• Festival de Cannes 2018 : l'extrême droite hurle après la montée des marches de Cédric Herrou

    Festival de Cannes 2018 : l'extrême droite

    hurle après la montée des marches

     de Cédric Herrou

     

     

    Jeudi 17 mai 2018, une poignée de réfugiés ont accompagné sur les marches ce militant défenseur des migrants, dont le documentaire "Libre" raconte le combat.

    - "Honte", "moche", "vulgaire"... Deux jours après la montée des marches à Cannes du défenseur des migrants Cédric Herrou, plusieurs responsables de droite et d'extrême droite ne décolèrent pas et expriment ce samedi 19 mai leur indignation sur les réseaux sociaux.

    "Herrou, condamné par la justice pour aide à l'immigration clandestine, devient le héros de Cannes des bobos et reçoit la palme d'or luxueuse du doigt d'honneur : il se fout de nous, et en jouit bien...pour l'instant", a tweeté le député frontiste du Gard Gilbert Collard, alors que le documentaire "Libre" retraçant le combat du défenseur des migrants est présenté hors compétition (et ne recevra donc aucune récompense).

    Dans le même registre, d'autres cadres et élus du Front national, à l'image de David Rachline, Jean-Lin Lacapelle, Bernard Monot ou encore Lionel Tivoli, ont également exprimé leur colère. De son côté, Nicolas Dupont-Aignan a condamné la "provocation honteuse" de ce "délinquant gauchiste traité comme une star" 

    Jeudi 17 mai, une poignée de réfugiés ont accompagné Cédric Herrou sur les marches du Festival de Cannes à l'occasion de la projection du documentaire "Libre". Réalisé par Michel Toesca, ce film raconte le combat du trentenaire installé dans la vallée de la Roya, non loin de la frontière italienne. Avec ce film, "on va toucher un public un peu plus large, interpeller le grand public", s'est félicité auprès de l'AFP Cédric Herrou.

    L'agriculteur, surnommé le "Robin des bois" des migrants, est régulièrement pris pour cible par l'extrême droite, qui l'accuse d'être un passeur. Cédric Herrou a été condamné par la cour d'appel d'Aix-en-Provence à quatre mois de prison avec sursis pour avoir fait passer la frontière à environ 200 migrants et en avoir accueillis chez lui. 

    Françoise COTTA avocate pénaliste

     de renom : " En deux ans, j’ai accueilli

     450 réfugiés chez moi "

    L'avocate héroïne d'UNE HISTOIRE VRAIE REPRéSENTE LA VRAIE FRANCE PAYS DES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN... La France terre d'accueil... c'est "la france que j'aime"... C'est celle aussi de Cédric Herrou...

      

    Par Françoise Cotta
    Avocate
     

    À Paris, Françoise Cotta est une avocate pénaliste de renom dont le travail consiste à faire respecter la loi. Mais, en tant que citoyenne et habitante de la vallée de La Roya, elle n’hésite pas à l’enfreindre en accueillant chez elle des réfugiés depuis bientôt deux ans. Au total, elle a hébergé près de 450 personnes. Si elle le fait, ce n’est pas par gaieté de cœur, mais simplement parce qu’il lui est impossible de faire autrement.



     

     

     

     

     

     


     

     

     

     

     

     

    La maison de Françoise Cotta à Breil-sur-Roya. (M. BERTORELLO/AFP) 

    Je suis d’origine niçoise, j’ai 67 ans et j’exerce le métier d’avocat, spécialisée en droit pénal. Depuis près de 20 ans, j’ai la chance d’être propriétaire d’une magnifique maison à Breil-sur-Roya. Je partage donc ma vie entre Paris et la vallée de la Roya. Si j’ai choisi de m’y installer, c’est pour les oliviers, le soleil, la montagne et ses splendides paysages. On n’oublie pas un panorama tel que celui-ci. 

    En 2015, j’ai été victime d’un accident cardio-vasculaire et je suis restée en convalescence dans le sud, dans mon enclave paisible. 

    Cet été-là, j’ai décidé d’héberger des réfugiés. 

    En deux ans, j’ai accueilli 450 réfugiés 

     chez moi  

    Je me souviens comme si c’était hier des premiers réfugiés que j’ai hébergés. Un jour, un couple d’amis m’a téléphoné pour me dire qu’ils avaient des visiteurs chez eux et m’a demandé si je pouvais les accueillir. J’ai accepté sans poser de questions. Qu’est-ce qui m’en empêchait ? Mon toit était suffisamment grand pour le faire. 

    C’est ainsi que quatre Soudanais se sont installés chez moi pendant plusieurs mois. L’un d’entre eux, Mamadou, est même resté deux ans. Il m’a beaucoup aidé dans l’accueil d’autres réfugiés. Depuis, il vit à Nice et essaye de s’inscrire à la fac, mais ce n’est pas gagné. 

    Aujourd’hui, ça va faire deux ans que j’héberge des réfugiés, parfois même jusqu’à 35 en même temps. Au total, j’estime que 450 personnes sont passées ici. 

    Si je le fais, ce n’est pas par gaieté de cœur, mais simplement parce que je ne peux pas laisser ces gens sur le bord de la route. J’ai été élevé ainsi. 

    Je n’étais pas préparée à cela 

    Accueillir des réfugiés, c’est une drôle d’expérience. Aucun des habitants de la vallée de la Roya n’a été préparé à cela. Aucun d’entre nous n’avait un seul instant imaginé que des gens viendraient mourir devant nos portes. Que pouvions-nous faire d’autre ? Les ignorer, les laisser se perdre sur nos routes… 

    S’il y a tant de réfugiés qui échouent dans notre vallée, c’est parce que nous sommes situés à 20 kilomètres de Vintimille. C’est de là-bas qu’ils arrivent. Or, à la sortie de la ville, il n’y a qu’une route. Pour eux, c’est la "route de la France". C’est vrai, elle mène directement à Breil-sur-Roya, mais ce qu’ignorent les réfugiés, c’est que nous sommes dans une enclave et que s’ils prennent cette voie, elle les mènera de nouveau en Italie. 

    Alors, quand je croise des migrants sur le bord de la route, totalement perdus, je leur propose systématiquement de monter dans ma voiture. Un simple t-shirt usé, un jean troué et des savates, pas le moindre sac ou papiers d’identité, beaucoup n’ont absolument rien. Sauf, un rêve : celui d’aller à Paris. 

    Avocate, je me fous de l’interdit  

    J’ai beau être avocate, je me fous de l’interdit. 

    Confrontée à une telle situation, je me dis que certaines lois sont iniques. Quand elles ne correspondent pas à ce que vous pensez profondément, elles ne doivent pas être respectées. C’est ce qu’on appelle en droit pénal, la théorie de la baïonnette intelligente : je refuse d’exécuter un ordre que j’estime illégal. 

    Est-ce que j’ai peur ? Absolument pas. J’ai 67 ans, je n’ai rien à prouver à personne. Et puis, qu’est-ce qui pourrait bien m’arriver ? Les poursuites qu’il y a eues à l’encontre de Cédric Herrou   et des autres sont dérisoires  . Elles ne sont que l’expression de l’ambiguïté de la situation. 

    On a le droit d’accueillir qui on veut chez soi. Le seul problème, c’est de faire passer les frontières. 

    Le tout étant donc de ne pas clamer haut et fort "j’ai fait passer des migrants". 

    Je ne fais pas ça pour gagner mon paradis  

    Si je fais ça, c’est simplement parce que je n’ai pas d’autre choix. Je ne suis pas une bonne sœur, je ne fais pas ça pour gagner mon paradis. 

    Je me souviens d’un soir de septembre où il faisait particulièrement froid. J’étais en voiture avec une amie quand j’ai croisé au bord de la route un groupe qui marchait, un homme, une femme et un jeune. L’homme portait un sac de pommes de terre. Je me suis arrêtée pour les prendre dans ma voiture. Dans le sac, il y avait une petite fille d’un an et demie. 

    Peut-être que certains préfèrent ne pas voir ? Moi, j’ai toujours vu les chiens perdus sur le bord de la route. Je me suis toujours arrêtée pour les ramasser. Alors, je vais bien m’arrêter pour des hommes et des femmes. 

    Je ne peux pas vous expliquer pourquoi je fais ça. Je vous répondrais simplement que ça ne se discute pas. 

    Je me souviens de chacun d’entre eux 

    Je me souviens de chacun d’entre eux, de leurs visages, de leurs histoires quand ils acceptent de m’en parler et surtout de leur passage chez moi. Sur mon téléphone portable, je garde précieusement leurs photographies. Des familles entières avec leurs nouveaux nés ou leurs enfants en bas âge brûlés au quatrième degré lors de la traversée, des adolescents seuls… 

     Françoise Cotta et une jeune enfant, dans sa maison de la vallée de la Roya. (VS PRESS/SIPA) 

    Avec eux, je n’ai pas besoin de communiquer. Entre nous, les choses sont claires : je sais qu’ils ont faim, qu’ils sont fatigués, et c’est tout ce qu’ils attendent de moi. Moi, j’écoute ce qu’ils veulent bien me dire, mais je respecte leur silence.  

