• Chalon-sur-Saône n'oublie pas le philosophe Francis Jeanson le 18 novembre 2017 au studio 70

    "Mais qu’est-ce que tu connais toi de la France si ce n’est Bugeaud et Bigeard... Je voudrais que tu retiennes que mes camarades et moi n’avons fait que notre devoir, car nous sommes l’autre face de la France. Nous sommes l’honneur de la France." Francis Jeanson s’adressant au Président Abdelaziz Bouteflika - (Juin 2000) 

    Chalon-sur-Saône n'oublie pas le philosophe

    Francis Jeanson le 18 novembre 2017 au studio 70

    7 nov 2017 - Daniel DERIOT

    « Un intellectuel engagé dans le siècle »... mais aussi dans la cité, tel est le thème de la rencontre qui se déroulera le samedi 18 Novembre prochain, au studio 70, à partir de 14 H 30.


    CHALONNAIS...DURANT UN PEU PLUS DE 3 ANNEES...

    MAIS UNE INFLUENCE QUI PERDURE

    En rendant hommage à Francis Jeanson, les membres de l'association bourguignonne des amis du Maitron ( A.B.A.M ) vont rappeler les engagements publics du résistant, de celui qui s'est opposé à la guerre d'Algérie, de celui qui a été à la direction de la préfiguration de la maison de la culture. En effet, en 1967, dans notre ville, Francis Jeanson a porté un nouvel élan culturel avec les soutiens du Ministre de la culture d'alors, André Malraux et celui du maire, Roger Lagrange. Des «  acteurs » chalonnais, engagés à ses côtés comme Colette Andriot, Paul Vannier ou encore Gérard Godot et Lise Visinand, vont au cours de cette rencontre apporter leurs témoignages sur la création de ce qui allait devenir en 1971, la maison de la culture ( M.C)... devenue en 1984, après le changement de majorité municipale, Espace des Arts.

    SANS OUBLIER « LA FOI D'UN INCROYANT » ET « L'ACTION CULTURELLE DANS LA CITE »

    Le philosophe après une campagne de dénigrement active a quitté notre ville, pour d'autres engagements professionnels et politiques, ces derniers seront évoqués. Du militantisme de la pensée, il passe à l'action celui qui avait créé le «réseau Jeanson» démantelé en 1960. Il entre alors dans la clandestinité. Jugé par contumace, condamné en 1960 à dix ans de prison ferme, il sera amnistié en 1966.


    Il a joué son propre rôle dans La Chinoise de Jean-Luc Godard. Engagé jusqu'au bout, il avait été président de l'Association Sarajevo en 1992 et candidat sur la liste L'Europe commence à Sarajevo du professeur Schwartzenberg lors des élections européennes de 1994. Parmi ses ouvrages, on retiendra La Foi d'un incroyant, Éloge de la psychiatrie et Sartre dans sa vie ou encore L'action culturelle dans la cité, paru en 1973 et dont notre ville a été pour le philosophe un laboratoire.....Francis Jeanson est décédé, le 1er Aout 2009...

    Guerre d'Algérie : qui se souvient

     des « porteurs  de valises » ?

    Ces oubliés de l’histoire algérienne

    Le 5 juillet 2012 l’Algérie a commémoré en grande pompe le 50e anniversaire de son indépendance. Une indépendance emportée de haute lutte et acquise dans la souffrance face à l’occupant. Or, les Français qui ont lutté pour l’indépendance et la reconstruction de l’Algérie, n’ont visiblement pas droit au chapitre.

    La Guerre d’Algérie (1954-1962) laisse de nombreuses traces dans les mémoires française et algérienne, chez ceux, civils ou militaires des deux camps, qui ont subi ou pratiqué des atrocités. A l’occasion de la 50e année de l’indépendance algérienne, l’histoire a refait surface dans la douleur, des deux côtés de la Méditerranée, même si les autorités françaises commencent lentement à reconnaître les actes de barbarie et à chercher la réconciliation avec la sœur-ennemie algérienne.

