance d’une nation sans esclavage, sans guerre civile, avec des institutions définitivement stabilisées ? Cent ans, au moins, le temps que trois ou quatre générations apprennent vraiment ce que République démocratique veut dire. Et encore, qui peut nier les discriminations persistantes ?

    Combien de temps pour que les Français deviennent républicains sans revivre une restauration monarchique, sans tomber dans l’ornière bonapartiste, sans pouvoir régler la question ouvrière et les inégalités qu’elle entraînait ? Au moins cent ans de luttes acharnées et jamais définitives.

    Et on voudrait juger les Algériens parce que leur pays, en cinquante ans, n’a pas porté toutes les promesses de sa Révolution de l’indépendance ? L’Algérie suit le long mais inéluctable chemin que chaque nation, s’engageant dans la plus difficile épreuve de son histoire – rendre sa société républicaine et démocratique –, s’est imposée dans un idéal insurpassable.

    Soyons lucides. Il faudra encore du temps pour que l’Algérie devienne pleinement ce qu’elle doit être. Elle en prend magnifiquement le chemin avec une jeunesse de feu, pleine de talent et emplie d’espoir.

    230 ans après 1789, l’extrême centre hégémonique de notre côté de la Méditerranée doit nous appeler à plus de modestie, mais aussi à affirmer une franche admiration pour l’enthousiasme et la soif de liberté exprimés par nos sœurs et frères algérien-ne-s, en quête de leur Réindépendance ! Vive l’Algérie libre ! Vive l’amitié entre les peuples algérien et français. 

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 15 Mars à 10:07

    Reste en fait la logique du système qui permet aux voleurs (ils sont combien, je ne saurais le dire) d'exercer leur activité lucrative en toute impunité.

    L'islamisme joue en Algérie le même rôle que le RN (ex FN) en France. Il permet à la classe dirigeante de se maintenir au pouvoir en jouant sur la peur que cela représente. Une peur au demeurant légitime mais ceux qui l'utilisent jouent avec le feu.

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