• C'est l'histoire de Bernard Zimermann pied-noir non extrémiste, non nostalgique du colonialisme et surtout de l'OAS... Et proclame qu'il rejette le FN

    Terrorisme, justice d’exception, Front national, islamophobie... Cinquante-cinq ans après la signature des accords d’Évian, le 19 mars 1962, la guerre d’Algérie et ses stigmates hantent plus que jamais la société française. Des hommes et des femmes rompent le silence, et tentent de lancer des passerelles au-dessus de la Méditerranée, comme autant de points de suture sur la plaie d’un conflit qui n’en finit pas. Parmi eux, Bernard Zimermann, pied-noir progressiste, raconte son histoire. 

    BERNARD ZIMMERMANN, PIED-NOIR 

    "Le trouble dans la nationalité"

    « Enfant, lorsqu’on voyageait en Algérie, je cherchais le panneau indiquant « Verdun ». Le 13 mai 1958, j’avais 18 ans et j’étais enthousiasmé par le putsch des généraux. Enfin, la guerre allait finir, et nous allions pouvoir vivre en paix avec les Algériens », se souvient Bernard Zimmermann. Le petit pied-noir grandit à Oran et la seule France qu’il connaît, c’est l’Algérie. Son regard change lorsqu’il entre à l’École normale d’Alger. « J’entendais nos camarades de classe dire qu’ils avaient eu « les melons »... Le 13 mai 1959, un camion de l’armée française a essayé de rafler le cuistot de l’école pour le forcer à aller manifester sur le forum d’Alger et faire croire que les Algériens soutenaient les généraux. Ça a été le déclic ». L’année suivante, il échappe au service militaire, car de Gaulle ayant décidé de scolariser tous les enfants algériens, les instituteurs pieds-noirs sont réquisitionnés et envoyés au bled. « En 1962, avec ma femme, nous ne pouvions plus mettre les pieds à Oran ; l’OAS menaçait de mort ceux qui continuaient à faire la classe aux Arabes, contrairement à leurs consignes. » L’été 1962, l’instituteur part en vacances en France et, sous la pression de sa famille inquiète, y reste un an. « L’été suivant, nous n’en pouvions plus. La vie métropolitaine nous semblait très matérialiste. Nous voulions rentrer en Algérie et adopter la nationalité. » Mais, très vite, le clientélisme, la corruption s’installent dans l’administration. « En 1965, Boumediene fait son coup d’État. À Oran et Mostaganem, il y a des descentes dans l’administration pour agresser les femmes qui travaillent et les renvoyer au foyer. C’est ce qui nous a décidés à partir. J’avais réalisé que, sur le plan des valeurs, je me sentais français. »

    PIEDS-NOIRS ET OPA DU FN

    En 1985, Bernard rejoint l’association Coup de soleil, qui valorise les productions d’artistes originaires du Maghreb. Il fonde ensuite Soleil en Essonne, qui propose des activités culturelles aux résidents du foyer Adoma de Montgeron. Parallèlement, le professeur écrit l’ouvrage « les Résistances piedsnoires à l’OAS » (Éditions l’Harmattan). « Parce que je ne supporte pas qu’on assimile les pieds-noirs à l’OAS. Et encore moins l’OPA menée par le Front national sur cette population. » 

     

    Bernard ZIMMERMANN: « Pieds-noirs face à l’OAS »

     

    Les résistances pieds-noires à

     

    l’OAS, de Bernard Zimmermann

     

    L’histoire des Européens d’Algérie — les Pieds-Noirs — est encore l’objet de tabous ; la question des résistances pieds-noires à l’OAS en est un. S’appuyant sur des travaux dispersés de diverses disciplines et des témoignages de Pieds-Noirs, Bernard Zimmermann fait le constat des résistances pieds-noires à l’OAS, qui se sont manifestées dans tous les milieux de la société européenne de la colonie. Un constat qui va à l’encontre des idées reçues ayant cours encore dans la société française qui, trop souvent, ne fait pas le partage entre Pieds-Noirs et OAS et abandonne le terrain aux ultras de l’Algérie française. Il donne surtout la parole à ceux qui sont restés des invisibles de l’histoire jusqu’à nos jours.

