• Décès de Claudine Chaulet, à l’âge de 84 ans, acteur et témoin du combat pour la liberté des Algériens

    Décès de Claudine Chaulet, acteur et témoin du combat pour la liberté des Algériens

     

    Décès de Claudine Chaulet, à l’âge de 84 ans

    acteur et témoin du combat pour la liberté des Algériens

    Les militants de Novembre que sont les Chaulet partent en octobre. Ce n'est pas un choix, c'est ainsi. Une sorte de prédestination. Pierre est parti le 5 octobre 2012. Claudine vient de le rejoindre en ce jeudi 29 octobre 2015. Paix aux braves.

    A ceux qui partent à la veille de novembre, de ce ce grand mouvement qu'ils ont fait avec les autres militants de la cause nationale. De ce grand mouvement qui nous a fait et dont on cherche encore l'accomplissement.

    En ces jours sacrés de veille de novembre, comment ne pas s'incliner bien bas devant la grandeur paisible de cette dame. Allah Yerahmak Claudine Chaulet.

    La militante de la cause nationale Claudine Chaulet est décédée jeudi 29 octobre 2015 à Alger, trois ans après son compagnon dans la lutte et dans la vie, Pierre Chaulet, parti le 5 octobre 2012.

    Née en en 1931 à Longeau en Haute-Marne, fille d’un officier de gendarmerie et d’une enseignante, Claudine est arrivée en Algérie en 1941. Etudiante à Alger, elle suit les cours d’André Mandouze, homme exceptionnel venu en Algérie en 1946 pour préparer une thèse sur Saint-Augustin, un grand chrétien, un ancien résistant pour qui l’insoumission était un "acte de foi".

    Un homme que sa droiture pousse à s’engager du côté des militants de l’indépendance et qui deviendra la bête noire des ultras de l’OAS et qui finira par être expulsé d’Algérie après avoir signé le " Manifeste des 121 ".

    Bifurcation décisive 

    C’est chez André Mandouze, à Hydra, le 21 décembre 1954, que Claudine Guillot rencontre Pierre Chaulet. Elle devait discuter du contenu du dernier numéro de la revue "Consciences Maghribines" elle se retrouve dans une sorte de bifurcation décisive où le cheminement personnel épouse celui de l’histoire.

    Décès de Claudine Chaulet, acteur et témoin du combat pour la liberté des Algériens

    Elle le raconte dans le livre "Le choix de l’Algérie" : "Ce soir-là sont venus les deux Pierre (Chaulet et Roche) et deux personnes non prévues qui avaient besoin d’asile, Abdelhamid Mehri et Salah Louanchi (…) Quand vers la fin de mon séjour, le 6 janvier 1955, Pierre Chaulet m’a demandé si j’étais d’accord pour continuer avec lui, j’ai dit oui".

    Une épopée 

    Le couple Chaulet venait de se constituer. C’est ensemble qu’ils feront la révolution. Une épopée. Une action guidée par un engagement pour la justice sociale qui se prolongera par la lutte pour l’indépendance.

    "J’étais syndicaliste en essayant de défendre les intérêts des étudiants. J’avais compris que le 1er Novembre était un événement extraordinaire qui allait donner enfin un sens aux luttes. C’est donc tout naturellement que je me suis engagée aux côtés de Pierre...".

    En septembre 1955, c’est la rencontre avec Abane Ramdane, homme un "peu enveloppé, très sympathique et direct" qui pose la question de confiance. "Est-ce que l’organisation peut compter sur nous ?". Nous répondons ensemble et séparément "oui".

    Transports de tracts, évacuation de militants recherchés, le récit de ces jours extraordinaires est raconté dans le livre à deux voix paru chez Barzakh avec l’humilité de ceux qui ont pleinement conscience d’avoir été dans un mouvement d’une ampleur gigantesque une révolution.

    De la plate-forme de la Soummam transportée dans les langes de son bébé au récit de l’exfiltration de Abane Ramdane vers Blida le jour même où Pierre était arrêté par la DST. Une évacuation faite en compagnie du bébé. Ce n’est qu’après avoir déposé Abane Ramdane à l’entrée de Blida qu’elle se laisse aller. "C’est alors seulement que j’ai pu pleurer, mon bébé dans les bras".

    Ensuite ce fut l’exil, la poursuite du combat à partir de Tunis. Et cet engagement de sociologue-militante après l’indépendance par le même élan de justice pour cette paysannerie qui a été la force de la révolution.

    Claudine Chaulet nous quitte la veille du 1er novembre, trois ans après Pierre Chaulet. Cette grande dame a choisi l’Algérie. On ne lui sera jamais assez reconnaissant. Sans elle, Pierre et d’autres, on serait encore des indigènes, a écrit quelqu’un, hier, en guise d’hommage.

