• Enrico Macias ne nous dit pas tout !!! mais il espère que la jeunesse algérienne qui n'a pas connu la guerre d'indépendance sera plus tolérante pour lui ?

     

    Enrico Macias : enfant de deux pays

    Enrico Macias vient de célébrer ses 80 ans à l’Olympia. Un destin hors normes où le magique côtoie le tragique.

    Enrico Macias ne nous dit pas tout !!!  mais il espère que la jeunesse algérienne  qui n'a pas connu la guerre d'indépendance  sera plus tolérante pour lui ?

    Paris, le 23 janvier 2019. Enrico Macias rêve d’un concert pour rendre hommage à son beau-père, Cheikh Raymond. LP/Frédéric Dugit

    Gaston se balade dans les rues de Constantine. Du haut de ses 6 ans, il avance d'un pas décidé. Il sait où il va, chez le menuisier. Il adore cet endroit, son odeur, ses petits trésors. Le gamin sait aussi ce qu'il vient chercher : de quoi faire une guitare à sa façon. Le patron l'a à la bonne. Il le laisse entrer, prendre quelques bouts de bois. Tiens, celui-ci fera l'affaire. Reste à trouver des clous et un élastique. Et voilà de quoi jouer. Gaston Ghrenassia ne s'imagine pas encore chanteur. Encore moins Enrico Macias. Ça, ce sera bien plus tard, quand il commencera à jouer avec les Gitans, « les frères Enrico », qui le surnommeront le petit Enrico pour l'accueillir dans leur clan, le visage noirci par le charbon, les cheveux ébouriffés pour leur ressembler.

    « On entend ces influences-là dans sa musique, explique Kendji Girac, enfant de la communauté gitane. Enrico a le même jeu de guitare que mon père. Et chez moi, on a toujours écouté Enrico. Ses chansons nous faisaient pleurer. » Notamment « Adieu mon pays », que le jeune chanteur vient d'enregistrer avec son aîné pour l'album « Enrico Macias & Al Orchestra ». Merveille où l'artiste de 80 ans, qui vient de passer deux soirs cette semaine à l'Olympia, retrouve ses racines. Celles de Constantine, de l'Algérie où tout a commencé. Où une partie de sa vie de juif pied-noir est restée aussi.

    L'enfant de la mélancolie

    Assis au milieu de son bel appartement parisien qu'il loue non loin de l'Opéra, l'artiste en parle toujours le regard malicieux, les larmes jamais loin des yeux. Il y a les deux chez lui. Le bonheur d'être devenu un artiste populaire. Le malheur d'avoir vu sa vie ponctuée de drames. Une pointe de mélancolie derrière les sourires généreux. « Je tiens ça de ma mère, Suzanne. A l'âge de 17 ans, elle est rentrée chez elle, a retrouvé ses sœurs, ses neveux, tous massacrés. C'était le pogrom contre les juifs de Constantine en août 1934. Après ça, elle a eu immédiatement les cheveux blancs. Puis quand elle était enceinte de moi, elle a eu un grave accident de la route. Les médecins ont demandé mon père : On ne pourra peut-être pas sauver et la mère et l'enfant. Lequel des deux voulez-vous gardez ? Et il m'avait choisi. Heureusement, elle a survécu. Mais il y a toujours eu de la mélancolie dans ses yeux. »

    L'ado musicien

    Il y en a aussi dans ceux d'Enrico quand il raconte le petit Gaston qu'il était, à Constantine, profitant de l'absence de ses parents pour décrocher la mandoline au-dessus de leur lit. « J'en jouais en cachette, parfois avec mon grand-père paternel qui, lui, était à la flûte. Mon père n'en savait rien. Il était violoniste professionnel et en avait bavé pour y arriver. Il ne voulait pas que je vive la même chose. Quand ma grand-mère m'a ramené une guitare de Tunisie, il l'a cachée pour que je n'en joue pas ».

    Mais les chats ne font pas des chiens. Alors, Gaston Ghrenassia sera musicien. Il le sait. Surtout que son futur beau-père le pousse. Raymond Leyris, surnommé Cheikh Raymond ou Tonton Raymond, figure mythique du malouf, musique arabo-andalouse née aux bords de la Méditerranée. « J'ai rejoint son orchestre quand j'étais adolescent. Raymond disait à mon père : Laisse jouer le petit. » Le jeune guitariste finira par devenir chanteur. Mais il est d'abord pion dans un collège, puis instituteur. « J'apprenais le français à des petits musulmans. Je ne devais pas leur parler en arabe. »

    Enrico Macias ne nous dit pas tout !!!  mais il espère que la jeunesse algérienne  qui n'a pas connu la guerre d'indépendance  sera plus tolérante pour lui ?

    Paris, le 8 juin 2003. Très engagé, le chanteur était monté sur scène lors d’un concert en soutien aux victimes d’un tremblement de terre en Algérie. LP/Philippe Lenglin  

     

    C'était la fin des années 1950, le temps des colonies. Jusqu'à ce que l'Algérie se soulève. La guerre et ses excès, ses dommages collatéraux. Le 22 juin 1961, Cheikh Raymond, star de la communauté juive de Constantine, est abattu d'une balle dans la nuque. « On le soupçonnait de faire partie de l'OAS, d'être parti en Israël alors que c'était un artiste de gauche. Il y avait un complot qui se tramait : quelques jours avant sa mort, il était en France avec mon père. Je les ai appelés en leur disant : Vous ne bougez pas. Raymond m'a dit : Je préfère mourir en Algérie que vivre en France. Et il est rentré. Je me souviendrai toujours de mon grand-père hurlant : ils ont tué Raymond, ils ont tué Raymond. »

    La famille Ghrenassia se sent menacée, pense même être la prochaine sur la liste. « On avait trouvé des tracts dans la rue condamnant à mort tous les musiciens de Raymond dont moi. On s'est sauvés. »

    Le jeune homme exilé

    Adieu son pays. L'artiste et ses proches, dont sa future femme, Suzy, la fille du défunt Raymond, dont Gaston est amoureux depuis l'adolescence, traversent la Méditerranée qu'ils laissent derrière eux, comme une plaie béante toujours à vif. « C'est une blessure inguérissable, confirme son ami Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre qui partage avec lui des racines pieds noirs d'Algérie. Quand on se voit, je sens son immense nostalgie de cette époque. Il incarne le déchirement qu'ont pu connaître nos familles respectives. »

    Enrico Macias n'est jamais retourné en Algérie. Malgré ses messages de paix, de fraternité entre les communautés. « Il en a envie, mais il est aussi vexé qu'on refuse de l'accueillir, commente son copain l'acteur Gérard Darmon. Il ne veut pas quémander non plus. » Reste les souvenirs. « On parle toujours de l'Algérie, souligne sa fille Jocya. J'ai été nourrie par les histoires de mes parents, les odeurs, les images de Constantine, leur école. J'ai l'impression de connaître la ville alors que je n'y suis jamais allée, d'avoir déjà rencontré leur professeur. Mes parents parlaient même arabe entre eux quand ils ne voulaient pas qu'on comprenne. Ça reste un grand chagrin pour lui. »

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    Paris, le 12 mars 1980. Enrico Macias à l’Olympia en compagnie de son épouse Suzy, ses parents et sa fille Jocya. Agip/Leemage  

     

    Une fois en France, dans les réunions de famille, on met souvent un disque de Raymond sur la platine. « Je me souviens que tout le monde pleurait en les écoutant, raconte Jean-Claude Ghrenassia, fils et désormais musicien et producteur de son père. A la maison, on ne parlait pas de ce drame, mais c'était sous-jacent. Il a fallu attendre vingt-cinq ans pour que mon père joue l'œuvre de mon grand-père en France. »

     

    Le mari absent

    Heureusement, il y a la musique qui soigne les peines. En 1965, le frère d'Enrico, Jean-Claude, trouve la mort dans un accident. « Tout s'est écroulé pour moi alors que je commençais à réussir en France, se souvient Enrico. J'ai voulu reprendre les concerts rapidement. Le premier que j'ai donné, c'était à Biarritz. C'est là où j'avais vu mon frère pour la dernière fois. »

    En 2008, c'est sa femme Suzy qui disparaît après avoir combattu des problèmes cardiaques toute sa vie. « C'était son pilier, se souvient sa fille Jocya. Elle était sa complice, sa conseillère, donnait son avis sur les chansons. » « Et c'était elle qui tenait la maison, ajoute son fils Jean-Claude. Quand on était petits, mon père était souvent absent, et quand il voulait jouer le Père Fouettard sur les devoirs, ça ne durait pas longtemps. Il perdait patience, me disait d'approfondir ma leçon… puis revenait dans ma chambre me jouer à la guitare mes chansons préférées. » Mais Suzy était là pour remettre de l'ordre dans tout ça.

    Le patriarche

    Pas toujours facile de vivre avec un artiste souvent ailleurs. « Mon père aimait et aime toujours s'amuser et n'a jamais été fidèle, ose Jocya. Mais comme il le dit lui-même : il est toujours rentré à la maison. Et ma mère a vraiment été la femme de sa vie. » Beaucoup pensaient qu'il ne se remettrait pas de sa disparition. « Le jour de sa mort, il y a quelque chose qui s'est éteint chez lui, glisse Elyot, son petit-fils de 24 ans. Il va tous les jours allumer une bougie dans la chambre de ma grand-mère. » « J'ai eu envie de tout laisser tomber quand elle est partie, confirme Enrico. Et puis je me suis dit que pendant cinquante ans, nous avions connu les hôpitaux, les opérations à cœur ouvert, les piqûres et qu'elle était mieux là où elle est. »

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    Enrico Macias partage la passion du football avec son petit-fils Elyot. LP/Jean-Baptiste Quentin  

     

    Une fois encore, la vie est plus forte que tout chez Enrico qui reprend la guitare, les concerts, les disques. « Mon père est un éternel optimiste », souligne son fils. « La mélancolie, il la chasse par un rire, s'enthousiasme Jocya. Dans ces cas-là, il est très drôle, très généreux, aime partager. Pendant des années, il a quand même accepté d'accueillir en vacances dans le Sud mes deux fils et leurs petites sœurs que mon ex-mari a eues avec une autre femme après notre divorce. Avec nous, c'est le patriarche qui ne flanche pas. Ses coups de blues, il les garde pour ses potes. »

    Le chef de bande

    Mais c'est aussi la franche rigolade avec ses amis à la Boule Rouge, leur QG, restaurant tunisien situé pas loin de chez lui. « Enrico, je le connais depuis quarante-deux ans, raconte le patron, Raymond Haddad. Il est venu un jour, puis le lendemain, le surlendemain. Il a fini par me faire un chèque en blanc en me disant : Comme je vais beaucoup venir, vous le remplirez à la fin du mois. » Pas une semaine ou presque sans qu'il débarque avec sa bande.

    « Quand j'étais petit, la moindre de ses apparitions à la télé rendait tellement heureuse ma mère que je pensais qu'Enrico était mon oncle, se souvient le comédien Ary Abittan. Il m'a offert sa première partie en 2006 parce que mon père, chauffeur de taxi, lui a parlé de moi en le conduisant. Je n'oublierai jamais ça. Ce que j'aime quand je le vois, c'est le faire rire. Il a 5 ans quand il se marre. »

    Enrico Macias ne nous dit pas tout !!!  mais il espère que la jeunesse algérienne  qui n'a pas connu la guerre d'indépendance  sera plus tolérante pour lui ?

    Paris, le 19 février 2019. Enrico Macias avec ses amis de longue date, Bernard Cazeneuve et Gérard Darmon. Bestimage/Cédric Perrin  

     

    « Il a beaucoup d'autodérision. J'adore le mettre en boîte », ajoute l'acteur Robert Castel. « C'est un grand frère, Gaston, avoue Gérard Darmon. J'ai toujours envie de le protéger. Il a besoin d'être rassuré. On vient de tourner une série ensemble, « Family Business », pour Netflix. Et sur le plateau, comme il a fait peu de cinéma, il cherchait mon regard. Je pense que je suis l'un des seuls à lui dire de se redresser, de ne pas baisser les bras quand je le sens un peu flancher. »

    Le Capitaine

    Mais Enrico ne lâche rien, même embourbé dans une affaire de gros sous et un montage financier douteux où une banque qui lui a prêté 35 millions d'euros pour construire sa villa à Saint-Tropez a fait faillite et hypothéqué sa maison. Le chanteur a perdu en première instance et espère gagner en appel. « Il veut la garder sa villa, c'est son seul bien », soupirent ses proches. Le chanteur ne veut pas trop en parler et préfère penser à la musique : celle de ses petits-enfants Symon et Elyot, chanteur et musicien, qui ont installé leur studio dans son appartement et l'appellent le Capitaine ; la sienne, qu'il défend toujours sur scène ; et celle de son mentor, sur laquelle il revient toujours. Il rêve d'un concert, salle Pleyel, avec un orchestre symphonique pour célébrer le répertoire de Cheikh Raymond dans quelques mois. Et avec lui le gamin de Constantine.

    BIO EXPRESS

    11 décembre 1938. Naissance de Gaston Ghrenassia à Constantine, en Algérie, fils de Sylvain Ghrenassia, violoniste, et Suzanne Zaouch.

    1956. Il devient instituteur et joue de la guitare dans l'orchestre de Cheikh Raymond.

    1961. Sa famille fuit l'Algérie et s'installe à Argenteuil.

    1962. Il adopte le nom d'Enrico Macias et devient le symbole de l'exil des Pieds-noirs avec la chanson « Adieu mon pays ». Il épouse Suzy Leyris. Le couple aura deux enfants.

    1965. Son frère Jean-Claude décède dans un accident de voiture.

    1980. Le secrétaire général des Nations unies lui décerne le prix de Chanteur pour la paix.

    2006. Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres

    2008. Il perd 20 millions d'euros dans la crise financière islandaise. Décès de Suzy.

    SOURCE : http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/musique/enrico-macias-enfant-de-deux-pays-23-06-2019-8100543.php

     

     

    Enrico Macias ne nous dit pas tout !!!  mais il espère que la jeunesse algérienne  qui n'a pas connu la guerre d'indépendance  sera plus tolérante pour lui ?

     

    Enrico Macias ne nous dit pas tout !!!

    mais il espère que la jeunesse algérienne

    qui n'a pas connu la guerre d'indépendance

    sera plus tolérante pour lui ?

    Enrico Macias ne nous dit pas tout !!!

    Cliquez sur ce lien pour d’abord l’écouter :

    https://www.facebook.com/Algerie360/videos/792959824405239/ 

    Invité de l'émission C à vous ce vendredi 22 mars, Enrico Macias s'est confié sur la crise actuelle en Algérie et son possible retour dans ce pays où il est interdit de territoire depuis 1961.

    Il est et restera l'un des chanteurs les plus connus en France ! Aujourd'hui, alors qu'il vient de célébrer ses 80 printemps, Enrico Macias ne semble toujours pas prêt à prendre sa retraite. Une décision qui fait le plus grand bonheur de ses nombreux fans et qui semble même lui octroyer une seconde jeunesse. Invité de l'émission C à vous sur France 5 ce vendredi soir, le chanteur est venu pour parler de son dernier projet fou : un rôle dans une série Netflix.  

    Mais avant d'aborder la promotion de l'interprète du titre Les filles de mon pays, le journaliste Antoine Genton semblait bien décidé à connaître le ressenti de son célèbre invité sur la crise politique qui fait actuellement rage en Algérie et qui s'oppose au cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. En effet, si on ne le présente plus aujourd'hui, nombreux sont ceux qui oublient le fait qu'Enrico Macias est né et a grandi dans ce pays d'Afrique du Nord.

    Il est interdit de territoire depuis 1961

    « Ça me donne de l'espoir que tout va changer » affirme alors le chanteur face aux journalistes de l'émission. Et même s’il admet être très « frustré » de ne pas pouvoir se rendre en Algérie (il a été interdit de territoire en 1961 après avoir affiché son soutien à Israël), Enrico Macias se dit « prêt à prendre tous les risques » pour y retourner. Une preuve de son attachement à ce pays qu'il n'a jamais oublié et pour lequel il voue encore une admiration sans équivoque.

