• Emmanuel Macron, premier président à ne pas avoir effectué de service national envisage de le rétablir

     

    Édito : le service minimum

    BRUNO DIVE/Theillet Laurent

    Emmanuel Macron, premier président

     à ne pas avoir effectué de service national

     envisage de le rétablir

    Faites ce que je dis, pas ce que je fais. François Hollande, premier président non marié de la Ve République avait instauré le « mariage pour tous ». Emmanuel Macron, premier président à ne pas avoir effectué de service national, envisage de le rétablir. On aurait mauvaise grâce à lui reprocher d’y avoir échappé, puisque la suppression voulue par Jacques Chirac entrait en vigueur quand il atteignait l’âge adulte. De même qu’on ne saurait lui faire grief de chercher à remplir le vide laissé par la disparition du service militaire, non pour la Défense nationale, elle-même, mais pour des raisons qui tiennent à la cohésion nationale.

    Ah, la fameuse cohésion nationale ! Depuis les émeutes de l’automne 2015, les politiques de tous bords cherchent le mantra qui leur permettra de renouer avec l’époque glorieuse, et mythique, où la Nation ne faisait qu’un. Celle où les différences sociales disparaissaient dans l’atmosphère enfumée des chambrées, quand ce n’était pas sous le feu de l’ennemi. Certes, chacun reprenait ensuite son rôle et sa place dans la société, mais on avait côtoyé un an durant « l’autre » ; le citadin et le paysan, l’intellectuel et l’ouvrier avaient appris à mieux se connaître. En ira-t-il de même au XXIe siècle pour le bobo des centres-villes et le jeune de la « zone » ? La collégienne de la campagne et la fille voilée de banlieue ? Il y a fort à craindre que le petit mois de « service national universel » finalement retenu hier n’y suffise pas. On est loin en tout cas de la promesse, qu’Emmanuel Macron avait lancée pendant sa campagne, d’un service national ou militaire (le terme variait) d’une durée de trois à six mois.

    Une fois encore, les austères réalités matérielles ont repris le dessus. Le coût apparaissait prohibitif, et les militaires, qui semblaient tout désignés pour assurer cette mission, traînaient les pieds, eux qui croulent déjà sous le poids de leurs nombreuses missions. On aura donc un objet hybride, à mi-chemin du service national d’antan et de la simple journée défense et citoyenneté encore en vigueur. Un objet néanmoins coûteux (plus d’un milliard d’euros annuel) et des contentieux juridiques en perspective : comment, en effet, obliger un jeune à se présenter à une formation qui ne relève ni de la scolarité obligatoire ni de la défense nationale ? Le tout pour une utilité qui ne saute pas aux yeux. Même si, en la matière, on ne demande qu’à se tromper.

     

    Dans le rétro : c’était comment le service militaire avant ?

    Emmanuel Macron, premier président   à ne pas avoir effectué de service national  envisage de le rétablir

    Parenthèse de 200 ans dans l'histoire du pays, entre deux armées de métier, le service militaire obligatoire pour tous avait été ouvert en France aux femmes sur la base du volontariat en 1971. Ici, le 3 juillet 1978, une femme sergent-instructeur apprend aux jeunes appelés à marcher au pas à la base aérienne de Metz-Frescaty.

    Archives AFP / STF

    Né en 1798 et suspendu en 1997, il revient sous la forme d’un service national universel. Retour sur 200 ans d’histoire

    C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Le service militaire fait son retour en France sous une nouvelle forme, présentée ce jeudi par le premier ministre Édouard Philippe : un service national universel d’une durée d’un mois, que tous les jeunes devraient obligatoirement accomplir vers l’âge de 16 ans. Objectif : renforcer la citoyenneté en permettant le brassage social de toute une classe d’âge, soit entre 800 000 et 900 000 filles et garçons environ chaque année, durant quinze jours d’intégration, consacrés à un "apprentissage", et quinze jours à l’"expérience d’un projet d’engagement", encadrés par des tuteurs.

    Pour ceux qui ont envie de s’engager davantage, un service civique basé sur la base du volontariat pourra s’effectuer ultérieurement dans la défense, l’environnement, la culture…, durant une période qui durera de trois à six mois.  Une séquence qui s’inspire du service civique fondé sous la mandature Sarkozy et relancé par François Hollande, une opération à succès qui comptabilise 100 000 participants par an.

