• Défier les logiques des collèges électoraux en Algérie coloniale ou quand des citoyens français étaient élus du second collège...

    Petit précis d'histoire à l'usage des candidats
     
     
     

    En cette année pré-électorale, l’émission de France Culture «  La Fabrique de l’Histoire » propose chaque vendredi une séquence courte pendant laquelle une historienne ou un historien nous racontera un événement historique lié à une élection. Aujourd’hui… C’était aussi cela la France coloniale en Algérie. 

     

    Défier les logiques des collèges électoraux en Algérie coloniale ou quand des citoyens français étaient élus du second collège...

     

    Une nouvelle histoire de vote ce matin

    avec l'historienne Sylvie Thénault

    Journal La Justice du 23 juin 1937 

    Journal La Justice du 23 juin 1937 

    Tout le monde sait combien le droit de vote est emblématique de l’infériorité des «indigènes» dans l’empire colonial. En Algérie, la présence d’un peuplement français a rendu plus criante encore l’inégalité de statuts entre citoyens d’un côté et sujets de l’autre. Il y avait en effet deux collèges d’électeurs aux représentations déséquilibrées, bien loin du principe « un homme, une voix ». Cette injustice était sciemment organisée : les deux collèges étaient le seul moyen de garder le pouvoir sur une majorité algérienne, forte de plusieurs millions d’âmes et à la croissance soutenue, face à une minorité française en proportion de plus en plus étroite. La submersion démographique menaçait la domination coloniale. La démocratie l’aurait renversée.

    Il y a pourtant de singulières – et inattendues – histoires à dénicher au cœur de cette sombre arithmétique démographique et électorale. Car deux hommes, au moins, ont choisi de partager le sort de leurs semblables en humanité qu’étaient les « indigènes ». Français pleinement citoyens, ces deux hommes ont été élus du second collège.

    On doit à Christian Phéline d’avoir découvert le premier : Maurice L’Admiral, un guadeloupéen arrivé à Alger dans les années 1880, après un passage par la France métropolitaine.

    Avocat de profession, Maurice L’Admiral a été élu au conseil municipal d’Alger de 1908 à 1919. L’homme est tout juste extraordinaire en terre algérienne : non-indigène, non-blanc et non-africain, comme le qualifie son biographe, Christian Phéline. Être élu a surtout permis à Maurice L’Admiral de se légitimer comme porte-parole de revendications des « musulmans », en particulier d’un mouvement de notables dits « évolués » – avec toute la condescendance que ce terme suppose. Ces « évolués », donc, plaçaient l’égalité des droits au premier rang de leurs revendications. Dans l’entre-deux-guerres, le développement d’un mouvement national algérien a changé la donne et Maurice L’Admiral, de nouveau candidat dans les années 1930, n’a plus été élu. Il a cependant vu le début de la guerre d’indépendance puisqu’il est décédé en 1955 et il est resté dans les mémoires comme une figure haute en couleurs – sans mauvais jeu de mot – du barreau d’Alger.

    Le second héros de ce « petit précis » a été mis au jour par Alexis Sempé. Il s’agit de Gaston Revel, un instituteur de Bougie, dans le nord-constantinois.

    Lui est arrivé de métropole dans les années 1930, soucieux de servir la mission civilisatrice que la nation française prétendait mener outre-mer. Après la Seconde Guerre mondiale, il s’est engagé au Parti communiste algérien et à la CGT. Autre lieu, autre temps, autre contexte. Dans l’Algérie meurtrie par les massacres du printemps 1945 et gagnée par la ferveur nationaliste, l’administration ajoutait le trucage des élections aux moyens de nier l’évidence. Il n’en demeure pas moins que Gaston Revel a été élu au conseil municipal de Bougie en 1953. Il était en fait l’un des représentants du PCA sur une liste d’union rassemblant des militants algériens de divers courants, sauf les indépendantistes qui avaient fait liste à part. Son élection était symbolique d’un anticolonialisme ne prenant pas pour cibles les Français en tant que tels : « les musulmans ne sont pas racistes », écrivait-il alors à sa mère, dans une des lettres exhumées par Alexis Sempé qui lui a consacré un ouvrage. Le mandat de Gaston Revel n’a toutefois été que de courte durée : interdit de séjour en 1955, un an après le début de la guerre d’indépendance, l’année où Maurice L’Admiral décédait, il a regagné la métropole et n’a retrouvé l’Algérie qu’en 1962.

    Bien que très dissemblables, les destins de Maurice L’Admiral et de Gaston Revel nous disent que parfois, des hommes défient l’histoire, choisissent le contretemps, rament à contre-courant. Ils donnent l’exemple de l’engagement, du refus de l’abdication face aux rapports de forces politiques, ils sauvent l’honneur même, pourrait-on dire, et puis, des dizaines d’années plus tard, il peut se trouver des occasions de leur rendre hommage ; en espérant que les auditeurs de la Fabrique retiendront leurs noms.

    Intervenante

    « Licra Dijon : dévoilement d’une Stèle pour la paix – journée d’étude « après le génocide »Dernière information : L'armée recale Marion Maréchal-Le Pen, c'était une récupération politicienne : Marion Maréchal-Le Pen s’engage dans la réserve ? Du déjà vu dans la famille »
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