• Aujourd’hui je donne la plume à mes amis agriculteurs, anciens appelés ou rappelés de la sale guerre d’Algérie.

     Aujourd’hui je donne la plume à mes amis agriculteurs, anciens appelés ou rappelés de la sale guerre d’Algérie. Il y a des associations d’anciens combattants qui se refusent d’employer le terme de guerre coloniale…et pourtant il faut faire une distinction avec les deux premières guerres mondiales. 30000 soldats français sont morts « pour la France » disent-elles… A mon avis il manque un mot : " Ils sont morts pour la France"... c'est exact... mais c'était la France coloniale .

    Aujourd’hui je donne la plume à mes amis agriculteurs, anciens appelés ou rappelés de la sale guerre d’Algérie.

     

     

     

    Michel Dandelot 

    Raconte-moi ton Algérie :

    André Marie : 

     “J’ai sauté sur une mine”

    Éditer

    Plus de 1,3 million d’appelés ou rappelés du contingent ont passé de 6 à 36 mois en Algérie entre 1956 et 1962. Parmi eux, de nombreux agriculteurs (ou futurs agriculteurs). André Marie, agriculteur retraité à St-Marcouf-du-Rochy (14), se souvient.

     

    "On nous a fait casser la gueule pour rien. Tout ça, c’était pour les colons”. Allongé dans son lit, André Marie n’est pas tendre avec les autorités politiques de l’époque. Un sentiment de rancune qui s’explique peut-être par une jambe laissée là-bas. André a sauté sur une mine, indemnisé aujourd’hui à 865 euros par mois. “Pas cher payé, mais paradoxe, si je n’avais pas ma pension d’invalidité, on serait mal !”, lance-t-il à sa femme Claudine. Et de faire ses comptes. A sa pension d’invalidité de 865 euros s’ajoutent sa retraite d’ancien combattant (336 euros 2 fois par an) et ses 546 euros mensuels de retraite agricole. Soit moins de 1 500 euros/mois pour une vie de labeur sur une seule jambe.
    Fils d’agriculteur, André stoppe les études à 14 ans pour travailler sur la ferme familiale. En mars 1956, âgé de 21 ans, il a plein de projets dans la tête. Mais avant de les mener à bien, il doit remplir ses obligations militaires. En mars de cette année, il part pour Coblence en Rhénanie-Palatinat (Allemagne). Il intègre le 9ème Régiment de Bataillon du Génie. Trois mois de classes et une unique permission avant de partir, en juillet, pour l’Algérie. “Je n’avais pas peur. Il fallait y aller”, lâche-t-il laconiquement. Il n’imaginait pas alors que, neuf mois plus tard, il frôlerait la mort.  

    Le premier véhicule n’a pas sauté

    Une de ses missions là-bas a presque un caractère agricole. Il commande un compresseur qui lui sert à fabriquer des piquets. Il pose ensuite le fil de fer barbelé. Objectif : tenter d’étanchéiser au mieux la frontière algéro-marocaine. Autre mission : réparer les pistes d’atterrissage. Ce qui l’oblige à de fréquents déplacements entre aérodromes. C’est au cours de l’un d’eux, le 17 février 1957, que tout bascule. “On avait un porte-char qui transportait un bulldozer, un camion et une jeep. Je me souviens qu’un des gars m’avait proposé de monter dans la jeep. Moi, j’ai préféré le camion”. Au hasard d’une piste, la jeep qui ouvrait le convoi est passée mais le camion a sauté. Le véhicule léger a-t-il évité la mine ou s’agissait-il d’une mine radio commandée qui ciblait un véhicule censé transporter plus de militaires ? André Marie n’a jamais eu la réponse mais il se rappelle avoir sauté en l’air pour retomber lourdement sur la piste. “Je gueulais. J’avais une jambe en morceaux mais c’était l’autre, avec une simple fracture du tibia, qui me faisait le plus mal”. Parmi ses camarades d’infortunes, on déplore un mort et on relève  3 autres blessés aux jambes. Une fusée de détresse est lancée. L’hélicoptère sanitaire mettra 1/2 heure à arriver. “Je criais. Ils m’ont endormi. J’ai été opéré dans la nuit par des médecins militaires. Ils m’ont coupé la jambe au-dessous du genou”. Le lundi de Pâques 1957, André Marie est rapatrié en France. Bateau puis train pour rejoindre l’hôpital Villemin (1)  situé à Liancourt dans l’Oise.

    Mon moignon qui rapetisse

    Il va y séjourner plusieurs mois. On lui pose d’abord un pilon “parce que mon moignon rapetissait sans cesse”. Il revient définitivement à St-Marcouf-du-Rochy en novembre et c’est à Caen qu’on lui pose sa jambe artificielle. Il est réformé de l’armée en avril 1958, “redevenu civil. Je suis resté à la ferme même si mes parents voulaient que je fasse autre chose”. Il s’installe officiellement en 1968. “2-3 vaches à téteux, 2-3 vaches à viande. J’arrivais à vivre. Ma soeur m’aidait. Je marchais bien. Je faisais tout ce que je voulais : du vélo, monter sur le tracteur, faire les foins...”
    “Mais pas courir après les bêtes”, temporise Claudine, sa femme. 29 ans qu’ils sont mariés. “Il m’avait écrit. Enfin, c’était sa soeur qui tenait le crayon. Je savais qu’il était mutilié mais mon précédent ami était un grand brûlé civil du débarquement. Je n’ai jamais éprouvé de pitié pour André. C’était de l’amour et voilà”.
    Quatre mois après cette lettre Claudine et André vont se marier. Ils ont eu 2 enfants. “Il nous arrive parfois même de déconner aves sa jambe. De toute façon, le mal est fait” s’amuse Claudine. Une sacrée leçon de chose.
    Quant à André, s’il y a laissé un membre, il en a aussi ramené des médailles. (Oui les médailles ça lui fait une belle jambe !!!). Il tient d’ailleurs à poser avec pour la photo. Au moment du clic final, Claudine et André affichent tous deux un sourire. Le sourire sans doute de la vie.

    (1) : du nom de Jean-Antoine Villemin, né à Prey dans les Vosges le 25 janvier 1827 et mort à Paris le 3 octobre 1892. Médecin militaire, hygiéniste et épidémiologiste français, il est connu pour avoir démontré en 1865 que la tuberculose était une maladie contagieuse.

    http://www.agriculteur-normand.com/actualites/raconte-moi-ton-algerie-j-ai-saute-sur-une-mine:40I8L2JH.html 

    Aujourd’hui je donne la plume à mes amis agriculteurs, anciens appelés ou rappelés de la sale guerre d’Algérie.

     

    MARC FESSARD :

    “J’ai été de corvée de bois”

    "En 426 jours d’AFN (Afrique du Nord), je n’ai rien eu à me reprocher. Enfin si, j’ai pris l’imperméable d’un fellag, mort pour me protéger de la neige”. Marc Fessard, né le 17 février 1938 à Roumars (Seine-Maritime), a d’abord effectué 13 mois de service militaire à Constance (Allemagne) avant de partir, le 14 mai 1959, pour l’Algérie. Une dernière nuit à Marseille agitée. “On a foutu le bordel. On a cassé des vitrines et des voitures”. Ce qui explique peut-être qu’à son retour en juin 1960, les CRS encadraient du bout de leur canon les revenants.
    Mais à l’heure de son débarquement à Philipeville, les canons étaient tournés dans l’autre sens. “Les militaires, avec leur MAT (Ndrl : pistolet mitrailleur français), nous tournaient le dos pour surveiller les civils”.


    Du dégout pour la corvée

    S’il n’a rien à se reprocher et n’a jamais tué personne, Marc a dû cependant  s’exécuter et exécuter des ordres sans autre issue que d’obéir. “Ce qui m’a le plus dégoûté, ce sont les corvées de bois”. 3, 4 ou 5 ? Il ne se souvient plus exactement combien. “Quand un fellaga était fait prisonnier et qu’il ne voulait pas parler, il n’était pas tué au poste. On lui liait les mains et on l’emmenait sur une brêle dans la forêt ou sur la colline. Là, on faisait une halte, puis, semblant de dormir. Le fellaga en profitait pour s’enfuir sans savoir que nous avions un tireur caché en embuscade qui le descendait à la carabine. Le chef de secteur l’achevait ensuite. On ne retrouvait jamais de cadavre à cause des chacals”. Mais, même s’il parlait en donnant le nom de sa mechta (groupe de maisons en Algérie où se cachaient les membres du FLN), il n’avait guère de chances de s’en sortir. Il était alors libéré par les autorités militaires qui menaient immédiatement des opérations commandos dans les endroits mentionnés. Le fellaga était alors abattu par les siens “pour avoir parlé”.
    Enfin, pour tenter de comprendre ces exactions, il faut mettre en parallèle le sort qui était réservé aux soldats français quand ils étaient faits prisonniers par les indépendantistes.


    Un encadrement lamentable

    Dans un courrier qu’il a écrit (mais jamais envoyé) à l’attention d’une maman qui a perdu son fils en Algérie et qui voulait en savoir plus, Marc n’est pas tendre avec la hiérarchie militaire. “Je suis désolé mais nos 26 000 morts et 70 000 blessés ont été en partie victimes d’un encadrement lamentable”. Et d’illustrer ses propos avec sa propre expérience. Lors d’une mission entre Fedj M’Zala et Bône (aller-retour 460 km via Constantine dans la journée) avec seulement 2 autres hommes (le caporal Ruiz de Bordeaux et un radio), la mission a été stoppée à un contrôle routier. Le lieutenant commandant ce barrage leur a indiqué qu’ils auraient dû refuser cette mission : “c’est un suicide. Faites-moi plaisir, faites demi-tour”. Une attitude responsable parmi d’autres qui l’ont été beaucoup moins. Marc a été chauffeur. La planque, pensait-il, d’autant plus qu’à la nuit tombante, son chef de bord lui disait : “tu dois être fatigué, donne-moi le volant !” Les anciens lui ont alors expliqué que le siège passager, c’était celui du mort. Les fellagas savaient que c’était celle des officiers. C’était leur cible.
    C’est peut-être grâce à cette part d’inconscience que Marc ne se souvient pas avoir eu peur sauf quand il montait la garde. “La peur de me faire tuer au moment de la relève. La relève : un copain ou un fellaga ?” L’armée française comptabilisait en effet de nombreux soldats de souche algérienne. La plupart ont fini par rejoindre le FLN mais pouvait-il en être autrement ? “J’en avais un comme chef de section. Lors d’accrochages, il m’interdisait toujours de tirer sous prétexte qu’on allait se faire repérer. En fait, il protégeait ses frères. J’ai remis alors mon FM au colonel qui m’a immédiatement nommé chef de section avec 30 hommes sous mes ordres”.
     