    Or, certains détails de l’histoire évitent la généralisation, l’analyse manichéenne de ce conflit, cette guerre ou guerre civile, assurément horrible. Parmi ceux-là, il est important de citer les « porteurs de valises ». Des journalistes, des artistes, des prêtres, des militants catholiques, qui sont devenus complices du Front de libération nationale (FLN). Qui parle à Alger du « Réseau Jeanson » ? Cette équipe, menée par Francis Jeanson, se chargera pendant pratiquement toute la guerre de collecter et de transporter des fonds et des faux-papiers pour les agents du FLN de métropole, une cinquième colonne indispensable à la résistance algérienne.

    Ce groupuscule sera finalement démantelé en février 1960 et son procès s’ouvrira le 5 septembre de la même année. Six Algériens et dix-huit Français, défendus par le jeune avocat Roland Dumas, sont alors inculpés et condamnés. Quinze d’entre eux sont condamnés à dix ans de prison, trois à cinq ans et huit mois, et neuf sont acquittés. Francis Jeanson quant à lui, sera condamné à dix ans de prison, puis amnistié en 1966.

    Des intellectuels de gauche apporteront par le « Manifeste des 121 » un soutien à ces « porteurs de valises ». Qui se remémore aujourd’hui de ces Français qui ont lutté et qui sont parfois morts, comme Henri Curiel, pour ou en raison de la cause algérienne ?

     

     Algérie : qui se souvient   des « porteurs  de valises » ?  Ces oubliés de l’histoire algérienne *** Francis Jeanson a été le fondateur de la Maison de la Culture de Chalon-sur-Saône

    Pour certains «vieux chalonnais, l’Espace des arts a été avant tout une maison de la culture, la fameuse Ma’cul où l’on militait autant que l’on se cultivait. Mais qui se souvient que justement l’ébauche de cette maison de la culture voulue par Malraux a été constituée par Francis Jeanson, personnage historique s’il en est ? Jeanson, disparu il y a seulement deux ans, à l’âge de 87 ans. Proche de Sartre, il avait géré à sa demande, la revue des Temps modernes.

    Un père nommé Francis Jeanson

    Militant pro FLN, Jeanson est condamné à dix ans de réclusion, par contumace. Celui que l’on nommait le porteur de valises du parti socialiste algérien, paye son engagement dans la guerre d’Algérie. Sous le coup d’une amnistie, il finit par revenir en France en 1966 et Malraux, toujours fidèle, décide de lui confier la charge de créer une préfiguration de la maison de la culture , ce sera à Chalon. Il ne restera dans la ville de Niépce que quatre ans entre 1967 et 1971 .

    Extrait du Journal de Saône-et-Loire

    Lorsque Francis Jeanson est décédé le 1er août 2009 la presse locale "Vivre-à-Chalon" avait écrit cet article :

    Fondateur de la Maison de la culture de Chalon : Francis Jeanson n'est plus

    4 août 2009 - DERIOT Daniel

    - Vidéos de Francis Jeanson par Dominique-Emmanuel Blanchard Nommé par M. André Malraux, alors Ministre de la Culture, directeur de la Maison de la Culture de Chalon lors de sa création,  M. Francis Jeanson est décédé à Bordeaux, il y a quelques jours.

    Ci-dessous une rétrospective de sa vie, de ses engagements parue sur hebdo-livres.fr :

    "Le philosophe, militant activiste, et écrivain nous a quittés samedi à l’âge de 87 ans.

    Le philosophe Francis Jeanson, fondateur d'un réseau de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie (réseau dit des "porteurs de valise"), est mort à 87 ans, samedi 1er août près de Bordeaux. Il se voulait le défenseur des causes justes et s'était engagé aux côtés des combattants algériens après le déclenchement de la guerre d'Algérie, créant un réseau permettant de collecter et transporter fonds et faux-papiers pour les militants du FLN opérant en France.

