• Ces oeuvres qui ont fait scandale : Quand les paras montent 
à l’assaut du piton Jean Genet théâtre

    Ces oeuvres qui ont fait scandale : Quand les paras montent 
à l’assaut du piton Jean Genet théâtre

     

    Quatre ans après la fin de la guerre d’Algérie, un commando d’extrême droite tente d’arrêter la représentation des Paravents. Jean-Louis Barrault tient bon, la pièce sera jouée.

    Le 30 avril 1966, un commando de « paras » se livre à un coup de main en plein Paris. Les «rebelles» à déloger sont une troupe de théâtre, et pas n’importe laquelle : Jean-Louis Barrault a regroupé autour de lui une quarantaine de comédiens dont certains sont déjà des gloires de la scène, Madeleine Renaud, Maria Casarès, Amidou, Gabriel Cattand, Marie-Hélène Dasté. La « guérilla » qu’ils jouent est une guérilla de l’art. Elle a un titre, les Paravents. Un auteur, Jean Genet. Les paras en question, en fait éternels énergumènes d’extrême droite, anciens combattants toujours en mal d’une guerre, élèves zélés de Saint-Cyr, n’ont rien compris à ce qui se passe à l’Odéon-Théâtre de France, comme ils n’ont rien compris à la guerre d’Algérie, terminée il y a déjà quatre ans. Ils sont autant ridicules que dangereux. Faute de se « payer » un Arabe, arrivés au sommet du « djebel », ils se font la « main » sur la grande Casarès, à qui ils disent de « foutre le camp ». Le rideau est baissé, mais le spectacle reprend un quart d’heure plus tard, et les représentations, commencées le 12 avril, iront jusqu’à leur terme.

    Un « chef-d’œuvre dans la célébration du mal »

    Comme on le dit du train, un scandale peut en cacher un autre. Ce n’est pas la prise de parti de Genet qui fait scandale, le vrai scandale, c’est son art de la provocation, du retournement des apparences. Genet dit, dans une interview donnée à Playboy : « Je crois que l’action, la lutte directe contre le colonialisme, fait plus pour les Noirs qu’une pièce de théâtre. » Et d’ajouter, faisant allusion à une autre représentation, les Bonnes : « De même que le syndicat des gens de maison fait plus pour les domestiques qu’une pièce de théâtre. » Jusqu’au bout, jusqu’à sa proximité avec les Palestiniens, Genet tiendra cette position. Le scandale Genet est dans la vérité de l’art, de « la scène qui s’oppose à la vie », dit-il dans ses fameuses lettres à Roger Blin, qui restera comme le metteur en scène faisant découvrir deux révolutions dans le théâtre : En attendant Godot, de Beckett, et ce Genet. Les Paravents, à partir d’un douar, de la « chierie-misère », de Saïd, voleur et traître, sont un parcours pour gagner le royaume des morts, le seul où l’on comprend tout. La scène emblématique du scandale est celle du blasphème contre l’armée : au-dessus de l’officier mourant, les légionnaires accroupis lui envoient des gaz pour lui faire respirer « l’air du pays »… Le scandale des Paravents s’inscrit dans les suites de la guerre d’Algérie, de ses passions, de ses folies, de ses extrémités. Genet vivra les événements qui voient la police le protéger, lui et sa provocation, avec le sourire malicieux et réjoui de celui qui a joué un bon tour à ceux qui le détestent. Contre la véhémence de la presse de droite, les critiques dramatiques de l’époque s’accordent tous à saluer la puissance de la représentation. Guy Leclerc parle d’un « chef-d’œuvre dans la célébration du mal ». L’ultime note est donnée par le ministre de la Culture qui n’est autre qu’André Malraux, à qui il est demandé d’interdire les représentations et qui, à l’Assemblée nationale, a ces mots : « Genet n’est pas plus anti-français que Goya est anti-espagnol. »

    Les paravents de Jean Genet scandalise : les forces de l'ordre interviennent.

    30 avril 1966

    Fumigènes, cris, jets de chaises et d’objets blessants, hier soir au Théâtre de l’Odéon, le spectacle était… dans la salle !
    Quinze jours après la première de la pièce de théâtre Les Paravents de Jean Genet mis en scène par Roger Blin, dans la presse et les esprits, la grogne ne fait que monter avec en chef de file Jean-Jacques Gautier, rédacteur de la page théâtre au Figaro. Mais hier soir, ça n’était plus des mots : la douzième représentation a été violemment interrompue par des « paras » qui commencent par crier : « Un scandale ! », « Une insulte faite aux morts et à l’armée ! », « Une pièce immorale ! Une honte pour la France qui se laisse insultée ». Et des mots, naturellement, ils en sont venus aux mains. Les forces de l’ordre ont du intervenir pour que la pièce puisse reprendre.
    Les Paravents c’est 110 rôles servis par 65 comédiens dont Maria Casarès, Germaine Kerjean, Madeleine Renaud et, bien sûr, Jean-Louis Barrault; c’est 17 tableaux pour quatre heures de spectacle avec des changements de décor quasi continuels. Ce qui fâche ? Le langage cru de Genet et le pays où se déroule la pièce : en Algérie… Cinq ans après la fin de la guerre, les blessures sont encore sensibles.
    Jean-Louis Barrault, directeur du théâtre, vient de répondre à une longue interview où il défend point par point ce texte qu’il juge majeur et dénonce la bêtise de ses détracteurs. Mais il est fort probable que le Ministre de la Culture, André Malraux, ne doive aussi intervenir puisqu’un premier député vient d’exiger que les sommes versées pour la subvention de la pièce soient rendues.
    Dorénavant, les forces de l’ordre sont réquisitionnées chaque soir pour que le spectacle ait bien lieu… sur scène.

     http://www.live2times.com/1966-les-paravents-de-jean-genet-par-roger-blin-e--10339/ 

     

     

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