     


    Baptême du feu au bout de 15 jours 

     

    Marc Fessard a connu son baptême du feu seulement 15 jours après son arrivée. “Nous sommes partis au contact dans une mechta et nous nous sommes fait allumer par une arme automatique”. Deux blessés légers côté français très vite évacués par un H21C, l’hélicoptère banane qui pouvait transporter dans sa version sanitaire 12 brancards. Quatre morts du côté FLN après le tir depuis la base de 2 obus de 105. “On entendait les arbres crépiter”. D’autres accrochages vont suivre. “Le 23 août au djebel (ndrl : désigne une montagne ou un massif montagneux) Babors en Petite Kabylie, nous nous sommes fait repérer. Dès les premières rafales, nous avons déploré 3 morts. J’ai vite compris que nous étions dans une position très délicate. Heureusement, la légion était à Sétif et au repos. Elle est intervenue en hélico renforcé par 2 avions T-6 G venu de la base de Telergma, près de la frontière tunisienne. Bilan : 32 fellagas au tapis”.
    Dans cette macabre comptabilité, Marc cite encore “14 de nos gars, abattus dans leur lit, le 22 novembre par la harka de Djemilla. En désertant, elle a emporté l’armement”.
    D’autres souvenirs ressurgissent. “Si je sortais mon carnet de bord, j’aurais de quoi écrire un livre”. Et d’évoquer la ration du militaire “qui contenait 25 cl d’eau-de-vie par jour. Certains gars la vendaient, ce qui signifie que d’autres en buvaient 1/2 litre par jour. J’en ai vu des rapatriés sanitaires à cause de ça. Direction le Val-de-Grâce, dans un sale état”.
    Marc est rentré en France le 20 juin 1960 à bord du Chanzy. “Avant de partir de là-bas, j’ai pleuré. Je n’ai pas compris pourquoi”. A son arrivée en France, “j’étais complètement dingue et personne ne m’a compris”. Il a fallu vivre quand même, sans doute en chassant les démons. Mais aujourd’hui, il en parle.

    http://www.agriculteur-normand.com/actualites/raconte-moi-ton-algerie-marc-fessard-j-ai-ete-de-corvee-de-bois:HZ0RW6OA.html

    Aujourd’hui je donne la plume à mes amis agriculteurs, anciens appelés ou rappelés de la sale guerre d’Algérie.

     

    Roger Taillieu : 

    "J'ai aidé des petits paysans algériens"

    "J'ai fait partie de l'unité qui a ramassé, le 15 juillet 1958, le Général Bellounis. Mohammed Bellounis était un jour avec nous, l'autre contre. Il s'est fait descendre par le FLN. On l'a récupéré dans les montagnes, du côté de Bou Saâda, et on l'a exposé en ville". Mais les 4 balles qu'a reçues en pleine poitrine ce général qualifié "d'opérette", par certains, ont été tirées par d'autres selon des sources divergentes (voir encadré).
    Roger Taillieu a alors presque 21 ans. Né le 9 septembre 1937 du côté de Vernon (27), ce fils d'agriculteurs est appelé sous les drapeaux le 2 septembre 1957. Après 8 semaines de classes à Clermont-Ferrand, il prend le bateau à Marseille, direction l'Algérie. "J'avais peur mais il fallait y aller. On pensait partir pour 18 mois. J'en ai fait 30", se souvient-il.

     72 balles tirées 2 dans la poitrine

    Il va servir dans l'armée de l'air en diverses affectations. 24 heures de garde, tous les 3 jours, à 300 km au sud d'Alger. Il va vivre son baptême du feu. "Un jour, il y avait un touareg, un peu simple d'esprit, qui se baladait avec son chameau sur la piste. L'adjudant de service nous a donné l'ordre de tirer. On était 6. On a tiré 72 balles. Deux l'ont atteint dans la poitrine sans savoir lesquelles. On avait des MAT 49 pas très précis" (Ndrl : pistolet mitrailleur de l'armée française, 9 mm Parabellum avec chargeur de 20 ou 32 coups). De cet épisode encore douloureux va naitre une aversion : "je n'ai jamais acheté de pistolet en jouet à mes enfants". Autre spasme de sa période militaire : "je me souviens du très gros choc que j'ai ressenti quand mon fils est revenu, la boule à zéro, de sa première permission lors de son service". Qu'on ne s'y trompe pas cependant. "Je ne suis pas antimilitariste, non. Antiguerre, oui... Mais on se rappelle plus des bons souvenirs que des mauvais. On a développé là-bas un esprit de camaraderie". Un esprit cultivé aujourd'hui à travers les multiples associations ou bien encore, tous les 2 ans, avec le pèlerinage à Lourdes  (65) qui draine des milliers d'anciens combattants.


    La ficelle de la lieuse 


    "Tu dis souvent que tu aimerais y retourner. Que c'était un beau pays", lui lance sa femme. Roger acquiesce avant d'enchainer : "7 ans de guerre pour en arriver là, ça ne valait pas la peine. Ce qui m'a fait le plus mal : le massacre des harkis après les accords d'Evian". Parmi eux, peut-être ces petits agriculteurs algériens qu'il a aidés un jour. "Il y avait une petite parcelle de blé à l'entrée de Djelfa. Les gars essayaient une lieuse mais ils ne savaient pas passer la ficelle. Je leur ai montrer". Tout un symbole dans cette drôle de guerre.

    - © RT

    Un général encombrant pour la France

    "Général autoproclamé", "général d'opérette, "général en goguette", "chef de milice", "renégat", "seigneur de guerre" (...), les qualificatifs ne sont pas tendres à l'encontre de Mohammed Bellounis (ou Ben Lounis) dans la littérature. Né le 11 décembre 1912 à Borj Menaïl, il est mobilisé dans l'armée française en 1939 et fait prisonnier sur le front de l'est. Interné dans un stalag en Allemagne et atteint de tuberculose, il est libéré en 1942 avec le grade de sergent-chef et rejoint l'Algérie. Il se lance dans la politique et milite au sein du PPA (Parti du Peuple Algérien). Plusieurs fois emprisonné, il adhère ensuite au MNA (Mouvement national de Messali El Hadj) qui s'oppose au FLN jugé communiste et à la solde de Moscou. Il prend alors le maquis et fonde en 1957 l'ANPA (Armée Nationale du Peuple Algérien) qui va comptabiliser jusqu'à plusieurs milliers d'hommes. Il devient l'allié plus ou moins objectif de la France. Sa stratégie ? Eliminer le FLN pour négocier ensuite à son compte l'indépendance. Autoproclamé général en chef, les exactions qu'il commet sur son territoire et son despotisme en font un allié de plus en plus encombrant, de moins en moins fréquentable. Lâché par la France et chassé par le FLN, Bellounis abandonne son PC le 25 juin 1958. Officiellement, il aurait été abattu par des hommes du 3ème RPIMA alors qu'il s'enfuyait dans le désert, déguisé en fellah. Selon d'autres sources, il aurait été plus simplement arrêté puis exécuté de 4 balles dans la poitrine.

    http://www.agriculteur-normand.com/actualites/raconte-moi-ton-algerie-j-ai-aide-des-petits-paysans-algeriens:45HZ1WFJ.html

    Aujourd’hui je donne la plume à mes amis agriculteurs, anciens appelés ou rappelés de la sale guerre d’Algérie.

     

    MARCEL DUMESNIL :

    “Peur de me faire débarbouiller”

    Mars 1957. Marcel Dumesnil, aide familial sur une exploitation de 25 ha avec 14 vaches à Rouvray (27), n’est jamais sorti de chez lui. Mais comme tous les jeunes de son âge, il va voir du pays. “Antimilitariste à l’époque”, avoue-t-il, il reçoit son ordre de mobilisation le 10 mars. Le voyage est mouvementé. A l’époque, des opposants à la guerre d’Algérie perturbent le trafic ferroviaire. Sur le bateau, Marcel passe “16 heures la tête dans une couverture pour éviter d’être malade”. Il débarque à Alger 6 jours plus tard. Il a 20 ans et un mois.
    Durant ses classes, il est affecté à la CRM (Compagnie de Circulation Routière). Sa mission : escorter des gradés ou des élus de la République. Il roule en jeep, mitraillette à la main. Les officiels, quant à eux, se déplacent en 403 Peugeot, sortie en 1955 (il s’en fabriquera 1 215 000 exemplaires jusqu’en 1966). Une mission risquée parce que ces convois constituent autant de cibles potentielles d’attentats. Marcel a d’ailleurs escorté des personnages illustres comme Jacques Soustelle (1) ou bien encore Michel Debré, futur Garde des Sceaux. Pour minimiser les risques, la technique est simple : aller le plus vite possible. Que ce soit dans les rues d’Alger ou sur les tôles ondulées des pistes de la plaine de Mitidja.


    Des mines cachees dans des nids de poules 

     

    Après 4 mois et ses classes terminées, Marcel Dumesnil est muté à la 709ème CME (Compagnie Mixte des Essences) ou il devient le roi du pétrole. “Toutes les unités militaires passaient par nous”. Au volant de son GMC avec ses 7 vitesses trop rapprochées, “on se gourait”, et avec un aide-chauffeur, il livre le carburant de l’armée. Une fonction logistique de la plus haute importance. Des tournées de 30 à 300 km. “On faisait de la route et de la piste. Le plus gros risque était de se faire débarbouiller (Ndlr : tirer dessus) ou de sauter sur une mine. J’en ai vu deux exploser devant moi. Elles étaient cachées dans des nids de poules”.


    Peut-être aurais-je tiré 


    Mais la chance a souri à Marcel. Il n’a pas connu d’accrochage, mais a quand même connu la peur. Comme ce jour, en panne avec son camion au milieu de nulle part. Il a surpris ce qu’il a pensé être un guetteur, “un fellouze”, s’enfuir. “S’il avait été à portée de fusil, j’aurais tiré. Peut-être tué ? Sans doute une connerie, mais jamais je ne me serai laissé faire prisonnier. On savait ce qu’il nous attendait.” Mais au final, il ne se sera jamais servi de son PM (Pistolet Mitrailleur) avec ses 9 chargeurs (270 cartouches) et 5 grenades défensives.
    Enfin presque. Au cours de ses convoyages qui pouvaient durer jusqu’à une dizaine de jours, il fallait bien améliorer l’ordinaire. Il va donc fréquemment chasser la gazelle, voire la perdrix des sables. Mais ces ballades lui ont aussi joué des tours. Victime d’une tempête de sable, il s’est perdu dans le désert, à une quarantaine de kilomètres du camp. “Mon collègue est monté sur la cabine du camion. On ne savait plus du tout où on était”. Sauvés par la chance qui a placé un autre convoi et des supérieurs sur le chemin. Marcel est finalement rentré en France avec “l’esprit un peu plus militaire, mais je n’ai jamais baissé les yeux devant un gradé”, tient-il à souligner.

     

    (1) Jacques Soustelle : “pour” puis “contre” De Gaulle


    Jacques Soustelle, agrégé de philosophie, est un homme politique né en 1912 à Montpellier. En 1940, il rejoint le Général de Gaulle au sein des FFL (Forces Françaises Libres). En mai 1945, il devient ministre de l’Information dans le gouvernement provisoire puis ministre des Colonies. Nommé gouverneur général de l’Algérie en 1955/1956, il va finalement s’opposer à De Gaulle pour rejoindre l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète) dont le premier sigle est tagué sur les murs d’Alger le 16 mars 1961. Poursuivi pour atteinte à l’autorité de l’Etat, il s’exile. Il sera finalement gracié en 1968. Elu député du Rhône en 1973 et à l’Académie française en 1983 (le même jour que Léopold Sedar Senghor), Jacques Soustelle décède en 1990.

    http://www.agriculteur-normand.com/actualites/raconte-moi-ton-algerie-marcel-dumesnil-peur-de-me-faire-debarbouiller:HCAT9YUC.html 

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    René Gohard :

    “On n’y allait pas de bon cœur”

    "On n’y allait pas de bon cœur. On laissait la copine et la famille. On partait pour 30 mois avec beaucoup d’interrogations”. René Gohard, aîné d’une fratrie de paysans de 6 enfants, a 20 ans et 2 mois lorsque, le 14 juillet 1961 au soir, il embarque à Marseille. Direction l’Algérie. “Les politiques disaient ce qu’ils voulaient. Pour nous, c’était la guerre”. Après le retour en France des premiers appelés qui ont fait leur temps Outre-Méditerranée, plus personne n’est dupe. Surtout pas cette génération de fils d’agriculteurs. Ils ont tous dans leur village un copain qui en revient. Un copain qui témoigne. La mission de “pacification” est bien devenue un conflit armé avec son lot quotidien de morts et de blessés.



    Une armée minée

    Lors de ses classes dans le Jura, René a passé tous ses permis. Arrivé à Borj Menaïl, PC de son régiment qui regroupe 3 bataillons, il est nommé chauffeur. Au sein de la 13e compagnie basée à Aïm-El-Amra, il s’installe au volant d’un nouveau camion. Un Dogde préféré au GMC “qui bouffait énormément d’essence”.
    Sa mission : assurer les liaisons quotidiennes (approvisionnement de nourriture, d’eau, de courrier...) entre le PC et les différents postes. Le poste ? Une trentaine de militaires avec Jeeps, GMC et Half-track, chargés de la sécurité d’un village reculé.
    René n’a pas eu le temps de se poser. Lors de son premier tour de garde, un appelé se fait la belle avec son arme. L’Algérie est alors encore française. Le déserteur est militaire français d’origine maghrébine. “L’armée française en était minée. J’ai eu dans ma piaule un Sergent arabe qui est devenu Lieutenant dans l’armée algérienne. Quand ça accrochait, on savait bien qu’ils tiraient en l’air (...). On leur faisait monter le drapeau tricolore le matin mais on ne savait pas ce qu’ils faisaient la nuit (...). Il fallait toujours se méfier, ouvrir l’œil en permanence. C’était moralement très difficile...”. Quelques jours plus tard, ce sont deux déserteurs qui livrent poste et armes au FLN (1).
    René se défend cependant de tous propos racistes. “Si j’avais été à leur place, j’aurais sans doute fait la même chose”. Deuxième jour, René part à la tombée de la nuit en patrouille. 3 heures à cheminer le long de lacets sinueux. “Ça a accroché avec les fellaghas, à la fin, mais sans dommage”.
      


    Mourir pour 8 francs


    René va passer 15 mois en Algérie pour une solde de 8 francs (1,22 e) la quinzaine. Il aura droit à une permission et prendra pour la première fois l’avion : une Caravelle. Il n’aura finalement pas combattu au sens propre du terme mais il a eu peur tous les jours.
    Puis viennent les accords d’Evian, le 18 mars 1962. Ils mettent fin à 7 ans et 5 mois de guerre. “On n’avait plus le droit de mener d’opérations mais il fallait quand même se protéger. On a quitté toute la zone en 2 jours et on s’est regroupé dans une ferme (Ben-Bata). On est parti début octobre en laissant les harkis se débrouiller avec les fellaghas”. L’Algérie n’en a pas fini de compter ses morts. “Sur le bateau, on avait le sourire jusque derrière les oreilles”. René Gohard mettra 3 jours pour rejoindre sa nouvelle affectation. Quimper et une caserne désaffectée depuis la fin de la seconde guerre. Il y finira ses obligations militaires. Que reste-t-il 56 ans plus tard ?
    De rudes souvenirs mais l’Algérie, c’était un beau pays”, lâche-t-il.

    (1) : Créé en novembre 1954 pour obtenir de la France l’indépendance de l’Algérie, le Front de Libération Nationale s’appuie sur sa branche armée l’ALN (Armée de Libération Nationale). Le FLN crée en 1958 un gouvernement provisoire puis prend le pouvoir exclusif après les accords d’Evian. 


    56 ans plus tard

     

    “Il fallait y aller, on n’avait pas le choix”. Mais René, l’appelé, n’a pas l’impression que cela ait servi à grand chose. Il en va autrement de la hiérarchie militaire. Le Général Chavannes, qui était alors son Capitaine, lui a écrit il y a peu. “Un demi-siècle plus tard, il me semble que nous avons fait là-bas du bon travail en chassant sans relâche les fellaghas et en protégeant les villages qui nous étaient confiés”.

    http://www.agriculteur-normand.com/actualites/raconte-moi-ton-algerie-rene-gohard-on-n-y-allait-pas-de-bon-c-ur:W7KF88ZI.html 

    Aujourd’hui je donne la plume à mes amis agriculteurs, anciens appelés ou rappelés de la sale guerre d’Algérie.

     

    ROGER MABIRE :

    “J’ai laissé mon fils, il avait un mois”

    Le 1er novembre 1954, le FLN (Front de Libération Nationale) engage l’insurrection et les hostilités en Algérie. Une trentaine d’attentats sont commis dont une dizaine de bombes qui explosent dans les rues d’Alger. Bilan : 10 morts. François Mitterand, ministre de l’Intérieur, déclare alors : “des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul parlement (...). L’Algérie, c’est la France et qui d’entre nous hésiterait à employer tous les moyens pour préserver la France ?”
    Mais cette “Toussaint rouge”, comme on l’a baptisée, ne fait guère causer dans les rues de Paris et encore moins dans les campagnes de France. Roger Mabire a d’autres chats à fouetter. A 22 ans et après avoir passé 18 mois au 3e Hussard d’Alençon (61), il est ce jour-là en permission libérable. Il rentre à Les Moutiers d’Allonne, dans le nord Cotentin (50), pour y exercer définitivement son métier d’agriculteur. Pour lui, ça en est fini des obligations militaires. Enfin le croit-il !


    Un mois après le baptême

    Il se marie le 23 avril 1955 avec Madeleine. Voyage de noces à Lourdes (65) et devient papa l’année suivante. Mais lors du baptême de son fils, le 14 mars 1956, Roger n’a pas l’esprit à la fête. Les opérations de pacification en Algérie mobilisent désormais les rappelés. “Il m’aurait fallu deux enfants pour y échapper”, lâche-t-il. Le 17 avril, il reçoit des mains de la gendarmerie son ordre de mobilisation. “Ma femme était inquiète mais je n’ai jamais pensé que je pouvais rester là-bas”, se souvient-il. Il part le 19 en direction de Fontenay-le-Comte (85) mais ne débarquera en Algérie, après avoir revu sa femme et son fils une dernière fois à la faveur d’une permission, que le 3 mai.
    Au sein du 3e Bataillon du 117e Régiment d’infanterie, Roger Mabire est chargé, à bord de son half-track avec bazooka à portée de main, d’ouvrir la route. “Mes copains ont pas mal marché, pas moi” s’amuse-t-il du coin des lèvres. Un sourire tout relatif. “On savait ce qu’on risquait quand on traversait les Gorges de la Chiffa”. Et si Roger n’a jamais sauté sur une mine, le 117e d’infanterie a déploré 14 morts dans ses rangs.


    14 tentes bien alignées pour 14 cercueils

    Chaque convoyage, c’était un half-track à l’avant, un à l’arrière et deux GMC au milieu. Au cours de l’un d’eux, à l’occasion d’une pause, un de ses camarades va avoir la curiosité de soulever la bâche du camion qu’ils escortent. A l’intérieur, stupeur : 14 cercueils destinés à 14 compagnons tués la veille. Au point d’arrivée, 14 toiles de tente parfaitement alignées attendaient leur livraison. “Nous n’étions pas très bavards dans ces moments-là”, avoue-t-il. Roger a perdu des amis dont “un gars avec qui j’avais fait mon service militaire à Alençon. C’est lui qui m’avait appris à conduire”. Tué, surpris par un fellagha. Pourtant Roger ne se plaint pas. “Au cantonnement, on était tranquille. On couchait à une trentaine par guitoune. Et, quand on partait en opération dans le bled pour trouver des suspects, mes copains crapahutaient pendant que je les attendais au volant de mon engin”. Accompagnés par la gendarmerie qui connaissait bien le terrain, ils faisaient bien souvent chou blanc. “On ne voyait pas beaucoup d’hommes, ou alors, d’un certain âge”. Des hommes perchés sur des ânes pendant que les femmes, nus pieds, portaient derrière de lourdes charges. “Je n’ai jamais vu le visage d’une femme arabe à découvert”, précise-t-il en aparté.


    Avec Madeleine, on s’écrivait tous les jours

      

    Mais ça en est une autre qui va constituer le fil rouge de cette tranche de vie, Madeleine, sa femme. Il va lui écrire tous les jours au point de se faire “chambrer” par ses camarades. Elle va lui répondre autant que possible. Il va la retrouver le 29 octobre. “Je revois encore le petit, dans les bras de sa maman, venu m’accueillir sur le quai de la gare de Valognes. Un très grand moment d’émotion”. Serrant très fort dans ses mains le porte-feuille qu’il a acheté là-bas, Roger ne retient pas la larme qui coule sur sa joue. Madeleine n’est plus là pour l’accompagner tous les 2 ans à Lourdes. Un pèlerinage où communient, autour de leurs secrets et souvenirs communs, des milliers d’anciens d’AFN (Afrique Française du Nord).
    Presque 60 ans après, quel regard Roger jette-t-il sur cette guerre qui a mis autant de temps à dire son nom ? “L’Algérie française, ce n’était pas mon problème. Je me demande encore ce qu’on est allé faire là-bas. De la protection ? On protégeait surtout les intérêts des colons. Des colons qui ne faisaient rien pour encourager les arabes à travailler !” Et de conclure : “pourquoi le Maroc et la Tunisie ont-ils obtenu leur indépendance sans heurts et pas l’Algérie ? Je me pose toujours la question”. La réponse est peut-être dans la “France qui n’a pas de pétrole mais qui a des idées”.

    http://www.agriculteur-normand.com/actualites/raconte-moi-ton-algerie-roger-mabire-j-ai-laisse-mon-fils-il-avait-un-mois:RY0JRW7T.html 

    Aujourd’hui je donne la plume à mes amis agriculteurs, anciens appelés ou rappelés de la sale guerre d’Algérie.

     

    Alphonse Boulé :

    “Je voulais revoir mon père”

    Au sein de la ferme familiale (La Rainais à Notre-Dame-du-Touchet/50), Alphonse Boulé a vite pris du galon. Alors qu’à 16 ans, il vient dans ses fonctions de remplacer la bonne (traite, écrémeuse, cochons...), il est promu par la force des choses “commis”. Nous sommes en 1956. Les évènements d’Algérie mobilisent ses premiers contingents d’appelés et de rappelés. Parmi eux : André Tencé, 23 ans. C’est l’ouvrier agricole qu’Alphonse Boulé (père) vient de louer pour la saison. Mais le 15 avril, en pleine nuit, les gendarmes débarquent à la ferme pour indiquer à André qu’il doit partir sur le champ. Il finira tout de même sa nuit à l’écurie mais prendra la route le lendemain. Il ne reviendra jamais à La Rainais.
    1957, 1958, 1959 se passent normalement pour Alphonse junior qui apprend le métier. Son père, quant à lui, est confronté à des problèmes de santé. A la fin de l’été 1959, il est opéré d’un cancer du colon. 1960 arrive et le 20 avril, jour de ses vingt ans, Alphonse reçoit son ordre de mission. Il doit être le 2 mai au Mans (72). Il passe chez le coiffeur. “Ça n’a servi à rien. Arrivé là-bas, on m’a tondu”, rigole-t-il aujourd’hui. Il fait également un détour chez son cousin, menuisier, pour récupérer une valise en bois. Prêt à partir, mais, dans quel état d’esprit ?


    Le jour de ses 20 ans

    “On parlait bien de soldats tués dans les journaux. Mais les notres, nos voisins, ils étaient revenus. On évoquait une opération de maintien de la paix et on y croyait. Je ne me souviens pas d’une grande inquiétude. Et puis, de toute façon, si on se plaignait, les anciens savaient nous rétorquer qu’eux, ils avaient bien été 5 ans prisonniers”.
    Alphonse embarque à Marseille à bord du “Ville d’Alger” pour débarquer, après 2 jours de traversée, à Oran. Une gare de triage qui va le conduire, avec une soixantaine de camarades, à Colomb-Béchard (voir encadré). “Tu seras heureux là-bas”, l’a rassuré un gradé.
    Il aura raison. Alphonse, pendant ses classes, a appris à reconnaître, démonter et remonter tous les éléments d’un fusil dont il ne se servira jamais. Sauf pour tirer la gazelle améliorant ainsi la gamelle quotidienne. Il apprend aussi à marcher au pas mais ce féru de sport soigne tout autant son 100 mètres (11 secondes).
    Après 4 mois de formation, il obtient un poste à responsabilités. Il est chargé de filmer, avec sa drôle de caméra, les trajectoires des fusées air/sol lancées à partir de CIEES.



    La gazelle pour améliorer l’ordinaire

    Tout va bien jusqu’au jour où il reçoit un télégramme alarmant sur l’état de santé de son père. Un père absent à sa naissance car bringueballé en 1940 du côté de Cahors lors de la drôle de guerre. Alors Alphonse fils veut absolument revoir Alphonse père avant sa mort. Il rentre à la base espérant prendre le premier avion pour la France. Pour cette permission exceptionnelle, il a reçu le soutien d’Emile Bizet (père de Jean), député de la Manche.
    Après un premier refus de son capitaine, la situation d’urgence va quand même être reconnue. Dans l’avion qui le ramène vers Paris, Alphonse reconnaît un pilote mécanicien originaire de Notre-Dame-du-Touchet. Il va lui rendre un grand service en l’acheminant, avec sa 4 cv, de l’aéroport de Vilacoublay à la gare Montparnasse. “Pour un gars de la campagne, s’y retrouver dans les transports en commun parisiens, c’était impossible.” Après l’avion, le train, le stop, la marche à pied et une nuit à l’hôtel St-Pierre de Vire (14), Alphonse arrive enfin à La Rainais. “J’ai vu mon père. Puis, j’ai vu ma mère. On a pleuré, se souvient-il encore ému avant d’ajouter : mon père était vivant. C’était le bonheur”. Un bonheur de courte durée. Son père décède 8 jours plus tard. Sa demande de finir ses obligations militaires en France lui est refusée. “Après 28 jours de permission, le plus dur a été de repartir”, avoue-t-il. Il redécolle inquiet de laisser sa maman, seule, se débrouiller avec la ferme et des ouvriers agricoles qui n’en font parfois qu’à leur tête. Inquiet de laisser sa promise. Il a en effet, durant ce séjour, fait sa demande officielle de mariage auprès de Paul Gohard, le père d’Agnès (leurs 50 ans de mariage, c’est d’ailleurs pour bientôt).


    La ferme a périclité

    Libéré en juin 1962, Alphonse constate les dégâts à son retour. La ferme a périclité. “Il était temps que je revienne”. Alors il va se mettre au travail, aidé par Agnès. L’enseignement rigoureux qu’il a reçu à l’Institut d’Avranches révèle son envie d’entreprendre. “On a arrêté de faire du beurre et de la crème. Il fallait mieux vendre son lait directement (...). Mon père m’aurait peut-être un peu freiné s’il avait été encore là”. Et l’Algérie dans tout cela ? “Ma vie a été bouleversée par cet épisode. Mais de là-bas, je n’ai pas de mauvais souvenirs. Je pense quand même que je n’ai servi à rien”. Le verdict est lourd de sens. Plus particulièrement au regard des 900 victimes manchoises (y compris les accidentés). “C’est beaucoup. Je pense à leurs familles qui n’ont pas eu droit aux honneurs”.


    De Colomb-Béchar (Algérie) à Kourou (Guyane)

    Le CEES (Centre d’Essais d’Engins Spéciaux), devenu le CIEES (Centre Interarmées d’Essais d’Engins Spéciaux) a été créé en 1947 à Colomb-Béchar, en Algérie, aux portes du Sahara. Un endroit idéal grâce à sa zone immense, sans population et où la confidentialité était facile à préserver. Il a été doublé d’un second site, Hammagir, en 1952. Objectif : développer les différentes techniques de tir (air/air, sol/sol, air/sol et sol/air) mais aussi développer des missiles balistiques dans le cadre de la montée en puissance d’une force de dissuasion nucléaire française. Dans les clauses secrètes des accords d’Evian, la France a obtenu la poursuite de l’activité de ses bases pendant 5 années supplémentaires (jusqu’en 1967). Le temps de créer (à partir de 1962), le CSG (Centre Spatial Guyanais) de Kourou et le CEL (Centre d’Essais des Landes).Un des premiers lanceurs s’appelait Diamant. Il pouvait placer en orbite un satellite d’une centaine de kg à 300 km d’altitude.

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