• France, je t’aime ! Toi non plus ?

    France, je t’aime ! Toi non plus ?

    10 octobre 2014 |  Par Abdellatif Chamsdine 

    « Ecoutez mes frères,  écoutez, s’écrie le caporal Abdelkader s’adressant à sa troupe musulmane dans Indigène, film de Rachid Bouchareb, écoutez, écoutez … Le Général de Gaule a dit que la France combattait pour la liberté dans le monde … On se bat tous ensemble contre Hitler pour l’égalité, la liberté et la fraternité … Et bien il serait temps qu’ils nous en donnent un peu maintenant de cette liberté, de cette égalité et surtout de cette fraternité ! On est en train de changer le destin de la France ! Il est temps que les choses elles changent pour nous aussi !». 

    Ce cri de rage a été poussé pendant le tournant de la Seconde Guerre mondiale en faveur des Alliés. Les soldats africains et nord-africains enrôlés dans l’armée coloniale pour libérer la France du nazisme et du fascisme, se rendaient compte qu’ils étaient discriminés. L’armée avantageait alors d’abord les Français puis les Pieds noirs. Les combattants arabes, noirs  et musulmans étaient « oubliés ».

    L’engagement aux côtés de la France pour la défense de la devise républicaine, « Egalité, Liberté, Fraternité » ne date pas de la Seconde guerre mondiale. Dès la Grande Guerre de 14-18, le continent africain a répondu présent pour défendre la mère-patrie. L’Histoire est là et résiste au temps, à l’ingratitude et à la désinformation. Elle témoigne des faits et exploits des différents régiments engagés dans la guerre et morts pour la France : Goumiers, Tirailleurs, Spahis, Zouaves, venus du Maroc, de Tunisie, d’Algérie,  d’Afrique noire (Sénégalais, maliens …). Juifs et Musulmans, amazirs et arabes, tous ont répondu à l’appel de détresse de la patrie.

    On vient d’ailleurs de commémorer, ce vendredi 04/10/2014,  la libération de la Corse, premier département  libéré par des soldats marocains. Sept Goumiers seulement sont encore en vie à Casablanca, au Maroc¹. L’Etat français a enfin reconnu les sacrifices de cette armée indigène vaillante et dévouée en permettant l’aboutissement d’un projet réclamé depuis plus de vingt ans : le Mémorial du Soldat Musulman². Quelle plus grande preuve d’amour et de patriotisme peut-on en effet fournir que celle du sacrifice de sa vie pour que vive la Nation française ?

    La guerre terminée, il faut alors reconstruire le pays. La France fait à nouveau  appel à la main d’œuvre africaine bon marché pour contribuer cette fois-ci à la croissance économique du pays, durant une période appelée les «  Trente Glorieuses »³. Marocains, Algériens, Tunisiens, Sénégalais … travaillent dans l’industrie automobile (chaînes de montage Renault entre autres) ou dans le secteur agricole, le bâtiment étant la chasse gardée des Portugais.

    Ainsi, l’Histoire de notre patrie la France a croisé plusieurs fois celles de l’Afrique du Nord et l’Afrique Noire. L’Histoire retient principalement trois épisodes fondateurs : colonisation, libération et reconstruction. 

    En 1970, la grande institution de la Francophonie va sceller définitivement ces liens historiques  entre le monde francophone, dont fait partie bien évidemment l’Afrique, et la France. La langue française, comme plusieurs autres langues, est un vecteur culturel et civilisationnel. C’est ce cordon ombilical qui ne sera jamais coupé entre elle et son passé africain notamment.

    Paradoxalement cependant, et parallèlement à la francophonie, on assiste depuis quelques années à la montée d’un phénomène tout aussi inquiétant que l’islamophobie désigné désormais par le nom d’arabophobie, analysé magistralement par Leïla Babès. Comment en effet être crédible lorsque  d’un côté on s’extasie devant le rayonnement de la francophonie et que de l’autre on verse dans l’arabophobie en  licenciant ceux qui saluent leurs camarades en arabe par un « Salem aleykoum » (Paix à vous) . Emmanuel Todd a ainsi exprimé son incompréhension devant une Nation française qui s’embourbe dans un processus d’autodestruction en  prêtant le flanc aux discours arabophobes et islamophobes.

    La France aujourd’hui mondialisée a changé de visage.  Or des nombrilistes extrémistes idéologisés jusqu’à la sottise ont du mal à évoluer, et s’obstinent tragiquement à ne pas le voir. Les jeunes, ou moins jeunes, français d’origine magrébine ou africaine (marocains, algériens, tunisiens, sénégalais, maliens, centrafricains …), sont chez eux en France. Leur légitimité française est solide : par l’histoire, les valeurs et la culture républicaines transmises par l’école, le sol et le sang. Ils aiment  la France, leur pays de naissance, d’enfance, de toujours, un pays pour lequel  leurs parents et grands-parents ont donné leur vie. Ils sont Français de souche.