    Mais au fait, le service militaire, c’était comment avant ?  Un peu d’histoire s’impose, pour combler un véritable  clivage générationnel…  

    1798–1832 – "Aux armes citoyens !" : une conscription universelle et obligatoire, d’une durée de six à sept ans

    Tout Français est soldat et se doit à la défense de sa patrie. Article 1 de la loi Jourdan-Delbrel 

    Avant la Révolution française, sous l’Ancien Régime, le service militaire était réservé à des militaires professionnels. Mais en cas de guerre, dès qu’il avait besoin de renforts, le roi pouvait lever des troupes parmi ses sujets, souvent selon un système de tirage au sort, qui désignait des "miliciens provinciaux". La Révolution de 1789 avec son idéal d’un peuple formé de "citoyens soldats", va instaurer  la "conscription universelle et obligatoire" pour les hommes âgés de 20 à 25 ans. C’est la loi Jourdan-Delbrel, considérée comme le texte fondateur d’un service national destiné à forger l’unité nationale ou à répondre à la menace extérieure.

    Emmanuel Macron, premier président   à ne pas avoir effectué de service national  envisage de le rétablir

    Le départ de conscrits en 1807, de Louis-Léopold Boilly.

    Crédit photo : Paris, musée Carnavalet

    • Tirage au sort 

    En 1804, un décret de Napoléon Ier introduit le principe du tirage au sort. Le service, qui alimentera en chair à canon les guerres napoléoniennes jusqu’en 1815, dure alors six ans. Les conscrits sont désignés parmi les célibataires ou les veufs sans enfants, âgés de 20 à 25 ans et mesurant au moins 1,54 m. Dans chaque canton, 30 à 35% des hommes éligibles peuvent être ainsi appelés sous les drapeaux. Mais tous les Français ne sont pas égaux face à la conscription : les familles nobles et bourgeoises peuvent payer un remplaçant qui accepte de prendre la place du conscrit tiré au sort.

    • Sept ans de service 

    En 1832, afin de parer à la stagnation des engagements, le maréchal Soult, ministre de la Guerre, fait voter une loi qui impose un service d’une durée de sept ans. L’armée est constituée d’appelés et de conscrits, les premiers incorporés, les seconds formant la réserve. 

    1905 – Naissance du service militaire obligatoire

     et universel moderne

    La loi de 1905 met fin au système du tirage au sort et réduit les possibilités d’exemption. Tous les hommes dans la tranche d’âge sont donc concernés et seuls les motifs médicaux permettent d’échapper au service obligatoire. La durée du service militaire est rabaissée à deux ans.  Ces principes resteront en vigueur tout au long du XXe siècle.

    Un million et demi de Français appelés sous les drapeaux durant la guerre d’Algérie.

    Suspendue en 1940, la conscription est rétablie en 1946, après la Seconde guerre mondiale. Le service militaire a pour objectif uniquement la défense du territoire national. Lors de la guerre d’Indochine (1946–1954), seuls les professionnels sont ainsi envoyés au combat.

    Lors de la guerre d’Algérie, toujours française à l’époque, toute une classe d’âge est appelée sous les drapeaux : un million et demi de Français nés entre 1935 et 1942 sont mobilisés. Des mouvements de contestation sont organisés pour bloquer des trains de conscrits.

    1971 – Apparition d’un "service national"ouvert

     aux femmes

    En 1963, après les accords d’Évian, un statut d’objecteur de conscience est créé pour ceux qui refusent d’effectuer leur service militaire ou d’aller à la guerre parce que, ce faisant, ils iraient à l’encontre de leurs croyances personnelles profondes. Qu’il s’agisse d’une conviction ou d’une expérience religieuse, ou encore de considérations morales et éthiques.

    En 1971, le service militaire est officiellement rebaptisé  "service national". L’appelé peut choisir un service dans le civil (coopération, aide technique) et reporter sa convocation jusqu’à l’âge de 22 ans. Surtout, le service s’ouvre aux femmes, sur la base du volontariat. Avant cela, sa durée a été réduite à seize mois en 1963, lors de la création du statut d’objecteur de conscience, puis à un an en 1970.

    1997 – Chirac met fin au service national militaire

    La conscription ne répond plus aux exigences d’une armée moderne dans un grand pays moderne. Jacques Chirac, 22 février 1996

    Élu en 1995 président de la République, Jacques Chirac lance le chantier de la professionnalisation des armées. Avec la fin de la guerre froide et l’effondrement du bloc de l’Est, les menaces qui planent sur la sécurité nationale ont changé. Retour donc à une armée de métier :  cas d’intervention militaire, le pays a désormais besoin de "spécialistes" de la guerre. 

    Le 22 février 1996, au cours d’un entretien audiovisuel, le chef de l’État annonce la suppression pure et simple du service militaireEn 1997, la réforme du service national est adoptée par le Parlement. Un décret du 27 juin 2001 met fin, par anticipation, à la conscription, prévue pour s’achever en 2003. Les derniers appelés sont démobilisés en novembre.

    Le service "est rétabli à tout moment par la loi dès lors que les conditions de la défense de la Nation l’exigent ou que les objectifs assignés aux armées le nécessitent", stipule toutefois l’Article L. 112–2 du Code du service national. 

    • Création de la JAPD, rebaptisée JDC en 2011 

    En 1998, Jacques Chirac met aussi en place la Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), qui deviendra en 2011 la Journée défense et citoyenneté (JDC). Cette journée d’appel est la troisième étape du parcours de citoyenneté obligatoire pour tous les jeunes de nationalité française, la première étape étant l’enseignement de défense dispensé en classe de troisième dans le cadre des cours d’enseignement moral et civique ainsi qu’en classe de première dans le cadre des cours d’éducation civique, juridique et sociale, et la seconde étant le recensement obligatoire en mairie.

     

    • "Comment se faire réformer ?" 

    La réforme abolit par la même occasion la préoccupation de bien des générations de futurs "bidasses", de la guerre d’Algérie au début des années 1990 : "comment se faire réformer ?" Ou, plus précisément, comment se faire réformer P4, en passant par la fameuse case "psy", ou bien obtenir une exemption médicale grâce à un certificat médical de complaisance garantissant une forme d’indulgence, lors de la première visite médicale.

    • "Les bidasses en folie" 

    Elle donne également un clap de fin à un thème inépuisable d’inspiration pour le cinéma. Le service militaire a inspiré de nombreuses comédies cinématographiques, plus ou moins réussies, comme "Les Bidasses en folies", un film réalisé par Claude Zidi en 1971 avec les Charlots, ou encore "Comment se faire réformer", un vrai nanar"sorti en 1978, que l’on doit à Philippe Clair. 


    2006 – Création d’un "service civil volontaire" 

    En 2006, Jacques Chirac annonce la création d’un "service civil volontaire". Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la loi du 10 mars 2010 instaure un "service civique" (toujours non obligatoire) dit "engagement de service civique" pour des missions d’intérêt général de 6 à 12 mois, ouvert aux 16–25 ans qui perçoivent une indemnisation prise en partie en charge par l’État.

    • 100 000 volontaires en 2017 

    Ce service ne concerne qu’à peine 40 000 personnes en 2012, lors de l’élection de François Hollande à la présidence de la République.  Le 20 janvier 2014, le chef de l’État s’engage à développer massivement le service civique pour atteindre les 100 000 volontaires par an d’ici la fin de son mandat, à l’horizon 2017.

    2015–2018 – Le retour d’une forme de circonscription revient sur le devant de la scène 

    Après les attentats islamistes de Paris, en janvier et novembre 2015, l’idée du retour d’une forme de forme de conscription gagne du terrain dans l’opinion publique, chez les élus comme dans la population. Le 5 février 2015, Hollande annonce "un nouveau contrat civique" et la création d’une "réserve citoyenne pour tous les Français". Le service militaire adapté (SMA), un dispositif d’insertion via les armées en vigueur en outre-mer, sera expérimenté en métropole avec la création de trois centres de "Service militaire volontaire", suivis de quatre autres en 2016.

    Le retour d’un service national universel (SNU) avait été  promis en 2017 par le candidat Macron durant sa campagne. Finalement, le chef de l’État, le premier président français à ne pas avoir fait service militaire car né en 1978 et donc trop jeune, aura bien son service universel, même s’il est moins ambitieux que prévu.

    Le service national universel aura-il un jour ses stars, comme ce fut le cas pour le service militaire ? Pour le savoir, rendez-vous dans vingt ans…


     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Juillet à 13:28
    Le danger c’est l’armée de métier. On l’a vu en 1961...
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