• Emmanuel Macron : le triomphe de l’histoire en miettes

     

    Emmanuel Macron : le triomphe

     de l’histoire en miettes

    Par Olivier Le Cour Grandmaison 

     

    Emmanuel Macron : le triomphe de l’histoire en miettes

    8 février 2022. Soixante ans après, les « événements » survenus au métro Charonne sont qualifiés de « tragédie » par Emmanuel Macron dans le communiqué rendu public par l’Elysée. Efficace cheville rhétorique, l’hyperbole ici employée est aux discours commémoriels ce que la main gauche est aux illusionnistes. Elle détourne l’attention pendant que la main droite s’active pour cacher ce qui doit l’être.

    « L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes formations politiques… » Ernest Renan, 1882

    « Il n’est jamais mauvais qu’exposé à cette histoire mémoriale-oublieuse, l’historien prenne ses livres (…). L’histoire-science peut résister à l’oubli logé dans l’histoire édifiante, l’empêcher de “raconter des histoires”. » Jean-François Lyotard, 1988

    Organisée par plusieurs partis politiques et syndicats du mouvement ouvrier pour protester contre les attentats commis par l’OAS et pour la paix en Algérie, il est rappelé que cette manifestation a été « violemment réprimée par la police » puisque « neuf personnes ont perdu la vie » et « plusieurs centaines furent blessées ».

    Un hommage est rendu à la « mémoire des victimes et de leurs familles », est-il écrit en conclusion. Comme on pouvait s’y attendre, les dévots du président ont applaudi ce geste qui confirmerait sa volonté de « regarder l’histoire en face » et d’œuvrer sans relâche à la réconciliation des mémoires, selon les éléments de langage répétés ad nauseam en de telles circonstances. Quelques historiens empressés et intéressés se sont joints à ce chœur louangeur en saluant ce « pas en avant » longtemps attendu par celles et ceux qui militent depuis des décennies pour l’établissement de la vérité. Singulière mais classique complaisance de quelques amoureux de Clio. Contrairement à ce qu’il serait légitime d’attendre d’eux, ils semblent préférer l’éclat des ors de la République et la fréquentation des « grands » à l’entêtement de faits désormais avérés et documentés de façon précise et circonstanciée.

    Une fois encore, cette initiative présidentielle, qui s’ajoute à plusieurs autres pour des raisons liées à la conjonction inédite d’épisodes majeurs de la guerre d’Algérie et d’échéances électorales décisives, est d’une partiélité et d’une partialité remarquables puisqu’elle est contraire aux connaissances établies par les spécialistes de la manifestation du 8 février 1962(1)

    De plus, ce geste demeure très en-deçà de la reconnaissance pleine et entière exigée notamment par le collectif « Vérité et Justice pour Charonne ». Comme souvent en ces matières, le communiqué élyséen mobilise une hyperbole creuse - « tragédie » -, qui permet, dans le même mouvement, d’occulter la pusillanimité de ce communiqué, - le refus de qualifier avec précision le comportement des forces de l’ordre en atteste -, et d’accréditer l’opinion selon laquelle il est fait droit à la gravité des actes commis par ces dernières.

    Efficace cheville rhétorique, l’hyperbole ici employée est aux discours commémoriels ce que la main gauche est aux illusionnistes. Elle détourne l’attention pendant que la main droite s’active pour cacher ce qui doit l’être.

    Au terme de cet artificieux tour langagier, les grands mots – de même pour la formule convenue « les pages sombres de l’histoire » souvent utilisée en des circonstances analogues - passent pour de courageuses déclarations, et des vessies sont prises pour des lanternes par une cohorte hétéroclite de fidèles du président, de naïfs vrais ou faux, et de personnalités diverses soucieuses de rester en cour ou de la fréquenter.

    L’efficacité discursive du terme « tragédie(2) », et aux autres vocables du même tonneau, tient également à ceci qu’il s’agit de mots pare-feu destinés à nommer pompeusement des événements devenus condamnables pour mieux circonscrire le périmètre de ceux qui en portent la responsabilité. Dans ce cas d’espèce, les sommets de la hiérarchie policière et politique sont placés hors champ, épargnés donc. Quant au massacre, jamais nommé, il demeure sans coupable d’importance ni adresse précise.

    En effet, les personnalités diverses qui exerçaient le pouvoir, la Cinquième République et l’État in fine sont rendus invisibles afin de ménager certaines fractions de l’électorat et de préserver des mythologies nationales, partisanes et personnelles jugées fondamentales au prestige de la France et des institutions républicaines. Réputées toujours fidèles à leurs traditions comme à leurs idéaux, ces dernières demeurent, à l’instar de la divine Marie, innocentes, immaculées et vierges. Sublime magie de la rhétorique commémorative. Elle parvient ainsi à feindre la reconnaissance tout en préservant les images d’Épinal chères aux amoureux transis de l’Hexagone et des grands hommes qui ont présidé à ses destinées universelles et glorieuses.