    Beaucoup le savent. Beaucoup garderont le souvenir d’une femme discrète, économe de paroles, dont les yeux pétillaient d’un humour très fin. D'une femme qui était belle surtout. De la beauté des justes.

    SOURCE : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/10/30/claudine-chaulet_n_8427384.html?1446168975 

    Pierre et Claudine Chaulet, un choix d'attachement (*)

    Décès de Claudine Chaulet, acteur et témoin du combat pour la liberté des Algériens

    Le 21 novembre 1954, Pierre Chaulet fait la connaissance de Claudine Guillot chez le professeur André Mandouze où avec un ami, il avait amené, dans l'urgence, Abdelhamid Mehri et Salah Louanchi dont la planque était grillée.

    C'est dans l'introduction du livre, "Le choix de l'Algérie" de Pierre et Claudine Chaulet (**), le récit de la formation d'un couple singulier au moment où l'histoire de l'Algérie - et du monde - s'accélère.

    On peut choisir voir dans ce livre le récit du détachement qui s'opère entre deux individus avec ce qui pouvait constituer leur groupe "naturel", celui des européens issus du peuplement colonial. Mais ce serait une grosse erreur d'optique.

    Ce livre est plutôt le récit d'un attachement fondamental à la justice, à la dignité humaine qui est la trame profonde d'un cheminement personnel. Et à cette terre... Le détachement à l'égard du groupe est une conséquence logique de cet attachement à des valeurs supérieures.

    C'est cela la singularité de ce couple. Claudine et Pierre Chaulet ont choisi d'être ce qu'ils sont. Ils ont choisi l'Algérie. "Nous nous sommes voulus Algériens " à part entière". Et "nous avons vécu comme tel"

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    Le récit, où la chronique de la vie familiale, professionnelle, émaillés de noms de personnes et de lieux, finit par se confondre avec l'histoire du combat des algériens, est passionnant. Dans la sobriété du récit, on retrouve tant de personnages attachants et remarquables de ce pays entrant, au forceps et dans la douleur, dans une autre histoire.

    Le basculement définitif dans le mouvement de libération car il n'y a pas de "problème algérien" mais un "problème posé par la présence de la France en Algérie". Un engagement " à cause de ce qu'il faut changer, radicalement : le mépris et l'humiliation de l'homme, les bidonvilles d'Alger... ". Cinquante après l'indépendance, cela semble encore si actuel...

    Ce livre est un cadeau précieux dans un cinquantenaire qui semble lourd à porter par les gouvernants. On y rencontre des femmes et des hommes remarquables. Et de noms qui continuent à inspirer un immense respect... Il suffit d'aller à l'index de noms pour se retrouver de plain-pied dans l'histoire d'un combat...

    La grandeur morale d'un André Mandouze osant apporter publiquement, à Paris, le "salut des résistants algériens" et qui lui vaudrait la rage haineuse des ultras. Les rencontres avec Abane Ramdane d'Alger jusqu'à l'ultime rencontre à Tunis où il se "sentait traqué".

    Derrière le récit, d'une grande sobriété, on sent la colère toujours intacte au sujet du sort réservé par les « frères » à Abane Ramdane. On découvre dans quelle circonstance l'article sur la "mort au champ d'honneur" de l'organisateur du congrès de la Soummam a été passé dans El Moudjahdid.

    On redécouvre Franz Fanon qui sait qu'il ne verra pas l'indépendance de l'Algérie et tant d'autres. Ce récit, qui sera utile aux historiens, nous touche. Il évoque des noms connus mais aussi une multitude de militants et d'hommes de bonne volonté de "souche européenne" qui ont apporté, dans la discrétion, leur obole à ce combat...

    Le récit se poursuit après l'indépendance jusqu'à l'exil contraint dans les années 90 et le retour au pays. Avec, en filigrane, un constat que l'Algérie d'aujourd'hui n'est pas celle que beaucoup attendaient. Ou dont ils rêvaient. Mais jamais le doute n'a atteint ce choix de l'Algérie malgré les tumultes post-indépendance.

    "L'histoire a fait de nous des personnes libres" constatent-ils et le récit est destiné à raconter "pourquoi, comment, et en quoi nous avons choisi de ne pas suivre la majorité". Remercions Claudine et Pierre Chaulet pour ce cadeau où l'on retrouve bien le meilleur de notre histoire. Et ils font partie de ce meilleur...

    (*) Article publié le 29 mars 2012 dans le Quotidien d'Oran sous la signature de K.Selim

    (**) Pierre & Claudine Chaulet : Le choix de l'Algérie - Deux voix, une mémoire. Editions Barzakh

    http://www.huffpostmaghreb.com/said-djaafer/pierre-et-claudine-chaule_b_8427748.html?1446168537 

     

     

     

     

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