• D'un 7 janvier à l'autre : manipuler l'Histoire pour vendre une guerre civile... mais n’en déplaise à la fachosphère Une nouvelle guerre d’Algérie n’aura pas lieu

     

    D'un 7 janvier à l'autre :

     manipuler l'Histoire 

    pour vendre une guerre civile...

    Mais n’en déplaise à la fachosphère

    une nouvelle guerre d’Algérie

     n’aura pas lieu

    D'un 7 janvier à l'autre :   manipuler l'Histoire  pour vendre une guerre civile...  mais n’en déplaise à la fachosphère  Une nouvelle guerre d’Algérie   n’aura pas lieu

     

    La mémoire de la guerre d'Algérie, qui entrait il y a soixante ans dans une phase particulièrement violente avec la bataille d'Alger, est constamment utilisée par les sbires de la fachosphère qui veulent la rejouer dans la France des années 2010. 

    7 janvier 2017 : la bataille d’Alger a soixante ans. Le 7 janvier 1957, les parachutistes, sous l’autorité du général Massu, entament la traque des réseaux algérois du Front de libération nationale (FLN). Le colonel Trinquier met en place un quadrillage du territoire pour défaire la trame urbaine des indépendantistes. Afin de démanteler l’organisation terroriste, la torture est utilisée. 

    7 janvier 2015 : la rédaction de Charlie Hebdo est massacrée par les frères Kouachi. Le lendemain, c’est l’attaque de Montrouge, puis celle de l’Hyper Cacher. Le 11 janvier se déroule le plus grand défilé de l’histoire du pays. 115.000 militaires et policiers sont mobilisés pour assurer la sécurité, recueillant le soutien de la population.

    7 janvier 2017 : deux commémorations pour une journée, certes, mais une concordance de dates n’a jamais suffi à produire un sens historique. 

    26 juillet 2016, Saint-Étienne-du-Rouvray, Seine-Maritime : au nom de l’État islamique, deux djihadistes égorgent le prêtre Jacques Hamel, 86 ans. Une vague de colère parcourt l’opinion… sauf qu’aujourd’hui sur une révélation de Mediapart ce drame aurait pu être évité… Une enquête est ouverte par la Police des Polices…

    Sur les réseaux sociaux, chacun se déchaîne. Comme souvent, les marges expriment un sentiment qui dépasse leur état quantitatif, quelque chose qui, souterrainement, travaille l’opinion. Les semaines qui suivent voient se multiplier ces références, proférées dorénavant par des personnages plus insérés dans le jeu politique traditionnel. Boussole de la droitisation à la française, d’origine pied-noire, Éric Zemmour lâche lors d’une de ses interventions télévisuelles : «Nous sommes dans la revanche de la guerre d’Algérie.» 

    MENTEUR !!! islamophobe

    Mais, après tout, la guerre d’Algérie a-t-elle jamais pris fin ? Selon Benjamin Stora, sa mémoire s’est notamment réactivée avec «le procès Papon, en octobre 1998, [qui] a contribué à faire entrer la guerre d’Algérie dans le registre des “mises en examen” historiques: Papon, qui était à Bordeaux en 1942, a été préfet à Constantine en 1958, et enfin préfet de police à Paris au moment de la terrible ratonnade d’octobre 1961». Pour l’historien, l’année 2000 a connu une «flambée des mémoires» à propos de ce que l’on qualifiait d’«événements» et que l’Assemblée nationale a décidé en juin 1999 de nommer «guerre». Un mois avant ce vote à l’unanimité, à la suite d’un fait divers que tentait d’exploiter l’extrême droite, le ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement lâchait: «La guerre d’Algérie est finie.» Vœu pieux ? En avril 2016, lors de l’avant-première de son documentaire Les dieux meurent en Algérie, l’idéologue de la droitisation à la française, Patrick Buisson, déclarait encore: 

    «L’histoire de la guerre d’Algérie est un champ de mines, une histoire surinvestie par tant d’enjeux mémoriels, symboliques, politiques, idéologiques. [...] Aujourd’hui, certains s’interrogent: la religion et le sentiment national ne seraient-ils pas le cœur battant de l’histoire? Il n’est pas trop tard pour le comprendre. [...] On n’en a jamais fini avec la poussière des dieux morts.»  

    Retourner le couteau dans la plaie 

    Avec sa capacité à trouver dans quelle plaie il faut retourner le couteau, avec le brio qui lui permet de lier chaotiquement des thèmes disparates au profit de l’énonciation d’une vision du monde cohérente, c’est encore Éric Zemmour qui, dès le printemps 2016, a su le mieux exprimer la représentation en cours de cristallisation. Dans un article intitulé «La guerre d’Algérie n’a jamais cessé», il écrit: «Les assassinats de Charlie et de l’Hyper Cacher de Vincennes, les massacres du Bataclan sonnent le retour des méthodes terroristes qui ont ensanglanté la bataille d’Alger. Mohamed Merah a assassiné des enfants juifs à Toulouse le 19 mars 2012 pour fêter dignement les accords d’Évian.»  

    Depuis une décennie, l’entretien de la conflictualité mémorielle n’est plus réservé aux intellectuels d’une droite radicalisée. Il est devenu une production sociale où interviennent aussi bien des associations «nostalgériques» que des pouvoirs publics, comme ces municipalités du littoral méditerranéen qui perpétuent un souvenir de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) pour le moins ambivalent. Ces divers types d’acteurs sociaux ont pu puiser dans les matériaux forgés par les rapatriés d’Algérie, pieds-noirs et harkis afin d’établir leur «communauté» par-delà 1962. À rebours, comme le souligne le politiste Éric Saverese, le passé colonial voit à l’occasion des émeutes de 2005 s’opérer «avec la question sociale et le problème du chômage, son rapprochement avec les discriminations “ethniques”, ou encore sa congruence supposée avec la “crise des banlieues”, et ainsi la tentation, souvent éprouvée mais parfois problématique, de faire de la question coloniale un analyseur de presque toutes les inégalités observées aujourd’hui en France». Mais il est vrai que la question de l’Algérie hante spécifiquement les droites françaises.  

    La présence des réminiscences lointaines de la guerre d’Algérie est d’autant plus troublante que l’exécutif ne cesse de répéter que la France d’aujourd’hui est «en guerre». Or il a fallu attendre 1999 pour que la France officielle remplace l’expression «opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord» par celle de «guerre d’Algérie». L’état de guerre n’était pas formulé à l’époque, et ce qui aujourd’hui n’est pas une guerre est pourtant qualifié ainsi. Il est vrai que la déclaration de guerre officielle n’aurait guère de sens : la dernière date de 1939. Le combat contre le terrorisme n’est pas un affrontement entre deux puissances souveraines. Les réseaux comme al-Qaida et Daech allient bases territoriales et réseaux transnationaux dans le cadre de conflits asymétriques. Cependant, le propre du terrorisme est d’abolir la distinction entre guerre et paix, plaçant la société dans un état suspensif. D’où, peut-être, en nos imaginaires, ce détour algérien pour fournir une grille de lecture de cette situation particulière. 

    L'histoire ne se répète jamais 

    Si cette représentation rencontre un écho, c’est aussi parce que les années qui ont précédé l’actuelle vague terroriste ont été marquées par un changement de registre des mémoires. Alors que Vichy avait saturé les représentations mémorielles des années 1980-1990, c’est dorénavant la question coloniale qui est mobilisée pour réinterpréter le présent.  

