• France : doit-on déboulonner les statues de Bugeaud, « héros » sanguinaire de la conquête coloniale ?

    Sur ce blog les extrémistes nostalgériques qui se prennent encore et toujours pour une race supérieure comme du temps de la France coloniale, de leur regrettée Algérie française sont rejetés. Qu’ils aillent cracher leur haine ailleurs… 

     

    France : doit-on déboulonner les statues

    de Bugeaud, « héros » sanguinaire

     de la conquête coloniale ?

    France : doit-on déboulonner les statues  de Bugeaud, « héros » sanguinaire   de la conquête coloniale ?

    Inspirés par des militants américains, des internautes français appellent à se défaire des statues et des plaques en l'honneur du maréchal Bugeaud et de revenir sur les non-dits du passé colonial français.

    Des journalistes du quotidien Sud-Ouest ont récemment vu en lui un « soldat laboureur et un homme politique visionnaire », mais sur Facebook, des internautes l’ont désigné comme « une grosse crapule », un « boucher en uniforme », un « criminel de guerre » qui ne mérite ni statues ni rues à son nom en France. Thomas Robert Bugeaud (1784-1849) fait encore débat, 168 ans après sa mort.

    Qui est Bugeaud ? Ce militaire français devenu maréchal, s’est tristement illustré comme gouverneur général de l’Algérie, où il fut l’un des artisans les plus féroces de la « pacification ». Ses méthodes sont connues et documentées : massacres de civils, déplacements de populations, tortures, « enfumades » (il proposait d’enfumer « comme des renards » et donc d’asphyxier tous ceux, civils compris, qui se réfugiaient dans des grottes) et politique de la terre brûlée.

    Déjà mis en cause de son vivant, il avait face à lui des adversaires d’envergure, comme un certain Victor Hugo. Depuis peu, ce sont des internautes qui reviennent sur l’empreinte qu’il a laissée dans l’Histoire de France : il y a deux jours, des internautes ont créé une page sur Facebook « Déboulonnons Bugeaud, la statue de la honte », suivie par plus de 200 personnes. 

    De Charlottesville à l’Histoire de France

    Mais pourquoi revenir aujourd’hui sur des faits datant de plus d’un siècle et demi ? À l’origine de la création de la page, un certain Anatole, qui préfère garder l’anonymat pour que son action militante reste « sans label », explique avoir été inspiré par l’actualité américaine. Ce « simple Français », sensible aux questions liées au racisme et à l’histoire coloniale, s’est intéressé à cette statue d’un soldat des États sudistes, favorables à l’esclavage, qui a récemment été « abattue » par des militants à Charlottesville. En Afrique du Sud, il y a deux ans, c’était un monument célébrant le colonisateur britannique Cecil Rhodes qui était retiré de l’Université du Cap suite à la contestation tenace des étudiants.

    « Nous aussi devons nous pencher sur notre mémoire politique et sur les non-dits de l’histoire coloniale, estime Anatole. L’historien Daniel Lefeuvre invitait dans un de ses ouvrages à « en finir avec la repentance. » Mais comment en finir, comment digérer ce passé, alors que la plupart des Français ne le connaissent pas réellement, et que l’on continue à célébrer des militaires qui seraient aujourd’hui considérés comme des criminels de guerre ? »

    Les internautes ne donnent pas de modus operandi pour se débarrasser des trois statues ou des plaques posées en l’honneur du maréchal. « Il s’agit avant tout d’alimenter une réflexion autour d’un passé qui ne passe pas », souligne l’internaute. Des pistes, un poil provocatrices, ont néanmoins été évoquées : rebaptiser les rues Bugeaud en utilisant les noms de militants anti colonialistes.

    SOURCE : http://www.jeuneafrique.com/466537/societe/france-doit-on-deboulonner-les-statues-de-bugeaud-heros-sanguinaire-de-la-conquete-coloniale/

    France : doit-on déboulonner les statues  de Bugeaud, « héros » sanguinaire   de la conquête coloniale ?

    Souvenirs au pied de la statue du Maréchal Bugeaud A Excideuil

     Périgueux et son maréchal Bugeaud

    France : doit-on déboulonner les statues  de Bugeaud, « héros » sanguinaire   de la conquête coloniale ?

    A VAINCU PACIFIé ET COLONISé L’ALGéRIE 

    :: La méthode Bugeaud ::

    Il s’agit de la fameuse méthode de l’enfumade, qui consistait à enfumer les populations (hommes, femmes, enfants), enfermées ou emmurées dans des grottes, jusqu’à une totale ou partielle « pacification ».
    Il ne s’agit que de diminuer la résistance de l’adversaire dans son entêtement à ne pas se laisser pacifier. C’est pourquoi le 11 juin 1845 à Orléanville, Bugeaud conseille à ses maîtres d’œuvres de généraux :

    Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Enfumez les à outrance comme des renards. 

    Et la méthode fait recette. Un point qu’un soldat décrit :

    Les grottes sont immenses ; on a compté 760 cadavres ; une soixantaine d’individus seulement sont sortis, aux trois-quarts morts ; quarante n’ont pu survivre ; dix sont à l’ambulance, dangereusement malades ; les dix derniers, qui peuvent se traîner encore, ont été mis en liberté pour retourner dans leurs tribus ; ils n’ont plus qu’à pleurer sur des ruines. 

    En définitive, cette méthode qui se passe et de constructions onéreuses et de techniques savantes, fera plusieurs milliers de victimes. Au point même, c’est dire, que la technique du maréchal offusquera Paris, qui lui demandera des comptes.
    Droit dans ses bottes, le maréchal assumera la responsabilité de ces actes, en les justifiant par une phrase célèbre :

    Et moi, je considère que le respect des règles humanitaires fera que la guerre en Afrique risque de se prolonger indéfiniment. 

    Effectivement il fallait le préciser, on comprend mieux. Surtout en considérant que la méthode de l’enfumade faisait partie d’un vaste dispositif de « pacification » consistant à affamer les populations civiles, sans distinction, en détruisant systématiquement tous les moyens de production agricole.

    :: Maréchal nous voilà ::

    Oh, à l’époque on ne s’émeuvait pas à outrance de ce genre de pacification ou contre-guerilla économe. Cela ne l’empêcha guère d’être élu à la Constituante par les électeurs de la Charente Inférieure. Il mourut sous les honneurs en 1849, et 4 ans après les massacres, sa statue était décidée au nom du peuple de Périgueux. A travers la pacification algérienne portée en louange sur la stèle, nous amendions et cautionnons la méthode de  l’enfumade,dont l’existence était connue et reconnue.

     

    :: Aujourd’hui et/est hier ?::

    Une question intéressante au demeurant. Peut-on qualifier aujourd’hui ces actes militaires de « crimes de guerre » ?
    Non pour certains, car cette qualification juridique n’existait pas en son temps (TPI). Oui pour d’autres, car la qualification juridique détermine un acte sans se borner aux limites temporelles.

    Il y aura aussi la position de l’historien, dénonçant l’anachronisme dans l’histoire des mentalités, nous interdisant de juger une époque ou un homme d’un autre temps. En somme, « c’était comme ça ». Certes, lorsqu’on parle du Mexique pré hispanique du XV°s., on conçoit aisément que les catégories cognitives et culturelles avaient quelque distance avec notre perception d’aujourd’hui. Que l’on sache, les catégories mentales en France au XIX°s., ne relèvent pas d’un autre monde. Et quand bien même, parlez de cet anachronisme aux algériens qui commémorent encore aujourd’hui les anniversaires macabres de ces massacres.

    Et ce même si les généraux Bigeard, Massu et Aussaresses ne sont pas près d’avoir des statues à leur effigie. Dans le cas d’Aussaresses, c’est sont livre Services spéciaux : Algérie 1955-1957, paru en 2001, qui interpelle l’opinion publique et pas l’inverse. A l’époque encore, les historiens dénonçant les actes de torture de l’armée française en Algérie ne sont pas largement entendus.

    Les massacres de populations civiles du maréchal Bugeaud n’ont évidement aucune raison d’être soulevés dans un cadre juridico-historique contemporain. Là n’est pas la question. En revanche, lui faire encore aujourd’hui l’honneur d’une statue, confirmant ainsi la pérennité de l’hommage que la ville de Périgueux lui rend, pourrait être ouvert à discussion. A fortiori aux côtés de Michel de Montaigne, a fortiori toujours quand la ville projette des jumelages avec l’Afrique du Nord, comme le Maroc, où Bugeaud a laissé des souvenirs sanglants.

    Car en définitive, ce que la ville de Périgueux continue d’honorer, sans le savoir sûrement, c’est pour partie et en raison des motifs de l’hommage sur le socle (pacification et colonisation de l’Algérie), la méthode des enfumades des milliers de femmes et enfants algériens, ces arabes traités comme des renards et dont la vie valait moins que la peau d’un tambour.

    On ne saurait rendre honneur à la colonisation de l’Algérie en oblitérant les méthodes qui l’ont rendue possible. Et rendre honneur à la colonisation de l’Algérie tout court, qui le ferait, à part quelques ultra nationalistes conservateurs dont la biologie et l’Histoire nous débarrassent (trop) lentement ? 

    « Des victimes civiles et innocentes paient le prix d'une guerre qu'elles n'ont pas voulueN’hésitez pas à vous procurer ce documentaire « OAS, un passé très présent » »
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