    Bernard Zimmermann est né à Oran dans une famille installée en Algérie depuis quatre générations. Il y a été instituteur dans un village jusqu’en 1966. En France, après des études de géographie, il a enseigné avant d’animer une association interculturelle en banlieue parisienne.

    Les résistances pieds-noires à l’OAS, de Bernard Zimmermann un article de la Ligue des Droits de l'Homme de Toulon (Var)

    Les résistances pieds-noires à l’OAS, de Bernard Zimmermann un article de la LDH Toulon

    http://www.lamarseillaise.fr/bouches-du-rhone/societe/30559-pieds-noirs-face-a-l-oas

    Né à Oran, l’enseignant Bernard ZIMMERMANN signe un ouvrage qui bouscule les a priori sur les rapatriés en éclairant l’histoire d’un jour nouveau, 60 ans après le déclenchement de la guerre d’Algérie.

    Bernard Zimmermann est professeur émérite d’histoire-géographie. Né de l’autre côté de la Méditerranée, il est issu d’une famille installée en Algérie depuis quatre générations.

    Votre ouvrage prend la forme d’un essai plutôt que d’un livre d’histoire. Pourquoi ?

    Je suis géographe et formé en histoire mais j’ai fait ce choix car le genre essai me donne plus de liberté. Je dis souvent « je » dans ce texte. J’assume ma subjectivité. A travers cet ouvrage ma démarche est citoyenne tout en essayant d’être la plus rigoureuse possible. C’est le respect dû au lecteur.

    Quel a été l’élément déclencheur de son écriture ?

    Il y a d’abord une dimension personnelle. J’ai vécu cette période de guerre. J’avais toute ma famille en Algérie et depuis un demi siècle je ne reconnais pas les miens, je ne me reconnais pas dans l’image renvoyée par les pieds-noirs. Ils en sont largement responsables en ayant laissé parler en leur nom des personnes qui ne représentaient parmi eux qu’un petit groupe. Et puis, il y avait un questionnement : pourquoi les rapports des pieds-noirs à l’Organisation de l’armée secrète (OAS) n’ont jamais été traités par des historiens ? Il s’agissait pour moi de donner la parole à des gens auxquels on n’avait jamais demandé ce qu’ils avaient pu vivre, ressentir ou faire durant la guerre. Le panel des témoins pieds-noirs est très large. Du chercheur au CNRS à la mère de famille, du militant communiste au chrétien...

    Vous parlez des résistances pieds-noires à l’OAS et non d’une résistance. Pourquoi ce pluriel ?

    Je récuse le singulier car les résistances à l’OAS ont été très diverses dans leurs formes et leurs motivations. Si on raisonne par analogie avec la Résistance française pendant la Seconde guerre mondiale, on constate qu’avant d’être unifiée sous une direction commune, la Résistance a d’abord été composée d’une multitudes de groupes venus de tous les horizons. Chez les pieds-noirs qui ont fait face à la politique de terreur de l’OAS, il y avait des résistances individuelles, des communistes qui agissaient par idéologie anti-colonialistes et antifascistes, des gaullistes et des chrétiens dont les motivations étaient différentes. Certains, un très petit nombre, ont choisi l’action violente, d’autres le soutien au FLN, d’autres encore ont bravé les interdits lancés par l’OAS  : ne pas faire la classe aux Arabes pour les enseignants, ne pas sortir...

    Quelles réactions votre livre suscite-t-il ?

    Je suppose qu’il ne va pas me valoir l’amitié des « ultras », comme on les nommait en Algérie. J’ai pour l’instant beaucoup de réactions positives de la part de pieds-noirs dont certains ont eu à un moment de leur vie quelque sympathie pour l’OAS. Ils me disent : « tu as bien fait de dire tout ça, ça fait partie de la mémoire pied-noire ». Des français métropolitains découvrent une facette de l’histoire qu’ils ne soupçonnaient pas, enfermés dans une représentation où pieds-noirs équivaut à soutiens de l’OAS et à fascistes. Quant aux Algériens de France ou d’Algérie qui ont lu mon livre, ils lui réservent un accueil favorable. 60 ans après le déclenchement de la guerre, n’y a pas d’attitude hostile dans le peuple algérien vis-à-vis des pieds-noirs. Cette ouverture n’empêche pas les Algériens d’être très critiques sur le système colonial et l’acte colonisateur. En Algérie le problème vient plutôt de l’instrumentalisation de la mémoire de la guerre à des fins politiciennes.

