• Ces ratonnades sanglantes que Marseille a préféré oublier

     

    Ces ratonnades sanglantes que Marseille

     a préféré oublier

    Ces ratonnades sanglantes que Marseille   a préféré oublier

    Ces ratonnades sanglantes que Marseille   a préféré oublier

    C'est une période que Marseille a préféré oublier : il y a 45 ans, une série de ratonnades meurtrières ensanglantent la ville, où persiste la nostalgie de l'Algérie Française. Chercheurs et militants tentent aujourd'hui de sortir ces faits de l'oubli.

    "On vivait dans la terreur" : attablé à un café du Vieux-Port, Saïd Benmakhlouf, 80 ans, se souvient de 1973 avec émotion. "On avait des menaces tous les jours. Avant de rentrer chez moi, je faisais le tour cinq fois en voiture", poursuit le "chibani", immigré aujourd'hui à la retraite. 

    Responsable de l'Amicale des Algériens en Europe, il avait déploré cette année-là l'assassinat d'une quinzaine de compatriotes, rien qu'à Marseille. Tout commence fin août, par l'assassinat, en pleine journée, d'un traminot marseillais, tué à coups de couteau par un déséquilibré algérien. Dès le lendemain, l'opinion publique est chauffée à blanc.

    "Assez de voleurs Algériens, de casseurs Algériens, de fanfarons Algériens, de proxénètes Algériens, de syphilitiques Algériens, de violeurs Algériens, de fous Algériens", clame un éditorial du Provençal. L'auteur, Gabriel Domenech, deviendra par la suite député Front National.

    "C'était un appel assez clair aux expéditions punitives. Très vite, ça prend dans les consciences et très vite, on a un ou deux Arabes morts par jour", relate la sociologue Rachida Brahim.

    - "Campagne de haine" - 

    La chercheuse a décompté 16 assassinats de nord-africains en 1973 dans la cité phocéenne, la plupart restés impunis. A l'époque, le caractère "raciste" n'est pris en compte ni par la loi, ni a fortiori par la police.

    Un jeune de 16 ans, Ladj Lounef, tué de trois coups de feu dans les quartiers Nord, un père de quatre enfants agressé à la hache au bord d'une voie ferrée, un Algérien de 37 ans, Saïd Aounallah, fauché de trois balles de 22 long rifle à l'entrée de l'autoroute... Les violences culmineront avec un attentat à la bombe, le 14 décembre, au consulat d'Algérie: quatre morts et 18 blessés.

    Une décennie après les accords d'Evian, sur fond de tension diplomatique extrême, "la guerre d'Algérie se rejoue un peu dans ces années-là", analyse Rachida Brahim. A l'époque, 40.000 Algériens logés dans des HLM en périphérie, côtoient environ 100.000 pieds-noirs rapatriés à Marseille. 

    Un "comité de défense des Marseillais", ouvertement raciste, est fondé, et M. Benmakhlouf verra ses compatriotes faire leurs valises, prêts à quitter la France en catastrophe. Rares sont ceux qui défendent les Algériens: une fraction de la gauche, dont des maoïstes, certains syndicats et une partie de l'Eglise...

    - Question coloniale - 

    Début 2018, une association, Mémoire et réconciliation, a pris l'initiative d'apposer une plaque commémorant l'attentat du consulat. L'enjeu? "Que nul n'oublie cette part douloureuse de l'histoire de l'immigration algérienne", peut-on y lire.

    Mais au-delà des proches des victimes, de l'ambassadeur et de quelques élus locaux, son inauguration n'a pas attiré les foules. "Le pire, c'était l'absence de l'État", regrette Fazia Hamiche, la présidente de l'association.

    "Personne n'a de voix à gagner à parler de ces choses-là", constate Saïd Ben Makhlouf. "Ces crimes racistes, même les Algériens ne s'en souviennent pas", ajoute la sénatrice PS Samia Ghali, l'une des rares élues présente.

    La mémoire de cette période "a souffert de l'effet de souffle de mai 1968 : les préoccupations sont celles de la révolution, du socialisme", analyse l'historien Benjamin Stora, interrogé par l'AFP: "La question coloniale semble alors archaïque, réglée par l'indépendance de l'Algérie".

