• COLLABORATION 1989, FIN DE CAVALE EN SOUTANE POUR PAUL TOUVIER

    COLLABORATION

    1989, FIN DE CAVALE EN SOUTANE

     POUR PAUL TOUVIER

    COLLABORATION 1989, FIN DE CAVALE EN SOUTANE  POUR PAUL TOUVIER

    Nourri et logé pendant 40 ans par une faction traditionaliste de l’Église, gracié par le président Pompidou, l’ex-milicien, arrêté le 24 mai 1989 à Nice, est le premier Français condamné pour « complicité de crimes contre l’humanité ».

    Portant Lacroix (!) comme pseudonyme, l’ancien chef milicien à Lyon est arrêté au prieuré Saint-Joseph, un ensemble immobilier (chapelle, couvent, jardin) au cœur du Vieux Nice, concédé en 1987 par la municipalité Médecin à la Fraternité Saint-Pie-X, constituée par l’évêque « traditionaliste » Marcel Lefebvre.

    Dans cette planque, Paul Touvier, à 74 ans passés, pouvait se sentir comme un ange (1) dans la célèbre baie. En 1989, Nice, jumelée avec Le Cap (Afrique du Sud), capitale de l’apartheid, est choisie par le FN pour y tenir l’année suivante son premier congrès national, qui aura comme invité d’honneur un ancien SS, Franz Schönhuber. Nice fut aussi, selon le vœu de Pétain, la « fille aînée de la Révolution nationale ». C’est dans ses arènes antiques de Cimiez que, le 22 février 1942, est porté sur les fonts baptismaux le Service d’ordre légionnaire (SOL), une organisation paramilitaire dévouée au maréchal. Elle est dirigée par Joseph Darnand (2), qui, en janvier 1943, fondera la Milice, sinistre police chargée de combattre la Résistance.

    Élevé dans le culte du royaliste Charles Maurras

    En chemise kaki et béret bleu, mille légionnaires font le serment de « lutter pour la civilisation chrétienne, contre le bolchevisme, la lèpre juive et la franc-maçonnerie ». Un programme qui convient parfaitement au jeune Touvier, né en 1915 dans une famille catholique et élevé dans le culte de l’écrivain royaliste Charles Maurras, pour qui la victoire allemande de mai 1940 est « une divine surprise ». Pour le modeste employé de gare, en mal d’ascension sociale après avoir raté son entrée au séminaire, ce contexte tragique de la défaite offre aussi l’opportunité d’entamer une carrière de gangster sous couvert de militantisme politique. Démobilisé à Chambéry, il adhère dès octobre 1940 à la maréchaliste Légion française des combattants, puis, en 1942, au SOL, dont il devient le secrétaire général pour la Savoie. Remarqué par Darnand pour son zèle policier, il est bombardé, fin 1943, chef du 2e service (renseignement et répression) de la Milice, d’abord pour Chambéry, puis à partir de janvier 1944 pour toute la région lyonnaise. Son quotidien de flic au service de la Gestapo est fait de rackets de prisonniers et de pillages dans des logements réquisitionnés appartenant à des juifs. Et il est impliqué dans l’arrestation suivie de l’assassinat, en janvier 1944, de Victor Basch, fondateur de la Ligue des droits de l’homme, et de son épouse Hélène, tous deux octogénaires, ainsi que dans l’exécution de sept otages juifs qu’il a personnellement sélectionnés.

    À la Libération il prend la fuite, les poches pleines, avec l’aide de l’abbé collabo Vautherin, fondateur de l’ordre des Chevaliers de Notre-Dame, un groupement de scouts anticommunistes. Recrutant après guerre parmi les nostalgiques des croisades, c’est cette même secte qui prendra en charge l’ex-milicien durant ses derniers mois de clandestinité. Dans l’intervalle, bien que condamné à mort par contumace, à Lyon en 1946 et à Chambéry en 1947, le « chef Paul » a bénéficié de la protection d’une partie de la hiérarchie catholique. Autant d’ailleurs par « connivence idéologique » que par application du droit d’asile, ainsi que le soulignent les conclusions de la commission d’historiens formée, en juillet 1989, par l’archevêque de Lyon, Mgr Decourtray.

    La commission épingle entre autres Mgr Rodhain, fondateur du Secours catholique, qui a fourni une aide financière mensuelle à la famille Touvier. Elle établit la (longue) liste des abbayes, monastères et autres chartreuses de diverses obédiences qui ont offert un abri au criminel antisémite, souvent déguisé en curé, ainsi que celle des associations religieuses et des nombreux mitrés qui se sont « mis à son service ». Parmi ces derniers, Mgr Duquaire, ancien secrétaire du cardinal pétainiste de Lyon Mgr Gerlier, puis, au Vatican, du cardinal Villot, qui réussit, en 1971, à convaincre Georges Pompidou d’accorder sa grâce présidentielle au fuyard. Lequel, dès lors, revient tranquillement habiter, en famille, à Chambéry !

    Révélée par l’Express, cette infamie se retourne contre Touvier, obligé de replonger dans la clandestinité après le dépôt de plaintes pour « crimes contre l’humanité ». En 1979, une nouvelle instruction est ouverte. L’enquête est confiée à la gendarmerie nationale, plutôt qu’à la police, qui, en 1947, avait laissé s’échapper le condamné à mort, après l’avoir interpellé à Paris à la suite du cambriolage d’une boulangerie !

    C’est en pistant une certaine Geneviève P., ancienne secrétaire de l’abbé Duben (lequel avait remarié Touvier en 1947) en lien avec le Secours catholique et les Chevaliers de Notre-Dame, que le gendarme Recordier a pu, après plusieurs années de traque, mettre fin à la cavale de Touvier, le 24 mai 1989, à Nice. Ce dernier, finalement jugé et condamné, est mort d’un cancer à la prison de Fresnes, le 17 juillet 1996.

    Auteur de Nice. Un siècle d’histoire populaire, 1860-1960, Gilletta, 2017. (1) Poisson apparenté au requin. (2) Entrepreneur à Nice, ministre de l’Intérieur en juin 1944, fusillé le 10 octobre 1945.

    Philippe Jérôme

    SOURCE : https://www.humanite.fr/collaboration-1989-fin-de-cavale-en-soutane-pour-paul-touvier-672981

    COLLABORATION 1989, FIN DE CAVALE EN SOUTANE  POUR PAUL TOUVIER

    PAUL TOUVIER, L’INCOMPRÉHENSIBLE

    GRÂCE PRÉSIDENTIELLE

    En 2017, après moults atermoiements, François Hollande vient de faire usage de son droit de grâce pour obtenir la libération de Jacqueline Sauvage sous une pression populaire, disons-le, assez compréhensible. Qu’un homme, dans la France d’aujourd’hui, bénéficie d’un tel pouvoir, reste un phénomène assez curieux. Et, pour cause, le droit de grâce a déjà été utilisé à des fins biens moins humanistes. En 1971, le président Pompidou gracie, en catimini, Paul Touvier, milicien zélé responsable de la mort de plusieurs juifs pendant la seconde guerre mondiale. Un scandale, qui finira par se retourner contre le bénéficiaire de cette grâce.

    Deux condamnations à mort 

    Dans la France des années 70, les conférences de presse du président de la République sont des événements politiques majeurs. Ce 21 septembre 1972, en toute fin de conférence, le président Pompidou doit répondre à une question délicate. Il est question d’une grâce accordée un an plus tôt à Paul Touvier, milicien dévoué à la cause nazie, qui s’est rendu coupable de la mort d’au moins 7 personnes, en représailles de l’assassinat, en 1944, par les résistants, du ministre de l’information de Vichy et chef de la milice, Philippe Henriot. Les crimes dont Touvier est accusé sont terribles : les sept personnes assassinées l’ont été parce que juives, et uniquement pour cette raison. 

    Dès la libération de la France, Touvier devient l’une des personnes les plus recherchées du pays. Il est arrêté une première fois, mais s’évade. Il est condamné à mort à deux reprises, en 1946 et en 1947, par contumace, car il n’a pas été retrouvé. Comment expliquer, alors que la culpabilité de Touvier est avérée et que les témoignages à son encontre sont accablants, que Georges Pompidou use de son droit de grâce pour venir en aide à cet homme ?

