• Cela se passe dans la France de Macron

    Cela se passe dans la France de Macron

    Ces images colleront à la peau de Macron

    pour toujours 

    Cela se passe dans la France de Macron

    Mantes-la-Jolie, 6 décembre 2018

    Place de la République à Paris : hommage aux lycéens de Mantes-la-Jolie (photo de Léo Kloeckner)

     

    L’image de ces jeunes Français agenouillés avec les mains entravées sur la tête, rappelle les images de répression de la soldatesque colonialiste lors des rafles dans les douars et méchtas algériens, il y a plus de 60 ans. L’Histoire bégaye, c’est juste un retour de bâton… Les victimes, cette fois, du pouvoir des nantis, en France ou ailleurs, c’est la jeunesse désarmée…

    Ces images sont intolérables, insoutenables et scandaleuses, elles ne devraient jamais avoir existé.

    On en est là !!! Dans une République démocratique où les droits de l’Hommes sont remis en question, l’interpellation de ces dizaines d’élèves d’un lycée de Mantes-la- jolie, à genoux, mains sur la tête, fait froid dans le dos. La banlieue, encore la banlieue… Pourquoi est-ce des jeunes de banlieues que l’on met en scène de la sorte?

    L’alignement drastique et militaire de ces jeunes traduit un nouveau cap d’humiliation rarement franchi. Sans aucune possibilité de contester, s’agenouiller devant les forces de l’ordre traduit l’échec dans lequel nous nous sommes installés.

    Ces images sont intolérables, insoutenables et scandaleuses, elles ne devraient jamais avoir existé, sous quelque prétexte que ce soit. Si manifester implique perdre sa dignité, alors la banlieue n’est pas prête à la perdre. Visiblement, seule la force peut l’y contraindre.

    Ces images colleront à la peau de Macron pour toujours. 

    Depuis le 6 décembre au soir, les fils d’actualités des réseaux sociaux se sont emplis des images d’une arrestation collective à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines. Des dizaines de jeunes hommes (environ 150), genoux à terre et mains sur la nuque sont alignés en rangées, tenus en respect dans le silence par des policiers debout, casqués, matraques et boucliers à la main. « Voilà une classe qui se tient sage » commente une voix que l’on devine policière.

    Ces images tournées par les policiers eux-mêmes derrière la maison des associations Agora non loin du lycée Saint-Exupéry où a eu lieu cette interpellation spectaculaire, ont provoqué écœurement et effroi. Ce texte est une tentative de comprendre cet effet de sidération collective, dans lequel nous sommes pris nous-même. Pourquoi ces images, qui paraissent pourtant moins violentes que les nombreuses scènes de tabassages policiers diffusées depuis plusieurs jours, nous choquent-elles ?

    Parce que ces scènes renvoient à un contexte guerrier

    Dans les actualités, les scènes de films ou de séries policières (en provenance notamment des Etats-Unis), nous sommes régulièrement exposé.es à des images analogues d’interpellations où une ou quelques personnes sont immobilisées de la sorte, genoux à terre et mains sur la tête.

    Mais l’aspect massif de ces rangées de jeunes personnes alignées à Mantes-la-Jolie nous fait basculer dans un tout autre registre et renvoie davantage à un contexte de guerre et de domination militaire. Une scène de punition collective comme le montrent les images d’archives tournées dans les territoires anciennement colonisés ou celles en provenance de la Palestine occupée. C’est d’ailleurs cette volonté d’exposer de la façon la plus nette qui soit la domination exercée sur les corps qui fait selon Fanon la spécificité du contexte colonial :

    « Dans les régions coloniales […], le gendarme et le soldat, par leur présence immédiate, leurs interventions directes et fréquentes, maintiennent le contact avec le colonisé et lui conseillent, à coups de crosse ou de napalm, de ne pas bouger. On le voit, l’intermédiaire du pouvoir utilise un langage de pure violence. L’intermédiaire n’allège pas l’oppression, ne voile pas la domination. Il les expose, les manifeste avec la bonne conscience des forces de l’ordre. L’intermédiaire porte la violence dans les maisons et dans les cerveaux du colonisé. »
    Frantz Fanon, Les damnés de la terre.