    A posteriori, l'année 1973 "apparaît comme un tournant, celui de la libération du racisme ordinaire", sur fond de crise économique, juge l'historien Yvan Gastaut, l'un des premiers à s'être intéressé à cette période.

    Depuis cette époque, cette violence ressurgit "par éclipses" à Marseille, comme en 1995 avec l'assassinat d'Ibrahim Ali, 17 ans, par des colleurs d'affiches du FN. "La presse s'est désormais assagie", constate-t-il, mais la parole raciste se retrouve désormais facilement sur les réseaux sociaux.

    SOURCE : https://actu.orange.fr/france/ces-ratonnades-sanglantes-que-marseille-a-prefere-oublier-CNT000000YidDH/photos/des-milliers-de-personnes-accompagnent-le-16-decembre-1973-les-depouilles-des-algeriens-victimes-de-l-attentat-a-la-bombe-contre-le-consulat-d-algerie-a-marseille-1355eace0ed31ff827f56265ee1e51df.html 

     

    Les ratonnades de 1973, révélatrices

     d’une fracture historique à Marseille

    Pour la première fois, une plaque commémore l'attentat du consulat d'Algérie en 1973 à Marseille. Cet évènement meurtrier intervient au cœur d'une période de grande tension où les crimes racistes impunis se succèdent. Analyse d'un impensé français avec la sociologue Rachida Brahim.

    Ces ratonnades sanglantes que Marseille  a préféré oublier

    Dimanche 28 janvier 2018, pour la première fois, une plaque commémorant l’attentat du consulat algérien, survenu en décembre 1973 a été apposée sur l’ancienne façade de l’institution. Discrète, la cérémonie a réuni l’ambassadeur d’Algérie, des représentants de la mairie de secteur, de la Ville et du conseil régional, ainsi que des victimes et témoins de l’attentat. 

     

    Les responsables des crimes : les anciens nostalgiques de l’oas et de l’algérie française ou leurs descendants ?

    Marseille « capitale de la culture » ? Il y a quarante-cinq ans, les journaux titraient «capitale du racisme». En 1973, la cité phocéenne a connu l'une des pires flambées de racisme qui a pu exister dans l'histoire de France au XXe siècle. 

    Un racisme ciblé sur l'Algérien, le mot de tous les maux. Salah Bariki, un français d’origine algérienne arrivé en 1962 dans les bidonvilles de la cité phocéenne, a accepté de raconter sa vision et son ressenti des années 70. A cette époque, il était d'ailleurs responsable de l'Amicale des jeunes Algériens, rue Saint-Jacques dans le 6e arrondissement.  

    Un racisme qui répond à la crise économique

    Depuis 1962 et ce durant dix années (1962-1973), les flux migratoires n'ont cessé de s'intensifier, Marseille devenant un point de passage, voire d'ancrage de l'immigration. Une population constituée d'une forte communauté maghrébine et notamment algérienne, ce depuis la décolonisation. Salah évoque ce contexte particulier : « c'était le début de la crise économique, l'arrivée de Giscard qui voulait renvoyer les Algériens chez eux, l'Algérie qui voulait récupérer ses immigrés, au moins en parole. C'était aussi un moment de transition très difficile répondant au mythe du retour : nos parents qui étaient arrivés dans les années 60 n'étaient toujours pas rentrés au pays ». Depuis le début des années 70, il y a un développement du racisme, notamment contre les nord-africains. Selon Gérard Noiriel, historien et directeur d'études à l'EHESS, ce racisme anti-algérien a surtout été alimenté « par les nostalgiques de l'Algérie française ». 

    La haine de l’Algérien dans la presse locale

    C'est à l'été 1973 que les violences racistes vont connaître leur apogée et notamment à Marseille. Le 25 août, un déséquilibré algérien assassine un traminot. Ce fait divers va embraser la ville et attiser la haine de l'Algérien. Le rédacteur en chef du quotidien des droites marseillaises Le Méridional, Gabriel Domenech, avait titré, au lendemain du drame : « Assez, des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens (…) ». En 1986, Gabriel Domenech est élu député FN.

    Campagne anti-immigrés par la Droite

    Un écrit qui résonne pour certains comme un appel à la ratonnade. Un Comité de défense des Marseillais se constitue au lendemain du drame afin « d'assurer la sécurité des Français » et appele à manifester « contre l'immigration sauvage », le 29 août (manifestation interdite par la Préfecture). Un comité qui, domicilié à la même adresse que le mouvement fasciste « Ordre Nouveau », n'a sûrement pas calmé les ardeurs. Les déclarations racistes émanant de divers groupes politiques de droite se succèdent. Du côté de l'Union des jeunes pour le progrès (UJP) des Bouches-du-Rhône, on a proposé d' « éliminer la pègre nord-africaine et antifrançaise ». Les Comités de défense de la République (CDR), gaulliste, réclament « la peine de mort pour l'assassin ». Pour calmer les ardeurs, Mgr Etchegarray a fait une déclaration au journal de 20 heures, le 27 août, la veille du tramoinot, appelant à la raison de chacun. Un appel au calme pas assez fort pour être entendu puisque une vague de violence s'installe dans la cité. Selon Gérard Noiriel, « des appels à la ratonnade sont suivis par le mitraillage de plusieurs foyers Sonacotra et des bidonvilles ». Salah ne se souvient pas de ces épisodes mais ce qu'il peut expliquer, « c'est qu'on a appris bien plus tard que la plupart des foyers Sonacotra était dirigée par des anciens paras et des gens de l'OAS ».

    L’amalgame

    Dans la nuit du 28 au 29 août, un Algérien, Lounès Ladj, est abattu à la sortie d’un café tandis qu’au même moment, un cocktail Molotov est jeté dans une entreprise de nettoyage, à la Ciotat, où travaillaient majoritairement des Algériens. Le 31 août, les travailleurs de la Ciotat entrent en grève pour dénoncer ces attentats xénophobes. C’est le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) qui prend le relais de cette solidarité en lançant un appel à la grève générale contre le racisme, le 3 septembre. Un mouvement qui sera honoré par au moins 20.000 travailleurs de la région marseillaise et qui s’étendra aux départements. La marche funèbre, en hommage à Lounès Ladj, le 1er spetembre, réunit des centaines de personnes. Un cortège funèbre traverse la ville en sa mémoire. 

    La passivité politique

    De l’autre côté de la méditerranée, le président Houari Boumédienne, regrettant l’inertie des pouvoirs publics et notamment du président Georges Pompidou, décide de suspendre l’émigration algérienne vers la France, dès le 20 septembre. Salah se souvient : « Boumédienne a dit clairement que les Algériens devaient rester chez eux même s’ils mangeaient de la pierre ». Une histoire de sécurité tout autant que de dignité et de symbole. L’ambassadeur d’Algérie en France dénonce la complaisance de Gaston Defferre, alors maire de Marseille (et ensuite ministre de l’Intérieur de François Mittrerrand), et la passivité de la police. L’interruption de l’immigration de travail a su calmer cette fièvre raciste qui avait envahi le sud de la France. Mais le 14 décembre 1973, un attentat au consulat d’Algérie de Marseille fait quatre morts et vingt blessés. Il est revendiqué par le groupe Charles Martel dont les liens avec l’extrême droite et des anciens membres de l’OAS ne faisaient aucun doute. 3000 personnes, selon l’INA, mais dix fois plus se souvient Salah, se réunissent pour manifester leur indignation : « Je me souviens, j’avais dans la main un mégaphone, je voyais des gens à l’infini ». Le mutisme des partis de gauche est total. Au 31 décembre, l’ambassadeur d’Algérie en France avait recensé 50 Algériens tués et près de 300 blessés sur la seule année 1973. 

    Quarante-cinq années sont passées, et selon l’historien Yvan Gastaut, « le racisme semble être un comportement toujours présent dans notre société. Sa flamme […] se rallume dès qu’un problème apparaît ». L’immigration a été la réponse à tous les problèmes d’ordre social, économique et politique. Jusqu’à quand ? 

    SOURCE : http://www.presseetcite.info/journal-officiel-des-banlieues/memoire/les-ratonnades-de-1973-revelatrices-dune-fracture-historique 

     

    « Algérie-France : " La repentance est avant tout une question franco-française" *** A titre personnel je préfère le terme de RECONNAISSANCE" L'impossible commémoration " »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    1
    Samedi 17 Février à 10:52

    On n'en est pas encore aux ratonnades mais au vu du racisme et de la xénophobie qu'engendre la crise socio-économique que nous vivons, ça pourrait venir ! 

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter