• Benjamin Stora : " L’Histoire est très politique, il ne faut pas se raconter d’histoires "

     

    Benjamin Stora : " L’Histoire est très politique, il ne faut pas se raconter d’histoires "

    Concernant les nostalgériques extrémistes Benjamin Stora les décrit ainsi :

    « Ce sont des associations très petites. Sur la lettre qu’on m’a envoyée, ne figure même pas leur nom. Il y a juste marqué « collectif de la maison des rapatriés » ou je ne sais quoi. Ce qu’ils représentent est en fait très petit. Le mouvement des jeunes Pieds-noirs est par exemple dirigé par un homme de 71 ans. Et il s’appelle mouvement jeunes Pieds-noirs c’est un truc de fou ». 

    C’est un truc de fou : Bernard Coll - Secrétaire général de Jeunes Pieds-Noirs est né à Alger en 1947… Parfaitement on a tout l’avenir devant soi à 71 ans…On peut diriger une toute petite association qui ne représente absolument pas les jeunes pieds-noirs qui  ont depuis longtemps tourné la page de la nostalgérie haineuse… 

     

    Benjamin Stora : " L’Histoire est très politique

     il ne faut pas se raconter d’histoires "

    Benjamin Stora : " L’Histoire est très politique, il ne faut pas se raconter d’histoires "

    « Je n’ai jamais dissimulé mes engagements. Mais j’ai toujours voulu donner la parole à tout le monde », rappelle Benjamin Stora. (c) Copyright Journal La Marseillaise

     

    A l’occasion de la retraite universitaire de Benjamin Stora, le Mucem a accueilli cette semaine un colloque international rendant hommage à ses travaux. Mais la venue de cet historien spécialiste de la guerre d’Algérie a déclenché certaines indignations sélectives qui démontrent encore la nécessité de la construction d’un « récit commun ». Dans le but d’établir la vérité des faits et apaiser les mémoires.

    Votre venue au Mucem a suscité des réactions de certaines associations de rapatriés d’Algérie. Que vous reprochent-ils encore ?

    Ce qu’ils me reprochent depuis toujours : de ne pas parler de leur souffrance à eux et de ne voir qu’un seul aspect de l’Histoire. Je leur ai répondu rapidement en disant que je parle de tous les points de vue de ceux qui ont été victimes de cette histoire. J’ai bien sûr beaucoup parlé des Algériens. J’ai fait la biographie de Messali Hadj, premier leader indépendantiste algérien. Mais j’ai aussi écrit un livre sur les appelés en guerre d’Algérie, coordonné un autre livre, en 2012, qui restitue la totalité des points de vue avec ceux, par exemple, des Harkis, parlé des juifs d’Algérie qui sont des pieds-noirs dans Les trois exils. J’ai parlé de mon enfance en Algérie dans Les clés retrouvées en 2015 et des relations intercommunautaires qui existaient là-bas.

    On a l’impression que ces associations qui vous visent sont avant tout incultes...

    Le reproche de ces associations montre qu’ils ne lisent pas ce que j’ai écrit. Ou alors c’est de la mauvaise foi. Ils répètent à mon encontre les mêmes arguments qu’ils formulent depuis environ 20 ans : « Il ne s’occupe que du FLN et pas des pieds-noirs ». J’ai pourtant coordonné un ouvrage sur la guerre d’Algérie avec l’historien algérien Mohammed Harbi en 2004 où il y avait deux grands articles consacrés à l’histoire des Pieds-noirs. Je parle de tout le monde. Le fait de croiser les mémoires est d’ailleurs ce qui a fait ma singularité. Pour essayer de passer des mémoires blessées à l’Histoire. Sinon on ne sortira jamais de cette guerre sans fin. Mais le problème reste d’accepter l’Histoire et l’indépendance de l’Algérie. Maintenant, il faut réfléchir sur l’avant-guerre d’Algérie et l’histoire coloniale. Mais cela, ils ne le veulent pas. Ils sortent les mêmes arguments qu’il y a 6 ans lorsque je devais diriger l’exposition Albert Camus à Aix-en-Provence : « Ancien trotskiste, communiste... » Ils montrent là leur ignorance. Camus avait été membre du Parti communiste, proche de Messali Hadj et aussi des communistes libertaires. Ils ne savent rien de l’histoire de Camus, c’est incroyable. Ils ont juste un parti pris idéologique. Moi, je suis un homme de gauche, je n’ai jamais dissimulé mes engagements mais j’ai toujours voulu donner la parole à tout le monde.

