• Claude Lanzmann, mort d'un juste *** Claude Lanzmann est la guerre d'Algérie

     

     

    Claude Lanzmann, mort d'un juste

    Claude Lanzmann, mort d'un juste ***

    Le cinéaste, philosophe, écrivain et journaliste aux vies multiples, est décédé ce 5 juillet à l'âge de 92 ans, laissant une œuvre monumentale : "Shoah". Ses nombreux amis perdent un repère intellectuel et un passeur de mémoires.

    C’est son éditeur Gallimard qui a informé les médias, précisant que l’auteur du Lièvre de Patagonie "était très, très, faible depuis quelques jours" et que l'écrivain avait été transporté à l'hôpital Saint-Antoine où son décès a été constaté.

    C’est peu dire que la vie de Claude Lanzmann fut multiple. Juif et résistant, il avait été journaliste et directeur de la revue Les Temps modernes, revue fondée par Jean-Paul Sartre, dont il fut un proche. Ami et amant de Simone de Beauvoir, il était devenu célèbre pour son monumental documentaire Shoah, une œuvre de neuf heures (à laquelle il donna des suites), récit épuré de l’élimination des juifs d’Europe par les nazis. Lanzmann était connu pour son caractère intransigeant, ce qu’il expliquait ainsi : "Si je suis irréductible, c'est par rapport à la vérité. Quand je regarde ce que j'ai fait au cours de ma vie, je crois que j'ai incarné la vérité. Je n'ai pas joué avec ça."

    Claude Lanzmann rejoint son frère Jacques, célèbre écrivain, scénariste et parolier disparu en 2006 et son fils Félix, qu’un cancer avait emporté, au grand désespoir de Claude Lanzmann, en janvier 2017.

    "La mort ne va pas de soi. Moi, je ne suis pas du tout pour la mort. Je crois toujours à la vie. J'aime la vie à la folie même si elle n'est pas le plus souvent marrante", avait-il confié récemment à un journaliste de l'AFP.

     

    De son témoignage au "procès Jeanson"

     au film "Tsahal"

    Claude Lanzmann, un engagement anticolonialiste et ses limites

    Claude Lanzmann, né le 27 novembre 1925 et mort le 5 juillet 2018, restera comme le réalisateur du film fondamental, « Shoah », consacré à l’extermination des Juifs d’Europe par les nazis. Dès 1952, il a collaboré à la revue « Les Temps modernes » et s’est engagé en faveur de la lutte d’indépendance du peuple algérien. Il a signé le « Manifeste des 121 » en faveur du droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie et témoigné au « procès Jeanson ». En même temps, il était « viscéralement attaché » à l’Etat d’Israël, au point de ne pouvoir porter un regard critique sur ses pratiques coloniales.

    Après avoir combattu très jeune dans un maquis de la Résistance, Claude Lanzmann a soutenu la lutte d’indépendance des peuples colonisés, en particulier du peuple algérien. Signataire, en septembre 1960, du « Manifeste des 121 », « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », il a fait partie des dix personnes qui ont été inculpées pour l’avoir signé. 

    Il a témoigné lors du « procès Jeanson » ouvert à Paris, le 6 septembre 1960, devant le tribunal permanent des forces armées, dans la salle de la prison du Cherche-Midi où avait été condamné Alfred Dreyfus. Etaient jugés, en même temps que six algériens, dix-neuf membres du réseau de soutien au FLN coordonné par le philosophe Francis Jeanson, arrêtés à partir de février 1960. Leurs avocats avaient demandé le 14 septembre l’audition d’un certain nombre de signataires du « Manifeste des 121 » pour qu’ils expliquent au tribunal pourquoi ils avaient justifié des actes tels que ceux reprochés aux accusés. Claude Lanzmann y a déposé le 21 septembre, témoignant notamment en faveur de l’un des inculpés, Jean-Claude Paupert, qu’il connaissait depuis leur adolescence. Paupert avait fait la guerre d’Algérie puis s’était engagé ensuite dans le soutien au FLN.  

    En même temps, Claude Lanzmann était « viscéralement attaché » à l’Etat d’Israël, au point de ne pouvoir porter un regard critique sur les pratiques coloniales dans lesquelles l’occupation des territoires palestiniens occupés après 1967 l’a plongé. Il ne séparait pas l’Etat d’Israël de la tragédie de la Shoah. Ne voyant pas que le projet sioniste dans les dernières années du XIXe siècle proposait non seulement un refuge à des persécutés mais s’inscrivait aussi dans le contexte de l’idéologie coloniale européenne qui a continué à marquer une partie des mentalités et de l’histoire de cet Etat. Son film « Tsahal », réalisé en 1994, a donné prise, sur ce point, à de sérieuses critiques.  

    « Tsahal », réalisé par Claude Lanzmann

    On n’aime pas

    Critique parue dans l’hebdomadaire Télérama lors de la sortie en salle de ce film de Claude Lanzmann, le 12 novembre 1994,
    par Vincent Remy,
     source 

    Avec « Shoah », Claude Lanzmann avait réalisé un film à la fois indispensable et sans appel. Indispensable, comme tout ce qui étaye la mémoire du génocide juif ; sans appel, du fait de sa méthode : pas d’images d’archives, pas de reconstitution, mais la force, irréfutable du témoignage et de la confrontation entre interviewer et interviewés. Grâce à cette méthode, Lanzmann avait trouvé l’image juste.

    « Shoah » apparaît comme une œuvre unique. De fait, on a oublié que ce film était le deuxième volet d’un travail entamé avec « Pourquoi Israël ? » En revanche, « Tsahal », troisième volet de la trilogie, ne passera pas inaperçu. Parce qu’il arrive après l’admirable « Shoah ». Mais, surtout, parce que cet ordre chronologique ne doit rien au hasard : Lanzmann considère qu’Israël a été engendré par la Shoah. En posant l’armée israélienne (Tsahal) comme condition de l’existence d’Israël, il s’interdit — et nous interdit — tout regard critique sur elle.

    De la Shoah à Israël, et d’Israël à Tsahal, la filiation est établie par un travail de montage : les premières images de Lanzmann sont pour les tombes des jeunes soldats morts pendant la guerre de 73. C’est cette guerre que Lanzmann choisit de mettre en avant et, plus précisément, ses toutes premières heures, où le sort d’Israël fut réellement menacé. Et ce sont les rescapés des bunkers du canal de Suez qui témoignent.

    Parce que ces officiers, enfants des victimes de la Shoah, sont les survivants d’une « autre » extermination possible, qu’ils n’avaient pas, pour la plupart, la vocation des armes et que leur discours, intelligent et émouvant, échappe à l’habituelle rhétorique militaire, on leur est tout acquis. Et c’est en s’appuyant sur cette sympathie que Lanzmann nous emmène dans une entreprise, d’abord ennuyeuse, puis déplaisante.

    Photo 

    L’ennui, tout d’abord. Obnubilé par sa démonstration — Tsahal n’est pas une armée comme les autres —, Lanzmann s’attarde une demi-heure sur la fabrication du tank Markava, le nombre de blindages, l’épaisseur des tôles, son incomparable supériorité sur tous les chars du monde, et le fait qu’on s’y sent « comme à la maison ». Sur la lancée, on visite une école de l’armée de l’air, où les futurs pilotes d’hélicoptère ressemblent tristement aux pilotes d’hélicoptère du monde entier : cette fois, c’est Top Gun, sans les femmes (car, curieusement, dans ce documentaire très viril, Lanzmann occulte presque ce particularisme, réel celui-là, de l’armée d’Israël : la présence des femmes).