    Un réseau de soutiens puissants, proches du Vatican 

    De 1944 à 1971 (année de la grâce), Paul Touvier se fait très discret. Et quel meilleur endroit pour se cacher en France que les églises, les presbytères et les monastères ? Qui viendra le trouver en ces lieux ? Pendant près de 30 ans, Paul Touvier et sa famille ont bénéficié du soutien actif de religieux. Sa trace est ainsi retrouvée à l’archevêché de Lyon ou encore au monastère de la Grande Chartreuse, près de Grenoble. Partout, il est accueilli et son secret est respecté.

    Un livre publié en 2016 (L’affaire Touvier : quand les archives s’ouvrent, B. Vergez-Chaignon, Flammarion) lève un bout du mystère sur cette cavale. Paul Touvier est proche de Monseigneur Charles Duquaire, bien implanté dans l’Eglise catholique lyonnaise, et proche du cardinal Jean-Marie Villot, un des hommes les plus influents et controversés du Vatican, qui présida notamment le conclave de 1978. Preuve de sa réputation sulfureuse, des rumeurs persistantes le mettent en cause dans la mort suspecte du pape Jean-Paul Ier, un mois seulement après son élection, mais c’est une autre histoire.

    Rencontres secrètes à l’Elysée 

    Le procès de Paul Touvier, qui se tiendra finalement en 1992, ont aussi démontré le rôle clé de la cheffe de cabinet de Pompidou, Anne-Marie Dupuy, dans la décision du président de gracier Touvier. Elle rencontre à plusieurs reprises Charles Duquaire à l’Elysée pour parler du cas Touvier. Jusque-là, rien d’anormal, en tant que cheffe de cabinet, elle est chargée de traiter les demandes spéciales adressées au président.

    Elle affirmera, plus tard, s’être laissée attendrir par le tableau dramatique qui lui était fait de la situation de la famille Touvier, et plus particulièrement des enfants, prétendument cachés dans des caves, ne mangeant pas à leur faim, et souffrant d’une situation qu’ils n’ont pas choisi. Vraie raison ou pas, toujours est-il qu’elle parvient à convaincre Pompidou d’accorder la grâce.

    Une précision tout de même sur cette grâce : en 1971, les condamnations à mort de Touvier ne sont plus valables car les faits sont prescrits par la loi. La grâce lève, en fait, l’interdiction de séjour du milicien en France et lui donne le droit de toucher un héritage.

    Mais, le mal est fait. Preuve qu’on n’est pas très fier à l’Elysée de la décision, la grâce n’est pas rendue publique, même pas publiée au Journal Officiel. Un an plus tard, un journaliste ose poser la question à Pompidou au cours d’une conférence de presse. Pompidou, mal à l’aise et un brin agressif, se perd dans des explications peu claires et laisse grande ouverte la porte du scandale, dans laquelle vont s’engouffrer les médias et l’opinion publique.

    Voici la vidéo de l’intervention, un brin gênante, de Pompidou :

    Chasse à l’homme 

    COLLABORATION 1989, FIN DE CAVALE EN SOUTANE  POUR PAUL TOUVIER

    Touvier avant-après

    Dès qu’elle est connue, la grâce de Touvier produit l’effet inverse. Des plaintes sont déposées contre lui pour « crimes contre l’humanité », des faits qui, eux, ne peuvent être prescrits et qui peuvent donc amener à nouveau Touvier devant les juges.

    La famille Touvier repart en cavale, bénéficiant une nouvelle fois de l’aide de ses – décidemment très fidèles – amis au sein de l’Eglise. Anecdote révélatrice : pour célébrer la grâce présidentielle, les Touvier avaient été invités à passer quelques jours de vacances au… Vatican.

    Au terme de cet interminable tour de France des abbayes, Touvier est arrêté en 1989 à Nice, dans un prieuré. Il sera jugé en 1992. Anne-Marie Dupuy, la cheffe de cabinet se repentira, et le rôle de certains hommes d’églises éclatera au grand jour. Touvier meurt en prison en 1996, après 7 ans de détention, à 81 ans. François Mitterrand, lui-même soupçonné de complaisances à l’égard du régime de Vichy pendant la guerre, lui refusera deux grâces pour des raisons médicales. Pas fou…

    SOURCE : http://echosdu20eme.com/paul-touvier-lincomprehensible-grace-presidentielle/

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 4 Juin à 09:03

    Eh bien cette affaire Touvier illustre gravement la position de divers échelons de la hiérarchie de l'Eglise catholique. Quant à Pompidou elle fait état d'une certaine collusion avec le passé de plusieurs hommes de droite !

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