• Déserteur français pendant la guerre d’Algérie, Noël Favrelière est mort le 11 novembre 2017

     

    Déserteur français pendant la guerre d’Algérie

    Noël Favrelière est mort

    Déserteur français pendant la guerre d’Algérie, Noël Favrelière est mort le 11 novembre 2017

    Il a été condamné à mort deux fois pour avoir refusé de se battre à 22 ans et s’être enfui avec un prisonnier algérien : Noël Favrelière est décédé le 11 novembre 2017 à 83 ans, a annoncé sa famille ce mardi 19 décembre.

    Profondément marqué par l’Occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, il effectue son service militaire en Algérie avant le soulèvement de la Toussaint 1954, date du début de la guerre d’Algérie.

    Choqué par le sort réservé aux musulmans, il écrira dans son livre «Le Désert de l’Aube» (Editions de Minuit) réédité en 2000: «Si j’étais Algérien, je serai fellagha».

    Rappelé en 1956, il retourne en Algérie, où il est témoin d’exactions. Dans «Le Désert de l’Aube», il raconte ainsi son refus de laisser un prisonnier du FLN emmené dans une «corvée de bois» (exécution) et sa fuite avec lui dans le désert.

    Noël Favrelière se cache alors pendant dix mois et rejoint l’Armée de libération nationale (ALN), la branche militaire du FLN. Condamné deux fois à mort, il revient en France en 1966 à la suite d’un non-lieu, puis travaille comme attaché culturel du ministère des Affaires étrangères à l’étranger.

    En 2000, lorsque les généraux Massu et Aussaresses reconnaissent le recours à la torture pendant la guerre d’Algérie, Noël Favrelière signe avec onze autres «grands témoins» un appel, dans L’Humanité, à la condamnation de cette pratique pendant le conflit.

    Noël Favrelière fait partie des «Justes d’Algérie» qui ont soutenu les Algériens durant la guerre.

    SOURCE : http://www.ledauphine.com/france-monde/2017/12/19/deserteur-francais-pendant-la-guerre-d-algerie-noel-favreliere-est-mort 

    C’est le 28 décembre 2011 que je mettais en ligne cet article sur mon blog :

    Noël Favrelière, officier parachutiste et déserteur. Il n’a pas eu d’autre choix que de fuir les troupes françaises.  

    Noël Favrelière : Je ne comprenais pas que seulement quelques années après s’être libéré des Allemands, après s’être battu, comme l’ont fait mon père et mes oncles par exemple contre les Allemands, on envoie des jeunes couillons de mon espèce se battre contre les gens qui voulaient la même chose, libérer leur pays et obtenir une indépendance. Je trouvais cela absolument injuste. 

    Et j’étais persuadé que de toute façon l’indépendance était inéluctable. Il y avait la Tunisie, il y avait le Maroc, déjà libres, l’Afrique noire qui remuait ses chaînes, il ne faisait aucun doute que cela ne pouvait finir que comme ça, et le plus vite cela aurait été le meilleur, cela aurait économisé tant de vies. 

    Pourquoi le Maroc ? Pourquoi la Tunisie ? Oh, si, je le comprenais très bien pourquoi : d’une part il y avait le pétrole, il y avait aussi les riches propriétaires d’Algérie qui avaient tout intérêt à garder les Algériens comme des demi citoyens, au mieux. Vous voyez un petit peu l’intérêt qu’ils avaient à garder l’Algérie telle qu’elle était. 

    Mon père m’a emmené, au moment où j’étais rappelé, au train, il m’embrasse en montant sur le marchepied et me dit : ne deviens pas un Boche. Lui, il disait ça parce qu’ancien prisonnier évadé puis ensuite Résistant. Puis, le train a bougé, mon père s’est mis à courir et est remonté sur le marchepied et m’a dit : excuse-moi fils, je n’aurais pas dû te dire ça, je sais que tu ne le seras jamais. Il pensait absolument comme moi. 

