• Guerre d'Algérie : Deux victimes innocentes d’attentats terroristes… Delphine Renard victime d’un attentat OAS, Danielle Michel-Chich victime d’un attentats FLN

     

    Depuis le 2 avril 2010 je gère 3 blogs, liés entre eux qui comportent à ce jour 10 juillet 2018 : 5110 articles en rapport, le plus souvent avec la guerre d’Algérie, le colonialisme, le terrorisme, le racisme… Aujourd’hui j’ai choisi de vous rappeler deux histoires vraies qui m’ont particulièrement fait réfléchir concernant deux victimes innocentes d’attentats terroristes… La première concerne Delphine Renard victime d’un attentat OAS, la seconde concerne Danielle Michel-Chich victime d’un attentat FLN. 

     

    Guerre d'Algérie : Deux victimes innocentes d’attentats terroristes… Delphine Renard victime d’un attentat OAS, Danielle Michel-Chich victime d’un attentats FLN

    Delphine Renard a été victime de la bombe (OAS)

    le 7 février 1962… Mutilée à vie elle présente son livre

    "Tu choisiras la vie"

    image001.gif


    Guerre d'Algérie : Deux victimes innocentes d’attentats terroristes… Delphine Renard victime d’un attentat OAS, Danielle Michel-Chich victime d’un attentats FLN

    J’ai lu le livre de Delphine Renard

    « Tu choisiras la vie  » 



    Les souvenirs de Delphine Renard  

    sur "France info"   

    Delphine Renard, la petite fille victime de l'OAS 

    Le 7 février 1962, en pleine guerre d'Algérie, une bombe explose chez André Malraux. Une petite fille de quatre ans, Delphine Renard, est grièvement blessée. Elle devient, malgré elle, le symbole des victimes du terrorisme. Aujourd'hui, dans un livre - "Tu choisiras la vie" (Grasset) - elle raconte l'évènement qui a changé sa vie. 

    Delphine Renard est au milieu de ses jouets, dans sa chambre, à Boulogne Billancourt. Elle est allongée, par terre, plongée dans une livre. Soudain, une énorme explosion retentit. La pièce vole en éclats. La petite fille pousse un hurlement. Elle s'en souvient comme si c'était hier : "j'ai les yeux fermés, collés par le sang, mon côté droit n'est plus qu'une bouillie". Les secours se précipitent. Les reporters, aussi. Paris Match publie la photo de l'enfant. Le magazine écrit : "ce visage mutilé accuse l'OAS". 

    L'OAS, c'est l'organisation de l'armée secrète, qui commet des attentats pour empêcher l'indépendance de l'Algérie. Quand les Français voient cette photo, quand ils découvrent l'histoire de Delphine Renard, ils sont bouleversés. 

    Deux drames, en deux jours  

    Si la bombe a explosé chez elle, c'est simplement parce que Delphine Renard habite le même immeuble qu'André Malraux. C'est lui, le ministre du général de Gaulle, qui était visé. Au moment de l'attentat, Malraux n'était pas chez lui. 

    Le lendemain, une manifestation a lieu à Paris. Le préfet de police, Maurice Papon, l'a interdite. Mais des milliers de personnes descendent malgré tout dans la rue. Elles protestent contre les attentats. La police charge les manifestants. Il y a des bousculades. Neuf personnes sont tuées au métro Charonne. 

    Deux drames, en deux jours. Après des mois de violence, après la répression du 17 octobre 1961, la guerre a atteint un niveau insupportable. D'ailleurs, les Français ne la supportent plus. Le conflit s'arrête quelques semaines plus tard. Les accords d'Evian sont signés le 18 mars 1962.  

    À 56 ans, elle trouve la force d'écrire sur l'événement  

    Pendant ce temps-là, Delphine Renard va d'hôpital en d'hôpital. Dans l'attentat, elle a perdu un œil. Elle subit des opérations en série. Elle grandit. Elle se construit, dans l'ombre de cette histoire. Parfois, dans la rue, des passants la reconnaissent : "Êtes-vous la petite Delphine Renard ?". Elle n'aime pas beaucoup ça. 

    Elle suit des études brillantes. Elle devient critique d'art, puis psychanalyste. A 29 ans, elle perd son deuxième œil. Encore une conséquence, tardive, de l'attentat. Aujourd'hui, Delphine Renard a 55 ans. Elle a trouvé la force d'écrire sur l'événement qui a bouleversé sa vie.

      

    imagesww.jpegdelphine.jpeg

    Delphine Renard, une petite fille victime de l'OAS par FranceInfo

     

     

     

    Guerre d'Algérie : Deux victimes innocentes d’attentats terroristes… Delphine Renard victime d’un attentat OAS, Danielle Michel-Chich victime d’un attentats FLN

    Guerre d'Algérie : "Je n'ai pas de colère

    pas de rancœur, pas d'envie de revanche" 

    Blessée dans un attentat en Algérie en 1956, Danielle Michel-Chich, dans sa "Lettre à Zohra D.", livre un témoignage apaisé.

    Août 1956, des partisans de l'Algérie française font éclater une bombe, rue de Thèbes, dans la Casbah, provoquant de nombreux morts et blessés. En représailles, les nationalistes, sous l'égide de Yacef Saadi, vont commettre des attentats dans le centre d'Alger. Le 30 septembre 1956, c'est la veille de la rentrée des classes. Les vacances touchent à leur fin. 

    Danielle Michel-Chich, surnommée "Dany", bientôt cinq ans, déguste une dernière glace au Milk Bar, glacier populaire d'Alger, rue d'Isly, avec sa grand-mère. C'est ce même jour, en fin d'après -midi que Zohra Drif, jeune militante FNL de 22 ans, dépose la bombe qui va tuer la grand-mère et arracher la jambe de la petite fille. Ce jour-là, la Cafétéria est aussi la cible d'un attentat. En tout, les attaques font quatre morts et une cinquantaine de blessés. 

    Une survivante

    Quelques cinquante-six années plus tard, Danielle Michel-Chich entreprend d'écrire une lettre à celle qui a brisé sa vie. Elle ne cherche pas à dresser un tableau historique de l'événement. Elle raconte sobrement ce que fut sa vie de petite fille confrontée à la souffrance, aux multiples opérations, aux douloureuses prothèses. La différence engendrée par cette jambe manquante. Etre la seule fillette en pantalon à l'école, alors que l'époque était aux robes courtes et aux socquettes blanches. Mais elle nous communique aussi cette soif de liberté, cet appétit de vivre et d'en vouloir toujours plus. 

    "L'important n'est pas ce que l'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous mêmes de ce qu'on nous a fait ". La formule de Jean-Paul Sartre est en exergue de son livre. Danielle Michel-Chich a la soixantaine rayonnante d'une femme qui a su mener la vie qu'elle désirait en dépit du traumatisme initial. Elle ne se voit pas comme une victime. Elle se décrit comme une survivante. 

    "Les victimes, ce sont mes parents qui ont été sidérés par le malheur. Ils étaient très jeunes, j'étais leur fille unique qui avait perdu sa jambe. Mon père avait perdu sa mère chérie. Je les voyais trop malheureux et malgré mes cinq ans, je suis devenue leur mère", déclare-t-elle à présent. Danielle était forte, serrait les dents et allait de l'avant. 

    Le silence du traumatisme

    A la maison, c'est le silence, le déni. On ne parle pas de l'évènement. "Avec ce qui nous est arrivé" disaient seulement ses parents. "Si l'on faisait comme si rien ne s'était passé, c'est que rien de grave ne s'était passé", écrit l'auteur. 

    A la maison, la petite fille est protégée des bruits de la guerre. "J'y étais rentrée sans jamais savoir que nous étions en guerre." Elle est choyée, entourée de ses oncles, de ses tantes et de ses cousins. Cependant, les adultes chuchotent devant elle des propos qu'ils n'auraient jamais du tenir devant une enfant. Elle ne pourrait pas se marier, elle ne pourrait pas avoir d'enfants ni mener une vie normale. Pour Dany qui enregistrait tout, ces paroles étaient des inepties. La petite fille se promettait le contraire."Je n'ai jamais douté de moi et de mon avenir" affirme-t-elle aujourd'hui. 

    "La France, une patrie de manuel scolaire"

    L'avenir commence pour elle en juin 1962 , quand la famille quitte l'appartement de la rue Richelieu, au centre d'Alger, pour partir en métropole, en suivant le vent de l'histoire. "La France , une patrie de manuel scolaire", c'est ainsi que Danielle se représente le pays où elle va désormais vivre. Elle fait partie d'une famille juive installée sur le sol algérien depuis des siècles. Ils ne sont pas des "rapatriés", ils ne retournent pas dans une patrie dont ils ont pourtant la nationalité. 

