• Georges Arnaud, l’homme dont le procès se transforma en réquisitoire contre l’occupation française de l’Algérie

    Georges Arnaud, l’homme dont le procès  se transforma en réquisitoire  contre l’occupation française de l’Algérie

    Henri Girard, dit Georges Arnaud est un écrivain, journaliste d'investigation et militant politique français, né en 1917 et mort en 1987. Si la presse française s’intéresse principalement à son premier procès. En 1943, le futur écrivain Georges Arnaud, accusé d’avoir tué son père, sa tante et une domestique à coups de serpe à Escoire (24), était acquitté à l’issue d’un procès qui avait tenu la France en haleine. Cette presse occulte son deuxième procès, celui-ci : 

     

    Georges Arnaud, l’homme dont le procès

    se transforma en réquisitoire

    contre l’occupation française de l’Algérie

    De son vrai nom Henri Girard, Georges Arnaud est l’auteur du bestseller mondial, « Le salaire de la peur », et de nombreux autres ouvrages à succès. Homme des causes justes, alors qu’il exerçait comme journaliste à Paris, il a été traduit en justice en 1960, accusé de non dénonciation de Henri Jeanson, recherché pour haute trahison, son réseau participant activement au financement du FLN. Il sut transformer son procès, dont il fit un livre, en réquisitoire contre la guerre menée par la France en Algérie.    

    En 1960, Georges Arnaud assiste à une conférence de presse donnée par Henri Jeanson, à l’époque recherché pour haute trahison car son réseau finance le FLN avec ses porteurs de valises qui transmettent mensuellement quelque 400 millions de centimes à l’organisation indépendantiste algérienne, à travers la Fédération de France du FLN. Georges Arnaud est le seul journaliste français présent au milieu d’une quinzaine d’envoyés étrangers. Le pouvoir lui reproche de ne pas avoir dénoncé Jeanson, de protéger ses sources et au bout du compte d’être un irréductible opposant à la guerre menée en Algérie.

    Arrêté et jeté en prison, il transforma son procès en tribune politique, faisant de l’Etat français et de sa guerre d’Algérie les véritables accusés. Il reçoit le soutien de Joseph Kessel, Jean-Paul Sartre, Jacques Prévert, François Maspero, André Frossard, Pierre Lazareff et de nombreuses autres personnalités.

    Chacun s’élève à la fois contre la tentative de violation du secret professionnel, dont Arnaud bénéficie en tant que journaliste et, de plus en plus, contre la pratique de la torture en Algérie qui constitue le véritable enjeu de cette affaire.

    Georges Arnaud passera deux mois en prison. Il profitera du scandale occasionné pour demander non seulement son acquittement mais aussi des excuses de la part de l’armée. Son procès, qui se tient devant le tribunal permanent des forces armées de Paris, aboutira à une condamnation en sursis à deux années d’emprisonnement, verdict qui sera ensuite annulé par la cour de cassation.

    Il en tirera un livre,« Mon procès », publié aux Editions de minuit, qui est la simple reproduction de tous les échanges verbaux de ce procès, depuis les interventions de la kyrielle de témoins de moralité jusqu’aux plaidoiries du bataillon d’avocats au premier rang desquels ferraillait le célèbre maître Vergès, lui aussi très impliqué dans cette lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

    On y reconnait en l’auteur un exemple probant d’intellectuel engagé et même activiste, un agitateur politique bien ancré à gauche et ayant permis notamment de mettre en exergue la notion déontologique de « secret professionnel » dans le journalisme.

    Henri Girard, alias George Arnaud, qui a échappé à l’échafaud au début des années 40 pour un triple meurtre dans sa propre famille et dont il sera finalement acquitté, a une solide réputation de flambeur.

     Il dilapide l’héritage familial en quelques mois avant de s’exiler en Amérique du Sud. Tour à tour chercheur d’or, géologue, marin, barman et camionneur, il mènera par la suite une vie de bourlingueur à travers la planète.

    Souvent invité à Alger au temps du président Boumediène qui le recevait régulièrement, ce personnage pittoresque mourra d’une crise cardiaque à Barcelone, en 1987.

    Il aura passé sa vie à traquer les injustices, à dénoncer les erreurs judiciaires en parallèle à sa carrière d’écrivain, marqué sans doute par ses jeunes années, où lui-même avait failli perdre la vie dans une affaire scabreuse où il s’est retrouvé accusé.

    SOURCE : http://www.algeriemondeinfos.com/2018/02/23/nos-justes-a-georges-arnaud-lhomme-dont-proces-se-transforma-requisitoire-contre-loccupation-francaise-de-lalgerie-m-a-boumendil/ 

     

     

    Le couperet de la guillotine est passé si près

    Georges Arnaud, l’homme dont le procès  se transforma en réquisitoire  contre l’occupation française de l’Algérie

    En 1943, le futur écrivain Georges Arnaud, accusé d’avoir tué son père, sa tante et une domestique à coups de serpe à Escoire (24), était acquitté à l’issue d’un procès qui avait tenu la France en haleine.

