• Grande victoire des Chibanis marocains contre la SNCF : "Fêtons avec eux cette victoire" La victoire des Chibanis face à la SNCF n’est pas uniquement juridique. Elle est un symbole fort.

     

    Grande victoire des Chibanis marocains contre la SNCF : "Fêtons avec eux cette victoire" La victoire des Chibanis face à la SNCF n’est pas uniquement juridique. Elle est un symbole fort.

    L'avocate des Chibanis, Clélie de Lesquen-Jonas et ses plaignants après leur victoire en appel, le 31 janvier 2018 à Paris ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

    Leur avocate est sortie, les bras en l'air et émue aux larmes, pour annoncer que c'était "gagné", avant d'être portée en triomphe. "C'est un grand soulagement, une grande satisfaction", a-t-elle commenté.

    METTEZ LE SON EN BAS A DROITE

    Grande victoire des Chibanis marocains contre la SNCF : "Fêtons avec eux cette victoire" La victoire des Chibanis face à la SNCF n’est pas uniquement juridique. Elle est un symbole fort.

     

    Les discriminations de la France « des soi disant droits de l’Homme » ce n’était pas seulement celles de la France coloniale en Algérie pendant 132 ans, mais aussi celles (entre autres) vécues par les Chibanis marocains que leur a fait supporter la SNCF  mais qui vient de perdre pour la seconde fois en justice, en effet les 848 cheminots d'origine marocaine ont été discriminés dans leur carrière. Les prud’hommes leur ont donné raison il y a deux ans. La SNCF avait fait appel. Le verdict aujourd’hui de la cour d’appel de Paris leur a donné raison… Ceci est une grande victoire et démontre au grand jour que toutes les injustices du passé se payent un jour au prix fort et c’est tant mieux…

     

    Dans la France coloniale d’abord

    En fait, deux populations vivaient en Algérie, d’un côté la population algérienne (90% du total) dont le statut était strictement défini par le code raciste de l’indigène (un indigène n’était pas citoyen français et il lui était quasiment impossible de le devenir), de l’autre la population des colons, d’origine européenne (après 1881, n’importe quel européen émigrant en Algérie acquérait automatiquement la citoyenneté française). La quasi totalité des richesses, l’industrie, les mines, les banques, les commerces appartenaient aux colons qui constituaient moins de 10 % de la population. Dans l’agriculture, 3 % de la population possédait plus de 30 % des terres ; les meilleures.

    Tout le monde sait combien le droit de vote est emblématique de l’infériorité des «indigènes» dans l’empire colonial. En Algérie, la présence d’un peuplement français a rendu plus criante encore l’inégalité de statuts entre citoyens d’un côté et sujets de l’autre. Il y avait en effet deux collèges d’électeurs aux représentations déséquilibrées, bien loin du principe « un homme, une voix ». Cette injustice était sciemment organisée : les deux collèges étaient le seul moyen de garder le pouvoir sur une majorité algérienne, forte de plusieurs millions d’âmes et à la croissance soutenue, face à une minorité française en proportion de plus en plus étroite. La submersion démographique menaçait la domination coloniale. La démocratie l’aurait renversée. 

    Grande victoire des chibanis Marocains

    contre la SNCF 

    Ce mercredi 31 janvier, la décision tant attendue est tombée : la justice a confirmé en appel la condamnation de la SNCF pour discriminations selon les origines à l’encontre de 848 ex salariés, principalement marocains, de l’entreprise publique ferroviaire. Nordine Nabili, journaliste et ancien directeur du Bondy Blog, rend hommage à leur combat.  

    C’est la victoire de la patience et de l’humilité. C’est une belle leçon de dignité comme les luttes collectives en fournissent, de temps à autre, comme pour nous rappeler que nos droits sont toujours le résultat d’un combat. La SNCF ne sort pas grandie de cette histoire et dilapide une occasion de reconnaître l’ineptie de pratiques dignes des systèmes ségrégationnistes du siècle dernier.

    Derrière chacun des visages des cheminots, il y a un monde, un enchevêtrement de situations, de déséquilibres, de parcours sinueux, de ruptures familiales, de rêves réservés. Leurs illusions sont des œuvres, leurs mots sont choisis. Ils serrent les dents pour survivre, pour colmater les brèches. Ils parlent souvent avec les yeux et ponctuent avec des soupirs. La décision du tribunal est un petit arc-en-ciel dans leur ciel nuageux.

    Ils symbolisent l’histoire de l’immigration maghrébine, méconnue, sous-estimée, enfouie dans les interstices du monde ouvrier et des classes populaires. Il faut rendre hommage à Omar Samaoli, Mouloud Aounit, Yamina Benguigui, Azouz Begag et les quelques dizaines de militants anonymes pour leur engagement et leur travaux sur cette question afin de la sortir de la zone grise, pour éclairer la société française sur sa propre histoire.

    Les Chibanis d’aujourd’hui furent les petites fourmis des trente glorieuses. Jeunes gaillards costauds, en bonne santé, durs à la tâche, invisibles politiquement, corvéables à merci. Dès les années 50, l’État français écumait les villages du Rif et du Sud marocain pour sélectionner les jeunes adultes candidats à l’exil. Il fallait satisfaire la boulimie d’une économie en pleine expansion au service d’un pays en reconstruction après une guerre désastreuse. Les recruteurs palpaient et appréciaient les paumes des mains rugueuses des candidats pour ne recruter que des travailleurs manuels ou des ouvriers agricoles. L’immigration utile et choisie, toujours.

    La France des mines, du charbon, des ponts et chaussées, des chaînes de montage automobiles, du nettoyage, du BTP, des transports et des industries pollueuses les consumait par millions. La vie se résumait ainsi : des silhouettes rasant les murs, le foyer, l’usine, un troquet, quelques paroles de Dahmane et des photos du bled en noir et blanc.

    Dans les années 70, des dynamiques collectives sont nées avec quelques revendications sociales et politiques (grève des loyers dans les foyers, médecine du travail, violence policière, création de journaux, ciné club…), une participation de plus en plus affichée dans les mouvements ouvriers, -malgré les résistances de certaines centrales syndicales-, jusqu’à la possibilité de créer des associations au début des années 80 et l’émergence de ce que nous appelons aujourd’hui “la politique de la ville”, avec l’installation des nouvelles générations au cœur du débat politique.

    Aujourd’hui, le projet migratoire des Chibanis n’est pas terminé. Il est confronté à une réalité : on ne quitte pas un pays après 40 ou 50 ans de présence, en laissant enfants et petits-enfants sur place, ses repères, ses amis. Les Chibanis célibataires rencontrent des problèmes administratifs, des obstacles qui rendent difficile la mobilité entre les deux rives de la Méditerranée, survivent avec des petites indemnités retraites, une précarité financière qui ne permet pas de se soigner, des conditions de vie inconfortables dans les foyers… .

    La victoire des Chibanis face à la SNCF n’est pas uniquement juridique. Elle est un symbole fort. Elle doit être aussi un levier de reconnaissance politique pour aborder les autres questions. Leur jeunesse n’est plus. Ils ont participé à la reconstruction de la France. Leurs enfants ont pris le relais dans tous les secteurs d’activité. Nous leur devons une solidarité sans faille. Nous devons leur garantir une place, à part entière, dans notre mémoire collective et notre histoire commune.

    Nordine NABILI

    Crédit photo : Meritxell CORTES

    SOURCE : http://www.bondyblog.fr/201801312241/les-cheveux-gris/#.WnKzfCUiHX4 


     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 1er Février à 10:01

    Eh bien bravo ! Bravo aux militants marocains et bravo aussi à leur avocate.

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