• C’est vrai, nous ne sommes pas dans le même camp et depuis toujours

     C’est vrai, nous ne sommes pas

     dans le même camp

    et depuis toujours

    Nous ne sommes pas dans le même camp, madame » : c’est ce que le préfet de police de Paris Didier Lallement a cru bon de répondre à une dame qui l’interpellait dimanche dernier sur la place d’Italie où il avait cru bon de se rendre. Cette réplique a déchainé une certaine indignation devant la rupture évidente de la neutralité en principe exigée des fonctionnaires.

    Pour notre part, cette réflexion est avant tout un révélateur : les préfets sont au service du gouvernement et, au-delà de la classe sociale qui tient les manettes. L’État n’est pas neutre et ne l’a jamais été, a fortiori dans les situations de crise.

    La liste est longue des préfets de Paris et d’ailleurs qui ont réprimé grèves et manifestations. Dans les années 1920-1930, le préfet de police Chiappe se déchaine face aux manifestations, notamment communistes. En mars 1937, à Clichy, la police ouvre le feu contre des manifestants socialistes et communistes : six morts et 300 blessés.

    Le 14 juillet 1953, la CGT organise une manifestation de République à Nation. Elle est très encadrée : les pancartes ou drapeaux et banderoles « injurieuses » ont été interdites par la préfecture de police, ainsi que les chants et cris « séditieux ». À la fin, la police tire : 7 morts (dont 6 Algériens).

     LE 14 JUILLET 1953 UNE TUERIE À PARIS

    Les Balles du 14 juillet 1953, de Daniel Kupferstein. L'auteur a procédé à une enquête minutieuse sur ce massacre policier de militants algériens à Paris lors du défilé organisé pour fêter la prise de la Bastille.

    Ce fut longtemps une pratique du mouvement ouvrier : le 14 juillet, ne pas laisser la rue aux seuls officiels et à leurs cortèges militaires. En 1953, le PCF, la CGT et leurs alliés organisent un défilé populaire, joyeux et combatif. Et, comme l’habitude en a été prise, les Algériens forment un cortège autonome, fort encadré par le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), derrière un immense portrait de son chef, Messali Hadj, alors emprisonné. Les mots d’ordre sont dénués d’ambiguïté : « À bas le colonialisme », « Nous voulons l’indépendance ». Le drame se déroule à la fin de la manifestation, place de la Nation. Une police chauffée à blanc exige le retrait du portrait de Messali. Devant le refus des Algériens, une charge violente commence. Soudain, un cri : « Ils ont tiré à balles réelles ! » L’affrontement est bref, mais extrêmement violent. Six Algériens (Abdelkader Draris, Larbi Daoui, Abdallah Bacha, Mouloud Illoul, Tahar Madjène, Amar Tadjadit) et un Français (Maurice Lurot, militant CGT) restent au sol. Quarante-huit autres manifestants sont blessés par balles (210 douilles seront retrouvées). Sans compter les matraqués, les tabassés. Le ministre de l’Intérieur, le radical Léon Martinaud-Déplat, accuse les victimes, suivi en cela par une grande partie de la presse. Seuls détonnent les voix de l’Humanité, du premier Libération, de l’Observateur et de Témoignage chrétien. Le 21 juillet, la CGT, le PCF, le Mrap et diverses personnalités organisent une soirée de protestation. Des cellules communistes de quartier éditent des tracts. La CGT appelle à des arrêts de travail le jour des obsèques. Ce mot d’ordre est suivi surtout par les travailleurs algériens. Daniel Kupferstein a procédé à une enquête minutieuse sur ce massacre policier à Paris.

    Alain Ruscio Historien

    Et l’on n’oublie pas qu’a été récemment célébré le souvenir du 17 octobre 1961 où la police du préfet Papon tua des centaines de manifestants algériens.

     

    Charonne, Mai 68, mort de Malik Oussekine en 1986 : l’énumération exhaustive serait longue. Ceci sans parler de l’utilisation de la police contre les piquets de grève et pour l’évacuation des usines en grève…

     

    Mai 68

    Malik Oussekine tabassé à mort par la police en 1986 : ni oubli, ni pardon 

     La répression policière, un temps plus feutrée, a connu un regain de violence depuis la première loi « travail » sous Hollande. Il en est depuis résulté des dizaines de blesséEs et mutiléEs. De droit reconnu par la Constitution, la manifestation est devenue une tolérance soumise au bon vouloir gouvernemental et préfectoral. Le 16 novembre, le préfet Lallement a interdit au dernier moment une manifestation déjà rassemblée place d’Italie. Pendant de longues heures, il a été impossible à celles et ceux qui le voulaient de quitter la place, tandis que se multipliaient les jets de lacrymos et les charges.

    Alors oui, le préfet est dans un camp, les Gilets jaunes et les mouvements de contestation de la politique de Macron dans un autre. D’un côté, le camp du pouvoir et du capital. De l’autre, le camp de celles et ceux qui voudraient que s’arrête la destruction sociale, qui rêvent, de celles et ceux qui se mobilisent pour un autre monde.

     

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