    Printemps 1943. Le vent mauvais dénoncé par le maréchal Pétain souffle déjà depuis plusieurs mois sur le Périgord occupé où miliciens et maquisards s’apprêtent à en découdre. Le 27 mai, au matin, les hommes en uniforme qui ceinturent le palais de justice de Périgueux ne sont pourtant pas là pour prévenir un coup de main de la Résistance. Ils contiennent à grand-peine la foule des badauds par l’odeur du crime attirés. Âgé de 26 ans, l’homme de grande taille, à l’épaisse chevelure rousse, qui entre dans le tribunal par une porte dérobée, est promis au pire. À quelques centaines de mètres de là, le gardien-chef de la maison d’arrêt a déjà fait préparer la cellule des condamnés à mort. Qui peut alors imaginer que sept ans plus tard Henri Girard fera encore la une sous le pseudonyme de Georges Arnaud, mais cette fois-ci pour un roman appelé à un énorme succès, « Le Salaire de la peur » ?

    Décédé en 1987, Henri Girard a emporté dans la tombe les secrets du triple crime du château d’Escoire, un vaste logis du XVIIIe siècle agrémenté d’une rotonde et joliment perché sur un mamelon rocheux à une quinzaine de kilomètres de Périgueux. Le 25 octobre 1941 au matin, son père Georges, un haut fonctionnaire du gouvernement de Vichy, sa tante Amélie et Louise Soudeix, la bonne de la famille, avaient été découverts baignant dans leur sang. Tous les trois avaient été sauvagement frappés pendant la nuit à l’aide d’une serpe appartenant à Romain Taulu, le gardien de la propriété. Dans les heures précédant le crime, Henri Girard l’avait utilisée pour élaguer des arbustes.

    Le frère et la sœur avaient été surpris dans leur lit, au rez-de-chaussée du bâtiment, la domestique tuée au moment où elle tentait de leur porter secours. Ce soir-là, Henri Girard n’avait pas regagné sa chambre habituelle. Il s’était réfugié à l’autre l’extrémité du château et s’était assoupi après avoir lu quelques pages du « Sens de la mort » de Paul Bourget, l’un des auteurs en vogue de l’époque.

    Aucune trace d’effraction

    Là où il dormait, Henri Girard ne pouvait pas entendre les hurlements des siens. Bien qu’il soit le premier à donner l’alerte, au réveil, il ne faut que quelques heures au voisinage pour lui prédire la guillotine. Les gendarmes viennent à peine d’investir les lieux qu’il s’isole dans la cuisine et s’attable devant une bouteille de vin. Un peu plus tard, il se met au piano et joue « Tristesse » de Chopin. Quelques jours plus tôt, en arrivant à Périgueux, il avait passé la nuit au Grand Cinq, la maison close de la vieille ville. L’homme a toujours vécu en marge de la morale et de la religion et au grand large des convenances.

    Étudiant attardé, ce fils de bonne famille n’a manqué de rien pendant sa jeunesse, sauf sans doute d’affection. Il a souffert de la disparition prématurée de sa mère et du retrait de son père, incapable de supporter ce deuil. L’argent brûle les doigts de ce noceur. Il a déjà vendu la bague de fiançailles de son épouse. Au début de la guerre, la police l’a même soupçonné d’avoir perçu une rançon en simulant l’enlèvement de sa tante. Après la mort épouvantable des siens, cet épicurien aux poches crevées hérite du château ainsi que de plusieurs propriétés dans la région parisienne et d’un portefeuille de titres. De quoi le renflouer.

    Désireux d’intégrer le Conseil d’État, Henri Girard, licencié en droit, vit mal le fait de devoir prêter serment au maréchal Pétain. Il assure s’être déplacé en Dordogne pour recueillir l’avis de son père. Le soir du drame, il maintient avoir conversé avec lui jusqu’à 22 heures avant d’aider sa tante à préparer son lit. Les policiers, qui l’interrogent sans relâche pendant trois jours, n’en croient pas un traître mot. Ce n’est pas tant son gant retrouvé sur une flaque de sang coagulé que le témoignage de René Taulu qui les intrigue. Ce soir-là, le fils des gardiens rendait visite à un voisin. Vers 21 h 30, il n’avait pas distingué un seul rai de lumière en passant devant le château.

