• Face au terrorisme, la démocratie comme combat *** Entre guerre et paix

    Face au terrorisme, la démocratie

     comme combat

    Entre guerre et paix

    Comme tout citoyen, je m’interroge sur l’action des responsables politiques. Je comprends que les Français puissent aujourd’hui exprimer leur doute sur la capacité des pouvoirs publics à assurer totalement leur protection. Pour autant, je n’ai pas trouvé à ce jour la moindre déclaration qui nourrisse en moi la conviction qu’une « autre politique » serait possible et que les « recettes » formulées ici ou là avec une mâle assurance, auraient pu éviter quoi que ce soit des drames que nous venons de vivre ou seraient à même de nous protéger de manière certaine pour l’avenir.

    À dresser un tel bilan dans un contexte où d’autres actes terroristes peuvent survenir à tout moment, on pourrait légitimement se laisser envahir par le doute et la peur. Or la peur ne saurait être une réponse au défi qui nous est jeté. Nous laisser gagner par la peur serait donner raison à ceux qui ont choisi cette stratégie perverse pour nous diviser et faire éclater à terme notre communauté nationale. Oui, quelles que soient nos attentes légitimes vis-à-vis de nos gouvernants, quel que soit leur devoir de protection, nous savons désormais que d’autres drames sont possibles sauf à renoncer à être un pays de liberté, qu’il nous faut apprendre à vivre sous la menace comme d’autres le font en divers lieux de la planète, et que nous devrons tenir bon, dans la durée, en serrant les poings et les dents, parce qu’il y va de nos raisons de vivre et d’espérer pour nous-mêmes et pour les générations de nos enfants et de nos petits-enfants. Parce qu’il y va de la victoire d’un certain humanisme sur la barbarie.

    Oui, nous voici entrés en résistance. Non pas contre d’autres Français, fussent-ils musulmans, eux aussi victimes de la même folie meurtrière. Entrés en résistance contre nos propres peurs et contre ceux qui les nourrissent à des fins électoralistes. Oui nous devons nous battre, sans nous lasser, pour une forme d’unité nationale, en redisant que personne n’est dépositaire des clés d’accès à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui demeurent notre bien commun. Et qu’il est des moments dans l’histoire d’une nation, où des citoyens responsables doivent accepter de suspendre momentanément des surenchères idéologiques, renoncer à la prétention d’imposer leur vérité au seul motif qu’ils en auraient les moyens parlementaires ou médiatiques. Cette sagesse fait aussi partie de notre héritage commun.

     

    Entre guerre et paix

    Entre guerre et paix

    Le récent attentat de Marseille n’a pas seulement réveillé un malaise latent. Il nous rappelle que les formes du terrorisme ont changé. Et que nous sommes toujours aussi peu préparés à y faire face. 

    Nous vivons depuis quelques années une situation assez inédite en occident. Une situation assez ambigüe, qui n’est ni l’état de paix ni l’état de guerre, ou les deux à la fois. La guerre, un ennemi mystérieux nous l’a déclaré. Un ennemi qui n’a pas d’uniforme, pas de visage précis, dont notre seule certitude est qu’il déteste nos valeurs de tolérance et de liberté. Nous l’avons peut-être croisé dans la rue sans jamais le reconnaître. Et puis un jour, poussé par un dérèglement intérieur, il passe soudain à l’attaque, tue, est tué à son tour, justifiant sa barbarie par des motifs moins religieux qu’idéologiques. Tout cela ne dure que quelques minutes, ponctuées par des cris d’horreur. A la peur et la stupéfaction succède vite la colère. Nous nous indignons, nous ne comprenons pas car, à nos yeux, rien ne peut justifier l’assassinat d’innocents. Après quoi, nous reprenons le fil ordinaire de nos vies, heureux d’être toujours vivants mais minés un peu plus par cette époque qui remet en question nos schémas habituels de pensée. La crainte et la méfiance s’estompent – c’est normal – au profit du simple plaisir d’exister, avec ses habitudes plus ou moins agréables. Nous n’oublions pas les drames affreux qui ont rythmés l’actualité de ces dernières années, ces derniers mois, ces derniers jours. Mais quelque chose en nous est plus fort que le chagrin et l’angoisse. La vie reprend son cours ; jusqu’à ce qu’un autre crime dément ne vienne, une nouvelle fois, nous surprendre, nous meurtrir, nous endeuiller…

    Telle est la forme prise par le terrorisme et ses conséquences sur chacun de nous en ce début du XXIeme siècle. Pas de grande machinerie spectaculaire à la Ben Laden, pas de frappe ciblée et de déclaration intempestive à la Carlos, mais des actions aussi meurtrières qu’imprévisibles, qui se rapprochent par leur mode opératoire des crimes de droit commun. Le monde a changé, mais nous ne parvenons pas à l’admettre. Nous ne pouvons nous résoudre à inscrire le terrorisme au nombre des risques de la vie en société.

    Dimanche dernier, à Marseille, le meurtre sauvage de deux jeunes filles par un clandestin tunisien (peut-être : mot ajouté) manipulé par Daesh a relancé l’inquiétude collective et les interrogations. Quoique touchée, ces derniers temps, par quelques gestes de folie individuelle (voiture bélier, jet d’acide), la vieille cité phocéenne avait été épargnée jusqu’ici par le terrorisme revendiqué. Grâce à l’efficacité des services de renseignements, pour préciser les choses. Ce sont eux, en effet, qui ont déjoué, comme en mai dernier, d’importants attentats en préparation. Mais dans le cas de l’attentat de la gare Saint-Charles, que pouvaient-ils faire ? Le meurtrier n’était pas un fiché S ; il n’était connu des services de police que pour des actes de petite délinquance. Qui aurait pu imaginer qu’un voleur à l’étalage se transforme, du jour au lendemain, en un monstre sanguinaire ? Cette brutale mutation est précisément la signature du terrorisme contemporain, ce qui rend si difficile sa prévention.

    Le 1er novembre prochain, l’état d’urgence doit prendre fin en France. Il sera vraisemblablement remplacé par des mesures de surveillance et d’intervention policières accrues. Pourtant, il n’est pas besoin de nouvelles lois relevant le niveau de sécurité, car le problème se joue de plus en plus souvent ailleurs que sur le terrain des fichés S, comme l’a montré l’attentat de Marseille. Il faudrait simplement que les lois concernant les criminels de droit commun soient un peu mieux appliquées. Si le tueur de Marseille, ressortissant tunisien en situation irrégulière, avait été placé en centre de rétention comme il se doit, deux jeunes femmes – deux vies riches d’avenir – seraient encore vivantes aujourd’hui.

    Jacques LUCCHESI

    SOURCE : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/entre-guerre-et-paix-197397 

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 5 Octobre à 10:02

    Quelques remarques sur ce que nous vivons.

    Nous ne sommes pas protégés des actes insensés qui ponctuent notre quotidien. Ce ne sont ni notre force nucléaire ni les dépenses faramineuses du ministère de la défense qui peuvent nous épargner.

    A vrai dire c'est la logique même dans laquelle nous sommes engagés qui est en cause. Une logique faite de domination économique et militaire au plan international et de régression sociale s'appuyant sur la racisme et la xénophobie au plan national.

    C'est de cette logique qu'il faut sortir pour assurer notre sécurité. Cela nécessite une rupture avec un certain ordre des choses !  

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