• Choquantes absences aux obsèques de Gisèle Halimi

     

    Choquantes absences aux obsèques

    de Gisèle Halimi

    Laure Heinich, avocate au barreau de Paris, s’interroge sur l’absence de grandes figures masculines de la profession aux obsèques de Gisèle Halimi, le 6 août. Son féminisme aurait-il, aux yeux de ces Messieurs, occulté son combat pour les libertés ?

    Choquantes absences aux obsèques de Gisèle Halimi

    L’avocate Gisèle Halimi le 14 novembre 2003. (Jack Guez/AFP)

    Gisèle Halimi ne faisait pas l’unanimité et tant mieux, il n’y a que les tièdes pour y prétendre.

    Elle ne faisait pas l’unanimité parmi les avocats non plus. En raison d’une personnalité pour le moins clivante et aussi parce que nous sommes un peu jaloux les uns des autres sous nos belles robes. Néanmoins, personne ne pourrait mieux symboliser notre robe justement. Les procès qu’elle a portés ont marqué l’histoire de l’oppression, du colonialisme, du féminisme. L’Histoire donc.

    Et même la petite histoire des avocats. L’indépendance était une des luttes de Gisèle Halimi qui en a fait directement bénéficier les avocats, et donc la société entière. Au bénéfice d’une loi de 1982, dont elle était rapporteure, Gisèle Halimi réforme le serment des avocats en supprimant l’emprise du politique qui les muselait jusqu’alors puisqu’ils juraient de « respecter les autorités publiques » ainsi que de « ne rien dire ni publier de contraire aux règlements […] et aux bonnes mœurs ». Les défenseurs jurent désormais d’exercer dans le respect des vertus cardinales sans autres références qui lient leurs mains ou leurs mots.

    Où étaient les ex-bâtonniers, les grands avocats ?

    Et pourtant, à l’heure où le féminisme triomphe, au moins en apparence, seul l’actuel bâtonnier de Paris s’est rendu aux obsèques. Mais où étaient donc les autres ? Depuis l’élection de la première femme bâtonnier en 1998, douze bâtonniers se sont succédé, comprenant trois femmes parmi eux. Les trois femmes élues se sont déplacées rendre un dernier hommage mais aucun homme, à part le bâtonnier en place, convention oblige.

    Si le mois d’août explique quelques absences, on imagine aisément que les avocats masculins de renom se seraient bousculés si la profession avait perdu un des leurs.

    La place réservée à Eric Dupond-Moretti est d’ailleurs restée désespérément vide durant l’office. Nous sommes une profession de tradition, de mémoire que nous transmettons par nos mots dans les prétoires. Gisèle Halimi habite autant les Palais de justice que Jacques Vergès, Robert Badinter ou Henri Leclerc. Ses mots ont résonné de ses luttes et ont marqué notre histoire commune de défenseur. Parce qu’elle était avant tout une combattante des libertés.

    Une combattante pour les libertés

    Que les confrères masculins ne se reconnaissent pas dans son féminisme, c’est regrettable car elle les y incluait sans cesse et que son combat recouvrait tous les types d’oppression. Passons. Mais comment ne saluent-ils pas l’ensemble de ses luttes pour la liberté, l’Algérie, Burgos ou la Palestine ? C’est à s’interroger sur la puissance du mépris pour le combat féministe qui entacherait tous les autres. Les déserteurs d’obsèques ont-ils pensé que c’était une histoire de femmes pour ne pas dire de bonnes femmes ?

    Il semble qu’il n’y avait pas de juges non plus pour rendre ce dernier hommage, signant une fois de plus cette rupture alors que nous faisons histoire commune. J’aurais souhaité les voir se lever pour lui rendre ce qu’elle a fait toute sa vie : se lever à l’arrivée des juges dans le tribunal. Elle me disait souvent qu’il était anormal d’ailleurs d’avoir à se lever en signe de respect à l’arrivée des magistrats, alors, disait-elle, « qu’à ce moment-là, on ne sait pas encore si le tribunal est respectable ». Elle a cherché des ponts entre les magistrats et ceux qu’elle défendait – c’est notre métier. Elle a cherché des ponts entre les victimes et les agresseurs – sa conception de la justice ne passait pas par la case prison. Elle a cherché des ponts entre les femmes et les hommes – c’était sa conception du féminisme. Le pont avec une génération de confrères « d’avant » semble avoir échoué. Mais le pont qui compte, c’est celui de la génération suivante.

    Laure Heinich (avocate)

     

    SOURCE : https://www.nouvelobs.com/societe/20200809.OBS32005/tribune-absences-choquantes-aux-obseques-de-gisele-halimi.html?fbclid=IwAR2KIrbAJgHju0jAh265EBJ--7RiahlUlH0L5_1P4sWaY186dIq91D6rjGA

     

    Tu as raison Henri Pouillot d'écrire : "Une honte à notre gouvernement, mais notre président peut se permettre de donner des leçons aux Libanais..." 

     

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