• C’est quoi tous ces gens heureux ?

     

    C’est quoi tous ces gens heureux ?

    Photo ajoutée par mes soins (MD)

    C’est quoi tous ces gens heureux ?

    Trop contents de retourner au cinoche, de lécher les vitrines des magasins ouverts, enfin ! Marre de consommer sur Internet, les gens heureux envahissent les terrasses qui, elles-mêmes, ont envahi les trottoirs ou des bouts de rues. Heureux. Les gens sont enfin heureux, surtout les jeunes, prêts à oublier le reste.

    C’est pas pour faire ma bégueule, mais des fois, je me demande jusqu’où ça peut aller. Heureux d’avoir la permission de 21 heures. Heureux de ne plus avoir d’attestation à remplir. Heureux d’avoir le droit de se déplacer au-delà de 10 kilomètres. Heureux de pouvoir se faire vacciner, d’obtenir un certificat sanitaire, et de faire la queue pour cela. Heureux et fiers aussi. Fiers de sauver l’humanité. Fiers de retourner au travail. Fiers d’avoir vaincu le mal, ou presque. Pour un peu, ils seraient fiers du président !

    Pour valider le bonheur du peuple, les sondages affirment un bond spectaculaire de la confiance accordée au président, surtout de la part des jeunes. Mais qui sont ces jeunes gens heureux ? Ah ! Vous voulez dire ceux qui se régalent des concours d’anecdotes sur Youtube et sont reconnaissants au président d’y participer ? S’il est capable de se rabaisser à ça, c’est bien qu’il est à leur niveau : l’ultra vomit, du nom du groupe de metal nantais venu toucher sans honte son cacheton élyséen. Les jeunes gens heureux se ruent en terrasse, s’agglutinent avec joie au concert à valeur scientifique, au royaume de la privatisation des lieux de spectacles, et face au temple français de la finance, le ministère.

    On le voit sur le visage des gens que ça va mieux. Mieux que quoi au fait ? Mieux qu’hier, sous contrôle de nos faits et gestes selon l’horaire ? Mieux qu’au début de la pandémie, quand la peur avait anéanti le pays ? D’accord, mais à part cela, c’est quoi qui va mieux ?

    La peur de l’autre est alimentée matin, midi et soir par la majeure partie des médias, avec des reportages en boucle sur la vie des flics, les jeunes qui les agressent, la justice laxiste, commentés par tout ce que la droite et ses extrêmes comptent de vieux nostalgiques du Général ou du Maréchal. Tous, autant qu’ils soient, se lâchent sur les mesures sécuritaires à renforcer, le refoulement indispensable des étrangers, le renforcement du contrôle des « profiteurs » d’aides sociales, la nécessaire augmentation du nombre de caméras de surveillance, et tout ce qu’ils trouvent pour faire preuve de fermeté en réponse à cette violence exponentielle qui alimente leurs discours. Les flics aussi vont mieux depuis que Darmanin est en poste. Il les dorlote pendant que son boss cause « substances » sur Youtube avec les jeunes heureux de tout à l’heure.

    Alors moi, ça va pas trop mieux. On est à moins d’un an de l’échéance, même si certains espèrent encore que ça pète avant, et ça pue carrément. Ca pue de devoir repartir pour cinq ans avec les mêmes, en pire, car confortés par une nouvelle victoire, ils ne seraient plus contrôlables et nous subirions les privatisations à encore plus grande échelle, des restrictions sur les droits sociaux, des conflits d’intérêts exacerbés, des fraudes massives et des intimidations en tout genre. Mais il serait  tout aussi grave d’envoyer l’autre, celle qu’ils ont décidé de placer en face pour ne peut-être pas perdre. D’ici là, il y aura les élections départementales et régionales, mais j’ai bien peur qu’en trois semaines, on ne voie rien venir de nouveau.

    Alors, toujours heureux les gens ? Allez, viens, on va se marrer pour de vrai. On va faire face et on va se battre. On va arrêter de réclamer, on va prendre. On va prendre le droit de convaincre qu’un autre monde est inéluctable et qu’on ferait bien de s’y mettre tous ensemble pour le construire, mais sans ceux qui répandent la trouille et la haine, ceux qui volent et vendent le pays aux moins-disants, ceux qui bafouent les droits et s’exonèrent de leurs devoirs en en accusant les autres. La République, c’est toi, c’est moi, c’est nous, et on ne va pas se la laisser prendre aussi facilement, on va résister.

    Jamais une levée de couvre-feu ne me rendra heureuse.
    Jamais une terrasse bondée d’assoiffés de libertés ne me satisfera.
    Jamais une salle de spectacle ou de restaurant jaugée au tiers ne m’enthousiasmera.
    Mon bonheur, ça sera quand tout le monde aura un logement et de quoi se nourrir. Quand les salaires seront massivement réévalués. Quand nous accueillerons les migrants ailleurs que sous les ponts des périphériques. Quand nous en serons à la fin des injustices de toute sorte, quand les femmes ne mourront plus sous les coups de leur bourreau, à la mort du patriarcat, à l’abolition du travail contraint, à l’éradication des vampires de nos droits constitutionnels (et du reste), alors là, d’accord, je partagerai les jours heureux avec des gens vraiment heureux.

    A très bientôt !

    SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/zazaz/blog/020621/c-est-quoi-tous-ces-gens-heureux?utm_source=20210603&utm_medium=email&utm_campaign=LETTRECLUB&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[LETTRECLUB]-20210603&M_BT=25840487733

    Tu as raison Jacques Cros, moi aussi, ça m'a fait penser au sketch de Fernand Raynaud : "Heureux"

    « Des hommes de Lucas Belvaux revient sur la guerre d’Algérie et ses stigmates *** 40 ans plus tardLes victimes de l’OAS les oubliés des autorités françaises depuis longtemps mais jamais, comme cette année 2021, aucun président n’avait osé se faire représenter à une cérémonie pro-OAS. »
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  • Commentaires

    1
    Vendredi 4 Juin à 09:23

    Et on pense irrésistiblement au sketch de Fernand Raynaud "Heureux :"

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