    Persuadé de l'amour des Algériens à son égard, le chanteur aux dizaines de millions d'albums vendus ne paraît toutefois pas convaincu de son retour sur la terre de ses ancêtres. En effet, même si les manifestations actuelles semblent promettre un changement dans la politique actuelle et son possible retour, l'homme précise que son « cas personnel n'a rien à voir avec ce mouvement ». Des révélations émouvantes de la part de ce chanteur au grand cœur touché par de nombreux malheurs ces dernières années. 

    Mais Enrico Macias n'a jamais démenti cela :

    Enrico Macias et la guerre d’Algérie :

     Quand Gaston chassait du Fellaga...

    Enrico Macias est un homme redoutable. Militant sioniste déclaré, il a toujours entretenu des rapports ambigus avec l’Algérie, dont il a largement contribué à imposer cette image de pays de la douceur de vivre et de la kémia, une image qui a nourri tant de nostalgie chez les pieds-noirs.

    Ses tirades sur le pays du soleil et de la haine, de la joie de vivre et de la passion, ce pays perdu dont on ne se console jamais, ont arraché des larmes à de nombreuses générations de pieds-noirs. Mais Gaston Ghenaïssia – le vrai nom de Macias n’a jamais abordé le volet le plus sombre de son histoire algérienne. Il n’a jamais dit comment il a lui-même contribué à mettre le feu à ce pays bien aimé.

    Il a, en fait, réussi à maintenir un voile pudique sur son militantisme de cette époque, un militantisme qui l’a mis dans la même tranchée que Maurice Papon ! Enrico Macias évoque régulièrement sa volonté de revoir son «pays natal», et comment il en est empêché. Sa visite devait se faire en 2007, en compagnie de Nicolas Sarkozy. Auparavant, il avait affirmé que le président Abdelaziz Bouteflika lui-même l’avait invité, mais que des méchants, héritiers de la tendance obscurantiste du FLN, s’étaient opposés à son retour.

    Qu’en est-il au juste ? A Alger, on affirme officiellement qu’Enrico Macias peut se rendre en Algérie quand il veut, mais qu’il est hors de question d’en faire un évènement politique. Certains fonctionnaires montrent un certain embarras devant le tapage médiatique provoqué par Enrico Macias lui-même. «Il n’a pas envie de revenir, il ne viendra pas, et il le sait parfaitement», a déclaré, sûr de lui, un ancien haut responsable.

    «Et ce n’est pas seulement à cause de son soutien public à Israël», ajoute-t-il, estimant que le thème Algérie ne constitue pour Enrico qu’un «fond de commerce». Pour cet homme, qui avoue avoir apprécié la musique de Enrico dans sa jeunesse, Enrico Macias ne reviendra pas en Algérie parce qu’il y a commis des crimes pendant la guerre de libération.

    Selon lui, Enrico faisait partie d’une milice locale, les «unités territoriales», composées de partisans de l’Algérie française, qui formaient des milices de supplétifs de l’armée coloniale. L’unité à laquelle appartenait Enrico Macias a commis de nombreuses exactions, et a participé à des ratonnades, affirme cet ancien haut fonctionnaire. A cette époque, Enrico Macias est un jeune artiste prometteur, qui joue dans la troupe du «Cheikh Raymond», le plus célèbre artiste juif de Constantine.

    Raymond Leyris est alors au faîte de sa gloire : notable de la communauté juive, ami des «arabes» de la ville, il est riche et célèbre. Sa musique est si appréciée qu’une jeune recrue FLN, en pleine guerre d’Algérie, rejoint le maquis ALN en wilaya II avec des disques de «Cheikh Raymond », nous raconte un ancien moudjahid qui a passé toute la guerre dans le Nord Constantinois ! Raymond Leyris n’avait pas d’enfants.

    Il en a adopté deux, dont Enrico Macias. Celui-ci est donc à la fois l’enfant adoptif, le disciple et l’héritier de Cheik Raymond. A-t-il été l’héritier en tout ? Seul Macias pourra le dire. En tous les cas, les réseaux FLN avaient alors une conviction. Pour eux, Raymond Leyris avait été contacté par les services spéciaux israéliens.