    Les raccourcis déplaisants, maintenant. Tsahal, une armée pas comme les autres : est-ce pour cela que Claude Lanzmann filme le général Ariel Sharon, tel un patriarche de la Bible au milieu de ses moutons — l’image n’est pas innocente ! —, sans une question un tant soit peu critique sur son rôle dans la guerre du Liban ? Est-ce pour cela qu’il expédie cette guerre, à peine évoquée au détour d’une phrase ?

    Il lui était impossible, en revanche, d’échapper à la question des territoires occupés. Admettre que Tsahal, armée d’occupation, ait pu être, comme toutes les armées d’occupation, conduite au pire ? Lanzmann ne s’y résout pas. Certes, il montre les fouilles humiliantes subies par les Palestiniens. Mais il se refuse à porter la contradiction à ses interviewés : d’où il ressort finalement que c’est parce que Tsahal est Tsahal qu’il n’y a pas eu davantage de victimes parmi les jeunes Palestiniens.

    Ce n’est que dans les toutes dernières minutes de son film que Lanzmann retrouve son talent de contradicteur. Mais il a déplacé le sujet, et la cible, civile, est facile : un colon des territoires occupés, aux propos tellement caricaturaux qu’il constitue le bouc émissaire idéal. Ariel Sharon, grand ordonnateur de la colonisation des territoires, peut garder ses moutons tranquille…

    Les cinq heures de « Tsahal », finalement, témoignent d’un syndrome attristant. La seule fois où Lanzmann s’adresse à un Arabe de Gaza, père de dix enfants, c’est pour demander, sur un ton qui se veut amical : « Pourquoi fait-il autant d’enfants ? » Question accablante. Et qui le devient encore plus lorsque, quelques instants plus tard, Lanzmann donne l’accolade au colon qui vient de nier l’existence possible des Palestiniens sur cette terre.

    On sort accablé, en effet. Ni l’interview de l’écrivain David Grossman, ni celle d’un avocat des droits de l’homme ne dissipent le malaise. D’autant — on en est convaincu – que cette glorification de la force militaire ne reflète pas la diversité et les contradictions que tolère et suscite la société israélienne. 

     

    Claude Lanzmann

     et la guerre d'Algérie 

    La disparition de Claude Lanzmann amène les commentateurs à évoquer son passé de résistant et son grand film sur la Shoah.
    Mais il a aussi été un ardent opposant à la guerre d'Algérie comme en témoignent :
    - le livre Le droit à l'insoumission (le dossier des 121) où il apparaît comme signataire du manifeste et témoin déposant au procès du réseau Jeanson.
    - le film sur les "121" réalisé par Mehdi Lallaoui dans lequel il intervient longuement.
    (Film mis en ligne sur mon espace dailymotion ici) :

    Amitiés
    Hubert Rouaud

     

    Claude Lanzman s'exprime

    - à 25 mn 30 sec de la vidéo

    - puis à 32 mn 20 sec

    - et enfin à 45 mn 43 sec

     

    Merci d'arrêter la vidéo appelée

    "Le manifeste des 121" lorsqu'elle se termine

    parce que d'autres vidéos sans rapport suivent...

     

     

     

    « Emmanuel Macron, premier président à ne pas avoir effectué de service national envisage de le rétablirCédric Herrou : « C’est important pour l’avenir de notre France » C’est la mienne aussi Cédric !!! »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    2
    Samedi 7 Juillet à 13:10
    Dommage que Claude Lanzman soit par ailleurs un inconditionnel d’etat colonisateur israélien, lui qui est un grand citoyen français...J’espère que Liberman ne va pas s’accaparer cette noble figure antifasciste !
    « Il n’y a rien de nouveau à l’ONU. Il est bon que les États-Unis soient le phare moral qui nous éclaire dans l’obscurité »,
    1
    Vendredi 6 Juillet à 11:29

    A propos du Manifeste des 121 on peut lire l'article que j'ai mis en ligne sur mon blog. Lien :

    http://cessenon.centerblog.net/6572711-le-manifeste-des-121A propos du Manifeste des 121 on peut lire l'article que j'ai mis en ligne sur mon blog.

     

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter