• En ce jour de 1960 C'était un 13 février, la première bombe atomique française *** Lettre ouverte

     

    En ce jour de 1960

    C'était un 13 février, la première bombe atomique française

    En ce jour de 1960  C'était un 13 février, la première bombe atomique française *** Lettre ouverte

    Le 14 septembre 1966, le général de Gaulle, en tenue spéciale anti-radiations, assiste de la passerelle du croiseur «De Grasse» à l'explosion de la troisième bombe nucléaire française dans le Pacifique. Photo Gamma-Keystone. Getty Images

     

    Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas tous. Certains hantent toujours notre présent. «Libération» en fait le récit. Aujourd’hui, l'explosion de «Gerboise bleue» dans le Sahara.

    Une lumière blanche intense vient de faire pâlir le ciel pourtant si lumineux du Sahara algérien. A Reggane, province reculée du sud de l’Algérie où la France a installé son Centre saharien d’expérimentations militaires (CESM), «Gerboise bleue», première bombe A de conception hexagonale, vient d’éclater en ce 13 février. Cela fait tout juste soixante ans, et une semaine après que le président Macron a reposé les fondements de la doctrine de la dissuasion nucléaire française lors d’un discours à l’Ecole de guerre. Une apocalypse baptisée du nom d’un petit rongeur sauteur familier des étendues de sable.

    Avec cette première explosion, la France vient de se hisser dans le club très fermé des puissances atomiques mondiales avec un concept toujours de mise aujourd’hui, celui de la dissuasion du «faible au fort». Un rapport de force modèle cour de récré, mais efficace. Du style «si tu m’attaques je te montrerais que même si je suis tout petit, tu vas t’en prendre plein la gueule». Pas besoin de convoquer les grands frères. La France possède l’arme ultime, celle qui est capable de causer des ravages indescriptibles. Face alors à la menace soviétique, le message est clair. En lançant ses missiles, le gain que l’URSS pourrait obtenir est si négligeable qu’il ne vaut pas le coup de se voir atomiser en retour.

    Avanies et autre vexations

    Surtout, en se hissant à la hauteur des puissances de premiers plans, De Gaulle, qui n’a jamais vraiment supporté les avanies et autre vexations que lui avaient fait subir Roosevelt au cours de la Seconde Guerre mondiale, lui adresse un superbe pied de nez. La France peut se défendre sans le secours du bouclier nucléaire américain. Une logique qui poussera le pays à quitter le commandement intégré de l’Otan en 1966.

    Contrairement à l’idée communément admise, ce n’est pas le père de la France libre qui préside à l’élaboration de l’arme nucléaire. Les travaux avaient commencé sous la présidence du conseil de Pierre Mendès France en 1954. En avril 1958, Félix Gaillard, président du Conseil de René Coty, fixe la date de l’essai expérimental au début de l’année 1960.

    Au total, même après les accords d’Evian (1962) scellant la fin des «opérations de pacification», litote utilisée pour la guerre menée par la France sur le sol algérien, ce seront dix-sept essais nucléaires à l’air libre qui seront menés dans le Sahara. Ils ne prendront fin qu’en 1966. En avril 1961, suite au putsch des généraux d’Alger (Challe, Jouhand, Zeller et Salan), ce «quarteron de généraux en retraite» selon l’expression du président de Gaulle, les autorités font détonner dare-dare la bombe à Reggane de peur que le pouvoir insurrectionnel né d’un pronunciamento ne s’en empare.

    La France continuera ses expérimentations à l’air libre à Mururoa et dans l’atoll de Fangataufa. De 1966 à 1974, 46 bombes exploseront ainsi dans le ciel de la Polynésie. Avec toutes les conséquences qui font aujourd’hui l’objet de contentieux juridiques.

    Moratoire

    «La bombinette» française, telle que raillée par l’opposition au moment du premier essai de 1960, continue à être testée dans le Pacifique mais de manière souterraine jusqu’en 1991. Le 8 avril 1992, François Mitterand décrète un moratoire sur les expérimentations. Au total sous le corail des atolls, 147 bombes à la puissance représentant des dizaines de fois celle d’Hiroshima et de Nagasaki explosent.

    En 1995, lors d’une conférence de presse, Jacques Chirac, président fraîchement élu, annonce la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique pour mieux passer à la simulation en laboratoire. Une date particulièrement mal choisie alors que le monde commémore le largage de «Little Boy», la première bombe atomique américaine par le bombardier B-29 Enola Gay sur le site d’Hiroshima le 6 août 1945. De juin 1995 à janvier 1996, la France procédera à six essais nucléaires à Fangataufa.

    Depuis le démantèlement de la base de missiles terrestres du plateau d’Albion en 1999 – aujourd’hui site de visites touristiques – la force de dissuasion nucléaire française repose sur deux composantes, la force océanique stratégique (FOST) et quatre sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) qui se relaient perpétuellement en mer, équipés du dernier né des missiles mer-sol balistique, le M-51. Sa portée publique est d’un minimum de 4 500 km. La réelle est tenue secrète. Tout comme la capacité d’emport de son ogive qui contient plusieurs têtes nucléaires à trajectoire distincte. La deuxième composante est celle des forces aériennes stratégiques avec le porte-avions Charles de Gaulle.

    Le 13 février 60 démontre au monde que la France sait fabriquer «la bombinette». Mais «le plus important est de savoir où elle tombe» comme le chantait Boris Vian dans sa Java des bombes atomiques.

    SOURCE : https://www.liberation.fr/france/2020/02/13/c-etait-un-13-fevrier-la-premiere-bombe-atomique-francaise_1778046 

    Lettre ouverte

    «Emmanuel Macron, vous n'avez jamais fait l’expérience de l’inhumanité absolue des armes nucléaires. Moi, oui.»

    Par Setsuko Thurlow, survivante d'Hiroshima et militante de l'Ican (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires), organisation Prix Nobel de la paix 2017.  

    En ce jour de 1960  C'était un 13 février, la première bombe atomique française *** Lettre ouverte

    Setsuko Thurlow lors de la réception du prix Nobelpar l'Ican, le 10 décembre 2017. Photo NTB Scanpix. Terje Bendiksby via Reuters

    Survivante d'Hiroshima et militante pour l'abolition des armes atomiques, Setsuko Thurlow interpelle le président de la République, qui a prononcé ce vendredi matin un discours sur la dissuasion.

    Lettre ouverte. Le président Emmanuel Macron a prononcé aujourd’hui un discours sur les centaines d’armes nucléaires de la France, refusant le désarmement nucléaire et invoquant le manque de réalisme des efforts en vue de les abolir au niveau mondial. Mais il n’a jamais fait l’expérience de l’inhumanité absolue de ces armes. Moi, oui. Et j’ai passé ma vie entière à avertir le monde de la menace réelle que ces armes posent, et à faire comprendre l’illégalité et le mal ultime qu’elles représentent.

    Le président Macron n’a pas répondu à ma demande de le rencontrer à Paris la semaine prochaine afin de partager avec lui les réalités de ce que sont les armes nucléaires et de ce qu’elles font aux personnes et à l’environnement. Mais les Français, et notamment les jeunes, méritent de connaître l’entière vérité sur les armes nucléaires.

    En août prochain, cela fera 75 ans que les Etats-Unis ont complètement anéanti ma ville natale, Hiroshima. J’avais 13 ans. À 8h15, j’ai vu par la fenêtre un éclair aveuglant, blanc bleuté. Je me souviens d’avoir eu la sensation de flotter dans l’air.

    Alors que je reprenais conscience dans un silence total et une profonde obscurité, je me suis retrouvée prise au piège du bâtiment qui s’était effondré sur moi. J’ai commencé à entendre les cris faibles de mes camarades de classe : «Maman, aide-moi. Dieu, aide-moi.» Alors que je sortais en rampant, les ruines étaient en feu. La plupart de mes camarades de classe ont été brûlés vifs. J’ai vu tout autour de moi une dévastation totale, inimaginable.

    Des processions de figures fantomatiques se sont mises à défiler. Des personnes grotesquement blessées saignaient, brûlées, noires et enflées. Des parties de leurs corps avaient disparu. Leur chair et leur peau pendaient, laissant leurs os à. vif. Certains tenaient leurs yeux dans leurs mains. D’autres, le ventre ouvert, les intestins pendants. La puanteur nauséabonde de la chair humaine brûlée remplissait l’air.

    Mythe de la dissuasion

    Chaque fois que je me souviens d’Hiroshima, la première image qui me vient à l’esprit est celle d'Eiji, mon neveu de 4 ans. Son petit corps a été transformé en un morceau de chair fondue méconnaissable. Il n’a cessé de mendier de l’eau, d’une voix faible, jusqu’à ce que la mort le libère de son agonie.

    Ainsi, avec une bombe atomique, ma ville bien-aimée a été anéantie. La plupart de ses habitants étaient des civils – parmi eux, des membres de ma propre famille et 351 de mes camarades de classe – qui ont été incinérés, vaporisés, carbonisés. Dans les semaines, les mois et les années qui ont suivi, des milliers d’autres personnes sont mortes, souvent de façon aléatoire et mystérieuse, des effets à retardement des radiations. Aujourd’hui encore, les radiations tuent des survivants.

    Monsieur le président Macron, vous voulez maintenir et moderniser des centaines de ces armes inhumaines, instruments de génocide, qui menacent d’indicibles souffrances tous les êtres vivants ? Il est profondément naïf de croire que le monde peut conserver indéfiniment des armes nucléaires sans qu’elles ne soient à nouveau utilisées. Toute utilisation d’arme nucléaire serait contraire aux règles et aux principes du droit international humanitaire. En perpétuant le mythe de la dissuasion, en en faisant un élément central de la politique de défense de la France, en investissant massivement dans ces armes (à hauteur de 37 milliards pour les cinq prochaines années), vous mettez en péril la sécurité européenne ; vous mettez en péril la sécurité mondiale. Soyez réaliste.

    Chère France, vous pouvez faire un autre choix.

    En 2017, j’ai accepté le prix Nobel de la paix au nom de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires – distinction obtenue pour le travail que nous avons accompli avec l’adoption de la première interdiction juridique internationale des armes nucléaires, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. A ce jour, 35 Etats ont ratifié ce traité et 81 l’ont signé.

    Epée de Damoclès

    Près de 20 villes françaises, dont Paris et Grenoble, ainsi que des dizaines d’élus français appellent la France à adhérer à ce traité et à s’engager sur la voie d’un monde sans armes nucléaires. La jeunesse française, cette nouvelle génération, a compris la menace inacceptable que représentent les armes nucléaires pour l’humanité. Selon un sondage publié en janvier par le Comité international de la Croix-Rouge, 81% des «milléniaux» pensent que l’utilisation des armes nucléaires n’est jamais acceptable. Et la semaine prochaine, des centaines d’étudiants et des militants se réuniront à Paris pour une conférence sur l’abolition des armes nucléaires.

    Comme l’a déclaré le pape François à Nagasaki en novembre dernier, l’histoire jugera sévèrement les dirigeants qui rejettent le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires et qui, au contraire, prononcent des discours à la gloire de leurs armes atomiques conçues avec l’intention de commettre une tuerie de masse. Les théories abstraites ne doivent plus masquer la réalité génocidaire de ces pratiques. Ne considérons la «dissuasion» comme rien d’autre que ce qu’elle n’est : la mise en péril certaine des peuples. N’acceptons plus d’avoir cette épée de Damoclès nucléaire au-dessus de nos têtes.

    Monsieur le président Emmanuel Macron, vos stratèges de la défense ont peut-être étudié la théorie nucléaire, mais j’ai moi-même fait l’expérience bien réelle de l’enfer atomique. Vous devez choisir un avenir meilleur pour la France et pour l’Europe. Adhérez au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, et éradiquez à jamais la menace de l’anéantissement nucléaire.

    Setsuko Thurlow survivante d'Hiroshima et militante de l'Ican (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires), organisation Prix Nobel de la paix 2017.  

    SOURCE : https://www.liberation.fr/debats/2020/02/07/emmanuel-macron-vous-n-avez-jamais-fait-l-experience-de-l-inhumanite-absolue-des-armes-nucleaires-mo_1777601 

     

     

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