    En revanche, l’histoire n’est pas mobilisée quand elle pourrait rationnellement servir à éclairer les enjeux présents. Depuis le 13 novembre 2015, la France retentit de débats sur la possibilité d’interner les fichés «S» et de réaliser des zones de rassemblement des djihadistes emprisonnés. Pourtant, ces problématiques sont traitées comme si elles étaient inédites. Nul partisan de tels dispositifs n’en rappelle les antécédents historiques. La loi d’état d’urgence du 3 avril 1955 permettait l’assignation à résidence de toute personne «dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité et l’ordre publics», et a abouti à réinstaurer la pratique de l’internement en France, bannie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’ordonnance du 7 octobre 1958 a autorisé l’internement des personnes dangereuses «pour la sécurité publique en raison de l’aide matérielle, directe ou indirecte, qu’elles apportent aux rebelles des départements algériens». Quatre centres d’assignation à résidence surveillée ont ainsi été progressivement installés: à Mourmelon-Vadenay (Marne), Saint-Maurice l’Ardoise (Gard), Thol (Ain) et au Larzac (Aveyron). Face aux violences des partisans de l’Algérie française, le dispositif a été étendu aux nationalistes français suspects, au motif de ce que l’on nommait alors la lutte contre «la subversion», tandis que, selon la formule de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), des «Nord-Africains condamnés pour activités antinationales» se voyaient rassemblés dans des centres spéciaux. Nous avons là tout un matériau historique dont on aurait pu imaginer qu’il puisse servir à poser une simple question: les mesures proposées sont-elles ou non efficaces pour le maintien de l’ordre public et de la paix civile? 

    Écartons tout quiproquo: l’histoire ne se répète jamais. L’Europe ne subit pas davantage le retour des années 1930 que la France ne revit les années de décolonisation. On connaît la célèbre formule selon laquelle l’histoire se répéterait deux fois: une fois comme tragédie, une autre comme farce. Elle est inexacte: l’histoire est toujours tragique, les faits sont toujours uniques. En revanche, il existe des cultures politiques et sociales dont les structures peuvent perdurer dans la longue durée et qu’il faut comprendre. Il existe des usages actuels du passé qu’il convient d’interroger pour mieux saisir ce qui travaille le présent. Il existe une problématique franco-algérienne qui demeure brûlante, car elle nécessite d’être davantage appréhendée en tant qu’objet des sciences sociales. Il existe une partie de l’opinion qui lie la période actuelle et celle de 1954-1962, à laquelle il faut répondre non pas en méprisant ses représentations, mais en recontextualisant les faits. 

    Notre propos est très largement motivé par la volonté de répondre aux affirmations d’Éric Zemmour et de ceux, nombreux, qui établissent un parallèle entre la situation actuelle et la guerre d’Algérie. Notre but n’est pas d’entrer dans le jeu de la polémique, mais de vérifier les faits. Comprendre n’est ni excuser, ni incriminer: c’est revendiquer l’usage de la raison. «La nouvelle guerre d'Algérie n'aura pas lieu», l'étude que nous publions pour la Fondation Jean-Jaurès, ne vise ni la provocation ni la conciliation. Elle veut interroger le lien complexe entre deux périodes difficiles que d’aucuns décrivent comme une phase unique. Chercher à comprendre l’articulation des imaginaires sociaux entre hier et aujourd’hui n’est pas tenter d’abolir le temps, mais essayer d’éclairer le présent alors que nos esprits sont abasourdis par son fracas.

    DE LARGES EXTRAITS SONT REPRIS DE CET ARTICLE : http://www.slate.fr/story/133415/guerre-algerie-guerre-civile 

    7 janvier 2018 : Emmanuel Macron se rendra sur les lieux des attentats de janvier 2015.  

    A l'occasion du troisième "anniversaire" des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, des commémorations sont organisées ce week-end, notamment à Paris. Le chef de l’Etat est attendu sur les lieux des attaques ce dimanche.

    Côté hommage officiel, Emmanuel Macron se rendra donc dimanche à 11h devant les anciens locaux de Charlie Hebdo pour y déposer des gerbes de fleurs, a confirmé vendredi l'Elysée auprès du JDD. Le chef de l'Etat poursuivra ces commémorations en se rendant, quelques mètres plus loin, sur le boulevard Richard Lenoir, devant la fresque en hommage à Ahmed Merabet, le policier âgé de 41 ans tué lors des attentats du 7 janvier 2015 alors qu'il patrouillait, accompagné de l'une de ses collègues. Enfin, le chef de l'Etat est attendu vers 12h à la Porte de Vincennes, devant l'Hyper Cacher qui a été la cible d'Amédy Coulibaly.

    Dimanche, Emmanuel Macron ne devrait pas prendre la parole. 

     

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