    Il organisait des collectes, montait des réseaux, et travaillait en sous-main avec les services spéciaux israéliens, qui avaient alors un objectif : organiser le transfert massif des juifs des pays arabes vers Israël. En Algérie, leur première cible était Constantine, avec ses 25.000 à 30.000 juifs : il y avait presque autant de juifs à Constantine que dans les grandes villes israéliennes. En mai 2005, le journal israélien Maariv citait un ancien officier du Mossad chargé de piloter l’opération.

    Cet officier affirme avoir recruté deux agents, Avraham Barzilaï et Shlomo Havilio, qui arrivent dans la région de Constantine début 1956, sous la couverture de modestes enseignants. Quatre mois plus tard, une grenade explose dans un café fréquenté par les Juifs de Constantine, rue de France. S’ensuit une opération de vendetta organisée par les cellules mises en place par le Mossad, selon l’officier en question. Les ratonnades font de nombreux morts.

    L’historien Gilbert Meynier, qui l’évoque dans une de ses études, et parle de «pogrom», est contraint à une longue mise au point. (http:// etudescoloniales.canalblog.com/archives/ 2007/03/14/4319574.html). Quel est le rôle exact de Raymond Leyris ? Difficile à dire. Mais l’homme surfe déjà sur une vague de célébrité et de respectabilité. Artiste adulé, il a atteint une renommée qui va au-delà des communautés. Il est le notable juif par excellence.

    Il garde le contact avec les arabes qui veulent préserver la communauté juive ; il reste l’interlocuteur des autorités coloniales au sein de la communauté juive ; il poursuit une activité clandestine avec le Mossad. Mais peu à peu, les réseaux FLN acquièrent la certitude que Cheikh Raymond n’est plus un artiste aussi innocent. Il est partie prenante dans l’action de réseaux que le FLN n’arrive pas encore à identifier. Des témoins avaient vu des armes transportées à partir de chez lui, en pleine nuit.

    Au FLN, la prudence reste de mise. Des consignes strictes sont données pour tenter de conserver de bonnes relations avec la communauté juive. Des contacts réguliers sont établis. Début 1961, le FLN envoie de nouveau un émissaire auprès des notables de cette communauté. L’émissaire envoie un message à Raymond Leyris, et prend rendez-vous. L’organisation fonctionne alors selon un cloisonnement très strict. L’émissaire du FLN est tué alors qu’il gagnait le lieu du rendezvous.

    Ce fait, troublant, intervient après d’autres évènements suspects. L’organisation du FLN en tire une conclusion : seul Raymond Leyris pouvait avoir organisé la fuite pour permettre aux autorités coloniales d’éliminer le responsable du FLN. Les anciens moudjahidine de la Wilaya II, qui étaient opérationnels à ce moment là, sont toutefois formels : aucune instance du FLN n’a prononcé un verdict clair contre Raymond Leyris.

    Aucun responsable n’a, formellement, ordonné une exécution. Mais le doute planait, et dans le Constantine de l’époque, ce n’est qu’une question de temps. Le 22 juin 1961, neuf mois avant le cessez- le-feu, Raymond Leyris croise Amar Benachour, dit M’Djaker, membre d’une cellule locale de fidayine, qui l’abat en plein marché, devant des dizaines de témoins. La personnalité de Amar Benachour, l’homme qui a abattu Raymond Leyris, posera aussi problème.

    Il s’agit en effet d’un personnage qui répond peu au profil traditionnel du moudjahid. Benachour est plutôt un marginal, plus branché sur le «milieu» que sur les réseaux nationalistes. Ce qui a d’ailleurs jeté une ombre sur l’affaire : Benachour a vécu jusqu’au début du nouveau siècle, mais l’opération qu’il a menée a toujours été entourée de suspicion, certains n’hésitant pas à parler de provocation ou de manipulation.

    Plusieurs moudjahidine qui étaient dans la région au moment des faits continuent d’ailleurs à soutenir l’idée d’une manipulation. La mort de Raymond Leyris accélère le départ massif des juifs de Constantine, un exode largement engagé auparavant par les catégories les plus aisées. Mais la mort de Raymond Leyris sonne également le début d’une opération de vengeance meurtrière, à laquelle Enrico Macias participe, selon des moudjahidine de la Wilaya II.

    Il est impossible d’établir exactement le bilan exact des expéditions punitives. En 1956, après l’attentat de la rue de Constantine, Gilbert Meynier n’écarte pas le chiffre de cent trente morts. En mai 1961, la même folie furieuse se déchaîne mais, curieusement, affirme un constantinois qui a vécu les évènements, les Juifs de Constantine étaient plus préoccupés par l’idée de départ que par la vengeance.

    A l’exception d’Enrico, qui garde un silence pudique sur cet période, se contenant d’évoquer la mémoire de Raymond Leyris, un homme innocent doublé d’un artiste qui aimait la vie, mais qui a été assassiné par le FLN, selon lui. Selon cette image, très médiatique, Enrico lui-même n’était qu’un jeune homme amoureux de la vie et des filles, un modeste instituteur de campagne, devenu un immense artiste grâce à son talent.

    A Chelghoum Laïd, où il a enseigné, son nom est connu mais il est presque impossible de trouver des gens qui l’ont côtoyé. A Constantine, par contre, un spécialiste de la musique affirme que de nombreux «ouled el bled» lui rendent visite régulièrement en France. Par ailleurs, le discours de Enrico Macias a longtemps bénéficié d’une cacophonie chez les responsables algériens, qui n’ont jamais adopté une position claire sur le personnage.

    En fait, côté algérien, plusieurs points de vue se côtoyaient : ceux qui faisaient l’éloge de l’artiste, ceux qui prônaient la réconciliation, ceux qui dénonçaient son soutien à Israël, et ceux qui étaient d’abord soucieux d’établir les faits historiques. Un ancien haut fonctionnaire affirme toutefois que Enrico n’avait aucune chance de revenir en Algérie. Les anciens pieds- noirs étaient classés en plusieurs catégories, explique ce fonctionnaire.

    Enrico Macias fait partie d’une sorte de liste rouge officieuse, qui comporte les noms de militaires, colons et ultras ayant commis des exactions. Ceux-là ne peuvent pas entrer en Algérie, dit-il. Autre détail troublant dans l’histoire d’Enrico : quand il sévissait au sein des «unités territoriales», il collaborait avec un personnage célèbre, Maurice Papon ! Celui-ci a en effet exercé comme préfet à Constantine, où il a contribué à organiser de redoutables escadrons de la mort.

    Milices, unités paramilitaires, escadrons de la mort, tout ce monde collaborait joyeusement quand il s’agissait de réprimer. Des témoins sont encore vivants. Autre curiosité dans l’histoire de Enrico Macias en Algérie : les Ghenaïssia, sa famille, sont des Algériens pure souche, installés en Algérie depuis plusieurs siècles, affirme un historien. Ils se sont francisés à la faveur du décret Crémieux, qui offrait la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie, en 1871.

    A partir de là, les Juifs se sont rapprochés de l’administration coloniale, accédant à l’école et à la citoyenneté. Mais une frange des Ghenaïssia a gardé son ancienne filiation, prenant le chemin inverse de celui de Enrico Macias. Ainsi, Pierre Ghenaïssia, né à Cherchell, a rejoint les maquis du FLN en mai 1956 dans la région du Dhahra, entre Ténès et Cherchell. Il est mort au maquis un an plus tard dans la région de Chréa, près de Blida, comme combattant de l’ALN. A l’indépendance de l’Algérie, une rue de Ténès, sur la côte ouest, a été baptisée à son nom. Quelques années plus tard, elle a été rebaptisée rue de Palestine!

    Abed Charef

    SOURCE : http://www.presse-dz.com/revue-de-presse/enrico-macias-et-la-guerre-dalgerie-quand-gaston-chassait-du-fellaga

     

    Enrico Macias, "humilié" de ne pouvoir revoir l'Algérie ? La raison ? Son point de vue et celui des Algériens


     C’était en 2007

    Enrico Macias, "humilié" de ne pouvoir revoir l'Algérie ? La raison ? Son point de vue et celui des Algériens

     

    Le SG du FLN lance

    à partir d’Oran

    «Je ne veux pas rencontrer

    Enrico Macias»

    Je ne rencontrerai pas le chanteur Enrico Macias s’il figure parmi la délégation qui accompagnera le chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, lors de sa visite en Algérie prévue pour le mois prochain.

    C’est la déclaration faite par le secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem, aux représentants de la presse locale et nationale, lors d’une rencontre tenue, jeudi dernier, à l’hôtel Mouahidine, en marge de son déplacement à Oran dans le cadre de la campagne électorale.

    R. Amine/S.A.

     

    Au mois de février 2019

    Manifestation à Casablanca contre

     un concert du chanteur Enrico Macias

     

    Cliquez sur ce lien pour voir et entendre 1 mn Enrico Macias à Casablanca :

    https://twitter.com/i/status/1096163437934268418 


    Quelques centaines de manifestants pro-palestiniens se sont rassemblés jeudi à Casablanca pour protester contre un concert du chanteur français Enrico Macias, accusé de soutenir la politique d'Israël, a constaté un correspondant de l'AFP sur place.
    "Il est le fer de lance de l'avancée sioniste dans le monde. Il est engagé dans le projet sioniste et il soutient ouvertement l'armée israélienne", a déclaré à l'AFP Saadia El Ouallous, membre de la Coalition nationale pour la Palestine.Ces dernières semaines, cette association avait, avec d'autres, appelé à boycotter le concert de Casablanca en présentant le chanteur de variétés comme un "défenseur inconditionnel de l'occupation de la Palestine".
    Le concert organisé dans un cinéma de Casablanca a pu se tenir normalement malgré les manifestants qui scandaient des slogans comme "Dégage Macias", "Jérusalem aux Palestiniens" ou "Dehors les sionistes".
    Du fait de ses positions, Enrico Macias qui se revendique comme "juif berbère arabe" n'a jamais pu, à 80 ans, retourner en Algérie, son pays natal qu'il avait quitté avec sa famille en 1962, pendant l'exode pied-noir.
    De son vrai nom Gaston Ghenaïssia,
    Enrico Macias, né en 11 décembre 1938 à Constantine, est devenu célèbre à la fin des années 60, en pleine vague "yéyé", avec des tubes comme "Enfants de tous pays", "Porompompero", "Les Filles de mon pays" ou encore "Poï Poï Poï".

     

     

     
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    2
    Mardi 9 Juillet à 17:03
    Une précision s'impose concernant l'attentat de Raymond Leyris.
    Certains témoignages veulent coller ce crime sur le dos du FLN alors que la victime a été tuée avec un silencieux. Les témoignages, même de la petite fille qui l'accompagnait affirme ne pas avoir entendu des coups de feu, ce à quoi Raymond lâcha la main de la fille pour s'affaler par terre dans une rue très passante.
    C'est un détail très important qui prouve que le FLN n'est nullement concerné.

    Les 2 agents du Mossad qui se faisaient passer pour des instituteurs avaient la mission d'abattre Raymond dans le cas où il refuserait de pousser les 30.000 juifs à émigrer vers Israël où les autorités coloniales israéliennes depossedaient les autochtones Arabes de leurs terres.

    Macias a du sang des Algériens sur les mains. Le chanteur aux larmes de crocodiles ne pourra jamais plus fouler la terre d'Algérie.
    Il ne doit en vouloir qu'à lui-même.
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    Lundi 25 Mars à 20:13

    Personnellement je n'apprécie pas l'artiste qu'est Enrico Macia. Mais il faut dire que je suis complètement in compétent en matière de musique et de chant.

    Je pense qu'il doit y avoir un autre élément dans mon désintérêt. Un élément sans doute inconscient. Enrico Maci représente ce pour quoi on m'a volé vingt-sic mois de ma jeunesse. J'ai le souvenir d'un bal qui s'était tenu à Aïn el Hadjar le 31 juillet 1960. Je faisais partie des soldats qu'on avait mobilisés pour assurer la sécurité de la soirée. 

    J'étais donc avec mon treillis, mes rangers aux pieds et mon fusil en main à regarder cette belle jeunesse s'amuser. Ce soir là j'avais un sentiment profond d'injustice. D'autant que je n'ai jamais dansé de ma vie et que ce genre d'activité n'entrait pas dans mes pratiques. Il s'est construit ce jour-là dans ma tête une manière de refus des Européens d'Algérie dont j'ai eu du mal à m m'abstraire.

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