• D'une rive à l'autre, une mémoire toujours blessée FRANCE-ALGÉRIE, CINQUANTE-QUATRE ANS APRÈS

    D'une rive à l'autre, une mémoire   toujours blessée   FRANCE-ALGÉRIE, CINQUANTE-QUATRE ANS APRÈS

     

    D'une rive à l'autre, une mémoire

     toujours blessée

     FRANCE-ALGÉRIE, CINQUANTE-QUATRE ANS APRÈS

     

    Nous aurions aimé les faire se rencontrer. Jacques et Marcel, deux anciens appelés en Algérie. Belkacem et Brahim, deux anciens combattants de l'Armée de libération nationale algérienne.

    Quatre hommes aux destins croisés qui auraient pu se retrouver
    face à face. L'histoire en a décidé autrement. Il s'en est fallu de peu.

    Les années n'ont pas apaisé sa colère. « J'en veux à mort aux politiciens qui n'ont rien trouvé de mieux que la guerre pour répondre aux problèmes de l'Algérie et n'ont pas hésité à y souiller et à y sacrifier la jeunesse de leurs pays. » Ces mots, Jacques Devos les a écrits il y a quelques années dans un livre destiné à ses petits enfants. Il s'appelle « Avoir 22 ans dans les Aurès », référence au titre du film de René Vautier (1) longtemps interdit en France. Et bien sûr, cette similitude de titres en dit long sur ce que l'homme pense de cette guerre d'Algérie que les autorités françaises se sont évertuées à appeler pudiquement « événements d'Algérie » jusqu'en 1999.
    À cette date seulement, Jacques Chirac a fait coller les mots à la réalité. C'est bien une guerre que la France a menée en Algérie entre 1954 et 1962. Avec ses cortèges de malheurs, de sang et de larmes. « Cette guerre d'Algérie fut une maléfique occasion de révéler ce que nous étions en profondeur », dit aujourd'hui, lucide, Jacques Devos. Il est tout jeune instituteur quand il y est envoyé en août 1960. L'armée se méfiait un peu du jeune homme, militant de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), connue pour ses positions anti-colonialistes. Il était mis dans un même sac suspicieux avec « les cocos, les anars, les jocistes, les intellectuels et autres pacifistes de tout poil ».
    Jacques Devos passera le gros de son temps en Algérie à Ouarka, un bled des Aurès, où il demandera à diriger un groupement de harkis. Il reste persuadé que « pour la majorité d'entre eux, ce sont des raisons alimentaires qui les ont amenés à s'engager » auprès de l'armée française. Jacques Devos a « toujours la hantise de savoir ce qu'ils sont devenus ». Dans les années 70, quelques harkis entreprennent une grève de la faim à Roubaix. « Je suis allé leur rendre visite. C'était à l'étage d'une maison délabrée, au-dessus d'un café. Ils étaient là, couchés sur des lits de camp, épuisés ».

    « Le drame de tout ça... »

    Jacques Devos n'a jamais voulu rejoindre une association d'anciens combattants. Un jour, il lit un entrefilet dans La Vie Catholique. Il y est question d'un petit groupe d'anciens appelés en Algérie et de réfractaires qui se sont rassemblés dans une association 4ACG (Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre). Ils reversent leur pension d'ancien combattant pour financer des petits projets de développement en Algérie. « Cette pension, pour nous, c'est de l'argent sale. Ça fait quand même dans les 600 E par an et pour des gens qui touchent des petites retraites, c'est beaucoup » explique Jacques Devos qui avoue toujours « traîner sa nostalgie algérienne » .
    Leur présidente d'honneur est Simone de Bollardière, la veuve du général Jacques Pâris de Bollardière, compagnon de la Libération, héros de la résistance contre l'Allemagne nazie qui s'élèvera contre la torture en Algérie en 1956. Une dénonciation publique qui lui vaudra 60 jours d'arrêt.
    Marcel Jean fait partie de la Confédération paysanne et c'est par le journal de ce syndicat agricole de gauche qu'il entend parler de l'association 4ACG.
    Lui aussi s'est reconnu dans les valeurs de ses fondateurs qui, en 2004, ont rappelé que « nous les gars du contingent, nous ne disions rien et nous n'avons pas eu le courage de hurler notre désaccord au monde ». Marcel Jean trouve que « le drame de tout ça, c'est que les politiciens ont emmené des appelés là-dedans. Certains jeunes du contingent se sont conduits de façon ignominieuse quand leurs officiers laissaient faire » .

    Anciens combattants
    ou anciens combattus ?


    Jacques Devos a vécu la guerre d'Algérie dans les Aurès, Marcel Jean, lui, faisait partie du 5e bureau, chargé de l'action psychologique.
    « Il fallait pacifier... », ironise-t-il avec ce demi-siècle de recul qui n'a ni pansé les plaies ni apaisé les consciences. Ils étaient deux appelés parmi tant d'autres et savent que la guerre de l'un ne fut pas celle de l'autre. « Y'a des gars qui ont gardé trois bidons d'essence au milieu du Sahara, d'autres qui ont compté des stocks de chaussettes. Le parrain de ma fille allait au boulot tous les matins avec le journal sous le bras », raconte Jacques Devos. Et puis, il y a eu tous ceux qui ont été projetés dans le chaos et qui, à leur retour, se sont repliés sur leur silence.
    À la différence de la guerre d'Indochine où seuls des militaires de profession ont combattu, l'Algérie fut une guerre d'appelés. Aujourd'hui anciens combattants, un terme qui fait sursauter Jacques Devos : « Est-il seulement sémantiquement correct ? Ne devrait-on pas plutôt dire anciens combattus ? ». Une nuance lourde de sens et un vrai débat.  (1) Avoir 20 ans dans les Aurès, de René Vautier (1972), a reçu le prix international de la critique au festival de Cannes.

    SOURCE :  http://www.nordeclair.fr/info-locale/d-une-rive-a-l-autre-une-memoire-toujours-blessee-ia60b0n57616 

     

    « Dans la grande et belle histoire du cinéaste français René Vautier réalisateur du film " Avoir 20 ans dans les Aurès" Voici l'un de ses nombreux témoignages Martine Collet-Gamot est l’une de ces Pieds-noirs restés en Algérie, avec ses parents, jusqu’en 1965 »
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