    A Toulon, Dany abandonne son diminutif et exige désormais qu'on l'appelle Danielle. Une identité toute neuve "entière et intègre" pour celle qui va se lancer dans une nouvelle vie avec avidité. L'adolescente, se passionne pour les livres. Dans son enfance, ils étaient une distraction. Ils sont à présent une nécessité. En 1969, le bac en poche, la jeune fille prend ses distances et fuit le périmètre familial. Elle entame d'abord des études de lettres à Marseille avant de les poursuivre à Paris, à la Sorbonne. 

    Militante et des contradictions

    Danielle s'engage rapidement dans des activités militantes. Auprès des féministes et du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception), mais aussi dans les luttes anti colonialistes, et anti impérialistes, qui imprègnent fortement les années 70. Ce n'est pas toujours facile, au plus fort de ces combats , d'avoir l'étiquette de "rapatriée", souvent assimilée à la droite extrême. 

    Qui plus est, d'avoir été blessée par ceux- là mêmes dont elle défendait la cause. La jeune femme ressent alors un hiatus entre son histoire et l'Histoire. "Engagée dans la lutte à leurs côtés, je trouvais mon histoire déplacée. Leur dire qui j'étais, ce que j'avais vécu dans le fracas de cette période, m'aurait rendue suspecte", écrit-elle. Alors sans vraiment dissimuler ses origines, elle élague lorsqu'on l'interroge sur son handicap ou ment par omission. 

    Plus tard, mariée et mère de famille, Danielle passe quelques temps à Houston, Texas. Là-bas, elle se sent légère, libérée de l'image qu'on se fait d'elle en France. En Amérique personne ne connait l'Algérie et son histoire. Pourtant, lorsque se pose la question de la transmission, l'auteur dit n'avoir qu'un regret, celui de ne pouvoir rien montrer de ses premières années à ses propres enfants. Pas de maison, pas d'école, aucun des lieux où elle a grandi. Si l'on soupçonne un brin de révolte chez cette femme sereine et souriante, c'est là qu'elle se niche. 

    Désillusion

    Lorsque Danielle Michel-Chich entreprend son récit, elle se méprend sur l'identité de la jeune femme qui a posé la bombe au Milk Bar. Pendant des années elle a pensé que l'auteur de l'attentat était une autre militante du FNL, Djamila Bouhired. Cherchant à en savoir davantage sur la destinataire de sa lettre, elle découvre sur Internet la véritable identité de celle qu'elle appelle "Madame". Zohra Drif, personnage public de premier plan dans la vie algérienne, une apparatchik "glaciale, sans idéal et sans regret", loin de la jeune combattante qu'elle avait imaginée. 

    Le peu de colère que j'ai, dit l'auteur, c'est pour ce qu'elle est devenue. "Vous n'êtes décidément, Madame, pas du tout celle que je voudrais!" s'exclame-t-elle dans son livre. 

    Son récit, Danielle l'a voulu apaisé. Elle dit qu'on peut avoir souffert sans pour autant vouloir la vengeance. Le but ultime de cette lettre à Zohra D. est de poser la question morale du terrorisme, celle qui traverse l'œuvre de Camus : peut-on tuer pour une juste cause ? 

    Les réactions au livre commencent à se manifester. La toile bruisse de propos, étonnés de la part des Algériens, violents de la part d'associations de rapatriés. 

    La publication de ce récit a déjà permis à son auteur de renouer avec une amie de sa prime enfance, avant l'attentat. La fillette aurait du se trouver au même endroit ce jour là. Invitée à partager les derniers moments des vacances autour d'une glace, sa mère déclina. Il fallait préparer la rentrée. Anne-Marie n'a pas oublié la chaise vide dans la salle de classe, le lendemain du 30 septembre 1956. Danielle, elle, a perdu tout souvenir d'avant le Milk Bar. 

     

    Guerre d'Algérie : Deux victimes innocentes d’attentats terroristes… Delphine Renard victime d’un attentat OAS, Danielle Michel-Chich victime d’un attentats FLN

      

    Guerre d'Algérie : "et si on arrêtait

     de se jeter nos morts à la figure ? "

    En 2012 les ombres de Tipaza planaient sur le Vieux-Port, au théâtre de La Criée, où l'hebdo Marianne avait organisé un grand colloque sur la guerre d'Algérie "50 ans après". Pendant près de 3 jours, plusieurs dizaines de débats se sont succédés, dans un casting réussi qui mélangeait historiens, journalistes, politiques et témoins directs, des deux rives de la Méditerranée. La petite poignée de manifestants et la tension souvent très présente dans les salles du théâtre pendant les débats ont montré que cette guerre n'était pas encore rentrée dans l'histoire. Dans un des articles de Marianne qui annonçait le colloque marseillais l'historien Benjamin Stora "Monsieur Guerre d'Algérie", écrivait :

    La guerre du souvenir n'est pas terminée. Entre l'Algérie, où le nationalisme exacerbé instrumentalise l'histoire, et la France, encore divisée aujourd'hui sur cette période, un immense travail historique reste à faire.

    Au cours de ce colloque Danielle Michelle-Chich a pu poser une question à la poseuse de bombe Zohra Drif qui lui a répondu : 

     

     



    « Ils reversent leur pension pour soutenir des associations algériennes Le beau geste d’anciens appelés de la «guerre d’Algérie»Mondial. Les Bleus de Deschamps portés par la ferveur populaire... n'en déplaise à la fachosphère »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    3
    Jeudi 12 Juillet à 00:56

    Je suis dans l'obligation de rappeler certains détails sur le pourquoi des bombes dans des endroits publics.

    Des précisions s'imposent puisque, à travers ce que je viens de lire, le FLN semble être mis à l'index  suite aux bombes du Milk Bar … l'otomatic....

    Et aussi pour répondre aussi , et surtout,  à la regrettable phrase de Mr.Gavoury …"""On aurait espéré un peu d’humanité - et surtout moins de lâcheté ! - dans le propos de cette "acteure" de l’indépendance : occasion manquée ! """

    Revenons aux faits :

    C'est par le canal du Blog de notre ami Michel que l'Algérien a appris le cas de la petite Delphine.                                                  

    Vous convenez avec moi que la presse coloniale Française de l'époque ne pouvait souffler mot.                                                  

    Victime collatérale disent les agresseurs, ce qui rappelle - soi dit en passant  - ceux qui , au Moyen Orient, prennent plaisir à arracher la vie à des centaines de citoyens sans défense, sans souffler mot sur la souffrance des proches et parents.

    Concernant Mme Danièle Michel-Chich,  victime du  Milk-Bar d'Alger, il est tout à fait normal que ce n'était pas elle qui était visée personnellement mais , il faut remonter dans le temps pour comprendre pourquoi le FLN a - du jour au lendemain - changé de stratégie à la recherche d'une plus grande répercussion pour déstabiliser l'adversaire.

    Ceci d'une part et, d'autre part, l'attentat du Milk Bar  et de l'otomatic de l'ex rue Michelet (Rue Ben M'Hidi actuellement)  , était une réplique à la sauvagerie des extrémistes qui avaient dynamité, en pleine nuit ,  une maison de plusieurs étages . C'était à la rue de Thèbes .

    Imaginez l'horreur.

    Suite à la déflagration qui réveilla toute la Casbah, tous les citoyens du quartier, en plein couvre-feu, s'empressa d'aller porter secours pour  libérer des dizaines et des dizaines qui gisaient sous les décombres.

    Ainsi, le 10 août 1956, les ultras avaient perpétré un attentat criminel et sanglant d’une rare violence à la Casbah d’Alger. 

    Les historiens dans La guerre d’Algérie l’ont qualifié de « plus grand attentat terroriste sans cible définie », donc visant prioritairement et en grand nombre des civils innocents. 

    Cet acte odieux revendiqué par « le comité antirépublicain des quarante », à sa tête André Achiary, ancien préfet de Guelma lors des événements du 8 mai 1945, va causer la mort de 70 personnes, pour la plupart des enfants, des femmes et des vieillards. 

     

    Mais que s’est-il donc passé ce jour-là à la Casbah ?

     

    Une 203 noire s’arrêta boulevard de la Victoire, à Bab Djedid, sur les hauteurs de l’antique citadelle après avoir emprunté les tournants Rovigo (actuellement Debbih Chérif). C’était bientôt l’heure du couvre-feu et le véhicule avait été contrôlé à deux reprises par des patrouilles militaires. 

     

    Chaque fois, lorsque le conducteur avait présenté ses papiers, le chef de patrouille salua le commissaire. 

    Le boulevard de la Victoire était désert. Le conducteur mit la main sur un paquet enveloppé de papier journal et le passa à son compagnon. Les deux hommes étaient tendus. Le chauffeur jeta un coup d’œil dans le rétroviseur, puis regarda sa montre. Minuit moins le quart, l’horaire idoine pour passer et accomplir le sinistre forfait.     

     

    L’endroit était désert.  L’homme enjamba fébrilement les marches des ruelles étroites et tortueuses qui le menèrent jusqu’ à la rue de Thèbes. Les rideaux des échoppes étaient tous baissés. La cité était endormie. Il était décidément nerveux. Il plaça le paquet dans le renforcement d’une porte ouvragée au n°9.  

     

    La 203 démarra aussitôt. Le policier et son auxiliaire avaient tout le temps de regagner le quartier européen avant l’explosion. 

     

    Quand la bombe explosa, un épais brouillard blanchâtre fait de fumée, de poussière, de gravats pulvérisés enveloppa la rue. 

     

    Des cris, des gémissements s’élevaient des décombres. La Casbah tout entière avait été réveillée par la violence de l’engin mortel et déjà les voisins en tenue de nuit venaient aux nouvelles. Le spectacle était affreux. La déflagration avait été telle que la voûte supportant deux pâtés de maisons s’était écroulée. Les immeubles des 8, 9, 9 bis et 10 s’étaient écroulés. La voûte en s’effondrant avait entraîné l’étage, il ne restait qu’un trou béant.

    Coincé par un rebord de mur qui avait résisté, on apercevait au deuxième étage, en équilibre au bord du vide.

    Aux gémissements qui parvenaient des décombres se mêlaient maintenant les lamentations des femmes accourues en hâte. 

     

    Les volontaires entreprirent de dégager les décombres. Des chaînes se formèrent, tirant de l’amoncellement de pierres, de poutres, de plâtre tous les objets usuels qui constituaient un instant auparavant toute la fortune des habitants.

     

    Et bientôt, les premiers corps furent retrouvés, horriblement écrasés, déchiquetés. On vit se traîner un homme dont la jambe était cassée et qui tenait entre ses bras un bébé mort. On le soutint. Il ne voulut pas lâcher le cadavre de son enfant. 

     

    Les responsables du FLN firent des discours publics pour empêcher la population de sortir de la Casbah et de déferler sur les quartiers européens.   

     

    En plus de la répression des différents services de sécurité, les maximalistes de la colonisation française en Algérie se sont mis à l’œuvre.

     

    Bien que l’arsenal répressif ait été amplement renforcé, notamment avec l’arrivée de Guy Mollet à la tête de la présidence du Conseil, il n’en reste pas moins que les autorités coloniales ont fait abstraction de la violence des ultras.

     

    Ce jour-là, à la rue de Thèbes, les acolytes d’un des futurs dirigeants de l’OAS, André Achiary, ont frappé fort. 

    Le bilan, le moins que l’on puisse dire, est énorme. L’effondrement de plusieurs maisons, au moment où les habitants de la Casbah dormaient, provoqua la perte de plusieurs vies humaines. On tentait de minimiser les dégâts afin que l’opinion internationale, notamment, ne s’indignât pas.   

     

    D’une façon générale, bien que les ultras soient connus pour leur extrémisme, l’éventualité de perdre l’Algérie décuple leur haine et va les réunir dans une cause commune , aussi funeste soit-elle.

    Malgré l’identification des auteurs de l’attentat, la justice ne les inquiétera pas. 

     

    Il faut dire que les extrémistes de la colonisation de plus en plus actifs au moins depuis mai 1956, n’avaient pas attendu ces représailles après l’exécution d’Ahmed Zabana et Abdelkader Ferradj, martyrs de la guillotine, pour se livrer à des attentats contre les Algériens.   

     

      

    Tous les forcenés de l’Algérie française vont redoubler de violence.

     

             

    La Zone Autonome d’Alger.

     

    Parmi les cellules dormantes du FLN qui n’attendaient que l’ordre de Ben M’hidi pour répliquer à la dernière boucherie contre un peuple sans défense, fut sans conteste celle de la Casbah où les noms de Yacef Saadi, Ali La Pointe, et tant d’autres… 

     

    Devant l’atrocité des sanguinaires extrémistes partisans de l’Algérie qu’ils veulent conserver sous leur giron et, agissant -très souvent- de connivence avec les paras coloniaux qui faisaient mine de ne pas voir et de ne pas savoir, la direction révolutionnaire se devait de réagir, de choisir le moment, de choisir l’endroit en réplique à leur sauvagerie de la rue de Thèbes. 

    Pas question de laisser l’acte impuni  

    La réplique se doit être à la mesure de la sauvagerie de la Rue de Thèbes. 

    Yacef Saadi et Ben M’hidi avaient déjà repéré les endroits où ses éléments devaient opérer en réplique. 

      

    Lorsque, le 25 septembre 1956, soit 45 jours après la boucherie de la rue de Thèbes, Yacef Saadi reçut le feu vert de Ben M’Hidi, il était en possession d’un stock de bombes en parfait état de marche. 

    Ces bombes, il fallait maintenant les poser. 

    Et la mission présentait beaucoup de risques. Il fallait d’abord sortir les explosifs de la Casbah, ensuite les poser en quartier européen. 

    Yacef et Ben M’Hidi avaient en outre choisi des objectifs en plein centre d’Alger : la Cafétéria et le Milk Bar, lieux de réunion des jeunes Européens d’une classe sociale assez élevée, et le hall d’Air France dans le grand immeuble Maurétania.  

    Yacef eut l’idée d’employer trois filles.

     

    """Voilà, aujourd’hui à 18 heures, vous devez poser trois bombes à Alger ; leur dit-il .

    Dans le centre. C’est la première fois que nous posons des bombes, mais c’est notre seul moyen de nous faire entendre. Sans quoi jamais on ne prendra notre révolte au sérieux. » 

     

    Yacef, voyant les filles très émues, poursuivit : 

    Voilà ce que j’ai vu rue de Thèbes, le 10 août…  Et il raconta les décombres, les enfants morts, les gémissements ….

                                                                                             

    Elles empruntèrent chacune un poste de contrôle différent pour quitter la Casbah. Un sourire, une plaisanterie avec les soldats suffirent. 

     

    A 17 h 30, après que Kouache, le régleur de bombes formé par Taleb, eut placé le système d’horlogerie sur 18 h 30, Yacef qui avait revêtu une tenue de postier pour sortir de la Casbah indiqua à chacune l’endroit où elle devrait poser son engin. 

    Ce dimanche soir, le Milk Bar était bondé. 

      

    Zohra Drif était seule, assise à une table au centre de la salle. 

    La voix de Yacef lui revint : « Ce que j’ai vu rue de Thèbes… » 

    Eux n’avaient pas hésité. Et puis les ratissages et tout ce que l’on savait des tortures, des villages anéantis au napalm… 

    Zohra avait payé sa glace au garçon. Il fallait qu’elle se lève. 

    Sans un geste pour le sac qui resterait sous la table.  Et puis c’est la guerre, pensa-t-elle. S’ils me prennent, ils n’auront pas de pitié. Elle sortit d’un pas ferme après avoir regardé l’heure à la pendule fluorescente du Milk Bar. 18 h 20.  

    Dans 10 minutes…   

     

    Les lourdes glaces du Milk Bar volèrent en éclats.  

    Ce fut une panique épouvantable. 

    La nouvelle, comme une traînée de poudre, se répandit sur Alger qui ce dimanche soir apprit la terreur. 

    Dans la Casbah les hommes du F.L.N. parcoururent les ruelles obscures : 

    «  Vous êtes vengés. Le F.L.N. a fait payer l’attentat de la rue de Thèbes.          

     Restez vigilants. La bataille ne fait que commencer.

    Il faut faire confiance au F.L.N. 

    Ce soir vous en avez la preuve.

    Cette fois, l’épouvantable engrenage était bien en marche, huilé au sang, lubrifié à la chair humaine. 

      

    Yacef Saadi explique :  

    « Jusqu’au massacre de la rue de Thèbes, nous ne faisions des attentats à Alger qu’en réponse à des arrestations massives ou à des exécutions.

     

     

    …Mais là, nous n’avions plus le choix : fous de rage, les habitants de la Casbah ont commencé à marcher sur la ville européenne pour venger leurs morts. J’ai eu beaucoup de mal à les arrêter, en les haranguant depuis les terrasses, pour éviter un bain de sang. Je leur ai promis que le FLN les vengerait. » 

     

    Le_Canari_de_retour  Répondre

    2
    Mercredi 11 Juillet à 09:03

    Jacques Cros a écrit sur son site un remarquable compte-rendu de cet article, je le remercie. Merci aussi à Jean-François Gavoury pour son très juste commentaire.

    Michel Dandelot 

     

    Sur deux drames liés à la guerre d’Algérie

    http://cessenon.centerblog.net/6572718-sur-deux-drames-lies-a-la-guerre-d-algerie

     

    Publié le 11/07/2018 à 08:19 par cessenon

     

    Sur deux drames liés à la guerre d’Algérie

     

    Michel Dandelot a publié sur son blog les témoignages de deux victimes de la guerre d’Algérie, meurtries dans leur chair par la violence qui prévalait alors.  L’une concerne Danielle Michel-Chich qui, âgée de 5 ans, a perdu une jambe dans un attentat commis par une militante du FLN qui a fait exploser une bombe dans un café glacier de la rue d’Isly à Alger. L’autre rappelle ce qu’a vécu Delphine Renard. Là c’est l’OAS qui est en cause qui a visé par un attentat à l’explosif un immeuble où habitait André Malraux.   Mais c’est Delphine Renard, alors âgée de 4 ans ½, qui est touchée et qui perdra la vue.

    Jean-François Gavoury a posté sur le blog de Michel Dandelot un commentaire qui donne son sentiment sur ces deux événements. A propos de Zohra Drif, la militante du FLN qui a posé la bombe au Milk Bar, il dénonce le manque d’humanité avec lequel elle se justifie. Au sujet de Delphine Renard il met en cause la conception de l’OAS qui considère qu’il s’agit de dommages collatéraux. Il rend par ailleurs hommage au courage de cette victime qui, titre du livre qu’elle a rédigé sur son histoire, déclare « J’ai choisi la vie ».

    Quand la guerre est déclenchée il n’y a pas de limite à la violence et plutôt que de porter des jugements sur les actes qu’elle génère il est préférable d’analyser ce qui y conduit. En l’occurrence pour ce qui a trait à la guerre d’Algérie sa raison de fond était l’injustice profonde du colonialisme. Ne pas en prendre acte c’est se condamner à comptabiliser les drames multiples qui sont engendrés.

    Toute guerre a forcément une fin entérinée, par un traité. Une victoire militaire n’apporte pas la paix. Elle indique seulement lequel est le plus fort, pas celui qui a raison. Il faut chercher d’autres voies, celles de la justice, des rapports d’égalité entre les peuples, pour prévenir la guerre et son cortège de souffrances. Pour ce qui est de l’Algérie c’est ainsi qu’il aurait fallu procéder !

    Il eut été préférable de poser ainsi les questions plutôt que de répondre par la domination militaire aux revendications qui s’exprimaient. Cela éclaire d’ailleurs sur ce qui se passe présentement en Palestine.

    Merci à Michel Dandelot et à Jean-François Gavoury d’avoir permis que le débat s’engage sur une situation internationale qui interpelle.

    1
    Mardi 10 Juillet à 22:59

     Merci à M. Michel Dandelot de nous donner à réfléchir sur le témoignage - exceptionnel de pondération - de ces deux victimes de la guerre d'Algérie.

    Répondant à une interpellation de Danielle Michel-Chich sur la possible justification de l’attentat du "Milk Bar", Zohra Drif répond : « Ce n’est pas à moi qu’il faut vous adresser, c’est à tous les pouvoirs français qui sont venus asservir mon pays. [...] À titre personnel et humain, je reconnais que c’était tragique, tous ces drames, les nôtres comme les vôtres. Nous étions pris dans une tourmente qui nous dépassait, qui vous dépassait. »

    On aurait espéré un peu d’humanité - et surtout moins de lâcheté ! - dans le propos de cette "acteure" de l’indépendance : occasion manquée !

    De la même façon, les anciens activistes de l’OAS voient en Delphine Renard une victime collatérale, une bavure, de leur combat pour l’Algérie française.

    Ces victimes ô combien innocentes, des enfants, méritent seules considération et sympathie.

    Leurs bourreaux n’ont rien appris, confits dans leurs certitudes : ils en eu tout le temps, mais le temps ne leur a rien appris cependant que leurs malheureuses victimes accédaient à l’essentiel : l’essentiel qu’est la vie même !

    Les bourreaux, quand ils n’ont pas fini par trouver la mort qu’ils avaient abondamment répandue en se recommandant de l’état de guerre, sont passés à côté de leur longue vie : pas Delphine ni Danielle, qui ont choisi la vie !

    J-F. Gavoury

     

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter