• [#AppelDesDeuxRives] Alain Ruscio : « Marseille a été une capitale de l’anticolonialisme »

     

    [#AppelDesDeuxRives] Alain Ruscio :

     « Marseille a été une capitale

     de l’anticolonialisme »

    Docteur en histoire, Alain Ruscio est spécialiste des questions coloniales. Il présente jeudi 28 mars au soir son ouvrage « Les communistes et l’Algérie », dans la salle des rotatives de « La Marseillaise ».

    Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

    Alain Ruscio : Cela fait plusieurs dizaines d’années que je travaille sur l’histoire du communisme et en particulier celle du PCF face à la question coloniale notamment sur l’Indochine. J’ai voulu comparer avec le cas algérien. J’avais l’impression que les livres sur ce sujet étaient assez courts et un peu simplistes. J’ai voulu recourir aux archives ce qui n’avait pas été fait de façon systématique et massive jusque-là.

    Certains accusent le PCF d’avoir tardé à agir pour l’indépendance algérienne, d’autres rappellent son rôle unique dans le champ politique. La vérité historique est-elle entre les deux ?

    A.R. : Je n’aime pas la position centriste. La vérité n’est pas entre les deux, elle est un mélange des deux. Bien sûr que le PCF a eu des retards et sur la question coloniale il est hors de question de dire qu’il a été d’une lucidité permanente notamment au moment du Front populaire ou de la Libération. Les premières réactions au début de la guerre d’Algérie ont témoigné d’une certaine surprise et parfois d’un certain attentisme. En même temps, sur le temps long, le PCF est la seule grande force politique nationale à porter l’anticolonialisme de façon la plus continue.

    Qui sont les grandes figures du communisme

     franco-algérien ?

    A.R. : Mon livre porte sur les communistes des deux côtés de la Méditerranée. Pendant très longtemps, le communisme en Algérie a été accaparé par les Européens et puis progressivement il y a eu une volonté de la part des communistes la volonté de faire entrer dans la lutte et dans l’appareil du Parti communiste des musulmans. Cet effort systématique a fini par porter ses fruits puisqu’au moment où débute la guerre d’indépendance, il y a à la direction du Parti communiste algérien, une majorité de musulmans. Quand on parle de grandes figures on pense bien sûr à Maurice Audin, Henri Alleg, Fernand Iveton, Henir Maillot, Sadek Hadjerès, Ahmed Akkache, Larbi Bouhali... Ces hommes-là ont été d’une totale égalité, d’une totale fraternité de lutte dans le même combat.

    Quels points les séparaient des nationalistes algériens ?

    A.R. : Les communistes avaient le même ennemi, l’impérialisme, la même aspiration à l’indépendance mais la manière d’y parvenir était assez radicalement différente. Il y avait une forme de rivalité, de méfiance réciproque avec les nationalistes.

    Marseille a-t-elle occupé une place particulière

     dans cette histoire ?

    A.R. : C’était la capitale coloniale de la France mais aussi, d’une certaine manière, une capitale de l’anticolonialisme pas seulement vis-à-vis de l’Algérie. Celui qui s’appellera plus tard Hô Chi Minh militera à Marseille, des luttes très puissantes impulsées par la CGT et le PCF ont été menées contre les guerres d’Indochine et d’Algérie par les dockers et les marins de Marseille.

    Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

    A.R. : L’indépendance a été confisquée par une caste. Il y avait à l’intérieur du FLN des tendances extrêmement autoritaires et anticommunistes dès la lutte pour l’indépendance. La situation actuelle et le fruit pourri du printemps et de l’été 1962 où cette caste autour de Ben Bella et Boumédiène a évincé un certain nombre de maquisards et de progressistes du FLN. La révolte d’aujourd’hui est contre l’accaparement de classe du pouvoir algérien.

    Propos recueillis par Léo Purguette 

    Rendez-vous ce jeudi à 18h30 à « La Marseillaise » et le 2 avril à 18h30 à l’Alinéa (Martigues). 
    « Les communistes et l’Algérie », éditions La Découverte. 664 p. 28 euros.
     

    SOURCE : http://www.lamarseillaise.fr/marseille/societe/75641-entretien-alain-ruscio-marseille-a-ete-une-capitale-de-l-anticolonialisme 

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 28 Mars à 17:32

    Dommage que Marseille soit si loin !

    Mais peut-être qu'Alain Ruscio pourrait venir à Béziers animer un repas à thème sur le sujet au cercle populaire Joseph Lazare ?  

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