    À quoi bon les interroger ? Je sais ce qu’il y a à savoir. Je sais qu’ils ont fui leur pays, qu’ils ont traversé la mer, vécus des drames, qu’ils ont été traités comme de la merde… Je n’ai pas à leur faire revivre ça. 

    Certains ne restent que quelques jours, d’autres plusieurs mois. La plupart n’ont qu’une idée en tête : partir, aller à Paris, rejoindre l’Angleterre ou l’Allemagne. C’est totalement faux de croire qu’ils souhaitent s’installer au milieu des oliviers, en pleine campagne. 

    Souvent, c’est moi qui insiste pour qu’ils ne repartent pas. Pourquoi ? Parce que je sais ce qui les attend s’ils rejoignent la capitale. Ils se retrouveront sur le trottoir sans avoir le moindre coup de main. Je pense qu’ils sont plus heureux chez moi. 

    Accepter d’ouvrir son intimité 

     à des inconnus 

    Aujourd’hui, ces réfugiés font partie de mon quotidien. Dans la maison, nous partageons tout. C’est curieux à quel point ça dépasse nos limites. Héberger des réfugiés, c’est ouvrir sa porte mais aussi son intimité à des personnes que l’on ne connaît pas, qui n’ont pas la même culture, pas la même couleur de peau, pas les mêmes objectifs dans la vie… Ça a beaucoup effrité mon sentiment de propriété. 

    J’ai gardé contact avec certaines personnes, en particulier deux familles. L’une est installée en Allemagne, la seconde à Aix-en-Provence. Régulièrement, elles me donnent des nouvelles. Je leur ai aussi rendu visite. Un réfugié m’a même dit : 

    "Breil-sur-Roya, c’est la première terre que j’ai connue en France. Je reviendrais toujours." 

    Ce genre de déclaration ne me laisse pas insensible. 

    À chaque départ, j’ai le cœur en morceaux. Peut-être même plus qu’eux. Car eux sont habitués. 

    L’État ne fait absolument rien 

    J’en veux beaucoup aux pouvoirs publics de nous avoir abandonnés. Consoler un homme qui vient d’apprendre la mort de sa femme, donner des cours de français, soigner des plaies, faire des maraudes, nourrir des personnes affamées… Ce n’est pas mon boulot. Je ne suis pas éducatrice, je ne suis pas formée à ça. 


     

     Françoise Cotta a accueilli environ 450 réfugiés chez elle en deux ans. (M. BERTORELLO/AFP) 

    L’État a une image politique à préserver : pas d’immigration. Et Christian Estrosi et Eric Ciotti, deux êtres parfaitement médiocres, sont engagés dans cette lutte anti-immigration. D’ailleurs, nous ressentons les effets directs de cette politique. Armée, douane, vigipirate, gendarmerie… nous sommes en état de siège. Impossible de faire quoi que ce soit sans être contrôlé. 

    Pourtant, les choses pourraient être simples. Si ces réfugiés veulent traverser la France, laissons-les faire. Ils ne nous importunent pas. Arrêtons ces discours débiles expliquant que ces migrants viennent manger le pain des Français. C’est faux. On a besoin d’eux, nous avons du travail à leur offrir et une nouvelle vie. 

    À défaut d’agir, j’aimerais que l’État reconnaisse le droit de ces gens-là, qu’il accepte toutes les demandes d’asiles politiques, aide et accompagne les réfugiés, et débloque des fonds nécessaires pour leur porter assistance. 

    Je ne suis pas un héroïne  

    Aujourd’hui, ma région n’est plus la même. Je ne l’associe plus au soleil, aux oliviers, au chant des cigales ou au bord de mer. Comment pourrais-je occulter toute cette souffrance ? Impossible d’envisager de se baigner dans la mer de Vintimille quant à quelques mètres de soi, des hommes et des femmes se battent pour un quignon de pain. 

    Je ne suis pas une héroïne. J’ai bien conscience qu’aider une personne ne changera pas la misère dans laquelle vivent tous les autres. Mon acte est citoyen. 

    Et même si j’enfreins la loi allégrement, je vais continuer de le faire parce que ça ne s’arrêtera pas du jour au lendemain. Et vous voulez que je vous dise ? L’enfreindre, c’est bien plus intéressant que de la faire appliquer. 

    Propos recueillis par Louise Auvitu   

    SOURCE : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1674898-avocate-j-enfreins-la-loi-en-accueillant-des-refugies-chez-moi-je-me-fous-de-l-interdit.html    

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 21 Mai à 20:26

    Une femme remarquable, avocate, qui peut garder la tête haute, pas comme Gilbert Collard, avocat dévoyé et intolérant !

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