• « Guerre d’Algérie, le silence des appelés » par Claude Juin

     

     

    « Guerre d’Algérie, le silence des appelés »

    par Claude Juin

    Claude Juin : «Des soldats tortionnaires» Comme je vous l'ai dit dans l'un des articles précédents nous n'étions pas tous logés "à la même enseigne"

    La couverture du livre sur laquelle on retrouve deux photos de Claude Juin, militaire pendant la guerre d’Algérie.

     

    Un autre regard sur la guerre d’Algérie 

    « Guerre d’Algérie, le silence des appelés » est le quatrième ouvrage que le Niortais Claude Juin consacre à ce conflit auquel il a lui-même participé. 

    Il avait pourtant choisi de ne plus se pencher sur le sujet et s’était même lancé dans l’écriture d’un roman. « Mais j’ai eu une proposition de la collection Nouvelles Sources qui n’avait encore jamais publié sur le sujet. J’ai accepté », témoigne le Niortais Claude Juin qui vient de sortir Guerre d’Algérie, le silence des appelés. Ce livre est le quatrième que l’auteur consacre à ce conflit auquel il a lui-même pris part.

    « Guerre d’Algérie, le silence des appelés » par Claude Juin

    Dans les rangs, cette question : « Qu’est ce qu’on fout là ? » 

    Si, notamment dans son précédent livre, Claude Juin n’a jamais hésité à affronter la question de la torture, il en est moins question ici. À travers plusieurs témoignages recueillis à l’époque et aujourd’hui, et ses propres carnets d’époque, il a plutôt voulu décrire l’ambiance et le quotidien d’alors parmi les soldats du contingent. Avec, dans les rangs, cette éternelle question : qu’est ce qu’on fout là ?

    « Nous étions des jeunes gens qui craignions d’être blessés ou même tués mais sans savoir pourquoi. Dans les patrouilles, il y avait une trouille terrible avec une incertitude sur le lendemain, se souvient Claude Juin. Il y avait un certain ras-le-bol sur ce qu’on nous demandait de faire. »

    L’auteur évoque également l’après-guerre, et le traumatisme qui l’a accompagnée. « Nous étions complètement déphasés en revenant. » Grâce au livre, « des témoins se sont replongés dans cette vie, mais ils n’en parlaient plus depuis longtemps, comme s’ils avaient voulu oublier tout ça. Mais derrière cette apparence normale, avaient-ils vraiment tout oublié ? ».

    « Il y a toujours un malaise » 

    Pour Claude Juin, même encore aujourd’hui, « il y a toujours un malaise avec cette guerre et surtout la manière dont elle s’est arrêtée. Il y a toujours des non-dits, pas seulement sur les tortures mais aussi sur l’intérêt même de cette guerre et la manière dont elle s’est déroulée. La France est toujours mal à l’aise ».

    Un signe, selon lui, qui ne trompe pas : « Dans les établissements scolaires, les enseignants disent qu’ils n’ont pas la documentation nécessaire et que le sujet est même facultatif. C’est révélateur d’un état d’esprit général ».

    Heureusement, Claude Juin voit quand même certaines évolutions positives : « Hier, les parents ne parlaient pas de la guerre d’Algérie à leurs enfants. Aujourd’hui, les grands-parents en parlent plus facilement à leurs petits-enfants ». À force, la guerre d’Algérie ne sera donc peut-être plus un tabou pour les nouvelles générations.

    « Guerre d’Algérie, le silence des appelés », par Claude Juin, aux éditions Nouvelles Sources, 350 pages. 

    http://www.gesteditions.com/nouvelles-sources/guerre-d-algerie-le-silence-des-appeles SOURCE : http://www.4acg.org/Guerre-d-Algerie-le-silence-des-appeles-par-Claude-Juin 

     

    Claude Juin : «Des soldats tortionnaires»


    Claude Juin a aussi écrit ce livre :

     "Des soldats tortionnaires. Guerre d’Algérie : des jeunes gens ordinaires confrontés à l’intolérable » 

    Claude Juin est né en 1935. Après un long séjour dans une caserne de Coblence en Allemagne, il est envoyé en Algérie où il débarque le 22 mai 1957. Dans un premier temps son unité, le 435e RAA (régiment d’artillerie anti aérienne), est basée à Isserbourg, village proche de Bordj-Ménaïel, à 80 kilomètres à l’est d’Alger. En août 1957 son régiment est expédié dans le massif de l’Ouarsenis, au col de Kerba près de Boukhari. Il est libéré en janvier 1958. 

    Pendant toute sa période algérienne, il a rempli trois petits carnets bleus à carreaux, qui lui permettent de raconter sa guerre dans Le Gâchis, publié par les Editeurs français réunis en 1960 sous le pseudonyme de Jacques Tissier – le livre sera interdit. Cinquante ans plus tard il soutient une thèse de sociologie sous la direction de Michel Wieviorka « Guerre d’Algérie : la mémoire enfouie des soldats du contingent » (EHESS, 2011). Il en publie la substance dans un livre de témoignages sur la guerre d’Algérie des appelés du contingent.

     « Nous étions des outils au service d’une guerre coloniale,  
     

     puisqu’il s’agissait bien de cela sans que jamais l’Etat l’admette. » 

    Claude Juin
    Libération, 12 mars 2012  

     

    « Soldats tortionnaires » 

    Eh oui ils ont existé aussi !!! 

    Cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, le sociologue Claude Juin explique comment de jeunes appelés en sont venus à commettre l’intolérable et à banaliser la torture. Édifiant. 

    Le 18 mars 1962, les accords d’Évian mettaient fin à la guerre d’Algérie. Un demi-siècle plus tard, la mémoire de ce conflit, qui a coûté la vie à près de 30 000 Français et à plusieurs centaines de milliers d’autochtones selon la terminologie en vigueur de l’époque, reste toujours douloureuse. S’il fallait distinguer un ouvrage parmi ceux dont la publication est annoncée à l’occasion de ce cinquantième anniversaire, ce serait sans doute Des soldats tortionnaires du sociologue Claude Juin. 

    Cette enquête historique, nourrie par les écrits et les lettres des appelés du contingent, fait écho au magnifique roman de Laurent Mauvignier Des hommes, paru il y a trois ans. De 1954 à 1962, 1 million et demi de jeunes Français ont servi en Algérie. Claude Juin était l’un d’eux. « La seule vision que les jeunes soldats avaient avant leur départ de l’Arabe était celle du “bicot” en France qui vidait les ordures et tenait le marteau-piqueur, observe-t-il. Dans l’imagerie populaire, il était l’individu tout juste bon pour les basses besognes. » 

    Avant de franchir la Méditerranée, l’Algérie ne les intéressait pas. Une fois sur place, au contact d’une population dont ils ne comprennent ni la langue ni les mœurs, ils sont comme désemparés. Et pris entre deux discours. Le gouvernement leur donne à la fois l’ordre de pacifier et de réprimer. De réprimer sans faiblesse. Aux premiers jours de la rébellion, le ministre de l’Intérieur François Mitterrand n’a-t-il pas déclaré : « la seule négociation, c’est la guerre » ! 

    Tenaillés par la peur 

    Confrontée à une guérilla insaisissable, l’armée use de tous les moyens pour « détruire les terroristes ». Les appelés n’ont pas envie de se battre. Mais ils n’ont guère le choix. « La peur était leur quotidien. Elle les tenaillait, métamorphosait leur nature. Ils troquaient sans le savoir leur humanité contre une obscure sauvagerie », insiste Claude Juin. Aujourd’hui encore, nombre de survivants se refusent à évoquer ces moments où ils ont été confrontés à l’intolérable. 

    « Ce qu’on reproche aux Allemands en parlant d’Oradour, on l’a fait et on le refait encore, écrit Alain, sergent dans les transmissions. Seulement, ce sont des “bougnoules”, alors, n’est-ce pas... Pourquoi se gêner. L’ensemble des gars, s’ils trouvent les colons dégueulasses, n’en ont pas moins une mentalité à peu près semblable vis-à-vis de l’indigène : un mépris généralisé qui fait mal. » Et annonce l’engrenage de la violence et de la torture. 

    Les lettres et les récits collectés par Claude Juin racontent les villages incendiés, les charniers, les aveux extorqués à la gégène, les viols, les suspects égorgés pendant la nuit et enterrés à l’aube. Autant de crimes commis contre un peuple luttant pour son indépendance qui laissent toujours un goût de cendres dans la bouche des appelés. Ils commencent à peine à mettre des mots sur l’horreur qu’ils ont côtoyée. Sans que personne n’en fasse grand cas. Si ce n’est peut être la Turquie, quand elle rappelle à la France son passif algérien lorsque celle-ci la somme de faire repentance à propos du génocide arménien ! 

    « Ces jeunes gens constatèrent sur place que,
    contrairement à ce qui leur avait été enseigné,
    la colonisation n’était pas civilisatrice. 

    « Elle dévoila à de nombreux jeunes-gens
    le véritable caractère d’une politique
    qui trahissait les principes fondamentaux
    d’une culture qui se voulait humaniste. » 

    Claude Juin
    Des soldats tortionnaires, page 172 

     

     

     

    « 17 octobre 1961 : un acte de guerreJacques de Bollardière, le général qui refusa la torture »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    3
    Le_Canari_de_retour
    Samedi 23 Octobre à 09:37
    Ouf ! Une bouffée d'oxygène en lisant les articles de ce Blog. Oui ! Principalement les articles de ce Blog. ###### ll est fort regrettable que les anciens du contingent ne se confient pas à leur entourage et n'ont pas le courage de raconter le rôle qu'ils ont été obligés d'exécuter durant leur présence en Algerie. Leur silence peut être considéré comme suspect et on pourrait même le confondre avec ceux qui ont tenu un rôle qui n'était pas du tout plaisant . Il est vrai que , sur le terrain , la peur de quitter ce bas monde était permanente. Je me souviens parfaitement , et les images me reviennent puisqu'elles me sont indélébiles en memoire. Je les revois encore quand ils étaient en patrouille au piémont des Djebels de Chrea (Blida) et , surtout, durant la grève des 8 jours (1958) dans les tortueuses ruelles de la Casbah (Alger). Je revois encore cette scène, parmi tant d'autres, qui m'est restée gravée à l'esprit où un citoyen paraissait en état d'arrestation puisque conduit par des militaires qui l'entouraient. C'était la fête du Mouloud où les musulmans du monde entier célèbrent ce jour qui correspond à la naissance du prophète de l'Islam. La joie des bambins s'exprimait avec des feux d'artifice et surtout avec des pétards. Ala tombee de la nuit, les habitants de la Casbah, passaient la majeur partie de leur temps à regarder, depuis les terrasses/balcons et fenêtres, ce qui se passait dans la rue. C'est alors que la patrouille arrive conduisant un civil Arabe qui semblait être en état d'arrestation. Il a suffit que quelqu'un, depuis une terrasse , tire avec un révolver à pétards, (imaginez la résonnance dans ces ruelles extrêmement exiguës)pour que les militaires s'éparpillent dans tous les sens, d'autres se sont jetés par terre, ce qui a permis à la personne arrêtée, d'entrer dans n'importe quelle maison et, de là, de terrasse en terrasse se perdre dans la nature. Pour revenir au sujet du jour, je dirai qu'à l'opposé des forces du contingent qui n'abordent pas le sujet de la guerre, toutes les familles Arabes qui ont eu à subir les affres du colonialisme , racontent leurs enfants ce qu'ils ont enduré. Ce ne sont pas des sujets à cacher , au contraire , c'est une façon de leur inculquer l'amour de la patrie et que toute liberté ne s'offre pas sur un plateau d'argent . Malheureusement de nos jours, certains de l'autre rive de la mer bleue , travestissent l'histoire . Ils racontent n'importe quoi pour faire plaisir à ceux qui aiment les écouter alors qu'ils censurent l'opinion des autres. Et ainsi va le monde. Un monde où l'hypocrisie et le mensonge vont de paire chez ceux qui sont censés être un modèle et une référence. Le_Canari_de_retour Blida le 22.10.2021
    2
    Ponsot danièle
    Vendredi 22 Octobre à 18:46

    Merci d'avoir parlé de ce livre, Michel, J'ai pu constater chez Lucien ce déphasage évoqué par l'auteur et ressenti aussi par Jacques Cros.

    Pour ma part, je n'ai pas eu l'occasion de voir ces comportements dont parle l'auteurdans son livre " soldats tortionnaires..." la population civile, en Algérie, surtout les jeunes que je côtoyais étaient protégés de telles images mais Lulu, lui, m'a dit ( beaucoup plus tard!) qu'il y avait une certaine villa où l'on n'hésitait pas à torturer pour obtenir des "aveux"!!! Même si lui n'a pas eu à le faire. ( C'était les Paras de passage dans le secteur de Palikao qui se livraient, sur ordre bien sûr, à ce genre de pratique.

    1
    Vendredi 22 Octobre à 10:41

    La peur non, je n'ai pas vraiment connu. Il faut dire que je n'ai jamais été exposé.

    Par contre  le déphasage à mon retour à la vie civile, ça oui !

    Et aujourd'hui un jugement sévère sur nos dirigeants politiques qui nous avaient mis dans cette situation absurde. Un jugement qui se complète aujourd'hui avec le comportement d'un Macron et de quelquesautres.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :