• Coup de coeur ! La blessure - Jean-Baptiste NAUDET

     

    Coup de coeur ! La blessure - Jean-Baptiste NAUDET  

    La blessure 

    Jean-Baptiste NAUDET 

    Editions de l’Iconoclaste – Août 2018 

    304 pages 

    Rentrée littéraire 2018

    Jean-Baptiste Naudet raconte comment il est devenu fou et c'est très fort

    Jean-Baptiste Naudet, grand reporter au "Nouvel Observateur". (©Stephane Remael)

     

    Grand reporter au service international de L’Obs après avoir été journaliste au Monde, Jean-Baptiste Naudet a couvert une dizaine de conflits, de la Yougoslavie à la Tchétchénie, de l’Irak à l’Afghanistan. Spécialiste de l’Europe de l’Est, des Balkans et du Caucase, il a été correspondant à Bucarest, Zagreb et Moscou. Il est diplômé en lettres de la Sorbonne, de l’École supérieure de journalisme de Lille et en relations internationales de Sciences Po Paris. La Blessure est son premier roman.

    Dans "la Blessure", le camarade Naudet parle de sa mère, de la guerre d'Algérie, de ses cauchemars. Chapeau, camarade.

    C'est une histoire de guerre, une histoire d'amour, une histoire de fou. Le fou, c'est notre camarade Jean-Baptiste Naudet, ce grand reporter rigolard et si brillant qui a vu, en Tchétchénie, «des corps de femmes carbonisés qui serrent leurs bébés en charbon contre elles». L'amour, c'est celui qui unissait sa mère à son premier fiancé, un jeune sergent mobilisé en Algérie. La guerre, c'est cette «guérilla sans nom», cette «connerie» dénoncée par Prévert, qui a tué le sergent Robert Sipière, à 20 ans, dans le djebel kabyle.

    Pour savoir quelle vieille blessure secrète a fait basculer sa mère «dans ses ténèbres» quand lui-même avait 16 ans, pour comprendre ce qui l'a rendu fou à son tour, pour cerner ce qui l'a poussé à devenir reporter de guerre, Naudet a un jour noté sur un «cahier de brouillon ‘‘supérieur''»: «Carnet de reportage sur moi-même».

    De ce reportage au bout de sa nuit, il a rapporté la bouleversante correspondance amoureuse de sa mère, un récit accablant sur la criminalité en uniforme, et cette confession saisissante, fiévreuse, animée d'une lucidité terrible, qu'on ne peut lire sans frémir. Respect et amitié, Jean-Baptiste.

    Les témoignages des lecteurs

    C’était un soir de juillet. Celui de la présentation de la rentrée littéraire des Editions de l’Iconoclaste. Un grand bonhomme, avec des blessures plein le cœur, qui effleuraient le bord de ses yeux est venu me parler, là, sur le trottoir, du roman qu’il allait présenter dans quelques instants.  Avec des mots chargés d’une émotion épidermique…  Et puis…  Et puis, il y a eu LE moment : celui, où, dans un silence absolu, il a dit….  Il, c’est l’auteur,  Jean-Baptiste Naudet.    Il a dit.  Et il l’a fait avec tant et tant de sincérité et de fragilité que j’ai senti mon cœur  se serrer fort, fort, fort.  Et mes joues se mouiller. 

    La blessure raconte à la fois l’amour et l’horreur.   C’est l’histoire de Danielle, la maman de Jean-Baptiste, et de Robert, son premier fiancé, envoyé comme bien d’autres, de l’autre côté de la Méditerranée, lors de la guerre d’Algérie.  C’est le récit de cette épine qu’elle, jeune fille amoureuse, avait gardée plantée dans le cœur depuis la mort de ce grand Amour.  Un amour perdu en Kabylie, et qui la portera aux confins de la folie, au bord d’un gouffre . Il faut croire que certaines échardes sont génétiques… Les gouffres de la raison aussi. 

    Vingt ans, c’est l’âge pour vivre, pour rire, pour aimer, pour s’aimer.  Pas celui pour mourir dans une guerre qui dépasse l’entendement. 

    Jean-Baptiste Naudet a découvert, après avoir touché lui-même le fond du cloaque, après avoir vécu les charniers, les guerres, l’odeur de la mort, ce secret qu’il  pressentait sans pouvoir le nommer.  Celui qui faisait que sa mère était devenue folle de désespoir, celui qui l’avait poussé lui-même à affronter des démons hurlants jour et nuit.  Des années après le décès de Danielle, Jean-Baptiste a appris l’existence de la correspondance flamboyante d’amour entre ces deux jeunes gens à qui l’avenir souriait… 

    Mais « quelle connerie, la guerre, Barbara » 

    L’auteur nous livre avec une pudeur inouïe leurs échanges, leurs mots, leur tendresse, leurs promesses, leurs « je t’aime ». 

    « … Je sais encore le son de ta voix, mon amour, et le ciel de tes yeux, et le cœur de ton corps ». 

    Le roman est un écho : celui de trois voix. Celle de Danielle,  celle de Robert, et celle de Jean-Baptiste. 

    Il est splendidissime, il me faudrait des pages et des pages, des lignes et des lignes pour retranscrire mes émotions.  Il vous prend aux tripes.  Il est à l’image de son auteur, avec ses grandes mains, ses yeux pleins de brume et de cicatrices. 

    La Blessure est un hommage magnifique et lumineux à l’Amour, à sa mère, à tous les Algériens, à tous les Kabyles, à toutes les victimes qui continuent de tomber, tous les jours. 

    Oh Barbara, quelle connerie la guerre ! 

    Emaillé de références poétiques à des auteurs qui me touchent tout particulièrement, comme Prévert, Rimbaud, Apollinaire, Hugo, ce roman est beau. Oui, beau. Et fort. Et étoilé.  C’est un plaidoyer pour la Paix. En outre, il interroge, à juste titre, sur ce que la parentalité implique comme transmission, ces blessures que l’on donne sans même sans rendre compte. 

    Je ne vous en dirai pas plus, parce qu’il FAUT que vous le lisiez, que vous avaliez ces mots, que ces odeurs, ces fêlures, vous imprègnent aussi. 

    « Je me souviens et je pleure. Maman, c’est toi qui avais raison, quelle connerie la guerre… Et je n’ai jamais rien compris. Rien  à rien Maman… » 

    La guerre est une bombe à retardement. Non seulement, elle blesse, fracasse et tue de jeunes hommes partis, le cœur vaillant, la tête pleine de souvenirs charnels à peine effleurés. Mais elle s’immisce aussi dans la tête et le cœur de celles et ceux qui sont restés au pays, blessant plusieurs générations.

     « Au pays qui te ressemble ! »
    (Baudelaire)

    Robert Sipière, vingt ans à peine, part faire son service militaire en Algérie. On lui a promis le paradis kabyle, il trouvera un bourbier sanglant où, aveuglés par la peur et la haine, les soldats enchérissent sur la violence, des scènes de guerre macabres à faire gerber les « bleubites ».

    Danielle, celle qu’il n’a serrée dans ses bras qu’une fois dans la mousse des forêts, est son seul lien avec l’humanité, sa raison de tenir jusqu’à la quille. Un lien épistolaire, une bouffée d’amour et de réconfort.

    L’amour et les guerres fascinent et obsèdent. Les « mauvais garçons » aiment les jeux mortels. Fous de guerre, fous de la guerre.

    Jean-Baptiste Naudet, correspondant de guerre, se brûle les ailes au souvenir du premier amant de sa mère. Comme lui, il connaîtra l’horreur des champs de bataille au Cambodge, au Rwanda, en Tchétchénie ou ailleurs. Comme elle, il vivra la noirceur des hôpitaux psychiatriques.  La guerre tue toute innocence.

    Son témoignage, porté par la correspondance entre sa mère et Robert, sa perception de la guerre, fantasme de la puissance absolue sont d’une portée lumineuse, d’une sincérité touchante.

    Accompagnés de Prévert, Hugo, Baudelaire, Rimbaud ou Barbara, les mots de l’auteur sont un vibrant hommage à Robert Sipière et Danielle Naudet, un récit sur la filiation mais aussi un appel à la paix, à l’amour et une demande de pardon à l’Algérie.

    « Quelle connerie la guerre ! »

    La blessure

    « La guerre, c’est la vérité de l’homme mise à nu, dans toute son horreur, dans toute sa bassesse, toute sa grandeur, toute sa beauté. »

    Danièle, la mère du narrateur perd la raison. Elle sombre dans une profonde dépression. Quand elle avait vingt ans, Robert, son fiancé est mort en Algérie lors de la guerre du même nom.

    Des années plus tard, le narrateur, est lui-même reporter de guerre et en plein questionnement sur lui, son métier, ses choix…Il est hanté par le destin du fiancé de sa mère, jusqu’à s’identifier à lui.

    Roman protéiforme, et à trois entrées, la blessure pose un regard général sur la guerre, son absurdité et ses horreurs.

    La blessure, est également le magnifique portrait d’un jeune couple promis à un avenir heureux, deux jeunes gens amoureux dont la correspondance ici intégrée au roman montre la force et l’éclat d’un amour de jeunesse brisé lors d’un conflit qui les dépasse.

    En outre, on y découvre comment Robert va "investir" ce conflit, on va appréhender son regard sur l’Algérie et ceux qu’il est sensé combattre. Robert, tout en étant un soldat loyal, a son propre ressenti, son humanité, et sa culpabilité à fleur de peau.

    Enfin, ce roman est aussi le repositionnement d’un homme, le narrateur, qui au travers de cette correspondance découvre le parcours de sa mère, "son jardin secret", "sa blessure". Sans doute que cela lui permet de comprendre son choix que d’être reporter de guerre, "l’envie d’aller au casse-pipe"

    De ce livre j’ai tout aimé ; la grandeur d’âme de Robert, la beauté  presque candide mais si profonde des amours entre Robert et Danièle ; la mise à nu du narrateur qui cherche à comprendre autant la dépression de sa mère que son propre mal-être. La force de Danièle, qui même détruite saura à nouveau aimer et reconstruira une vie.

    J’ai aimé la forme de ce roman : multiple, sur plusieurs plans ; tantôt sur le mode du "Je", tantôt sur le mode épistolaire et intime ou sur le mode plus journalistique.

    Sans oublier cette plume précise, ciselée, qui sait se faire cruelle ou violente, et à contrario tendre et câline.

    Coline Serreau lit La Blessure

     de Jean-Baptiste Naudet

    "Barbara" par Jacques Prévert

    Un poème de Jacques Prévert lu

     par Serge Reggiani

    « Quelle connerie la guerre ! » 

     

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