    Ces associations disent que votre travail d’historien se confond avec celui de l’homme engagé. Qu’est-ce qui différencie le militant de l’historien ?

    Beaucoup de grands historiens on été engagés. Marc Bloch, contre le nazisme, Pierre Vidal-Naquet, Albert Soboul, François Furet ou encore Michelet qui était pour la Révolution française. Me faire le reproche d’être un historien engagé, c’est du coup aussi leur reprocher d’avoir été engagés pour la République, la résistance. L’engagement est une tradition française. A croire que ces gens-là ne connaissent pas l’histoire culturelle française. Il y avait d’ailleurs également des historiens engagés à droite ou l’extrême-droite comme Taine. Il y a un grand historien français engagé à droite, Raoul Girardet, qui était pour l’Algérie française. Il a produit des récits très intéressants sur l’histoire coloniale. Je ne vais pas les nier. Je les regarde même si je ne suis pas d’accord avec lui. L’Histoire est très politique, il ne faut pas se raconter d’histoires. Maintenant, la grande question consiste à approcher au plus près l’aspect scientifique avec les archives, les preuves, la cohérence du récit, donner la parole à tous les points de vue, les confronter... C’est cela le travail de l’historien.

    Quelles sont ces associations de pieds-noirs qui vous visent et qui ne semblent représenter personne à part elles-mêmes ?

    Ce sont des associations très petites. Sur la lettre qu’on m’a envoyée, ne figure même pas leur nom. Il y a juste marqué « collectif de la maison des rapatriés » ou je ne sais quoi. Ce qu’ils représentent est en fait très petit. Le mouvement des jeunes Pieds-noirs est par exemple dirigé par un homme de 71 ans. Et il s’appelle mouvement jeunes Pieds-noirs c’est un truc de fou.

    Il y a un an, vous expliquiez dans nos colonnes que « les mémoires se fracturent en l’absence de récit commun. Un récit qui ne peut se fonder que sur l’acceptation du principe même de la décolonisation ». Mais accepté par qui ? Les politiques ? Les citoyens ?

    Par toutes ces associations qui n’acceptent pas l’Histoire accomplie et ne veulent pas chercher à comprendre. Elles restent enkystées dans cette mémoire douloureuse pour eux. Quant au pouvoir politique, il est sorti du silence depuis les années 90. Le sujet est tombé au baccalauréat, dans des concours... On a quand même progressé.

    Comment expliquer alors que le candidat Macron parle de la colonisation comme un « crime contre l’humanité ». Mais qu’une fois élu président, il n’ose pas prononcer ces termes lors de sa visite en Algérie en décembre 2017 ?

    Oui mais il n’est pas revenu sur ses déclarations. On lui a demandé de se désavouer, mais il ne l’a pas fait. Si on prend des faits pratiques, la prochaine étape est : qu’est-ce qu’il peut dire, lui, sur Maurice Audin.

    La dénonciation du colonialisme, ça a déjà été fait. Il suffit de regarder les discours des ambassadeurs de France à Sétif et Guelma en 2005, 2008, le discours de François Hollande à Alger en 2012 à l’Assemblée nationale algérienne... Le problème consiste maintenant à passer des discours généraux à des actes concrets. C’est-à-dire la question des archives, de Maurice Audin... Et pour faire plaisir aux Pieds-noirs, on pourrait même rajouter les disparus d’Oran. Je ne suis pas là à être assis en attendant qu’un jour, le pouvoir politique central fasse une grande déclaration. Moi ce que je vois c’est comment l’histoire avance concrètement. Le reste m’intéresse de moins en moins.

    Vous faites partie des signataires de la lettre ouverte à Emmanuel Macron «pour la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la mort de Maurice Audin». Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

    L’enlèvement, la disparition et l’assassinat de Maurice Audin fait partie des grands événements de la guerre d’Algérie. C’est une figure emblématique dont on a voulu ignorer la disparition. Le silence d’État à ce sujet est lourd et très pesant. Mais la mémoire ne progresse que quand il y a des batailles. Des batailles de la famille, de militants, d’historiens qui luttent pour connaître la vérité. Progressivement, le voile s’est levé. La famille a été reçue par François Hollande. Ce qu’attend la famille maintenant, c’est qu’on aille plus loin. A savoir la reconnaissance selon laquelle il a été enlevé et assassiné ainsi que de la responsabilité de l’État dans cette mort.

    Vous parliez auparavant de Messali Hadj et Albert Camus. Finalement, ne constituent-ils pas les figures ultimes dans l’optique de réconcilier les mémoires ?

    Depuis 40 ans, j’essaye de faire réémerger des figures algériennes symptomatiques de ce qu’a été cette tragédie. Du coté algérien, il y a eu celle de Messali Hadj. Mais aussi celle de Ferhat Abbas, partisan de la démocratie et de la république. Et du côté français, il y a évidemment Albert Camus. Il n’était d’ailleurs pas un partisan de l’indépendance mais plutôt de la reconnaissance des droits pour les algériens musulmans victimes du racisme dans l’histoire coloniale. On l’a vu notamment quand il a écrit « Misère de la Kabylie » en 1939. Ou encore dans ses reportages, quand il a condamné les massacres de Sétif et Guelma en 1945. C’est l’un des rares intellectuels français à l’avoir fait. Ces grandes figures étaient opposées au système colonial mais pas à la France. C’était cela le grand problème : dire que celui qui est coupable, ce n’est pas la France mais le système colonial. C’est ça qu’ils ont essayé de démontrer à chaque fois dans leur histoire. Mais ils ne se sont pas fait entendre dans leur époque. Cela a abouti à la tragédie que l’on connait. Donc aujourd’hui bien des années après, il faut écouter leur voix. 

    Propos recueillis par P.A. 

    Colloque international avec rencontres, débats et conférences autour de Benjamin Stora, aujourd’hui dans l’auditorium du Mucem, de 9h30 à 21h. Programmation complète et liste des intervenants sur www.mucem.org 

    SOURCE : http://www.lamarseillaise.fr/analyses-de-la-redaction/decryptage/70347-benjamin-stora-une-vie-pour-comprendre-la-guerre-d-algerie

     

    Benjamin Stora : " L’Histoire est très politique, il ne faut pas se raconter d’histoires "

    BENJAMIN STORA À L'EXPRESSION

    "J'AI TOUJOURS PARLé D'EXIL

     DANS MES TRAVAUX"

    Benjamin Stora : " L’Histoire est très politique, il ne faut pas se raconter d’histoires "

    L'Expression: Quel sens donnes-tu à cet hommage, un historien peut-il prendre sa retraite?
    Benjamin Stora: Il s'agit d'une retraite administrative, la fin de mon activité rémunérée par l'Education nationale (depuis plus de 35 ans!), un enseignement dispensé dans une dizaine d'établissements différents comme Paris 7, Sciences Po, l'Inalco, Paris 13, etc. Et non d'une «retraite intellectuelle», bien sûr. Je continuerai à écrire et publier. Ce sont quelques-uns de mes anciens doctorants, en particulier Naima Yahi et Marie Chominot qui ont organisé la manifestation de Marseille. L'une a soutenu sa thèse sur l'histoire culturelle de l'immigration algérienne; l'autre sur les photos prises pendant la guerre d'Algérie. Deux grandes thèses universitaires.

    Dans «Mai 68 et après» tu as un regard critique sur des camarades militants fourvoyés dans le notabilisme des appareils. Ne crains-tu pas d'être à ton tour rattrapé par les effets de la notoriété? Y a-t-il loin du militant qui découvre la France au personnage public que tu es devenu?
    Il y a ce grand risque d'être happé par la notoriété, d'oublier ses origines, ce que l'on doit à tous ceux qui m'ont soutenu, aidé. Je suis resté fidèle à mes amis, à l'histoire de l'Algérie, à la gauche française, malgré les coups encaissés et les désillusions. En quittant le militantisme politique, j'ai toujours pris soin d'avoir une activité salariée. Je n'ai jamais fait de la politique un métier, de ne vivre que de cela. J'ai toujours voulu conserver mon indépendance d'esprit.

    On ne peut pas évoquer l'hommage qui t'est rendu sans citer le torrent de haine qui se déverse et les menaces qui te ciblent. Comment expliquer cela plus de 60 ans après la fin de la guerre?
    Il existe encore des petits groupes qui refusent de voir l'histoire accomplie, qui n'acceptent toujours pas le passage aux indépendances politiques dans les pays colonisés. C'est particulièrement vrai pour l'Algérie, colonisée pendant 132 ans, où les blessures n'arrivent pas à se cicatriser. Une partie de ce que l'on appelle les «pieds-noirs» ne veulent voir qu'un seul côté de l'histoire, la leur, sans s'intéresser à celle des Algériens qui voulaient leur liberté. Ils avaient réussi en 2012 à faire en sorte que je ne puisse pas organiser une exposition sur l'oeuvre de Camus à Aix-en- Provence. Mais leur écho est de plus en faible en France. Les nouvelles générations veulent pouvoir regarder avec lucidité le passé colonial et esclavagiste.

    Tu es, à juste titre, considéré comme l'un des spécialistes de l'histoire du nationalisme algérien et de la guerre d'indépendance. Sur ce terrain quels chantiers seraient encore à ouvrir?
    Beaucoup de chantiers restent encore à explorer: la brutalisation de la société algérienne, le nationalisme de compromis avec la France, la dépossession culturelle, les rapports entre le religieux et la politique, ect.

    Une partie notable de tes derniers ouvrages se signale par sa dimension autobiographique avec en particulier un intérêt marqué pour le judaïsme algérien. Est-ce seulement une démarche d'historien ou un retour plus personnel sur le fait religieux?

    Ce n'est pas un retour personnel sur le fait religieux, mais la poursuite de l'exploration du «monde indigène» pendant la colonisation. Même si les juifs algériens ont été séparés des musulmans par le decret Crémieux de 1870, ils ont longtemps appartenu au même univers, avec, en particulier, l'usage de la langue arabe, progressivement perdue dans le parcours d'assimilation culturelle à la France. Et puis, il y a une actualité pressante: la volonté de dissocier juifs et musulmans, d'occulter 15 siècles d'histoires communes. C'est pourquoi, j'ai dirigé avec le regretté Abdelwahab Meddeb, une «Histoire des relations entre juifs et musulmans», publié en 2013.

    Comment préside-t-on le Musée de l'immigration quand on s'appelle Benjamin Stora et particulièrement dans ce climat singulièrement hostile aux migrants?
    C'est une entreprise difficile, mais indispensable pour tenter de contrer les fantasmes et stéréotypes négatifs sur les migrants. Voilà quatre ans que je préside ce Musée, et nous avons réussi de belles expositions sur les frontières, les étrangers dans la mode, les tsiganes... Des débats sur la citoyenneté, le rôle de l'école, l'ouverture au monde des autres... C'est pour moi une suite militante dans le combat antiraciste.

    Dans «Les clés retrouvées» tu écris: «On doit se détacher de sa langue, de sa culture, de ses ancêtres, pour être français.» Faut-il alors plus parler d'exil que de rapatriement pour ceux qui venaient d'Algérie?

    J'ai effectivement utilisé la notion d'exil dans plusieurs de mes ouvrages ou documentaires, plus que de rapatriement. Le détachement imposé de la culture ne peut pas faire disparaître l'attachement aux origines.
     

    SOURCE : http://www.lexpressiondz.com/actualite/293675-j-ai-toujours-parle-d-exil-dans-mes-travaux.html 

     

    « Quand le premier ministre algérien Ouyahia fait appel aux Pieds-noirs pour aider l’Algérie… mais les harkis ne sont toujours pas les bienvenus…Guerre d’Algérie. Des retrouvailles et des larmes 60 ans après... »
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