• Guerre d’Algérie. Pieds-noirs, harkis : la valise ou le cercueil

     

    Guerre d’Algérie. Pieds-noirs, harkis :

    la valise ou le cercueil (?)

     

    Guerre d’Algérie. Pieds-noirs, harkis : la valise ou le cercueil

    Pieds-noirs, harkis, environ un million de rapatriés d’Algérie ont rejoint la Métropole après 1962. Comme ici ces personnes montant à bord du Ville d’Oran, le 25 mai 1962. | AFP

    Début 1962, personne ne pense que l’indépendance de l’Algérie puisse signifier l’exode quasi total et définitif d’une communauté d’un million de personnes, souvent enracinée dans le pays depuis plusieurs générations.

    Le slogan nationaliste algérien « la valise ou le cercueil » semble dater de l’immédiat après la Seconde Guerre mondiale. Il figure, fin 1946, tel un faire-part entouré d’un liséré noir sur la couverture d’un ouvrage du journaliste Paul Reboux s’interrogeant sur la pérennité de la présence française en Afrique du Nord.

    À l’époque, la communauté française d’Algérie considère cette éventualité comme inimaginable. Elle n’envisage pas de renoncer à une terre où, depuis plusieurs générations, se sont développés une culture et des modes de vie constitués d’apports essentiellement méditerranéens, Espagnols, Italiens, Maltais, Mahonnais ayant façonné une langue, une cuisine, des pratiques religieuses et des us et coutumes dont personne n’imagine la disparition. Pas plus que ne veulent envisager leur départ, les descendants de Français de Métropole installés en Algérie après avoir fui la misère des villes ou de certaines zones rurales, essentiellement au sud de la Loire ou en Alsace-Lorraine. Dans ce dernier cas, au contraire de ce que l’on croit parfois, plus souvent avant 1870 que pour échapper à la domination allemande après la défaite.

    La communauté juive, forte de 120 000 personnes aux origines souvent bien antérieures à la colonisation, mais devenue française par le décret Crémieux de 1870, partage une longue histoire, même si parfois conflictuelle, avec la majorité musulmane du pays. À ce titre, l’idée d’un exil lui est également étrangère.

    450 000 départs en mai et juin 1962

    Après 1954, au fil des ans, le « maintien de l’ordre » devenant guerre, l’insécurité augmentant, l’éventualité d’un État bientôt indépendant se précisant, l’inconcevable devient réalité. Ceux que l’on commence à nommer « pieds-noirs » quittent progressivement l’Algérie. Ainsi, à Constantine, le 22 juin 1961, l’assassinat par le FLN de Cheikh Raymond, figure légendaire de la musique andalouse et symbole de la population juive de la ville, déclenche le départ massif de cette dernière, forte de 30 000 personnes.

    Une femme et ses enfants désireux de gagner la Métropole viennent de débarquer du « Ville d’Oran » à Marseille le 26 mai 1962. | AFP

    Après la signature des accords d’Évian, le flux vers la Métropole devient panique de survie avec un pic de 450 000 départs en mai et juin. À Oran, les massacres d’Européens en juillet 1962 et les exactions commises un peu partout dans le pays par des éléments incontrôlés suscitent un exil définitif ou, au moins, la volonté de s’éloigner d’une terre que certains envisagent de retrouver à l’automne, avec l’espoir d’une situation stabilisée.

    Guerre d’Algérie. Pieds-noirs, harkis : la valise ou le cercueil

    Plaque commémorative du rapatriement des Français d’Algérie, à Port-Vendres | DR

    À l’automne 1962, en comptant ceux qui sont restés et ceux qui reviennent, demeurent encore en Algérie plus de 200 000 Européens. Un nombre qui ne cesse de diminuer avec les mesures d’expropriation et de nationalisation décidées par le président Ben Bella. Ce dernier n’a jamais souhaité voir se maintenir en Algérie une communauté ne correspondant nullement à sa conception « arabo-musulmane » de la nation algérienne.

    La tragédie des harkis

    Les supplétifs musulmans de l’armée française, encore en service ou l’ayant été cherchent également les chemins de l’exil, sachant leur vie en danger et ce, malgré les accords d’Évian précisant l’exclusion de « toute mesure de représailles ».

