• Étienne Huc, un très long silence après la guerre d’Algérie

     

    Étienne Huc, un très long silence

     après la guerre d’Algérie

    Étienne Huc, un très long silence après la guerre d’Algérie

    Étienne Huc, ancien instituteur, auteur, a fait partie des jeunes appelés

    pendant la guerre d’Algérie. / M. Verdier

    Ce qui s’était vraiment passé en Algérie de 1954 à 1962 ? « Je n’aimais pas en parler. Je ne voulais pas en parler. Et d’ailleurs personne n’avait envie d’écouter. Cela ne suscitait que des airs gênés. » En 1960, lorsque Étienne Huc revient, à 23 ans, dans son Lot-et-Garonne après six mois de classes et 22 mois passés en Algérie au beau milieu de la guerre, le mur du silence s’installe.

    « Nous, les appelés, nous partions du principe qu’on ne nous comprenait pas, que nous venions d’une autre planète. » Pendant que dans son voisinage chacun continuait à ramasser des champignons et à participer aux fêtes votives, lui avait risqué sa vie de longues nuits sur une draisine – ce matériel roulant sur lequel il surveillait les rails de chemin de fer entre Constantine et Skikda (à l’époque Philippeville) pour empêcher le FLN d’y déposer des mines. Il pouvait à tout moment sauter sur un explosif ou tomber dans une embuscade tout aussi fatale. « Jamais je n’ai eu peur comme sur la draisine. »

    Étienne Huc, un très long silence après la guerre d’Algérie

    « La guerre n’était pas une vraie guerre »

    Sur sa fiche de vœux pour le service militaire, Étienne Huc avait coché la case « Outre-mer, Tahiti ». Il s’imaginait instituteur – il venait juste d’avoir son diplôme. Il fut affecté à l’infanterie coloniale, « un régiment semi-disciplinaire », en Algérie. Certes, en jeune appelé, on ne lui impose pas de participer aux « corvées de bois ». Mais c’est à l’étage au-dessus de sa tête que sont menés les interrogatoires des fellaghas arrêtés, pendant que lui assemble les photographies aériennes à l’office des renseignements (OR).

    « En France, la torture, les gens n’y croyaient pas, se souvient-il. On parlait des “événements d’Algérie”, la guerre n’était pas une vraie guerre. On était partis pour pacifier le pays. Un inspecteur de l’éducation nationale a lancé à un appelé instituteur de retour d’Algérie : “Il est temps de te remettre au travail après tes deux ans de vacances”. Mais 25 000 Français morts pendant la guerre, dix par jour, et combien d’Algériens (1), c’est pas une guerre ça ?  »

    Lui qui se rêvait maquisard enfant a le sentiment de se retrouver du mauvais côté de la juste cause. « J’avais honte d’avoir participé à cette guerre. Et dire qu’elle aurait pu ne pas avoir lieu si on avait su écouter ceux qui savaient l’indépendance inéluctable. C’est si magnifique l’Algérie, si seulement j’avais pu m’y promener sans fusil. »

    Le « cauchemar » d’une vie

    De retour en France, longtemps il garde le réflexe de s’asseoir toujours face à la rue avec un angle de vue à 180° pour voir venir le danger. Il essaie de tirer le rideau sur « le cauchemar » de sa vie. Ne revoit aucun des appelés. Et ne parle pas. Pas même avec son frère aîné, pourtant un « rappelé » avant lui. Ni à son plus jeune frère, à l’époque adolescent, qui n’a rien su. Encore moins à sa mère – son père, lui, décède pendant qu’il est en Algérie.

    « Il n’était pas question qu’elle sache. Elle aurait tellement culpabilisé. Elle se serait accusée de m’avoir envoyé en Algérie.» Il est vrai qu’un voisin malveillant l’avait dénoncé comme « un mauvais fils » à la gendarmerie après que sa mère eut déploré qu’il s’était éloigné de la religion – ce qui lui valut d’être enrôlé dans la coloniale.

    Un récit publié cinquante-cinq ans après son retour d’Algérie

    Jamais non plus il n’a soufflé mot à ses enfants. « Mais j’avais quand même envie qu’ils sachent ce qu’était la guerre d’Algérie. » Céline, Michel et leurs enfants découvriront, émus, le récit de leur père et grand-père dans Lettre à Bendjebel paru en 2015, cinquante-cinq ans après son retour d’Algérie, grâce à un éditeur régional qui le pousse à prendre la plume. Bendjebel, « fils de la montagne », est un petit garçon, dont il ignore même le prénom, survivant d’une fusillade dans une grotte de fellaghas. Son père a été tué. Nul ne sait si sa mère a survécu à ses blessures ou à son interrogatoire.

    Aujourd’hui encore, Étienne Huc rechigne à s’exprimer et craint ceux qui, tant d’années après, « continuent à camper sur leurs positions et n’admettent pas qu’ils se sont trompés ».

    Marie Verdier

    (1) Selon la World Peace Foundation, il y aurait eu environ 300 000 morts algériens.

    Étienne Huc, un très long silence après la guerre d’Algérie

    « Enfants pendant l'occupation, nous rêvions de devenir des maquisards mais quelques années plus tard c'est la guerre d'Algérie qui nous a cueilli, à peine sortis de l'adolescence. Nous nous sommes retrouvés un fusil dans les mains pour combattre ceux qui se battaient pour leur liberté. Je me suis senti alors trahi par ma patrie, celle qui avait combattu les nazis. J'ai eu à plusieurs reprises l'envie de m'échapper de cet enfer, je ne l'ai pas fait car ce cauchemar m'a permis de mieux découvrir l'existence et la solidité de mes racines.
    C'étaient des souvenirs de bonheur et d'humour, c'étaient mes jeunes années, ma famille et mon terroir qui s'accrochaient à moi pour me retenir, pour me dire qu'il ne me fallait pas tout détruire. J'ai compris alors que mes idées – pourtant très justes – ne me donnaient pas tous les droits. » Après avoir visité l'insouciance et la joie de vivre de l'époque à travers plusieurs romans, la collection « Années 60 » s'arrête ici sur les « évènements » dramatiques qui ont marqué l'entrée dans la décennie.
    C'est l'histoire d'un jeune du Lot-et-Garonne qui quitte son terroir de la France d'après-guerre pour quelques mois et qui retrouve, en plus du traumatisme subi, une société qui a déjà changé.

    SOURCE : https://www.la-croix.com/France/Etienne-Huc-tres-long-silence-guerre-dAlgerie-2018-01-26-1200909084 

    « L'enseignement de l'histoire de l'immigration, par Benjamin StoraCommuniqué à mes amis lecteurs : le site " Cercle Jean Moulin " dérape... enfin c'est mon avis, j'attends une explication !!! »
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  • Commentaires

    1
    Vendredi 26 Janvier à 22:54

    Tiens moi j'ai été affecté dans un régiment disciplinaire. Je n'ai pas de précision sur la raison de ladite affectation

     Etait-elle en rapport avec l'engagement qui était déjà le mien avant que je sois mobilisé ? Ou éyaot-ce le fait du hasard ? Je l'ignore.

    Quoi qu'il en soit ce n'était peut-être pas pire qu'ailleurs.

    C'est toute l'institution militaire qui était en cause, une institution au service d'une politique qui s'inscrivait dans la logique du système, celui de la domination des plus forts.

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