• “De Guerre en fils”

    François Pérache, lui, a au moins compris deux choses : un même homme peut être un héros et un salaud ;  et si l’on élude le passé, il y a des risques qu’il revienne « vous exploser à la figure »… Seuls les policiers tortionnaires sont châtiés.

    “De Guerre en fils”

    “De Guerre en fils”

    Les attentats du 13 novembre 2015 ont réveillé, chez l'auteur et comédien François Pérache, le besoin de solder le passé : victime d'un attentat en 1961, son grand-père était-il un héros ou un salaud ? De sa quête de vérité, il a tiré un documentaire de six épisodes que l'on entend sur Arte radio.

    « Un officier de police, Georges Pérache, a été tué ce matin par trois terroristes nord-africains dans la XIVe arrondissement, et cela à l’heure même où, à la Préfecture de Police, on célébrait les obsèques d’un autre gardien de la paix, victime lui aussi de tueurs du FLN, Jean Demoen. » A l’heure où Jean Lanzy donne l’information sur France Inter, ce 2 octobre 1961, il ne peut pas savoir que Georges Pérache sera le dernier fonctionnaire de l’Etat français assassiné par les partisans du Front de libération nationale algérien. Quelques jours plus tard, le 17, la police de Maurice Papon réprimera dans le sang une manifestation pacifiste organisée à Paris par les partisans de l’autonomie : une tragédie en plein cœur de Paris – et une honte pour la France – qui a fait une centaine de morts. La Guerre d’Algérie, qui tait alors encore son nom, prendra fin peu après, par les accords d’Evian du 18 mars 1962.

    Ce gouffre de l’Histoire de France, François Pérache le connaît par cœur. Des années durant, l'auteur et comédien (57 rue de Varenne, France Culture) a cherché à comprendre pourquoi son grand-père avait été assassiné. Etait-il une victime innocente des « événements », lui, l’ancien glorieux résistant de la Seconde guerre mondiale ? Ou les combattants algériens l’avaient-ils ciblé à cause de ses louches activités au sein du « bureau d’assistance technique aux travailleurs nord-africains » ? Après avoir mené son enquête, François Pérache a essayé de coucher ce qu’il avait appris sur le papier. En vain. Jusqu’au 13 novembre 2015, où le bruit des balles tirées à quelques mètres de lui, sur les clients du Petit Cambodge et du Carillon, a réveillé celui, fantasmé, de celles qui ont traversé le corps de son aïeul. « En fait, le sujet m’est revenu par les oreilles », constate-t-il, perplexe. Alors il s’est remis à écrire. Fin juin à Arte radio, il enregistrait le feuilleton documentaire radiophonique De guerre en fils, que l’on entend sur la webradio.

    Dans le sixième et dernier épisode, l’historienne Sylvie Thénault reliera la petite et la grande histoire, rapprochant hier et aujourd'hui. François Pérache, lui, a au moins compris deux choses : un même homme peut être un héros et un salaud ;  et si l’on élude le passé, il y a des risques qu’il revienne « vous exploser à la figure »

    “De Guerre en fils”

    "De guerre en fils", l'enquête intime

     de François Perache

    Dans le feuilleton documentaire "De guerre en fils" sur Arte Radio, François Pérache revient sur les circonstances de la mort de son grand-père policier, abattu à Paris le 2 octobre 1961.

    17 octobre 1961, 13 novembre 2015. Deux dates, deux événements tragiques. Le lien ? Un nom : Pérache. Faute de place au Petit Cambodge, à l'automne dernier, François Pérache et deux de ses amis se retrouvent à la terrasse d'un restaurant rue Bichat. A 21h25, des rafales de kalachs retentissent avant que le silence ne se fasse. Ce soir-là et les suivants, François Pérache rêve de son grand-père paternel, Georges, officier de police assassiné le 2 octobre 1961 par des membres du FLN :

    "Ces nuits de novembre, j'ai revu sa mort et j'ai compris qu'il y avait quelque chose qui n'était pas réglé dans ma vie"

    Poussé par des amis et par Silvain Gire, responsable éditorial d'Arte Radio, ce comédien de 40 ans, passé par la com de Matignon et celle de l'Elysée, reprend l'enquête qu'il avait commencée en 2006 sur les circonstances de la mort de son aïeul : dix-huit mois de recherches et 100 pages de texte au départ destinées à la famille.

    Aujourd'hui, il y consacre "De guerre en fils", un feuilleton documentaire, coécrit avec Sabine Zovighian, de six épisodes. "Même si l'idée n'était pas de faire un portrait manichéen, le bon et le salaud", explique François Pérache, le doc donne à voir deux facettes de son grand-père : les années de gloire dans la Résistance (avec un témoignage de l'abbé Pierre), et l'autre, plus noire, au service de Maurice Papon. L'assassinat de Georges Pérache a été déterminant dans le massacre du 17 octobre 1961. "Pour un coup reçu, vous en porterez dix, vous serez couverts dans tous les cas", clame alors le préfet de police à ses troupes. Une manifestation pacifique contre le couvre-feu imposé par Papon aux Nord-Africains est organisée par la section française du Front de Libération nationale (FLN). La répression sera terrible : 200 Algériens sont tués et jetés dans la Seine.

    Tout est parti de la rencontre de François Pérache avec l'archiviste de la préfecture de Police – interprété, dans le feuilleton, par le comédien Jacques Bonnaffé. Spécialiste de la guerre d'Algérie, c'est ce dernier qui l'a poussé à se pencher sur le destin de son grand-père : "Son enthousiasme et les documents qu'il m'a donnés ont été le déclencheur de mon enquête, jusqu'à l'obsession", explique l'acteur. Le feuilleton fait intervenir le journaliste Patrick Pesnot, de France Inter, des experts, des historiens tels que Sylvie Thénault, ou le rappeur Médine qui lit son beau texte intitulé  "17 octobre".

    "La principale difficulté à laquelle je me suis heurté, c'est qu'il existe beaucoup de témoignages côté policier mais très peu côté algérien, l'histoire s'écrit toujours du côté des vainqueurs, explique François Pérache. Nous avons donc utilisé quelques courts extraits du documentaire de Jacques Panijel datant de 1961, censuré à l'époque, qui, lui, en contenait."

    "De guerre en fils" revient sur une des pages noires de l'histoire à travers une trajectoire personnelle et intime :

    "Une démarche nécessaire pour moi et pour mes proches. J'ai balayé devant ma porte, j'ai fait ma part… Je ne veux en aucun cas lier 1961 à 2015. Cela n'aurait aucun sens ni politique ni historique. Il y a juste une résonance, pas une cohérence. La fiction permet de lancer des pistes, de trouver des échos. On jette des cailloux dans l'eau, puis on voit comment les auditeurs les reçoivent. C'est encore une histoire douloureuse."

    Et terriblement émouvante.

    "De guerre en fils", feuilleton de François Pérache, sur Arte Radio, les 13 et 17 octobre (6x12 min). Arteradio.com

    Source : http://teleobs.nouvelobs.com/info-radio/20161011.OBS9655/arte-radio-de-guerre-en-fils-l-enquete-intime-de-francois-perache.html

    “De Guerre en fils”

    Si vous souhaitez écouter  "De guerre en fils" cliquez sur chacun des liens ci-dessous :

     

    “De Guerre en fils”


    « Carole Filiu et Ferhat Mouhali : l’amour pas la guerre *** Ils créent un documentaire "Ne nous racontez plus d'histoires"En avant-première des grandes commémorations qui auront lieu demain 17 octobre 2016 dans plusieurs villes et notamment à Paris au Pont Saint-Michel et à Grenoble »
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