    J’étais absolument contre cette guerre. C’était pour six mois disait-on, puis avec les congés, etc. cela aurait été cinq mois, seulement cinq mois ou alors je refusais et je me retrouvais en taule. Alors pour cinq mois, surtout qu’à l’époque il n’était encore pas question d’une guerre, c’était une opération de police, c’est ça : ça ne durera pas longtemps et ce n’est pas méchant, mais dès mon arrivée là-bas, les bavures, comme la mort d’une petite fille, comme brûler une forêt, on allait de bavures en bavures, de plus en plus graves et comme si c’était normal. 

    On allait devenir des Boches si on s’était laissé faire. Il fallait réagir. Justement, avec les copains, on en discutait, on était tous d’accord et quand moi je proposais de faire une action disons plus collective, je me suis retrouvé tout seul. 

    Ce qui fait que plus tard, quand j’ai retrouvé un de mes amis à Paris, un peu par hasard, dans une galerie d’art, on a parlé des autres et je lui ai dit : je serais bien heureux, bien content de les revoir, de les rencontrer. Il m’a dit : mais eux, ils ne veulent pas te voir, ils ont hontes d’eux-mêmes parce qu’ils pensaient comme toi mais ils n’ont rien fait. Je ne voyais qu’une chose à faire, c’était de déserter en même temps je sentais ça comme un énorme « Merde » que je criais à l’armée et à cette France colonialiste.  

    Torture

    Noël Favrelière : le déserteur sans haine

    Déserteur français pendant la guerre d’Algérie, Noël Favrelière est mort le 11 novembre 2017

    Le 3 novembre 2000, (re)paraît, aux éditions de Minuit, le Désert de l'aube, le récit autobiographique rédigé par Noël Favrelière, rappelé en 1956 dans un régiment parachutiste et qui, un jour, déserta... Publié pour la première fois en 1960, l'ouvrage fut aussitôt saisi et sa diffusion interdite. Dédié " à la mémoire " de son " camarade Kakou (Abd El Kader Benazouz) et à tous ceux qui, comme lui, sont morts pour que d'autres vivent libres et en paix ", le Désert de l'aube est une plongée dans l'horreur de la guerre et dans ses aléas - ceux qui conduisirent l'auteur à libérer un jeune militant du FLN blessé pour le soustraire à une exécution sommaire, à " déserter " avec lui pour l'aider dans son évasion, puis, à l'issue d'une fuite d'une semaine dans le désert, à rejoindre l'Armée de libération nationale où il passa dix mois avant de rejoindre Tunis, puis les Etats-Unis. Deux fois condamné à mort par contumace, Noël Favrelière ne put regagner la France qu'en 1966. En 1983, il entra à la direction des Affaires culturelles du ministère des Affaires étrangères, fut directeur de l'institut Nodier à Ljubljana, puis du centre culturel français d'Amman jusqu'en 1995. "T'ai-je souri en retour?", écrit Favrelière à propos d'un jeune soldat français sur lequel il pointe son arme de " déserteur " : " Je ne le sais plus. Mais je t'ai laissé repartir pour rejoindre ceux qui, comme toi, avaient mission de m'abattre... et tu ne leur as rien dit. "

     

     

    « Robert Ménard : Au nom de la haine *** Il y a un seul héros à Béziers : JEAN MOULINAgde - L’hommage aux morts de la Guerre d’Algérie et du conflit du Maroc et de la Tunisie "Comme cet article est orienté et comporte des erreurs et des mensonges" »
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  • Commentaires

    2
    Mercredi 20 Décembre 2017 à 08:19

    Tu as raison Bordeflume :

    Le film de René Vautier « Avoir 20 ans dans les Aurès » est inspiré du livre « Le Désert de l’aube » de Noël Favrelière.

     

    De l’insoumission et de l’adaptation. Le film mi-fiction, mi-docu de René Vautier, “Avoir vingt ans dans les Aurès”, qui fit scandale en 1972, vient d’être restauré et réédité en DVD.

    Au départ c’est un livre : Le Désert à l’aube. En 1956, l’auteur, Noël Favrelière, est rappelé en Algérie dans un régiment de parachutistes. Refusant d’exécuter un prisonnier lors d’une « corvée de bois », il va déserter et, avec lui, fuir dans le désert et rejoindre les rangs de l’ALN. Un peu moins d’un an plus tard, il gagnera la Tunisie puis les Etats-Unis.

    Condamné deux fois à mort par contumace par les autorités françaises, il ne rejoindra la France qu’en 1966, une fois blanchi. Publié en 1960 par les éditions de Minuit (réédité en 2001), Le Désert à l’aube sera interdit moins d’une semaine après parution. Ce livre, témoignage qui fit date dans la littérature portant sur la guerre d’Algérie, fera partie, comme l’indique Anne Simonin (Le Droit de désobéissance : les Editions de Minuit en guerre d’Algérie), des vingt-trois livres de l’éditeur saisis entre 1957 et 1962, aux côtés de La Question d’Henri Alleg, du Déserteur de Maurienne (de son vrai nom Jean-Louis Hurst) ou de Notre guerre de Francis Jeanson.

    Et il attira aussi l’attention sur le sort des 15 000 insoumis, déserteurs et objecteurs de conscience sur les 1 200 000 français appelés en Algérie (voir la thèse de Tramor Quemeneur : Une guerre sans "non" ? Insoumissions, refus d'obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d'Algérie, 2007)

    Le scénario du film de René Vautier, Avoir vingt ans dans les Aurès, qui vient d’être restauré et réédité dans un coffret qui réunit en quatre DVD plusieurs de ses courts-métrages et documentaires, s’est inspiré de ce livre.

    Croix de guerre et cité à l’ordre de la nation pour son action dans la Résistance alors qu’il était encore un lycéen de quinze ans, René Vautier, après un passage à l’IDHEC, a filmé différents conflits en France puis en Algérie à partir de 1953, convaincu de l’inéluctabilité de l’indépendance que l’on devait accorder aux trois départements. Il rejoint les maquisards algériens en 1957 et tourne Algérie en flammes, film qui donne la parole aux Algériens.

    Avoir vingt ans dans les Aurès évoque l’aventure d’un groupe de rappelés insoumis antimilitaristes bretons qui n’ont guère envie de servir dans la guerre d’Algérie. Ils sont pris en mains par un jeune lieutenant parachutiste incarné par Philippe Léotard. Celui-ci les fait crapahuter dans le massif des Aurès, partage tout avec eux et, lors des premiers combats et embuscades, le groupe se soude, chacun devenant peu à peu embarqué dans la simple équation : je tue des fellaghas pour ne pas être tué et je tue pour venger mon camarade.

    Au début, ils ne pensent qu’à « la quille bordel ! » mais peu à peu, dans le commando de chasse qu’ils forment, ils deviennent des soldats ordinaires dont l’action se résume par ce que dit l’un d’eux : « Au début on tire n’importe où parce qu’on a la trouille. Et après, on vise et on y prend goût ». Un seul d’entre eux choisira de déserter avec le prisonnier fellagha qu’il devait exécuter lors d’une « corvée de bois ».

    Film de fiction qui est aussi un documentaire, il inaugure les recherches qui seront menées par la suite, après les livres d’Yves Courrière, sur la « sale guerre », le sort des appelés et les activités de l’armée française, par des historiens comme Benjamin Stora et ensuite par Raphaëlle Branche (La Torture et l’armée pendant la guerre d'Algérie, 1954-1962, Gallimard, 2001) ou Sylvie Thénault.

    1
    Mercredi 20 Décembre 2017 à 03:06

    N'est-ce pas lui qui a inspiré René Vautier pour l'épisode de désertion de "Avoir 20 ans dans les Aures" ?.
    Le DVD vient d'être réédité

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