• Des relations toujours sensibles entre la France et l’Algérie

     

    Des relations toujours sensibles

    entre la France et l’Algérie

    Des relations toujours sensibles entre la France et l’Algérie

    Le soutien d’Emmanuel Macron au président algérien a provoqué la colère chez des manifestants du Hirak algérien.
    © (Photo AFP)

    Les relations entre la France et l’Algérie sont au plus bas alors que la question de la mémoire coloniale continue d’empoisonner les liens entre Paris et Alger.

    La France, « ennemie éternelle » de l’Algérie ? C’est par cette sortie fracassante que le ministre algérien du Travail, El Hachemi Djaâboub, a qualifié début avril la relation entre les deux pays. Une déclaration qui n’a pas été appréciée du côté français, et qui a été suivie par le report de la visite de Jean Castex, qui devait avoir lieu le 11 avril.
    Qualifier cet épisode d’anecdotique serait un euphémisme, tant les relations bilatérales entre la France et l’Algérie ont été tumultueuses depuis l’indépendance de cette dernière en 1962. Malgré des mains tendues et des appels à aller de l’avant, lancés des deux côtés de la Méditerranée, l’embellie diplomatique n’est pas pour tout de suite, alors que la question de la mémoire autour de la colonisation et de la guerre d’Algérie cristallise les tensions entre les deux pays.
    « Dans une mauvaise passe » La démission en avril 2019 de l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika, emporté par le mouvement de jeunesse contestataire du Hirak, et son remplacement à la tête du pouvoir par son ancien premier ministre Abdelmadjid Tebboune, n’auront rien changé. Si ce n’est que le soutien apporté par le président Macron au nouveau chef d’État algérien, a provoqué la colère des manifestants, toujours dans la rue deux ans après, et malgré la crise sanitaire.
    « On se retrouve dans une situation paradoxale où la France fait des amabilités au pouvoir algérien qui lui renvoie les crimes du colonialisme, et en même temps on est attaqué par le Hirak pour soutenir le gouvernement algérien. On est dans une mauvaise passe. Et on ne voit pas du tout ce qui pourrait aller mieux », analyse l’historien Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb et auteur, entre autres, de Déni français : notre histoire secrète des liaisons franco-arabes, paru chez Albin Michel en 2019.
    Remis à Emmanuel Macron le 20 janvier dernier, le rapport de l’historien Benjamin Stora recommande la mise en place d’une commission « Mémoire et Vérité », chargée d’impulser des initiatives mémorielles communes entre la France et l’Algérie. Une commission qui réunirait diverses personnalités travaillant en faveur d’un rapprochement entre les deux pays, et qui proposerait plusieurs préconisations, dont la poursuite des commémorations, comme celle du 19 mars 1962 demandée par plusieurs associations d’anciens combattants, ainsi que la construction d’une stèle à Amboise (Indre-et-Loire), montrant le portrait de l’émir Abdelkader, au moment du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022.
    Une situation économique « épouvantable » Reste à savoir si cette démarche suffira à apaiser les tensions entre les deux pays. Diversement accueilli, le rapport a soulevé de nombreuses critiques, autant en Algérie qu’en France, notamment pour ne pas avoir préconisé des « excuses » de Paris pour les crimes de la période coloniale (1830-1962).
    « Nous n’avons actuellement aucun problème avec la France », avait assuré Abdelmadjid Tebboune lors d’un entretien télévisé avec des médias algériens en mars dernier. Avant de nuancer : « Nous ne privilégierons pas de bonnes relations au détriment de l’histoire et de la mémoire. »
    Malgré un partenariat économique important entre les deux pays – la France étant le deuxième fournisseur de l’Algérie –, les relations politiques ne semblent pas près d’évoluer. « L’Algérie a des problèmes considérables avec la baisse du prix de du pétrole. Ils sont dans une situation économique et politique très inquiétante. Pour tenir, le régime s’en prend à la France, qui est un argument commode », estime Pierre Vermeren. Et d’ajouter : « On est dans un amour-haine. »

    En savoir plus

    > Les élections législatives auront lieu le 12 juin prochain.
    > Alors que la campagne électorale s’est ouverte jeudi dernier, les autorités algériennes ont réprimé vendredi les marches hebdomadaires du mouvement prodémocratie hirak à Alger et dans plusieurs villes du pays, procédant à des centaines d’interpellations.
    > Au moins 133 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le hirak et les libertés individuelles, selon le site « Algerian Detainees ».
    > Malgré deux échecs cinglants – la présidentielle de 2019 et le référendum constitutionnel de 2020, marqués par une abstention record –, le régime, dont l’armée est le pilier, est déterminé à imposer sa « feuille de route » électorale en dépit de son rejet par le hirak et par l’opposition laïque et de gauche.

    « Il faut laisser l’Algérie se démocratiser »

    Et si la réconciliation entre la France et l’Algérie passait par la jeunesse ? Lancé en 2017 par SOS Racisme et son partenaire algérien, le Raj (Rassemblement-actions-jeunesse), le projet « Regards croisés » vise à renforcer les échanges entre jeunes Français et Algériens et permettre à une nouvelle génération de se connaître davantage.
    Une génération qui reste toutefois inquiète de son avenir malgré sa soif de liberté. Contactée via les réseaux sociaux, Yasmine (1), étudiante à Béjaïa, participe au Hirak, mouvement de contestation antirégime, dans l’espoir de voir changer les choses. « La situation en Algérie est épouvantable et assez inquiétante. Les conditions de vie sont très compliquées », raconte-t-elle. Pour l’étudiante, le chemin avant des relations apaisées entre la France et l’Algérie est encore long. « Le seul moyen de créer des bonnes relations, c’est de laisser l’Algérie se démocratiser et arrêter de lui mettre des bâtons dans les roues », estime-t-elle. Et d’ajouter : « On souffre beaucoup du néocolonialisme aujourd’hui. »
    Pour Nabil (1), 26 ans et étudiant à Oran, il faut mettre fin à l’ingérence dans les affaires internes et aux soutiens de la France au régime actuel qu’il qualifie de « dictatorial » et qui n’a « aucune légitimité populaire. » « Je suis toujours dans la rue chaque vendredi et chaque mardi pour revendiquer un État de droit, chose qui n’a jamais existé en Algérie depuis l’indépendance », ajoute l’Oranais.
    Pour cette jeunesse algérienne, le Hirak est prometteur de lendemains qui chantent. « Je voudrais une Algérie libre et moderne, participer à l’histoire du pays, avant tout être une citoyenne à part entière avec des droits et des devoirs et vivre librement », raconte Yasmine. Et d’ajouter : « J’aimerais avoir une vie normale en Algérie et pas ailleurs. J’allais étouffer face au manque de conscience, de liberté et de lucidité Le Hirak m’a apporté beaucoup d’espoir à un moment où je ne voyais plus de lumière dans ce pays. C’est un moment dont j’ai toujours rêvé. Le Hirak est mon oxygène. »
    (1) Tous les prénoms ont été modifiés.

    SOURCE : https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/des-relations-toujours-sensibles-entre-la-france-et-l-algerie 

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 25 Mai à 10:10

    Il serait utile qu'on distingue la question du colonialisme et de la guerre d'indépendance de la situation socio-économique actuelle de l'Algérie.

    La fin du colonialisme et l'accès à l'indépendance étaient incontournables. La corruption, la gabegie, l'incompétence... qui caractérisent le contexte algérien d'aujourd'hui sont l'affaire des Algériens. De ce point de vue d'ailleurs la France est mal placée pour donner des conseils, elle est loin d'être exemplaire. Elle aussi souffre de l'incapacité à se dégager de la loi du profit et de l'exploitation capitaliste que cela induit.

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