    Ces jeunes de la deuxième,  troisième génération et suivantes n’ont d’autre patrie que la France. S’ils ont les défauts de leur âge, impulsifs et rebelles, c’est parce qu’ils refusent ce que leurs parents et grands-parents ont subi en silence : la « Hogra », l’injustice et la souffrance. Discriminés comme leurs ancêtres, ciblés en permanence par les formes les plus perverses et les plus vicieuses de la stigmatisation, poussés à bout par des discours politiciens hitlériens décomplexés, ces Français réagissent comme tout Français, comme tout être humain agressé dans son amour propre, sa personne et sa dignité.

    Poussés à la violence, on s’étonne hypocritement qu’ils soient violents. Parqués dans des ghettos, on s’étonne qu’ils vivent en communauté. Gazés dans les manifestations pacifiques, on crie au terrorisme. On montre d’eux-mêmes, à longueur de temps dans les médias vendus les images les plus dégradantes qu’à la longue l’opinion publique finit, parfois en toute innocence, par tomber dans l’infâme piège et croire effectivement que ces Français-là sont indignes de leur mère-patrie. Ainsi, d’une part rabaissés par l’image agressive concertée qu’on donne d’eux, dénigrés d’autre part par l’opinion manipulée, ils tombent à leur tour dans le même piège et finissent par croire eux aussi que cette France-là ne les aime pas. Résultat : je t’aime mais tu me rejettes alors je te déteste. Je t’aime, toi non plus. 

    Ce calcul mondialiste diabolique et effrayant qui fissure la France et dresse les citoyens français, notamment les Juifs et les Musulmans, les uns contre les autres interpelle : qui n’aime pas en réalité la France ? Ceux qui veulent seulement survivre dans le pays où ils sont nés ou qu’ils ont choisi, souvent au péril de leur vie? Ceux qui cherchent tous les jours avec angoisse et appréhension à franchir le plafond de verre pour faire profiter la patrie du meilleur d’eux-mêmes ? Ou ceux qui ont fait la preuve de cet amour en ayant offert  leur vie pour que vive la Nation française ?

    Qui a intérêt à ce que notre patrie, la France,  combatte en permanence une partie d’elle-même, au lieu de combattre le chômage, l’exclusion sociale, la pauvreté, les inégalités et les injustices de toutes sortes pointées par plusieurs rapports institutionnels nationaux, européens et internationaux¹ ?

    Qui a intérêt à faire couler la France en faisant porter la responsabilité aux Juifs, aux Musulmans et aux Arabes ?

      

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    PLUSIEURS VIDEOS INTERESSANTES MERCI DE CLIQUER SUR LES LIENS CI-DESSOUS :

     ¹ Des soldats marocains(Goumiers) libèrent la Corse en 1943 :

    http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/video-ces-goumiers-marocains-qui-ont-libere-la-corse_426944.html 

    ² L’hommage du président de la République F. Hollande aux Musulmans morts pour la France : "c’est un moment émouvant pour saluer la mémoire des musulmans qui sont venus combattre lors de la première guerre mondiale, puis ensuite lors de la seconde pour libérer notre pays".

    http://www.elysee.fr/videos/ceremonie-a-l-rsquo-occasion-de-l-rsquo-inauguration-du-memorial-du-soldat-musulman/ 

    ³ L’expression est de l’économiste français Jean Fourastié pour qualifier une croissance économique soutenue sur une longue période de 1945 à 1973 : « ne doit-on pas dire glorieuses les trente années qui ont fait passer la France de la vie végétative traditionnelle aux niveaux de vie et aux genres de vie contemporains ? »

    La Francophonie : http://www.francophonie.org/-Qu-est-ce-que-la-Francophonie-.html 

    L’excellent article de Leïla Babès, Qu’est-ce que l’arabophobie ?, Le Huffington Post, 2013.

    http://www.huffingtonpost.fr/leila-babes/arabophobie-racisme_b_3279925.html 

     http://www.leparisien.fr/societe/nice-un-agent-de-l-aeroport-suspendu-pour-avoir-parle-arabe-17-01-2014-3503553.php 

    Emmanuel Todd explique comment les islamophobes et les arabophobes s’autodétruisent en tant que Français.

    http://www.dailymotion.com/video/xjlw94_emmanuel-todd-si-vous-etes-islamophobe-vous-etes-anti-francais_news 

    Terme arabe pour exprimer la suprême, l’insoutenable humiliation qui consiste à rabaisser un citoyen d’origine magrébine.

    Yamina Benguigui, Le Plafond de verre, 2011 :

    http://www.youtube.com/watch?v=yIVkzqxk3w8 

    http://www.youtube.com/watch?v=HQi5KR4f19U 

    ¹ OCDE (Compétitivité), UNCTAD (Les investisseurs fuient la France pour l’Allemagne), PISA (Education nationale), ENAR (racisme), CGLP (non-respect de la Laïcité dans les prisons) …

    Abdellatif Chamsdine 

    Ancien professeur Assas-Sorbonne Paris II, ancien professeur-référent ESSEC, PrésidentFondateur de l'AFM2R (Association Franco-Marocaine des 2 Rives) 

    Site personnel : abdellatifchamsdine.net 

    Site AFM2R : afm2r.blogspot.com

    SOURCE :http://blogs.mediapart.fr/blog/abdellatif-chamsdine/101014/france-je-t-aime-toi-non-plus

     

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