    Les premières constatations incitent à penser que la tuerie a été l’œuvre d’un familier. Il n’y a aucune trace d’effraction, rien n’a été volé et, hormis un vasistas de WC désaffecté, la seule issue ouverte est la porte-fenêtre de la cuisine par où Henri Girard assure être passé le matin avant de crier à la vue du massacre. Après être descendu de sa chambre, il aurait dû emprunter le couloir desservant l’espace habité par son père et sa tante. La porte permettant d’y accéder avait été verrouillée de l’intérieur. Détail gênant, la pièce où il a dormi abrite l’interrupteur qui permet de couper l’électricité dans l’édifice. Or, il semble que les victimes ont été massacrées dans l’obscurité, une panne de courant les ayant probablement contraintes à se coucher plus tôt que prévu. Amélie Girard gisait vêtue de son corsage à proximité du placard où était pliée sa chemise de nuit.

    Peine de mort requise

    Immédiatement après avoir enterré son père, Henri Girard est jeté en prison par le juge d’instruction Joseph Farisy. Il n’y a pourtant ni preuves ni aveux. Dix-neuf mois plus tard, lorsque le conseiller Hurleaux ouvre la session de la cour d’assises devant une nuée de correspondants de presse, l’accusation n’a pas beaucoup progressé. 80 témoins ont été cités. Parmi eux, 15 des 100 habitants d’Escoire venus dire à la barre tout le mal qu’ils pensent de ce Parisien aux mœurs bizarres. Les plans du château ont été accrochés au mur de la salle à la demande du président. Soucieux d’éclairer les jurés, il a même fait affréter un car pour que la cour et les avocats puissent déambuler dans le château sanglant. Judicieuse idée. Sur place, un juré remarque la présence d’un second interrupteur dont l’existence avait échappé à la sagacité des policiers.

    Me Maurice Garçon, le conseil d’Henri Girard, a tôt fait de remarquer que la chambre de son client ne comporte aucun lit. Comment lui reprocher de ne pas y avoir dormi la nuit du crime ? Membre de l’Académie française, le ténor parisien est sans doute le plus brillant plaideur de l’époque. Georges Girard était son ami. Il a longuement hésité avant d’accepter de défendre son fils accablé par les manchettes de la presse populaire. Le juriste a beau s’être plongé dans le dossier au dernier moment, il n’a pas tardé à débusquer les failles de l’accusation.

    Annoncée comme capitale, la déposition de René Taulu, le fils des gardiens, ne résiste pas longtemps au feu roulant de ses questions. Pourquoi les quatre chiens des métayers n’ont-ils pas aboyé lors de son passage nocturne ? Pourquoi affirme-t-il qu’Amélie Girard avait l’habitude de se coucher vers 21 h 30, alors qu’il venait juste de revenir à Escoire après huit mois passés dans les chantiers de jeunesse ? Le jeune homme ne tarde pas à faire pâle figure. L’avocat général Salingardes a beau requérir la peine de mort, il est bien en peine de fournir la preuve irréfutable de la culpabilité. « Henri Girard s’apparente aux criminels d’expérience qui résument leur règle de conduite en cette maxime : ''n’avouez jamais’' », martèle le magistrat contraint à dire des généralités.

    Absence de preuves

    L’époque était troublée, l’instruction avait été réduite à la portion congrue par manque de moyens. Les rares expertises n’étaient pas probantes. L’analyse des estomacs des cadavres n’a pas permis de préciser le degré d’avancement de la digestion. Henri Girard peine certes à expliquer l’origine des ecchymoses observées sur la paume d’une main. Mais rien ne prouve qu’elles soient liées à l’utilisation de la serpe. L’outil a été aiguisé avec une meule. Et il fallait être deux pour actionner celle des Taulu.

    Me Garçon a beau jeu de dénoncer une enquête à charge focalisée sur la personnalité de son client. Pourquoi n’a-t-on pas vérifié que les taches découvertes sur un pantalon appartenant au gardien correspondaient bien à du sang de lapin, comme ce dernier le soutenait ? Pourquoi n’a-t-on pas enquêté sur ces inconnus dont les allées et venues avaient été observées autour du château peu avant le drame ? Le 2 juin 1943 au matin, lorsque l’avocat se rassoit sur son banc, il a conquis les cœurs et les esprits. Le délibéré sera l’un des plus rapides des annales des assises. En 10 minutes, les jurés acquitteront Henri Girard sous les vivats du public. Quelques heures plus tard, ce dernier déposera plainte pour assassinat. En vain. La seule initiative que prendra le juge d’instruction consistera à faire évaluer son héritage !

    SOURCE : https://www.sudouest.fr/2010/07/11/-137243-4583.php 

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 3 Août à 09:41
    Le salaire de la peur a été le bestseller des jeunes de ma génération. Le film qui a été tiré du e a été tourné à la bambouseraie d'Anduze. Yves Montand et Charles Vanel y tenaient les rôles principaux. L'engagement de Georges Aranud pour l'indépendance de l'Algérie est moins connu.
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