• En France, il faut aborder "sans regimber" l'histoire de la colonisation

     

    En France, il faut aborder "sans regimber" l'histoire

    de la colonisation

    En France, il faut aborder "sans regimber" l'histoire de la colonisation

    Michèle Riot-Sarcey

    En France, il serait "grand temps" de rompre avec la distillation "parcimonieuse" dans les programmes scolaires en envisageant d’aborder, "sans regimber", l’histoire réelle de la colonisation, a affirmé l'historienne Michèle Riot-Sarcey. 

    "Il ne suffit pas de mentionner le fait colonial, mais de rompre définitivement ce long silence ponctué de tentatives désastreuses d’enseigner les effets positifs de la colonisation", a-t-elle souligné dans une tribune publiée jeudi soir par Libération.

    L'historienne, fondatrice en 2005 du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), appelle à mettre au jour les "multiples faits" de résistances qui "n’ont cessé de ponctuer le temps colonial", soutenant que "rompre le silence, n’est pas l’équivalent d’un prêche pour une réconciliation des mémoires (les mémoires ne se commandent pas)".

    L'auteure du "Procès de la liberté" (La Découverte, 2016) et coordinatrice de l’ouvrage collectif "De la catastrophe" (éd. du Détour, 2018), plaide pour que les élèves reçoivent des comptes rendus d’une "conflictualité dans le temps long des insurrections et des résistances".

    "En effet, quel que soit son âge, l’élève a besoin de référence positive à laquelle il peut s’identifier", a-t-elle dit, relevant que les années de silence "ne peuvent être compensées par la reconnaissance tardive et sélective des morts sous la torture".

    Selon elle, les héritiers des victimes du massacre du 17 octobre 1961 des Algériens à Paris, "événement à propos duquel on a tant tardé à dévoiler la part maudite de la police française et donc de l’Etat", réclament "la reconnaissance d’un combat juste".

    "Comment ont-ils pu réagir aux déclarations récentes d’Emmanuel Macron sur la vérité de la mort de Maurice Audin ? Combien sont-ils encore à attendre ce dévoilement si parcimonieux ? Des milliers selon les historiens", a-t-elle expliqué, rappelant qu'avant eux, Jean-Luc Einaudi, "peu apprécié" par l’Académie, avait révélé la pratique "illégale" de l’armée française.

    "La mémoire du passé, on le sait, est moteur d’histoire, rendre accessible et visible les stigmates de celui-ci est de la responsabilité de tous pour éviter de nourrir les ressentiments", a-t-elle dit, appelant à réviser l’esprit des programmes scolaires en France. "Or, si nous voulons accorder justice à tous ceux et celles qui attendent en vain une prise en compte de leur histoire, c’est-à-dire la nôtre, il serait bon de réviser l’esprit des programmes scolaires qui relègue à la marge cette part éminemment nationale du passé", a-t-elle soutenu.

    SOURCE : http://www.aps.dz/algerie/80415-en-france-il-faut-aborder-sans-regimber-l-histoire-de-la-colonisation 

    Se référer au passé

     selon Michèle Riot-Sarcey

     

    Michèle Riot-Sarcey, professeur émérite d’histoire contemporaine de l’Université Paris 8, a codirigé avec Claudia Moatti l’ouvrage collectif "Pourquoi se référer au passé ?" (Editions de l’atelier, janvier 2018) 

    "Il faut faire une histoire globale où tous les enjeux du passé pourraient être restitués, avec le racisme, l'antisémitisme, la misogynie, montrer qu'ils ont accompagné l'histoire de l'humanité." Il faut faire une histoire globale où tous les enjeux du passé pourraient être restitués, avec le racisme, l'antisémitisme, la misogynie, montrer qu'ils ont accompagné l'histoire de l'humanité."  

    Michèle Riot-Sarcey est professeure émérite d'histoire contemporaine à l'Université Paris 8, spécialiste d'histoire politique française, elle a contribué à introduire le concept de genre en France. Elle est l'auteure, entre autre, de La Différence des sexes, et du Réel de l'utopie, et plus récemment du Procès de la liberté, une histoire souterraine du XIXème siècle en France. 

    Elle vient de diriger avec l'historienne Claudia Moatti Pourquoi se référer au passé, qui paraît aux Éditions de l'Atelier. Pour s'y référer, et comment l’interpréter. L'historienne y préconise de restituer au passé tout son potentiel critique pour nourrir nos actions, plutôt que de tenter de rejouer le passé. Il s'agit de penser l'Histoire dans un temps qui ne serait pas linéaire, mais toujours recommençant, en mouvement, en progrès 

    "Ceux qui usent du passé en maîtrisent l'instrumentalisation. Il est interprété pour légitimer une pensée commune que l'on voudrait imposer." Michèle Riot-Sarcey

    Intervenante :

    Professeure émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII, historienne du politique et du féminisme.

     

    SOURCE : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/se-referer-au-passe-selon-michele-riot-sarcey 

     

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