    Dans le Sud de la France des élus de droite et d’extrême-droite instrumentalisent quant à eux la mémoire pied-noire en dressant des stèles rendant hommage à l’OAS. Quel regard portez-vous sur ces actes ?

    J’ai suivi cela d’assez près. Pendant le conflit nous avons vécu les manipulations de l’OAS, nous savons quel danger cette instrumentalisation des pieds-noirs représentent pour eux-mêmes et pour la République. J’ai aussi conçu ce livre comme une dénonciation de l’accaparement de la mémoire pied-noire, comme une alerte.

     

    Propos recueillis par Léo Purguette

     

    http://lasourceinfos.com/tag/zimmermann/

    Bernard Zimmermann fait partie de cette race d’homme forgé dans l’acier trempé. Ce polyglotte, natif d’Oran,  respire l’humanisme et la fraternité. La moustache fournie et l’œil averti, il peut scruter votre âme en quelques minutes de discussion. Cet ancien instituteur, à l’oreille attentive et au phrasé courtois, ne vous laisse pas indifférent quand vous croisez son chemin. Portrait d’un homme qui croit en l’Homme malgré la vanité, la lâcheté et la barbarie de ce dernier.
    Il était à La Source mi-décembre pour me rendre visite, avec sa petite silhouette et son teint hâlé je ne pouvais pas le rater à la descente du tramway, station de l’indien.

    Humble
     

    Parler avec Bernard Zimmermann, c’est avant tout l’assurance d’être écouté attentivement. Vous relançant, de temps en temps, pour extraire votre récit, à l’aide de sa voix chaude, sentant bon les terres  andalouses et oranaises réunies. Pas cabot pour un sou, il a ce trait de caractère des gens qui ont atteint le summum de l’intelligence, l’humilité ! Humble et sage voila la définition qui lui sied à merveille. Il a dû en voir des loustics au long de ses 70 années d’existence. L’esprit toujours alerte, il ne perd pas une miette des rencontres qu’il peut effectuer de-ci de-là. Cet homme est un puits de savoir qui abreuve, abondamment, les assoiffés de culture comme moi.

    Infatigable pédagogue
     

    Président d’une association interculturelle en banlieue parisienne, il n’a de cesse de travailler, bien qu’il soit à la retraite. Cet ancien instit et géographe sait mieux que quiconque, que la pédagogie est une arme contre les dégâts de la pauvreté. Intervenant dans des cités et des établissements scolaires de l’Essonne, il se bat comme un damné pour faire coexister les cultures et les esprits. Il est comme ça, Bernard Zimmermann, pied noir au cœur blanc ! Cet homme fidèle en amitié semble être en décalage avec les gens de sa génération,  plutôt conservateurs et renfermés.
    Aujourd’hui, j’en sais un peu plus sur ce pudique homme, grâce à son dernier opus «Une amitié algérienne», aux éditions l’Harmattan. Ce digne fils d’Albert Camus nous plonge dans l’Algérie française et toutes les tourmentes qui en découlent. J’ai compris aussi que l’on oubliait, très souvent, ce bien inestimable qu’est l’amitié. Et pour peu qu’on l’alimente, elle devient fraternité…

    Les résistances pieds-noires à l’OAS, de Bernard Zimmermann

    Bernard Zimmermann a aussi écrit

    « Une amitié algérienne »

    Oran 1961-1962
    La guerre d'Algérie tire à sa fin.
    La ville est livrée à la tuerie absurde, à la folie, à l'autodestruction.
    Un peu à l'écart, un village algérien de paysans et de pêcheurs apparaît comme un havre de paix.
    Ce n'est qu'une apparence.
    Un jeune instituteur, Antoine Esquirol, y a été nommé.
    Il a cru en l'Algérie française mais, sur place, il découvre une société qui lui avait été tenue invisible jusque-là, avec sa culture, son histoire, ses contradictions propres.

    Les résistances pieds-noires à l’OAS, de Bernard Zimmermann

     

     

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