• Encore des témoignages de la guerre d'Algérie : " Cette guerre m'a remué " " Ma mission dans le Sahara " " Un énorme gâchis "

     

    " Cette guerre m'a remué "

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     Bernard Birger, dans sa maison à Michelbach-le-Haut, dont il a été le maire de 1983 à 1995

    Incorporé en 1955 alors qu’il était séminariste, Bernard Birger est revenu du service militaire en Algérie «le cœur déchiré et l’âme meurtrie».

    «La France compte sur vous pour faire régner l’ordre», leur avait déclaré le colonel commandant le 16e Régiment de dragons à Haguenau où ce soldat mulhousien de la classe 1932 avait été incorporé. «Ne suivez pas la formation d’officier de réserve et restez proche des soldats», avait recommandé l’évêque Jean-Julien Weber aux séminaristes appelés sous les drapeaux.

    Avant de suivre la voie de Dieu au séminaire de vocation tardive de Meaux, puis à la faculté de philosophie de Strasbourg, Bernard Birger avait suivi une formation de dessinateur industriel et travaillé au bureau d’études de la SACM à Mulhouse. Cette formation initiale lui a valu une mission spéciale en Algérie : «On m’a demandé de peindre le nom des tués sur des croix blanches au cimetière provisoire avant le rapatriement des corps en France.» Il était basé à Aïn-Beïda, une bourgade située à 1000 m d’altitude, au sud-ouest de Constantine, non loin de la frontière tunisienne.

     Bavure et torture

     Conducteur d’une automitrailleuse, il devait effectuer des patrouilles de reconnaissance et de protection des routes, fermes, gares et voies ferrées. «Des opérations inutiles, estime-t-il. Les fellaghas attendaient qu’on soit passé pour faire des sabotages.» Il a été témoin d’une bavure : «Un jour, le capitaine a fait tirer de loin sur des silhouettes soi-disant suspectes. C’était trois enfants qui gardaient des chèvres et l’un d’entre eux est mort…»

    Autre épisode marquant à vie : «J’ai vu un vieil Algérien égorgé, gisant sur une route et dont le sang giclait encore. Il avait sans doute refusé de payer l’impôt révolutionnaire réclamé par le FLN.»

    Après un séjour à l’hôpital de Constantine – «une concentration de souffrances» – où il a été soigné d’un ulcère à l’estomac, il est muté comme secrétaire à l’escadron de services, toujours à Ain-Beïda. Sa chambre se trouvait à côté du local ou l’on torturait les prisonniers la nuit « J’entendais tout : le bruit de la gégène, les cris, les supplications et les gémissements des prisonniers. C’était insupportable. »

    « J’avais honte »

    Les tortionnaires étaient des gradés de son unité, «pas des paras de Bigeard» qui avaient importé cette méthode d’interrogatoire d’Indochine. Une nuit après leur départ, il est allé porter assistance à un prisonnier. «Je lui ai nettoyé le visage et demandé pardon. Je ne sais pas s’il a compris. Je ne pouvais rien faire de plus. J’avais honte.»

    Le samedi soir, c’était la «corvée de bois». On emmenait les prisonniers dans un camion en leur disant qu’on les ramenait chez eux. En fait, on les faisait descendre dans un endroit isolé pour les abattre… «Savez-vous ce qui se passe dans votre garnison ?», a-t-il osé demander au colonel. «Mêlez-vous de ce qui vous regarde», lui a-t-il répondu sèchement. Le dimanche après la messe, durant laquelle il officiait à l’orgue, il devenait chef de patrouille chargé d’emmener les soldats au BMC, le bordel militaire de campagne. «C’était d’une tristesse affligeante…»

    «Cette guerre m’a profondément remué. Je suis rentré le cœur déchiré et l’âme meurtrie.» Bernard Birger a trouvé l’apaisement au séminaire. Ordonné prêtre en 1960, il a abandonné sa mission d’aumônier à Saint-Louis après un autre choc : la révolte de mai 1968, qui a marqué le début d’une autre vie de Bernard Birger.

    Deux autres témoignages en capture d'écran

     

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