    Francis Jeanson est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont plusieurs consacrés à Jean-Paul Sartre, notamment Sartre par lui-même (1955) et Le problème moral et la pensée de Sartre (1966, Le Seuil)... mais aussi à des philosophes comme Montaigne (1994, Le Seuil). On lui doit également La Foi d'un incroyant (1976, Le Seuil), Eloge de la psychiatrie (1979, Le Seuil), Algérie (1991), Conversations privées 1974-1999 (2000, éd. Le bord de l’eau). Les éditions du bord de l’eau ont publié plus tôt cette année Cultures… & non-public et Quel sujet ? Pour quelle foi ?

    Né le 7 juillet 1922 à Bordeaux, licencié de lettres et diplômé d'études supérieures de philosophie, Francis Jeanson rejoint en 1943 les Forces françaises d'Afrique du Nord. Devenu reporter à Alger républicain en 1945, il rencontre Camus et Sartre. Ce dernier lui confie la gérance de la revue Les Temps modernes (1951-1956). Parallèlement, Jeanson crée et dirige aux éditions du Seuil la collection "Ecrivains de toujours".

    En 1955, il publie L'Algérie hors la loi, qui dénonce l'échec du système d'intégration des masses algériennes et affirme la légitimité des hors-la-loi du FLN, avec lequel il prendra contact. Du militantisme de la pensée, il passe à l'action et crée deux ans plus tard le "réseau Jeanson" qui sera démantelé en 1960. Il entre alors dans la clandestinité, quittant la France pendant quelques années. Jugé par contumace, condamné en octobre 1960 à dix ans de prison ferme au terme du procès de son réseau, il est amnistié en 1966. La découverte avait édité Le procès du réseau Jeanson en 2002. Autre biographie sur cette figure activiste : Marie-Pierre Ulloa avait rédigé Francis Jeanson : un intellectuel en dissidence en 2001 chez Berg International.

    Après cela, il se tourne alors vers l'action culturelle, puis l'action sociale en milieu psychiatrique. Il est chargé par André Malraux de diriger la Maison de la culture de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) de 1967 à 1971. Puis il participe ensuite à des expériences de psychiatrie ouverte et des réseaux de réflexion pour faire sortir la maladie mentale des murs de l'hôpital.

    Engagé jusqu'au bout, il est président de l'Association Sarajevo en 1992 et candidat sur la liste "L'Europe commence à Sarajevo" du professeur Léon Schwartzenberg pour les élections européennes de 1994."

    SOURCE : http://www.vivre-a-chalon.com/lire_Fondateur-de-la-Maison-de-la-culture-de-Chalon-_-Francis-Jeanson-n_est-plus,23030d51f775ec264c01adf8189da19ec86676fe.html

     

    Francis Jeanson: Un juste qui sauva l'honneur

    de la France

    "Mais qu’est-ce que tu connais toi de la France si ce n’est Bugeaud et Bigeard... Je voudrais que tu retiennes que mes camarades et moi n’avons fait que notre devoir, car nous sommes l’autre face de la France. Nous sommes l’honneur de la France."

    Francis Jeanson s’adressant au Président Abdelaziz Bouteflika - (Juin 2000)

