• Décès d'Annie Steiner, militante engagée de la cause algérienne

     

     

    Décès d'Annie Steiner, militante engagée

     de la cause algérienne

    Décès d'Annie Steiner, militante engagée de la cause algérienne

    Crédit photo : D.R.


    Annie Steiner, décédée mercredi soir à l'âge de 93 ans, était une fervente militante de la cause algérienne durant la guerre d'Algérie (1954-1962), ce qui lui a valu tortures et emprisonnements.

    Née en 1928 à Hadjout (ex-Marengo), Annie Fiorio-Steiner, issue d'une famille de Pieds-noirs depuis trois générations, a appris l’arabe en cachette dès l`âge de 12 ans, à un moment où les colons méprisaient les autochtones qu'ils qualifiaient "d'indigènes".

    En tant qu'Algérienne de souche européenne, elle a pu poursuivre des études à l'université. Diplômée en 1949, elle travaille dans les centres sociaux algériens, créés par Germaine Tillion (figure de la résistance et ethnologue anticolonialiste) avec pour mission de soigner et d’alphabétiser la population. C'est là où elle se rend compte de "l'oppression et de l'injustice du colonialisme français envers le peuple algérien", avait-t-elle confié.

    N'acceptant pas le système colonial réduisant la majorité à la misère et à l'exploitation, Anne Steiner, une révolutionnaire qui place les valeurs de liberté et de justice au-dessus de tout, a ainsi adhéré au Front de Libération nationale (FLN).
    L'engagement de cette Moudjahida pour la Révolution, dès son jeune âge, lui a couté d'être abandonnée par des proches, notamment son mari parti en emmenant avec lui leurs deux enfants. Mais, pour elle, "l’Algérie valait bien plus que tous ces sacrifices !".

    Arrêtée en 1956 pour "activités subversives", entendre pour engagement en faveur de l'indépendance algérienne, elle sera condamnée à six reprises et incarcérée dans la sinistre prison de Barberousse (Serkadji), sur les hauteurs d’Alger, et au pénitencier d'El Harrach, où elle subira toutes les pressions, intimidations et tortures psychologiques et physiques des autorités coloniales.

    Au lendemain de l’indépendance, elle contribuera, au sein d'une poignée de cadres algériens, à la réorganisation de la nouvelle administration après le départ de l'encadrement français.

    Haut fonctionnaire au secrétariat général du gouvernement, elle contribuera, jusqu’à sa retraite en 1990, à la formation de dizaines de cadres de la Fonction publique algérienne.

    SOURCE : https://www.beurfm.net/news/deces-d-annie-steiner-militante-engagee-de-la-cause-algerienne-21537 

    Décès d'Annie Steiner, militante engagée de la cause algérienne

    Bernard Deschamps, homme politique et historien français

    lui rend un vibrant hommage

    Militant communiste, il a occupé plusieurs responsabilités politiques dans le Gard et au plan national (Comité Central du PCF et Bureau national de l'Association nationale des Elus communistes et républicains) Après plusieurs décennies de mandats électoraux, Bernard Deschamps se consacre désormais à l'étude de l'Algérie.

    " L’Algérie aujourd'hui est en deuil. Une grande dame, Annie Fiorio-Steiner  s’est éteinte hier 21 avril et ses amis sont dévastés. J’ai eu hier soir au téléphone la personne qui l’accompagnait depuis quelques années. Elle a été emportée par un AVC  et elle n’a pas souffert. 

    C’est la génération des combattant(e)s pour l’indépendance de l’Algérie qui disparait. Des êtres de chair et de sang avec leurs joies et leurs peines. Des femmes et des hommes que les circonstances exceptionnelles du combat pour la liberté ont conduit à se transcender. Ils n’avaient pas vocation à devenir des héros, ils le sont devenus. Annie était une des héroïnes de la casbah d’Alger qui participa  avec courage et modestie à la cruelle bataille d’Alger de 1957. Arrêtée , séparée de ses filles, elle séjourna dans six prisons en Algérie et en France. 

    Elle n’était membre d’aucun parti, mais j’avais fait sa connaissance grâce à mes camarades communistes d’Alger républicain. Depuis, nous nous téléphonions régulièrement et lors de chacun de mes séjours à Alger, j’allais à son domicile la chercher  pour nos rencontres traditionnelles avec d’autres amis à l’Hôtel Suisse. En 2018, elle avait été tellement heureuse de faire la connaissance de ma petite fille Cécilia qui m’accompagnait. Et nous parlions. Ou plutôt nous l’écoutions. Pieusement. Elle parlait rarement d’elle. Son activité pendant la guerre de libération était à ses yeux naturelle. Bien que sa famille soit d’origine européenne et le père de ses enfants un architecte suisse, il ne fallait surtout pas la qualifier d’amie de l’Algérie, elle était algérienne. 

    Annie  Fiorio qui deviendra Steiner par son mariage, état  née le 7 février 1928 à Hadjout ( ex-Marengo) en Algérie. Son père, Fiorio Marcel, né au début du siècle dernier à Tipaza, était  issu d’une famille originaire de Florence en Italie. Il a dirigé l’hôpital de Sidi-Bel-Abbes. Sa mère  était institutrice comme sa sœur et leur mère. Son grand-père, né à Theniet El Had en 1870, est enterré à Palestro.  

    Annie avait fait ses études secondaires au lycée Duveyrier (Ibn Rochd) qui a eut comme élèves des chouhada tels que Ali Boumendjel, Abane Ramdane et des responsables comme Benyoucef Benkheda, M’hamed Yazid, Sadek Hadjeres… Elle fit son droit à la faculté d'Alger. Elle a 20 ans quand elle fait la connaissance du poète Jean Sénac dont elle sera très proche : «  Jean Sénac . C’était une grande ouverture sur le monde et sur l’Algérie. On se voyait à la libraire Charlot, à la rue Charras. Jean m’a dédié en 1957 son petit livre Le Soleil sous les armes. » J’ai sous les yeux une photocopie de cette plaquette de textes et de poésies qu’Annie m’avait offerte. Elle comporte cette dédicace de Jean Sénac : «  A toi, Annie, ce bivouac où ta présence affirme que LE SOLEIL ne sera plus SOUS LES ARMES mais dans le cœur fraternel de notre peuple. Je t’embrasse Soleil. Jean »

    Le sang de nos martyrs, leur unique pensée,

    fleur vigilante,  lève avec l’orge nubile.

    Toute votre science est épave

    dans la raison pure du peuple,

    dans ses matinées graves,

    dans son amour déterminé, paisible.

    Jean Sénac : Diwan de l’Etat-Major

    Diplômée de droit en 1949, elle travaille dans les Centres sociaux créés par Germaine Tillon. Au lendemain de l’appel à l’insurrection du 1er novembre 1954, elle prend contact avec le FLN (Front de Libération Nationale) et, au responsable qui lui demande si elle est prête à accomplir  les missions qui lui seront confiées, elle répond : « Je m’engage pleinement ». Membre du « réseau bombes » de Yacef Sadi, le chef militaire de la Casbah d’Alger,  « On ne m’a jamais demandé de poser de bombes. J’ai transporté des ouvrages sur la fabrication d’explosifs mais j’ai surtout transporté des lettres qui ont permis les accords entre le FLN et le PCA (Parti Communiste Algérien) »  Elle est arrêtée à son travail en octobre 1956 et emprisonnée à  Barberousse, où sont enfermés les militants du FLN avant leur procès. Là, elle rencontre ses « sœurs », des moudjahidate, des combattantes dont certaines du maquis. Avec elles, Annie ressent une réelle solidarité, un lien indissociable face à la dureté et la solitude de la prison. Elle était intarissable sur le sujet. « Sans solidarité, il n’y a plus de groupe. Il fallait faire bloc et se soutenir mutuellement. » Avant son procès, ses "sœurs" lui avaient préparé des bigoudis et habillée avec les moyens du bord : « Surtout, il ne fallait pas provoquer de la pitié au tribunal». Le 11 février 1957 à l’aube, dans la cour de la prison de Barberousse sont guillotinés trois militants nationalistes, Mohamed Ben Ziane Lakhnèche dit « Ali Chaflala », Ali Ben Khiar Ouennouri dit « P’tit Maroc » et Fernand Iveton, seul Européen exécuté pendant la guerre d'Algérie. Le soir même dans sa cellule, Annie Steiner compose le poème : 

    Ce matin ils ont osé

    Ils ont osé vous assassiner

    En nos corps fortifiés

    Que vive notre idéal

    Et vos sangs entremêlés

    Pour que demain ils n'osent plus

    Ils n'osent plus nous assassiner.

    Condamnée en mars 1957 par le Tribunal des Forces Armées d'Alger à cinq ans de réclusion, elle est incarcérée à la prison de Maison Carrée (El Harrach), puis par mesure disciplinaire à Blida et successivement dans les prisons françaises de Paris (la Petite Roquette), Rennes et Pau. Elle est libérée en 1961. À l'indépendance de l'Algérie, elle opte pour la nationalité algérienne. En 1962, avec la création du secrétariat général du gouvernement, dont le premier secrétaire était Mohamed Bedjaoui, elle est la première femme nommée directeur d’une administration centrale par le président Boumediene. Elle y exercera pendant près de trente ans jusqu’à sa retraite en 1990. De nationalité algérienne, elle n’a plus jamais quitté son pays. Son attachement aux principes du 1er novembre 1954 l’incitait jusqu’à ces derniers jours à se révolter contre toutes les injustices. « J’ai toujours cet idéal de libération, je ne l’oublierai jamais » assurait-t-elle. 

    Annie Steiner est inhumée aujourd’hui au cimetière d'El Alia  à Alger aux côtés entre autres de Houari Boumediene, Ferhat Abbas, Mohamed Boudiaf… 

    Mon cœur et mes pensées sont en cet instant à El Alia. 

    Bernard DESCHAMPS 

    Décès d'Annie Steiner, militante engagée de la cause algérienne

    Annie Steiner et Bernard Deschamps.

    Décès d'Annie Steiner, militante engagée de la cause algérienne

    Annie avec Yvette Maillot et Michel Berthier, secrétaire de France-El Djazaïr.

    SOURCE : http://www.bernard-deschamps.net/2021/04/annie-fiorio-steiner-mujahida.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail 

     

    Eh oui il a des pieds-noirs qui ont refusé le colonialisme

    Système profondément injuste et contraire

    à la devise de la République française 

    Décès d'Annie Steiner, militante engagée de la cause algérienne

    Devise jamais appliquée dans l’Algérie dite « "française" sur le

    papier mais pas dans les cœurs » 

     

    Ecouter Annie Steiner parler

    de l'Algérie colonisée

    https://www.facebook.com/100009364694092/videos/2927045687617559/ 

     

     

     

    « Lettre ouverte d’Henri POUILLOT au président Emmanuel MACRON Pierre Audin. Fils du martyr Maurice Audin : «Mes parents ont lutté pour chasser le colonialisme et créer une Algérie fraternelle et multiculturelle» »
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  • Commentaires

    1
    Vendredi 23 Avril à 08:15

    Une Algérienne d'origine européenne tout à fait exceptionnelle !

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