    De là cette autre (in)conséquence majeure : la néantisation du rôle joué par les ministres et le préfet qui ont décidé d’interdire la manifestation du 8 février 1962, de la réprimer dans le sang, de couvrir le massacre d’État au moyen d’un mensonge forgé en haut lieu puis diffusé par une certaine presse et des medias contrôlés par l’exécutif. N’oublions pas la justice, soumise, complaisante et aux ordres. Saisie, elle a fait preuve d’une très servile et opportune lenteur qui l’a conduit, quatre ans plus tard, à considérer que son action devait s’achever conformément à la loi d’amnistie du 18 juin 1966.

    Euphémisation, dénégation, mépris de l’histoire et de ceux qui l’ont pourtant écrite, sont au fondement du communiqué élyséen qui ravale de très graves événements au rang de bavure condamnable mais étrangère au gouvernement de l’époque.

    En quelques mots, Emmanuel Macron et ses communicants affairés réhabilitent la thèse, qui n’est qu’une mauvaise fable politique infirmée par les recherches menées par Alain Dewerpe, selon laquelle les policiers auraient agi à l’insu de leurs supérieurs hiérarchiques et du gouvernement. Stupéfiantes régression et réécriture de l’histoire qui conjuguent opportunisme, électoralisme et désinvolture scandaleuse à l’endroit des travaux les mieux informés.

    Anticommunistes notoires, le premier ministre Michel Debré, le ministre de l’Intérieur Roger Frey et le préfet de police Maurice Papon se sont en effet donnés les moyens juridiques et humains d’empêcher puis de réprimer comme rarement une mobilisation jugée dangereuse pour l’autorité de l’Etat et de son chef, le général de Gaulle. Avec son aval, faut-il préciser, puisqu’avant la manifestation ce dernier avait déclaré : les « agitateurs » doivent être réduits et châtiés. Martial et lumineux langage.

    Le but ainsi fixé, il suffisait désormais de laisser faire « l’intendance » qui s’est exécutée dans les conditions que l’on sait. Après quoi, les premiers se sont empressés de justifier et de saluer, comme il se doit, l’action des fonctionnaires de police. Selon les formules utilisées par celui qui se trouvait place Beauvau(3), il s’agissait de préserver l’ordre public contre la « subversion » de « véritables émeutiers » qui sont donc coupables de ce qu’il s’est passé.

    Très classique inversion maligne qui consiste à imputer aux manifestants des comportements prétendument séditieux pour mieux les accuser d’être à l’origine des violences subies, lesquelles sont désormais légitimes puisqu’elles ont été motivées par la volonté de conjurer une menace jugée exceptionnelle. Au temps du massacre a succédé le temps du mensonge des pouvoirs publics forgé pour les besoins de la cause : celle de la raison d’Etat et celle des hommes qui depuis longtemps la servaient.

    Relativement au massacre du 17 octobre 1961, au cours duquel furent tués des centaines d’Algériens rassemblés pacifiquement à l’appel du FLN pour protester contre le couvre-feu raciste qui leur était imposé depuis le 5 octobre par Maurice Papon et le gouvernement, Emmanuel Macron use de procédés similaires. Contre toute vérité historique, politique et institutionnelle, il circonscrit la responsabilité des « crimes commis cette nuit-là » aux forces de l’ordre agissant « sous l’autorité » du préfet de police.

    Et c’est ainsi que cet autre massacre d’État, bien plus important que celui de Charonne eu égard au nombre de victimes et aux moyens employés : rafles, internement de masse, exécutions sommaires, noyades, tortures, disparitions forcées, -, se transforme en un crime imputable au seul Maurice Papon. Mauvaise fable qui serait dérisoire si elle n’était obscène en raison de l’extrême gravité des faits qu’elle travestit et de l’occultation des rapports hiérarchiques de l’époque sur laquelle elle prospère.

    L’autoritaire Emmanuel Macron, qui aux dires de beaucoup se complait dans la verticalité des rapports de pouvoir, croit-il lui-même à cette fable forgée par ses services ? Il est permis d’en douter. Élu président, il s’est coulé avec délice dans les institutions de la Cinquième République en réprimant avec la vigueur que l’on sait tous les mouvements sociaux. Il est donc fort bien placé pour savoir qu’un préfet de police, qui plus est en période de crise particulièrement grave, n’est qu’un exécutant.

    Quoi qu’il en soit, les spécialistes, historiens, politistes ou juristes(4) ont établi que Maurice Papon a agi, avant, pendant et après le 17 octobre 1961, avec l’aval de ses supérieurs, le ministre de l’Intérieur Roger Frey et le chef du gouvernement Michel Debré ; tous deux résolus, quoi qu’il en coûte, à empêcher une démonstration de force du FLN dans la capitale. À charge pour le préfet d’accomplir cette mission particulièrement importante. Elle s’inscrit dans la continuité de celles qui lui ont été confiées par le premier : «frapper juste et fort» pour « démanteler (...) l’organisation rebelle(5).(5) » 

    Soutenus par des personnalités du parti présidentiel, l’Union pour la Nouvelle République (UNR), les mêmes ont aussitôt couvert les pratiques meurtrières de leur subordonné puis élaboré une version officielle destinée à minorer de façon drastique le nombre de victimes et à imputer les « heurts » aux militants du FLN. Voilà qui confirme ceci : la dénégation et l’inversion des responsabilités sont au principe de l’action et de la rhétorique de ceux qui, ayant commis et/ou justifié un crime d’Etat, doivent immédiatement l’occulter en forgeant un récit leur permettant d’échapper au scandale et de continuer à exercer légitimement le pouvoir sans être inquiétés.

    Comme pour Charonne, le communiqué du président de la République, relatif au 17 octobre 1961, témoigne d’une conception platement partisane, instrumentale et utilitariste de l’histoire, ceci expliquant cela, et des travaux de celles et ceux qui l’ont écrite en s’appuyant sur des archives, des sources diverses et des témoignages circonstanciés.

    De là la singularité des rapports qu’Emmanuel Macron, ce très mauvais et très infidèle élève de Paul Ricoeur, entretient avec les faits. Quelquefois convoqués, le plus souvent de façon partielle, ces derniers sont presque toujours tronqués, arrangés et minimisés pour mieux les coucher dans le lit de Procuste de commémorations officielles qui prétendent révéler l’Histoire alors qu’elles ne cessent de raconter des histoires fragmentaires.

    Et des histoires parfois abracadabrantesques, comme le prouve la fiction élyséenne élaborée pour rendre compte des crimes commis le 17 octobre 1961 puis à Charonne ; tous relevant, est-il soutenu, d’initiatives répréhensibles de subordonnés débordés et/ou désireux de prendre leur revanche sur le FLN d’abord, sur le Parti communiste ensuite. Courage de la vérité mis au service d’un désir de connaissance exhaustive ? Souci de restituer la complexité d’une période et des événements qui ont eu lieu ? Volonté de les reconnaître pleinement ? Ces quelques commémorations prouvent qu’il n’en est rien.

    Le procédé politico-rhétorique employé par le président est des plus classiques. Il a fort bien été identifié, défini et analysé par Roland Barthes qui le nomme « vaccine(6) ». Elle « consiste à confesser le mal accidentel d’une institution (…) pour mieux en masquer le mal principiel. »

    Dans le cas présent, il s’agit de domestiquer l’histoire en imposant une pauvre mais efficace histoire-bataille destinée à satisfaire certains en évitant, autant que faire se peut, les foudres de quelques autres. Sans être édifiante, puisqu’il ne s’agit évidemment pas de célébrer des victoires et d’encenser des héros mais de réprouver des actes et de condamner ceux qui les ont commis, cette histoire-bataille repose sur des procédés voisins : la décontextualisation sociale, politique et institutionnelle des acteurs et des massacres commis, lesquels ne sont plus que des actes isolés sans rapport les uns avec les autres(7).

    Là où existaient un système et des institutions diverses – gouvernement, police, armée, justice…- dirigés par un président, un gouvernement et des ministres, qui ont fixé les orientations, et des fonctionnaires civils et militaires qui ont rempli les missions définies par les premiers, ne reste plus que quelques individualités et une histoire en miettes. Une histoire ? Un récit officiel bien plutôt qui repose sur la simplification et la réécriture mensongère, par omission, des événements. L’ensemble est conçu pour éviter tout scandale, complaire aux desservants du culte national et entretenir la thèse immunitaire, mythologique et consensuelle, à droite comme au sein d’une certaine gauche, selon laquelle le gouvernement de l’époque, le général de Gaulle, bien sûr, la France et la République, cela va de soi, sont absolument étrangers à ce qu’il s’est passé.

    Certains contemporains se sont élevés avec vigueur contre de telles affirmations. Pierre-Vidal Naquet, notamment, en démontrant de façon précise que les pratiques mises en œuvre par l’armée et la police, des deux côtés de la Méditerranée, étaient les conséquences d’une politique arrêtée au sommet de l’Etat(8). Rappelons aussi aux « oublieux »de l’Elysée et à ceux qui les soutiennent que le général Pâris de Bolladière a demandé être relevé de son commandement pour protester contre l’usage de la torture avant d’en témoigner publiquement dans L’Express du 29 mars 1957. De même Paul Teitgen, secrétaire général de la préfecture d’Alger, qui a pris la décision de démissionner de ses fonctions quelques mois plus tard, le 12 septembre 1957, considérant que le recours à la question et les disparitions forcées étaient systématiques désormais.

    Relativement à la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron a soutenu qu’il est confronté à un « défi mémoriel(9) » particulièrement dramatique comparable, nonobstant la différence de nature des crimes commis, à celui qu’a affronté Jacques Chirac lorsqu’il a reconnu, dans son célèbre discours du 16 juillet 1995, que « la folie criminelle de l’occupant a été secondée (…) par l’État français ». Et, précisait-il, par sa police et sa gendarmerie qui ont livré 13 000 Juifs à « leurs bourreaux » lors des rafles des 16 et 17 juillet 1942.

    Comparons donc. Dans un cas, la France, le régime de Pétain, les institutions de l’époque et les différents corps chargés d’assurer la défense du nouvel ordre public, dictatorial, raciste et antisémite, sont désignés de façon explicite afin d’établir ceci : tous furent responsables et coupables d’avoir commis «l’irréparable.» Dans l’autre, la politique mémorielle et commémorielle de l’actuel président de la République évite constamment de semblables mises en cause. Hier, un homme d’État résolu qui, en dépit de l’opposition de nombreux « barons » gaullistes, d’une fraction du parti qui le soutenait et de son propre électorat, a prononcé un discours courageux et précis. Aujourd’hui, les faux-fuyants et les contorsions rhétoriques d’un « Jupiter » auto-proclamé qui se comporte en chef de parti plus soucieux de sa réélection et de la défense de ses intérêts particuliers que de la vérité.

    Emmanuel Macron : le triomphe de l’histoire en miettes

    Soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, imaginons ce que devrait être une juste déclaration relative aux crimes perpétrés dans cette colonie. « 19 mars 2022.

    La France reconnait que dix ans après la prise d’Alger en 1830, les colonnes infernales du général Bugeaud ont commis l’irréparable en se livrant à de nombreuses razzias, enfumades et tueries. Au XXème siècle, l’irréparable encore. Souvenons-nous des terribles massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, de la répression sanglante de militants nationalistes algériens lors de la manifestation parisienne du 14 juillet 1953, du crime d’Etat du 17 octobre 1961 et de celui du métro Charonne le 8 février 1962.

    N’oublions pas les centaines de milliers de victimes de la guerre d’Algérie au cours de laquelle l’armée française a torturé, déporté les populations civiles, interné en masse dans des camps regroupant plus de 2 millions d’Algériens, soit un quart de la population totale.

    Irréparables toujours les disparitions forcées, les exécutions sommaires, les viols des femmes. Soixante ans après, la France reconnait que l’Etat, la République, leurs forces armées, leur police et leur gendarmerie ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Soixante ans après, la France rend hommage aux victimes de ce terrible conflit, décide d’ouvrir toutes les archives et d’élever un lieu de mémoire dans la capitale afin que nul n’oublie. »

    Le Cour Grandmaison, universitaire. Dernier ouvrage paru : « Ennemis mortels ». Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale, La Découverte, 2019 et, avec O. Slaouti (dir.), Racismes de France, La Découverte, 2020.

    (1). Cf l’ouvrage de référence sur le sujet : A. Dewerpe, Charonne. 8 février 1962 : anthropologie historique d’un massacre d’Etat, Paris, Gallimard, 2006.

    (2). Lorsque les faits sont particulièrement graves, l’adjectif « inexcusable » est ajouté pour renforcer le poids des mots et frapper plus encore les imaginations. Pareille formule permet d’éviter le recours à des qualifications autrement plus précises – celles de crime de guerre voire de crime contre l’humanité - et plus lourdes de conséquences politiques voire juridiques. « Tragédie inexcusable » ; telle fut l’expression employée par l’ambassadeur de France en Algérie, H. Colin de Verdière le 27 février 2005 suivi, au mois de mai de la même année, par Michel Barnier, alors ministre des Affaires étrangères. De là cette conséquence majeure : les auteurs de cette « tragédie inexcusable » : l’Etat français, ses forces armées et ses milices coloniales, ayant commis les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, ne sont jamais désignés et c’est précisément pour éviter qu’ils le soient que ce syntagme pare-feu est utilisé.

    (3). Dès le lendemain, le 9 février 1962, Roger Frey décide de saisir L’Humanité et Libération dans un contexte où, depuis longtemps déjà, les pouvoirs publics prennent beaucoup de liberté avec les libertés fondamentales en recourant à la censure et à la saisie de nombreuses publications et ouvrages jugés contraire à la doxa officielle. Tel fut également le sort réservé aux ouvrages de Paulette Péju, Ratonnades à Paris et Les Harkis à Paris publiés par Fr. Maspero en 1961.

    (4). Cf., l’ouvrage pionnier de Jean-Luc Einaudi, La Bataille de Paris : le 17 octobre 1961, Paris, Seuil, 1991 puis Octobre 1961 : un massacre à Paris, Paris, Fayard, 2001, et notamment Linda Amiri, La Bataille de France : la guerre d’Algérie en métropole, Paris, R. Laffont, 2004, Jim House et Neil MacMaster, Paris 1961 : les Algériens, la terreur d’Etat et la mémoire, Paris, Tallandier, 2008, Emmanuel Blanchard, La Police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau Monde Editions, 2011, Arlette Heymann-Doat, Guerre d’Algérie. Droit et non-droit, Paris, Dalloz, 2012 et  Fabrice Riceputi, Ici on noya des Algériens, Paris, Le Passager clandestin, 2021.

    (5). Roger Frey cité par Le Monde, 16 octobre 1961.

    (6). R. Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1957, p. 238.

    (7). De même pour l’assassinat, le 27 mars 1957, de l’avocat nationaliste algérien, maître Ali Boumendjel, arrêté, torturé et précipité, sur ordre du commandant Aussaresses, du sixième étage d’un bâtiment pour faire croire à un suicide. Dans ses mémoires publiées en 2001, ce dernier a reconnu les faits et livré d’assez nombreux détails. Cf., Services spéciaux. Algérie 1955-1957, Paris, Perrin, 2001, pp. 173-178. Là encore, ce crime de guerre, qui fit scandale, a été couvert par la hiérarchie militaire, le pouvoir politique de l’époque et le très socialiste président du Conseil, Guy Mollet. Cf. P. Vidal-Naquet, La Torture dans la République, (1963), Paris, Les Editions de Minuit, 1972, p. 72 et suiv. Quant à Emmanuel Macron, il s’en est tenu à ce cas emblématique en se gardant bien de rappeler qu’il n’était pas le seul et que cet assassinat fut la conséquence de pratiques : la torture, les exécutions sommaires, les disparitions forcées, légitimées par une doctrine bien connue : celle de la guerre contre-révolutionnaire qui les a érigées en système.

    (8). P. Vidal-Naquet, La Torture dans la Républiqueop. cit. , p. 12 et suiv.

    (9)Le Monde, 25 janvier 2000.

     

     

     

    Histoire et mémoire

    Manifeste pour la reconnaissance

    et la réparation des crimes et dommages

    coloniaux français en Algérie

    Histoire et mémoire  Manifeste pour la reconnaissance et la réparation des crimes et dommages coloniaux français en Algérie

    1. La reconnaissance de la responsabilité unilatérale de la France coloniale en Algérie. 

    La France est aujourd’hui à la croisée des chemins avec la question de savoir si elle sera capable de passer un pallier dans la gestion apaisée de ses démons mémoriels en particulier celui avec l’Algérie qui fut une des guerres les plus tragiques du 20e siècle. La problématique centrale n’est pas la repentance, les excuses ou le ni ni  avec une reconnaissance générique mais la question de la reconnaissance de la responsabilité française en Algérie, notion juridique, politique et philosophique.

    Cette question de la responsabilité unilatérale de la France coloniale  est centrale au même titre que la déclaration du Président Chirac en 1995 sur la responsabilité de l’Etat Français concernant la déportation des juifs durant la seconde guerre mondiale. Cette reconnaissance qui ouvra la voie à l’indemnisation de ces victimes.

    La barbarie coloniale française en Algérie ne peut être édulcorée par quelques rapports fantasmés d’auteurs qui flirtent avec les pouvoirs politiques de droite comme de gauche depuis 40 ans. La question des massacres, crimes et autres dommages impose inéluctablement une dette incompressible de la France vis-à-vis de l’Algérie.

    La stratégie développée  depuis toujours est de faire table rase du passé, une offense à la dignité des algériens. Cette responsabilité est impérative car elle peut sauver l’âme de la France qui est fracturée par ses démons du passé.

    La reconnaissance de la responsabilité c’est admettre que la France s’est mal comportée en Algérie et qu’elle a créé de nombreux dommages avec des centaines de milliers de victimes et des dégâts écologiques incommensurables avec ses nombreuses expériences nucléaires et chimiques.

    Que s’est-il réellement passé en Algérie durant près de cent-trente-deux années d’occupation ? La colonisation et la guerre d’Algérie sont considérées et classées comme les événements les plus terribles et les plus effroyables du XIXe et XXe siècle. La révolution algérienne est aussi caractérisée comme l’une des plus emblématiques, celle d’un peuple contre un autre pour recouvrer son indépendance avec des millions de victimes.

    L’ignominie française en Algérie se traduit par les massacres qui se sont étalés sur près de cent-trente années, avec une évolution passant des enfumades au moment de la conquête, aux massacres successifs de villages entiers comme Beni Oudjehane, pour aller vers les crimes contre l’Humanité du 8 mai 45 sans oublier les attentats tels celui de la rue de Thèbes à Alger. La violence était inouïe à l’encontre des indigènes algériens. Entre 600 et 800 villages ont été détruits au napalm. L’utilisation par la France des gaz sarin et vx était courante en Algérie.  La torture à grande échelle et les exécutions sommaires étaient très proches des pratiques nazies.

    La France sait qu’elle a perdu son âme en Algérie en impliquant son armée dans les plus sales besognes. Ces militaires devaient terroriser pour que ces indigènes ne puissent à jamais relever la tête. Plus ils massacraient, plus ils avaient de chance de gravir les échelons.

    La colonisation, c’est aussi la dépossession des Algériens de leurs terres où ces indigènes sont devenus étrangers sur leurs propres terres.

    Le poison racisme est le socle fondateur de tout colonialisme. Sous couvert d’une mission civilisatrice, le colonisateur s’octroie par la force et en bonne conscience le droit de massacrer, torturer et spolier les territoires des colonisés. La colonisation française de l’Algérie a reposé sur l’exploitation de tout un peuple, les Algériens, considérés comme des êtres inférieurs de par leur religion, l’islam.

    Il suffit de relire les illustres personnages français, Jules Ferry, Jean Jaurès, Léon Blum et tous les autres que l’on nous vante souvent dans les manuels scolaires.

    La résistance algérienne sera continue, de 1830 jusqu’à l’Indépendance en 1962, même si de longues périodes d’étouffement, de plusieurs années, seront observées. Sans excès, on peut affirmer que la colonisation a abouti à un développement du racisme sans précédent et nourri la rancœur des colonisés.