    C’est par cette phrase que le philosophe Francis Jeanson a défini son rôle lors de l’aide qu’il a apportée à la Révolution algérienne : il n’a fait que son devoir et il n’en rougit pas, il se démarque des «autres» de tous les «nostalgériques» qui, au mieux, ont protesté mollement, notamment à propos de la torture, au pire, l’ont approuvée comme l’a fait à titre d’exemple avec une charité toute chrétienne, le cardinal Saliège pour qui, «la terreur doit changer de camp». Sait-on qui est Francis Jeanson, celui qui est mort dans l’anonymat le plus strict dans son pays? Peut-être parce qu’il s’est déterminé au moment où même les intellectuels biens pensants humanistes en temps de paix, dénonçaient, de loin, la torture en essayant toutefois de ne pas effaroucher le pouvoir pour ne pas compromettre leur carrière? De l’autre côté de la Méditerranée, dans l’Algérie d’aujourd’hui qui refuse de voir son histoire en face, sait-on que des Français se sont battus, se sont exposés et ont mis en jeu leur liberté et parfois leur vie pour l’indépendance du pays tout en étant fidèle à une certaine idée de la France?
    Le philosophe et écrivain Francis Jeanson proche de Sartre, est mort samedi 1er août à l’âge de 87 ans à Arès, près de Bordeaux. Francis Jeanson «Le porteur de valises» selon le bon mot de Jean-Paul Sartre, les a définitivement posées. Durant la Guerre d’Algérie il avait fondé le réseau Jeanson, le plus important réseau de soutien au FLN en Métropole.
    Jeanson était un intellectuel, un homme de conviction profonde, traduite dans le feu de l’action. Il s’opposera à Camus et à sa thèse que toute révolution débouche sur la négation des libertés. La position de Camus condamnait toute révolution alors que Jeanson soutenait le projet de ces révolutions, notamment les guerres de libération. Sartre interviendra dans cette célèbre controverse en assénant à Camus qui voulait garder ses mains propres : «Avoir des mains propres, c’est ne pas avoir de mains.»  
    Justement, l’action caractérise la vie de Jeanson qui, en 1943, à l’âge de 21 ans avait rejoint les Forces françaises d’Afrique du Nord. A la Libération, il entre aux Editions du Seuil. C’est à cette époque qu’il rencontre Jean-Paul Sartre et collabore aux Temps modernes. En 1948, rappelle Sud-Ouest, il part faire une série de conférences en Algérie et, là, découvre une situation dont il comprend vite qu’elle est intenable. La conviction de Jeanson reposant sur l’existentialisme de J.-P. Sartre postulait que l’opprimé recouvrait son humanité dans le processus même de la lutte contre l’oppresseur et son Etat. Jeanson a été choqué par le racisme des colons en Algérie qui parlaient de la boucherie du 8 Mai 1945 comme s’ils avaient tué des cloportes ! On comprend, alors, comment un intellectuel français qui, a priori, n’avait pas de relation avec l’Algérie, puisse être interpellé par le sort des indigènes et surtout par l’institutionnalisation de la torture qui restera longtemps taboue. Il a fallu attendre quarante ans pour que les langues se délient.  
    «Depuis 2000, écrit Florence Beaugé, témoignages, articles et procédures judiciaires se succèdent en France, portant sur les pratiques de l’armée durant les "événements" d’Algérie. La torture en Algérie ne date pas de 1957, année de la Bataille d’Alger, ni même de 1954. Les exactions commencent dès 1830, quand les troupes françaises débarquent à Sidi Ferruch, pour une expédition coloniale longue de quarante ans. Pillages, carnages, incendies de maisons, rafles de civils à grande échelle, etc. La conquête de l’Algérie s’accompagne d’actes de barbarie, les documents d’histoire en attestent. » « (...) Extrait d’une lettre d’un soldat à sa famille en métropole : Nous rapportons un plein baril d’oreilles, récoltées paires à paires sur les prisonniers. (...) Je lui fis couper la tête et le poignet gauche, et j’arrivai au camp avec sa tête piquée au bout d’une baïonnette. (...) Je l’envoyai au général Baraguay, qui fut enchanté.» »
    « Aujourd’hui encore, les noms des généraux Montagnac et Turenne restent connus en Algérie pour leurs «enfumades» de centaines de civils dans des grottes, en 1836 et 1837. Au XXe siècle, comme au XIXe, la «pacification» en Algérie passe par la répression (comme en Indochine ou à Madagascar).
    Policiers, gendarmes, magistrats disposent de pouvoirs beaucoup plus importants qu’en Métropole. Ils sont surtout totalement autonomes. Dès 1947 et 1948, André Mandouze et Francis Jeanson s’alarment, dans la revue Esprit, de la situation qui prévaut dans les trois départements français. Mais ils crient dans le désert. En 1951, un ancien résistant, le journaliste Claude Bourdet, pose la question «Y-a-t-il une Gestapo algérienne?» dans les colonnes de L’Observateur, et décrit les méthodes en vigueur dans les commissariats(...)La torture se généralise et s’institutionnalise, comme le reconnaîtra le général Massu, en novembre 2000, dans Le Monde.(...) La Guerre d’Algérie terminée, beaucoup de tortionnaires notoires feront carrière, en toute impunité. (...)Tous, abondamment décorés, sont à l’abri des lois d’amnistie décrétées après l’Indépendance. Amnistie signifie-t-elle amnésie ? (1)  
    Francis Jeanson, avec sa lucidité coutumière, explique pourquoi et au nom de quel intérêt la France a été amenée à torturer. Interviewé par le Monde il déclare : «Avant de s’indigner des atrocités commises en Algérie, il faut se demander pourquoi nous avons fait la guerre au peuple algérien et pourquoi nous avons laissé faire des choses qui n’avaient pas de raison d’être. (...) mais je ne comprends pas qu’on pose aujourd’hui la question de la torture sans poser la question de la guerre coloniale. Ce sont deux questions indissociables. On semble dire que, si la guerre avait pu se passer de la torture, elle aurait été justifiée. Pour moi, c’est le contraire. La torture ne pouvait être qu’un des aspects déchirants de cette situation.(...) Il y avait aussi les viols, les camps de concentration, qui faisaient partie de la guerre au même titre que la torture. Ce qui compte, à mes yeux, c’est que nous avons mené une politique de colonisation insoutenable. Depuis mai 1945, et les massacres de Sétif, on aurait dû le savoir. La torture n’est pas née de la Guerre d’Algérie en 1954. (...) Nous avons démissionné, laissant les véritables intérêts de la nation disparaître face aux exigences du grand colonat algérois.» «(...) Oui, je persiste à le penser, l’Algérie va s’en sortir. Cette population composite, et si riche de sa diversité, a toujours fait preuve d’exceptionnelles ressources dans les pires moments de son histoire. Le courage et l’humour ne lui ont jamais fait défaut...» (2)  
    En 1955, il publie L’Algérie hors la loi, qui dénonce l’échec du système d’intégration des masses algériennes et affirme la légitimité des hors-la-loi du FLN, avec lequel il prendra contact. (...) Il faut se replacer dans le lourd climat de l’époque. Depuis six ans, dure cette guerre qu’on refuse de nommer. (...) C’est dans ce contexte de mol conformisme et de démission intellectuelle que surgissent, dans les premiers mois de 1960, deux événements. Le premier tient à la révélation que des Français, généralement issus d’une mouvance de gauche mais réfractaires au militantisme officiel, se sont organisés clandestinement pour apporter leur soutien au FLN. Au nom de la maxime selon laquelle «un peuple qui en opprime un autre n’est pas un peuple libre». «Ils ont choisi de se libérer eux-mêmes de leur virtuel statut d’oppresseurs en aidant les Algériens à se libérer d’une oppression coloniale dont ils refusent d’être solidaires. Au mois de février 1960, au scandale de la bonne presse qui les stigmatise comme des traîtres à la communauté nationale, une dizaine d’entre eux sont arrêtés par la police : ils appartiennent au principal réseau de soutien, qui organisait l’hébergement en France de responsables FLN et l’acheminement de sommes d’argent au profit de l’organisation indépendantiste.» (3)  
     
     
                                                     Le procès du réseau Jeanson en accusation
        
     Le second événement consiste en la mobilisation d’une appréciable partie de l’intelligentsia autour d’une Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, qu’on appellera couramment Manifeste des 121, d’après le nombre de ses premiers signataires, ce manifeste prône le droit à l’insoumission. Le Manifeste des 121 révèle en effet à l’opinion l’existence de jeunes soldats - plus de trois mille - qui refusent d’aller «pacifier» l’Algérie, voire désertent. Quand s’ouvre donc, le 6 septembre, le procès du réseau Jeanson, c’est dans cette atmosphère marquée par le soudain réveil d’une «gauche insoumise», qui n’accepte plus les messages de la guerre d’Algérie. Elle en bénéficiera tout en l’amplifiant. (...) D’emblée, en effet, le procès fut conçu comme une machine de guerre, si l’on peut dire : de guerre contre la guerre. Sa force de frappe en était le collectif des avocats du FLN, dirigé par Abdessamad Benabdallah, Mourad Oussedik et Jacques Vergès, qui rejoignirent de talentueux indépendants, au premier rang desquels Roland Dumas. Échappant chaque jour davantage à un tribunal désemparé, le procès du réseau Jeanson se transforma en «procès de la guerre d’Algérie» (3).  
    Jeanson le «traître». L’homme qui a monté, en France, le réseau de soutien au FLN. C’est lui, ce vieux monsieur qui ne regrette rien. «Je voudrais bien, dit-il, que l’on me donne l’unité métrique du regret.» Dans Notre guerre, livre qu’il fit paraître dans la clandestinité en 1960, il s’est expliqué sur son combat. A ceux qui lui reprochaient de soutenir les ennemis de son pays, il écrivait : «Notre cause n’est certes pas toute blanche. Mais la vôtre, de quelle couleur la voyez-vous?» Il est entré dans la clandestinité à la demande du FLN. «Ce qui se passait en Algérie au nom de la France était inadmissible. Il fallait être contre. La seule façon d’être contre, c’était d’être aux côtés de ceux qui se battent. On m’a souvent dit que c’était de la trahison. Mais, pour moi, il y avait déjà trahison : celle des valeurs de la France.» De ceux qui, dans l’ombre, acheminent les fonds réunis par la Fédération de France du FLN, fournissent des caches, procurent des faux papiers aux militants de l’indépendance algérienne en France. 400 millions de francs transitent chaque mois par les «porteurs de valises», révèle Jeanson aux journalistes. (4) 
    «En cette année 1960, écrit Dominique Vidal, où la France se résigne à la souveraineté d’une quinzaine de ses ex-colonies africaines, elle refuse obstinément celle de l’Algérie. Dès 1958, la diffusion des livres La Gangrène et La Question- publiés par les Editions de Minuit, mais aussitôt interdits parce qu’ils témoignent de la généralisation de la torture, mobilise des centaines de militants. (...) En juin 1960, des personnalités de toutes opinions - y compris gaullistes - se retrouvent dans le Comité Djamila Boupacha, cette combattante du FLN emprisonnée dont l’avocate Gisèle Halimi tente de sauver la tête.» (5)
    «Au début de la guerre, déclarera Hélène Cuénat, une des principales accusées du procès Jeanson, j’ai commencé par participer à des actions légales. (...) Puis il est devenu évident que cela n’aboutissait pas. La guerre continuait. Il m’a semblé qu’il n’y avait plus qu’un seul moyen, se ranger aux côtés d’un peuple qui luttait contre le colonialisme.» Comme elle, plusieurs centaines de militants basculent dans la clandestinité - les premiers dès 1957. Les réseaux, notamment celui dirigé par Francis Jeanson puis par Henri Curiel, prennent en main l’aide aux militants du FLN.
    (...) Malgré l’extrême confusion des débats, le procès braque les feux de l’actualité sur l’engagement de ceux qu’on appellera les «porteurs de valise». (5)
    Si le pouvoir espérait ainsi réduire au silence les partisans de l’indépendance de l’Algérie, il s’est lourdement trompé. (...) Rien, après le procès Jeanson et le Manifeste, ne sera plus comme avant. Le procès Jeanson - estime La Guerre d’Algérie, ouvrage coordonné par le communiste Henri Alleg - catalyse donc les réactions de certaines couches de la population. Il révèle aussi, peut-être surtout, la lente mais constante progression de leur opposition à l’aventure coloniale et aux méthodes barbares qui l’accompagnent. (...) [Ce mouvement] déjà largement développé dans de vastes secteurs de l’opinion publique, marque chaque jour plus fortement, en dépit de la propagande officielle et des savantes ambiguïtés des discours gaullistes, une impatience grandissante devant la guerre qui se prolonge. «L’histoire serait-elle injuste? Pour nombre de spécialistes de la Ve République, de Gaulle, revenu au pouvoir en s’appuyant sur l’armée et les ultras, donc censé maintenir l’Algérie dans le giron de la France, se serait en fait secrètement convaincu de l’inéluctabilité de l’indépendance. Et sa politique - zigzags compris - n’aurait eu d’autre but que d’en convaincre progressivement les Français. (...) Leur liberté, les Algériens la doivent donc d’abord à leur propre combat, et, pour une part, à l’aide de leurs amis français.» (5)
    A côté de Francis Jeanson, d’Henri Curiel mort assassiné, d’André Mandouze, de l’abbé Béranguer, du Cardinal Duval et de tant d’autres de cette «armée de l’ombre» qui joua un rôle non négligeable dans la libération de l’Algérie, quelle a été la reconnaissance de l’Algérie ?
    Est-il concevable que nos étudiants continuent à ignorer l’oeuvre et la pensée de Fanon ou de Jeanson et de tant d’autres. Assumons notre histoire !
    Paradoxalement, nos bourreaux sont mieux connus que nos bienfaiteurs. On continue en Algérie voire à Alger de parler du lycée «Bugeaud» (le fameux Bouchou dont nous parlait nos grands-mères pour nous faire peur !) de la cité «Lavigerie». Sait-on qu’il a tout fait pour christianiser par la force ? On parle de Rovigo de Clauzel, mais personne parmi les jeunes ne connaît l’humanisme de Mandouze, Jeanson, et de tant d’autres. Il nous faut rendre justice à ces «Justes». Des institutions devraient leur être dédiées et ils devraient logiquement faire partie de notre histoire.  
     
    1. Florence Beaugé : La torture, ou que faire de cet encombrant passé ? Le Monde 31.10.2004
    2. Francis Jeanson, «La question de la torture est indissociable de la question coloniale» «Propos recueillis par Thomas Lacoste et Hervé Le Corre Le Monde. 28 mai 2001
    3. Marcel Péju : Le procès du réseau Jeanson Préface à l’édition de
    2002
    4. F. Jeanson «La seule façon d'être contre». Le Nouvel Obs. n° 2085 21 octobre 2004
    5. Dominique Vidal : Ces «traîtres» qui sauvèrent l’honneur de la France.
    Le Monde diplomatique Septembre 2000

     
    Pr Chems Eddine CHITOUR
    Ecole Polytechnique Alger

    SOURCE : http://www.alterinfo.net/Francis-Jeanson-Un-juste-qui-sauva-l-honneur-de-la-France_a35427.html

     

     "Les égorgeurs ne justifient pas les tortionnaires " France Soir, 12 novembre 1957

     

    « France-Algérie : Emmanuel Macron se rendra à Alger le 6 décembre 2017200 rues parisiennes rendent hommage à la colonisation et c’est inadmissible... »
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  • Commentaires

    1
    Mercredi 15 Novembre à 17:28
    Le célèbre réseau Janson...Mon père avait été en relation avec lui, et il avait lui-même fait la même chose avec les indépendantistes malgaches. Vous pouvez deviner pourquoi j’étais fiché à l’Armée ! Ce blog nous apprend beaucoup et ravive les souvenirs !
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