    Parce que ces images ont été prises et diffusées

     par la police

    Ces images ont été tournées par la police elle-même qui a ensuite procédé à leur diffusion. Pour quelles raisons a-t-on voulu exposer le public à ces images ? La question reste ouverte et la parole policière, comme souvent, est manquante ou incomplète. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées.

    D’une part la volonté d’exhiber la domination, comme rappelé plus haut par Fanon. A travers cette démonstration de force, les autorités locales – en premier lieu la police – entendent réaffirmer qu’en dépit de l’agitation ambiante, elles contrôlent la situation, elles maintiennent littéralement l’ordre. Vincent Lesclous, procureur de la République de Versailles, ne s’y trompe pas :

    « Les images de ces arrestations collectives peuvent frapper, c’est certain, et il est vrai que, de mémoire, on n’a jamais vu ça dans les Yvelines, mais, face aux violences de ces derniers jours, il fallait opter pour une solution de maintien de l’ordre. »

    On peut également déceler dans le fait d’exhiber ces images la volonté de montrer aux autres collègues policiers la marche à suivre en ces temps de contestation généralisée, ou encore d’envoyer un message aux parents et professeurs accusé.es régulièrement de manquer d’autorité sur leurs enfants ou de laxisme envers les élèves (ce qu’exprime un des commentaires que l’on entend durant la vidéo). Cela peut tenir aussi d’une volonté d’exemplarité : montrer aux autres ce qui pourrait leur arriver en cas de rébellion.

    Parce que ces images montrent une soumission totale

    La position de subordination, l’injonction au silence et à l’immobilité renvoient une grande violence et provoque un effet de stupéfaction. Le silence qui règne autour de la scène est littéralement glaçant. Ces rangées d’élèves à genoux, silencieux, mains sur la nuque et têtes basses, parfois face contre mur, sous la surveillance étroite de policiers casqués, armés de matraques et de boucliers, exposent une domination totale des policiers et une soumission de ces jeunes personnes à cet ordre.

    L’impuissance des élèves sur le moment, l’état de domination et de vulnérabilité dans lequel ils semblent être, provoquent une empathie immédiate chez beaucoup personnes qui voient les images. La scène produit ainsi de puissants affects, une vive émotion. Et c’est précisément ce type d’émotion ressentie face aux situations d’injustice qui peut en certains cas conduire à des émeutes. Ce n’est pas un hasard, rappelle Alèssi Dell’Umbria, si les mots émotion et émeute ont la même racine.

    Parce que ces images montrent des mineurs

    Ce sont des enfants qui sont ainsi humiliés, leurs sac-à-dos d’écoliers sur le dos. Les discours médiatiques et politiques dominants qui présentent les jeunes de banlieues comme des « délinquants », des « casseurs » ou des « radicalisés » en puissance, masquent le fait que ces jeunes hommes figurent parmi les populations les plus vulnérables du pays. Celles qui disposent du moins de capital social et de ressources financières. Celles qui sont le plus exposées à l’arbitraire policier.

    Par une triste coïncidence, l’interpellation qui s’est déroulée à Mantes-la-Jolie a eu lieu à la même date que ce sinistre jour de décembre 1986 où des policiers voltigeurs ont tabassé à mort Malik Oussekine, jeune étudiant de 22 ans, qui manifestait contre le projet de réforme universitaire Devaquet. Une désolante coïncidence qui ne fait que rappeler la persistance de la domination policière et du traitement d’exception fait à ces populations.

    SOURCE : http://www.etatdexception.net/a-mantes-la-jolie-domination-policiere-et-humiliation-de-la-jeunesse/?fbclid=IwAR2tsXXw8HAKHVYTmtg5VBmvWrR22NRrbX0Bd8RSL7MKxmluv7bIUn8AqoQ 

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