    Etrangement, plus on martyrisait la population algérienne, plus sa ténacité à devenir libre était grande. Sur le papier, l’Algérie était condamnée à capituler devant la cinquième puissance mondiale. Le bilan tragique n’a pas empêché les Algériens de gagner cette guerre d’indépendance avec une étrange dialectique. Les enfants des ex colonisés deviendront français par le droit du sol et continueront d’hanter la mémoire collective française.

    On tente aujourd’hui de manipuler l’Histoire avec un déni d’une rare violence en continuant de présenter cette colonisation comme une œuvre positive, un monde de contact où les populations se mélangeaient et les victimes étaient symétriques. Une supercherie grossière pour ne pas assumer ses responsabilités historiques.

    Colons et colonisés n’étaient pas sur un pied d’égalité, il y avait une puissance coloniale et des européens et de l’autre coté des indigènes avec des victimes principalement du côté des colonisés algériens. Cette population indigène a été décimé de 1830 à 1962 faisant des centaines de milliers de victimes, morts, torturées, violées, déplacées, spoliées et clochardisées, devenant des sujets sur leurs propres terres. Cette réalité est indiscutable et vouloir la noyer par quelques rapports dans un traitement symétrique c’est prolonger une nouvelle forme de déni et de domination sous couvert de paternalisme inacceptable.

    Le monde fantasmé du Professeur Stora est une insulte à la réalité historique, d’autant plus grave qu’il la connaît parfaitement. Son rapport répond à un objectif politique qu’il a bien voulu réaliser pour des raisons étranges mais certaines : édulcorer les responsabilités  avec un entre deux savamment orchestré laissant supposer l’égalité de traitement des protagonistes pour neutraliser la reconnaissance de la responsabilité unilatérale de la France coloniale en Algérie. Le rapport est mort né car il n’a pas su répondre aux véritables enjeux de la responsabilité de la France coloniale en Algérie. Le jeu d’équilibriste pour endormir les algériens n’a pas pu s’opérer car les consciences des deux côtés de la méditerranée sont alertes. Personne n’est dupe sauf ceux qui ne veulent pas assumer les démons de la barbarie coloniale française en Algérie.

    2. La France face à son démon colonial où le syndrome de l’ardoise magique. 

    Depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, la France a déployé une batterie de stratagèmes pour ne pas être inquiété sur son passé colonial. La France sait précisément ce qu’elle a commis durant 132 années comme crimes, viols, tortures, famine des populations et autres.  Pour se prémunir contre tous risques de poursuites, elle a exigé aux algériens d’approuver une clause d’amnistie lors du cessez-le-feu. D’autres lois d’amnisties furent promulguées par la suite pour tenter d’effacer toute trace de cette barbarie coloniale. La suffisance de certains est allée jusqu’a obtenir la promulgation d’une loi en 2005 vantant les mérites de la colonisation française en Algérie. Ultime insulte aux victimes algériennes qu’on torturait symboliquement à nouveau.

    3. Pourquoi la France  a peur de reconnaître ses responsabilités.

    Reconnaître les responsabilités  des crimes et dommages coloniaux c’est inéluctablement accepter l’idée d’une réparation politique et financière ce que la France ne peut admettre aujourd’hui face à une certaine opinion pro Algérie française encore vivace sur ce sujet.

    Mais c’est aussi accepter de revoir la nature de la relation franco algérienne ou la rente permet toujours à la France de préserver sa position monopolistique sur ce marché qui est toujours sa chasse gardée.

    C’est bien sûr également la peur de perdre une seconde fois l’Algérie française mythifiée, celle du monde du contact largement développée dans le rapport Stora.

    Enfin,  la crainte de devoir rendre des comptes d’une manière singulière aux enfants de colonisés qui constituent le principal des populations habitant les banlieues populaires françaises où le poison racisme est omniprésent. Il suffit de lire le dernier rapport du Défenseur des droits sur les discriminations pour s’en convaincre.

    Ces dernières années, un nouveau palier s’est opéré avec l’idée que ces citoyens musulmans où les algériens sont majoritaires, sont devenus en France les ennemis de la République car ils sont souvent accusés d’être les nouveaux porteurs de l’antisémitisme français. Aujourd’hui, la majorité de cette population subit une triple peine. La première est d’être souvent considérée comme étranger dans le regard de l’autre, car enfant de la colonisation, enfants de parents qui se sont battus pour ne pas être français.

    Ensuite, le fait d’être musulman dans la cité française se confronte à l’image séculaire de cette religion qui est maltraitée depuis au moins mille ans.

    Enfin, cette population est suspectée d’être porteuse du nouvel antisémitisme français car solidaire du peuple palestinien. Ces palestiniens qui sont aujourd’hui parmi les derniers colonisés de la planète. Les Algériens ont connu la même colonisation et sont unis à jamais à ce peuple opprimé par un lien indicible qui s’exprime dans les tripes et le cœur. Entre Algériens et Palestiniens demeure une identité commune avec un combat similaire contre la colonisation. Dans une continuité idéologique, la France est depuis toujours l’un des plus fervents défenseurs de l’État d’Israël. En Algérie, le peuple dans sa grande majorité est palestinien de cœur car ce que subissent les Palestiniens dans le présent, il l’a subi dans le passé par la puissance coloniale française. Ce lien fraternel est aussi visible dans la diaspora algérienne qui est presque toujours pro-palestinienne, sans forcément connaître l’origine de ce lien profond.

    Ce sont ces constituants qui enferment cette population comme les supposés porteurs du nouvel antisémitisme, faisant d’elle, la cible privilégiée du poison français alors que l’on aurait pu croire que le système les en aurait protégés un peu plus du fait d’un racisme démultiplié à leur encontre.  Les musulmans où les algériens sont majoritaires sont  silencieux comme s’ils avaient été frappés par la foudre. Ils sont perdus dans cette société française, égaux en droit et rejetés dans les faits par un racisme structurel aggravé par une mémoire non apaisée.

    À quelques très rares exceptions, les intellectuels et relais d’opinion abondent dans le sens du vent assimilationniste. Ils espèrent en tirer profit et acceptent d’être utilisés comme des « Arabes de service » faisant le sale boulot en s’acharnant à être « plus blanc que blanc ». Leurs missions sont de vanter à outrance le système assimilationniste ou le déni de mémoire est fortement présent. Ces partisans du modèle assimilationniste savent au fond d’eux-mêmes qu’ils ont vendu leurs âmes en étant du côté de l’amnésie imposée du plus fort. Leur réveil se fait souvent douloureusement lorsqu’on les relève de leur poste en politique ou dans les sphères où ils avaient été placés en tant que porte-drapeaux du modèle assimilationniste. Ils se retrouvent soudainement animés par un nouvel élan de solidarité envers leur communauté d’origine, ou perdus dans les limbes de la République qui les renvoie à leur triste condition de « musulmans » où d’enfants d »indigènes ».

    La faiblesse de cette population toujours en quête d’identité et de mémoire apaisée est peut être liée à l’absence d’intellectuels capables de les éclairer pour réveiller un peu leur conscience et leur courage face à une bien-pensance très active en particulier sur ces questions mémorielles.

    4. L’inéluctable réparation des crimes et dommages de la colonisation française en Algérie. 

    La France, via son Conseil Constitutionnel, a évolué dans sa décision n° 2017-690 QPC du 8 février 2018, en reconnaissant une égalité de traitement des victimes de la guerre d’Algérie permettant le droit à pension aux victimes civiles algériennes. Nous nous en félicitons mais la mise en œuvre a été détournée par des subterfuges juridiques rendant forclos quasi toutes les demandes des victimes algériennes. Comme si la France faisait un pas en avant et deux en arrière car elle ne savait pas affronter courageusement les démons de son passé colonial, pour apaiser les mémoires qui continuent de saigner.

    Il ne peut y avoir une reconnaissance des crimes contre l’humanité commis en Algérie par la France et dans le même temps tourner le dos aux réparations des préjudices subis y compris sur le plan environnemental. La première marche du chemin de la réparation financière c’est de nettoyer les nombreux sites nucléaires et chimiques pollués par la France en Algérie ainsi que les nombreuses victimes comme le confirme l’observatoire de l’Armement.   C’est une question de droit et de justice universelle car tout dommage ouvre droit à réparation lorsqu’il est certain, ce qui est le cas en Algérie. Sauf si on considère la colonisation française en Algérie comme une œuvre positive comme la France tente de le faire croire depuis la promulgation de la loi du 23 février 2005 qui est un outrage supplémentaire à la dignité des algériens.

    La France ne peut échapper à cette réparation intégrale car sa responsabilité est pleinement engagée.  D’une part c’est une question de dignité  et d’identité des algériens qui ne s’effacera jamais de la mémoire collective de cette nation.

    C’est pourquoi les jeunes générations contrairement à l’espérance de certains ne cesseront d’interpeler la France et l’Algérie sur cette question mémorielle.

    Sur la nature de cette réparation, la France devra suivre le chemin parcouru par les grandes nations démocratiques comme l’Italie qui, en 2008, a indemnisé la Lybie à hauteur de 3.4 milliards d’euros pour l’avoir colonisé de 1911 à 1942, mais aussi : l’Angleterre avec le Kenya, les Etats unis et le Canada avec les amérindiens ou encore l’Australie avec les aborigènes. L’Allemagne a accepté, depuis 2015, le principe de responsabilité et de réparation de ses crimes coloniaux avec les Namibiens mais butte sur le montant de l’indemnisation. Avec le risque pour l’Allemagne d’une action en justice devant la Cour Pénale Internationale du gouvernement Namibien, avec l’assistance d’un groupe d’avocats britanniques et la demande de 30 milliards de dollars de réparations pour le génocide des Ovahéréro et des Nama.

    La France elle-même s’est fait indemniser de l’occupation allemande durant la première et seconde guerre mondiale à hauteurs de plusieurs milliards d’euros d’aujourd’hui. Au même titre, l’Algérie indépendante doit pouvoir être réparée des crimes contre l’humanité et dommages qu’elle a subi de 1830 à 1962.

    Cette dimension historique a un lien direct avec le présent car les évènements semblent se répéter, les banlieusards d’aujourd’hui sont en grande partie les fils des ex-colonisés. On continue à leur donner, sous une autre forme, des miettes avec comme point culminant cette nouvelle forme de discrimination,  poison ou racisme invisible, matérialisé dans toutes les strates de la société.

    L’Histoire ne doit pas se répéter dans l’hexagone, les miettes accordées ici et là sont révélatrices d’un malaise profond de la République française. En particulier, son incapacité à fédérer tous ses citoyens, poussant certains à la résignation, au retranchement et parfois aux extrémismes.

    Paradoxalement, c’est le modèle français qui produit le communautarisme alors qu’il souhaite le combattre.

    Comme un exercice contre-productif, il lui explose au visage car il ne sait pas comment l’aborder. C’est aussi ce modèle qui pousse un grand nombre de ces citoyens franco algériens à ne pas être fier d’être français. Cette révolution algérienne fait partie de l’Histoire de France à la fois comme un traumatisme à plus d’un titre, mais aussi comme un lien sensible entre les Français quelles que soient leurs origines. Le cœur de cette double lecture est lié à cette singularité algérienne qui n’a jamais démenti ses attaches à l’islam. Cet islam a été utilisé par la France comme porte d’entrée pour coloniser l’Algérie et soumettre sa population. Il a aussi donné la force à cette population algérienne de faire face au colonialisme français, comme porte de sortie de la soumission.

    En France et ailleurs, cette religion semble interpeller les sociétés dans lesquelles elle s’exprime. A l’heure d’une promulgation d’une loi sur le séparatisme qui risque de stigmatiser un peu plus cette population musulmane ou les algériens sont nombreux, l’enlisement semble se perpétuer comme si l’apaisement des mémoires tant voulue était un peu plus affaibli car nous sommes toujours incapable d’expliquer à nos enfants le traitement différencié à l’égard des victimes de cette tragédie historique.

    5. L’Algérie face à ses responsabilités historiques. 

    Le silence de l’Algérie est lourd car elle n’a pas su appréhender la question de sa mémoire d’une manière énergique et l’illégitimité de ses gouvernances successives a maintenu des revendications peu soutenues à l’égard de la France. Pire, les problématiques algériennes ont trop souvent, surfé sur cette fibre mémorielle pour occulter leurs inefficiences à gérer d’une manière performante le pays.  Aujourd’hui, L’Algérie ne peut plus faire table rase du passé colonial français et se contenter de quelques mesurettes ou gestes symboliques. L’Algérie au nom de ses chouadas doit assumer une revendication intégrale, celle de la reconnaissance pleine et entière de la responsabilité des crimes et dommage de la colonisation en Algérie.

    L’objectif de cette réparation n’est pas de diaboliser l’ex-puissance coloniale, mais au contraire de lui permettre de se réconcilier avec elle-même afin d’entrer définitivement dans une ère d’amitié et de partenariat. L’Algérie a laissé perdurer une approche minimaliste comme si elle était tenue par son ex puissance coloniale, tenu par le poison corruption qui la gangrène  de l’intérieur et qui la fragilise dans son rapport avec la France. Comme si l’Algérie enfermée dans une position toujours timorée avait peur de franchir la ligne de l’officialisation de sa demande de réparation alors que la France l’avait faite de son coté en légiférant en 2005 sur les bienfaits de la colonisation française en Algérie. Aujourd’hui, au nom de la mémoire des chouadas, l’Algérie doit également assumer ses responsabilités historiques.

    6. L’urgence d’agir.  

    Sur la question mémorielle, reconnaître la responsabilité de la France sur les crimes et les dommages coloniaux y compris écologiques et les réparer financièrement au même titre que les principales grandes puissances mondiales. Abroger la loi de 2005 sur les bienfaits de la colonisation, la loi Gayssot et la loi sur l’antisémitisme pour déboucher sur une seule loi générique contre tous les racismes permettant de rassembler au lieu de diviser. Nettoyer les sites pollués nucléaires et chimiques et indemniser les victimes. Restituer la totalité des archives algérienne. Signer un traité d’amitié avec l’Algérie et suppression des visas entre les deux pays.

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 25 Février à 09:41

    Il ne faudrait pas prendre Macron pour "plus sot que mal habillé" et il joue effectivement sur la confusion des faits et l'ambiguïté des intérêts des divers protagonistes pour des objectifs électoralistes, j'en conviens.

    Il reste que l'opinion publique a évolué, sur le 17 octobre 1961 et sur Charonne. Et que le président ait été amené à tenir compte de cette évolution ait à être apprécié de manière positive même si cela nous paraît insuffisant parce qu'incomplet.

    Reste que notre responsabilité c'est de faire avancer le schmilblick sur la nocivité du colonialisme et de la guerre menée pour tenter de le perpétuer. Et là je crois utile d'e tenir compte d'un premier pas qui n'avait pas été fait depuis soixante ans même s'il faut dénoncer l'objectif politicien qui reste effectivement en dehors de la vérité historique.

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