    La tragédie de ces harkis est aussi liée au refus du gouvernement français de les accueillir massivement avec leurs familles sur le sol métropolitain. Quelque 60 000 d’entre eux parviennent cependant à gagner la France où ils sont parqués dans des camps ou des implantations plus ou moins insalubres. Ceux qui sont restés, et avec des nuances selon les régions, sont au mieux emprisonnés et parfois jugés, au pire, mis à mort de manière atroce. Le bilan de ces victimes n’a jamais pu être établi mais ne saurait être inférieur à un chiffre de 20 000 victimes.

    Source : https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/guerre-d-algerie-pieds-noirs-harkis-la-valise-ou-le-cercueil-809c1a86-94b0-11ec-bde8-dbba9f3f1962 


     

    « LA VALISE OU LE CERCUEIL » 

    PAR TRAMOR QUEMENEUR dans mensuel 903

    Guerre d’Algérie. Pieds-noirs, harkis : la valise ou le cercueil

    Quel autre choix se profile pour les pieds-noirs à l'heure de l'indépendance algérienne ? Sinon le « retour » dans un pays qu'ils connaissent peu.

    Contrairement à une idée reçue, le slogan « La valise ou le cercueil » n'apparaît pas à la fin de la guerre d'Algérie, avec l'Organisation armée secrète (OAS). Il commence à se diffuser juste après la Seconde Guerre mondiale. Le 8 mai 1945, à Sétif, la répression d'une manifestation nationaliste algérienne fait plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de morts. Pour les Algériens, qui venaient de participer aux combats de la Libération, la rupture est définitive : l'indépendance se conquerra par les armes. Déjà, en 1946, dans un tract nationaliste distribué à Constantine, il est question de « la valise ou [du] cercueil » pour les Européens. L'historienne Annie Rey-Goldzeiguer signale que le slogan s'étale sur les murs, de Biskra à Djidjelli. Et l'écrivain Paul Reboux titre son livre Notre (?) Afrique du Nord. Maroc. Algérie. Tunisie. La valise... ou le cercueil ! (Chabassol, 1946).

    Le spectre de cette alternative morbide réapparaît au début de la guerre d'Algérie, particulièrement après l'offensive du Constantinois, le 20 août 1955, au cours de laquelle le FLN s'en prend à la population civile, faisant 123 morts, dont 71 Européens. Les jours suivants, la répression est une nouvelle fois terrible : au moins 7 500 Algériens sont tués. Un fossé sanglant sépare de plus en plus les communautés, a fortiori avec les attentats aveugles des partisans de l'«Algérie française » puis du FLN à Alger à partir d'août 1956. Dès lors, il n'existe plus qu'une alternative : l'indépendance ou l'«Algérie française». Or, pour beaucoup, l'indépendance symbolise la valise, voire le cercueil. Ce sera donc l'« Algérie française » à tout prix. Les autres sont considérés comme des traîtres.

    Au moment du 13 mai 1958, avec le retour du général de Gaulle, les lignes bougent. Les « fraternisations », largement organisées par le 5e Bureau de l'armée (l'action psychologique), laissent penser à un nouvel avenir commun. Les gens y croient. Mais il faudrait que les comportements changent résolument. Un an plus tard, de Gaulle déclare d'ailleurs à Pierre Laffont, député d'Oran et directeur de L'Écho d'Oran : « L'Algérie de papa est morte, et si on ne le comprend pas, on mourra avec elle. » Ces termes ne peuvent évidemment manquer de renvoyer à ce terrible cercueil... Or, la naissance de l'Algérie nouvelle n'est pas celle que les ultras de l'« Algérie française » veulent. De nombreux Européens d'Algérie, que l'on appelle de plus en plus les « pieds-noirs », s'en remettent à eux, persuadés qu'ils vont protéger leurs intérêts. Dans les grandes villes, le calme règne à nouveau (après les attentats de 1956-1957), mais, dans les plus petites et les campagnes, c'est l'insécurité, voire la terreur qui préside : attentats et assassinats d'un côté, exécutions et ratonnades de l'autre. Certains commencent à déménager dans les cités d'envergure. Les plus prévoyants (et souvent les plus riches) envoient leurs enfants suivre leurs études en métropole, ou même leur famille s'y installer.

    La peur gagne les Français d'Algérie 

    Le climat politique devient de plus en plus délétère : les violences entre Algériens et Français se doublent d'affrontements franco-français, en particulier lors de la « semaine des barricades » en janvier 1960 : les manifestants pro-« Algérie française » tirent sur les forces de l'ordre. On relève 20 morts et environ 150 blessés. La population européenne d'Algérie se sent de plus en plus au pied du mur. C'est alors que l'OAS fait son apparition à Alger, pendant le « putsch des généraux » en avril 1961. En son sein, des activistes de l'« Algérie française », mais aussi des militaires en rupture de ban, rompus aux techniques de propagande. Les slogans portent : «OAS veille », « OAS voit tout, entend tout »... et le fameux « La valise ou le cercueil »... Il faudrait soit soutenir l'OAS, soit partir ou mourir. Fatale alternative. L'organisation multiplie les actions de masse lui assurant un soutien populaire : manifestations sonores à grand renfort de casseroles ou de klaxons, pendant lesquelles les pieds-noirs scandent trois coups brefs et deux longs pour « Al/gé/rie fran/çaise ». Mais elle mène aussi des actions ciblées, tuant des Français libéraux, favorables aux négociations ou à l'indépendance de l'Algérie, des membres des forces de l'ordre françaises et de nombreux Algériens.

    Lors d'un voyage du général de Gaulle en Algérie en décembre 1960, des pieds-noirs sortent dans les rues, décidés à se faire entendre. Mais, n'attendant aucune directive du FLN, la population algérienne descend aussi dans les rues. La peur gagne les pieds-noirs. Les départs commencent à s'accroître. Les plus politisés mais aussi les plus démunis s'accrochent à l'OAS. Sa violence se déchaîne à mesure que le cessez-le-feu se rapproche, mais elle perd progressivement ses soutiens. Après la déclaration du cessez-le-feu le 19 mars 1962, l'OAS considère d'ailleurs l'armée française comme une armée d'occupation. Le 23, elle investit le quartier pied-noir de Bab el-Oued et tue six appelés du contingent français. Trois jours plus tard, elle organise une manifestation pour désenclaver le quartier. De nombreux pieds-noirs y participent. Rue d'Isly, des coups de feu d'origine inconnue claquent, les militaires français répliquent, les manifestants sont fauchés. On relève 54 morts et 140 blessés. Les pieds-noirs plongent dans le désespoir. Si l'OAS leur interdit de partir afin de poursuivre la lutte pour l'«Algérie française », ces derniers ne sont pas prêts à mourir.

    Certains décident de rester... 

    À Alger et dans les grandes villes, l'atmosphère est apocalyptique. L'OAS assassine au hasard, fomente des attentats à la bombe. Côté algérien, des civils et des militaires sont enlevés, disparaissent. On ne les reverra plus. En hâte, de nombreux pieds-noirs préparent leurs valises. Ils laissent derrière eux biens, souvenirs, ancêtres dans les cimetières. Ils attendent des jours pour trouver un bateau pour Marseille, Toulon, Port-Vendres ou Sète, ou, pour les plus riches, embarquer dans le premier avion pour Marseille, Paris ou Toulouse. Tant mieux si l'on y connaît quelqu'un, tant pis pour les autres. 120 000 pieds-noirs partent en mai 1962, 355 000 en juin : un tiers de tous les pieds-noirs en un seul mois. Sur la Méditerranée ou au-dessus, c'est la noria des navires et des avions.

    Le 5 juillet, à Oran, alors que l'indépendance est fêtée par les Algériens, des tirs d'origine indéterminée conduisent à un déluge de feu puis à une traque des pieds-noirs. Une centaine d'entre eux sont tués, tandis que les derniers clandestins de l'OAS partent sur des chalutiers vers l'Espagne franquiste. Malgré le danger, certains restent pour régler leurs affaires ou sont déterminés à ne pas quitter leur maison. Ils sont encore 200 000 en septembre 1962 et 150 000 au milieu de l'année suivante. Leur nombre, cependant, continue ensuite à décroître. Au drame du départ ont succédé les tourments de l'installation en France : rejet des métropolitains confinant au racisme et à la xénophobie, difficultés pour trouver un logement, un travail. Les plus âgés ne se remettront jamais véritablement de cet exil, tandis que les plus jeunes se lanceront à la conquête de la métropole.

    Guerre d’Algérie. Pieds-noirs, harkis : la valise ou le cercueil

    On ne peut refaire l´Histoire, «La valise ou le cercueil» appartient à Salan, Ortiz, Lagaillarde et consorts. Personne ne pourra rien y changer. Cette Française restée en Algérie le prouve

     

    Nous l’apprenons aujourd’hui Cécile Serra est décédée le vendredi 18 mars 2016, elle aurait eu 98 ans en juin de la même année… Elle était la preuve vivante qu’il était possible de vivre (même très âgée en ce qui la concerne) dans l’Algérie indépendante. 

     

    On ne peut refaire l´Histoire, «La valise ou le cercueil» appartient à Salan, Ortiz, Lagaillarde et consorts. Personne ne pourra rien y changer. Cette Française restée en Algérie le prouve

    On ne peut refaire l´Histoire, «La valise ou le cercueil» appartient à Salan, Ortiz, Lagaillarde et consorts. Personne ne pourra rien y changer. Cette Française restée en Algérie le prouve

    Emouvant témoignage

    de la doyenne des Français en Algérie

    (98 ans)

     

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    Cécile Serra : «Je suis espagnole d'origine, française de nationalité et algérienne de cœur.» 

     

    Cécile Serra, la doyenne des Français d’Algérie qui avait décidé de rester vivre dans notre pays au lendemain de l’Indépendance, alors que beaucoup d’Européens avaient choisi de partir, a expliqué, dans un entretien paru dans la Lettre d’information de l’ambassade de France à Alger, Binatna, les raisons qui l’ont amené à ne pas se séparer de la terre qui l’a vu naître. 

    Du haut de ses 98 ans, Mme Serra, comme aiment à l’appeler ses voisins avec affection, ne garde que de bons souvenirs de son vécu sur les hauteurs d’Alger, à Bir Mourad Raïs précisément, où elle est née en 1919, mais aussi à Alger où elle vit aujourd’hui. 

    Et lorsqu’on lui demande pourquoi avoir choisi de rester en Algérie à l’Indépendance et si elle avait eu peur à l’époque pour sa vie, sa réponse est sans détour : «Pourquoi serais-je partie ? J'avais toujours vécu ici. Et puis, je n'ai jamais eu peur. Peut-être parce que je n'ai jamais été confrontée à quoi que ce soit qui aurait pu me faire peur. 

    J'aime ce pays. Il y a tout ici : la mer, la montagne… Vous savez, je suis espagnole d'origine, française de nationalité et algérienne de cœur», tranche-t-elle. Et sa relation avec son voisinage qui sait évidemment ses origines européennes ? «C’est simple : je ne peux aller nulle part sans que l'on m'interpelle : comment tu vas, Mme Serra ? Les gens viennent me rendre visite, m'apportent à manger... C'est trop ! Mon congélateur déborde ! Et c'est sans parler de tous ceux qui m'écrivent !», tient-elle à témoigner à propos de cette relation si particulière, si intense, si chaleureuse qu’elle entretient avec tous ceux qui la connaissent. «Je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter tout cela mais, en tout cas, je suis une vieille dame gâtée», finit-elle par avouer comme pour marquer d’une pierre blanche les rapports profondément humains qui la lient à ses voisins algériens. 

    Quels souvenirs garde-t-elle de son enfance qui coïncidait avec les années 20 du siècle dernier ?

    Là, nostalgique, la dame remonte le temps et égrène les images, les unes plus belles que les autres, qui ont coloré ses tendres années. «Birmandreïs (ancienne appellation de Bir Mourad Raïs, ndlr), à l'époque, c'était la campagne. Les champs s'étendaient à perte de vue. Il n'y avait pas de route. A la place, c'était des rangées et des rangées de figuiers de barbarie», raconte-t-elle, avant de poursuivre : «Et puis, nous sommes venus à Alger et mon père a fait construire la villa que j'habite encore aujourd'hui. Le dimanche, il nous emmenait à la mer dans sa carriole. Nous y passions la journée, à nous baigner et à pêcher. On ne s'ennuyait jamais ! "

      Amine Sadek
     
    On ne peut refaire l´Histoire, «La valise ou le cercueil» appartient à Salan, Ortiz, Lagaillarde et consorts. Personne ne pourra rien y changer. Cette Française restée en Algérie le prouve

     

     Le départ des pieds-noirs 

     

    et l’Histoire 

    Les conditions du départ massif et précipité des pieds-noirs en 1962. Et comme les réactions à un écrit de presse sont ce qu´est le filet pour la pêche, il y a eu aussi celles des falsificateurs qui veulent «triturer» l´Histoire pour accuser les Algériens d´avoir chassé les Français d´Algérie.

    Certains vont même jusqu´à attribuer le slogan lancé à l´époque par l´OAS «la valise ou le cercueil», au FLN.

    Mme Cécile Serra est une preuve vivante que les Algériens n´ont jamais chassé personne et que ceux, parmi les Français qui ont choisi de rester en Algérie en 1962 n´ont pas eu pour seul choix le «cercueil». Des mois marqués par «la politique de la terre brûlée» menée par l´OAS (Organisation armée secrète des ultras d´Algérie).


    C´est cette même OAS qui détenait les moyens de communication (journaux, radios et télévision) pour lancer ses mots d´ordre et slogans comme le fameux «la valise ou le cercueil». D´ailleurs, le dernier attentat de cette organisation criminelle, à la veille de l´Indépendance, fut l´incendie de la bibliothèque de l´université (faculté centrale d´Alger). L´ALN n´a quitté les maquis pour rentrer en ville qu´après l´Indépendance.


    Quant au FLN, il était décimé à Alger depuis l´assassinat de Ben M´hidi en 1957. Ce n´est pas la zone autonome que voulait ressusciter à Alger après le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu, le commandant Azzedine, ni la faible autorité du «Rocher noir» des accords d´Evian, ni les barbouzes envoyés par De Gaulle qui pouvaient changer le cours de l´histoire.

    L´objectif de l´OAS, en poussant les pieds-noirs à quitter l´Algérie, était clair. Il s´agissait, ni plus ni moins, que de tenter de paralyser le pays.

    Tous les postes de commande étaient, en effet, entre les mains de cadres et personnels de maîtrise uniquement pieds-noirs.

    La colonisation avait laissé derrière elle 99% d´Algériens analphabètes. C´est ce que le Parlement français appelle «l´oeuvre civilisatrice» dans sa loi du 23 février 2005. Il faut admettre que dans de telles conditions, les Algériens ont relevé un défi historique en réussissant à prendre les commandes au pied levé et remettre en marche le pays.

    Cela dit et aussi vrai qu´on ne peut refaire l´Histoire, «la valise ou le cercueil» appartient à Salan, Ortiz, Lagaillarde et consorts. Personne ne pourra rien y changer.

     

    On ne peut refaire l´Histoire, «La valise ou le cercueil» appartient à Salan, Ortiz, Lagaillarde et consorts. Personne ne pourra rien y changer. Cette Française restée en Algérie le prouve

    « Je suis née en Algérie, je mourrai

     en Algérie »

    Cécile Serra, doyenne des Françaises à Alger, évoque sa jeunesse dans le pays qui va célébrer le 55e anniversaire de son indépendance.

     « Eh! oh! Dites donc, le photographe. Attention, hein, ne me prenez pas de trop près. Sinon on va s'apercevoir que j'ai quelques rides. » A 98 ans, Cécile Serra ne manque pas d'humour. « Je suis coquette, je l'ai toujours été », corrige-t-elle, en souriant, un joli collier de perles autour du cou.

    A Alger, tout le monde connaît cette vieille dame pimpante, installée depuis près d'un siècle dans un des quartiers chics de la ville. Ses voisins algériens sont aux petits soins pour elle. Ils se relaient devant la grille en fer de sa maison pour savoir si tout va bien, si elle ne manque de rien. « J'aime bien discuter avec tout le monde. Les jeunes en particulier. Je leur dis : Vous avez voulu l'indépendance. Pas de problème, c'est normal. Mais alors pourquoi cherchez-vous tous à partir? Restez. C'est un paradis ici, il y a mille choses à faire. »

    La doyenne de la communauté française, elle, n'a jamais voulu quitter le pays. Ni après l'indépendance en 1962 (dont on célébrera le 55e anniversaire). Ni pendant la décennie noire (1991-2002), la guerre civile entre le pouvoir et les groupes islamistes qui a fait près de 200 000 morts. Ici, c'est chez elle.
     

    « Je suis rentrée en France, une fois en 1964, pour rendre visite à ma famille. Avec mon mari Valère, décédé en 1986, nous sommes allés à Avignon, Toulon, Monaco. Mais nous avions des plaques d'immatriculation algériennes. Nous nous sommes fait arrêter sans arrêt, les gens nous regardaient avec un drôle d'air. Nous ne nous sentions pas les bienvenus… Après avoir traversé l'Espagne, on a décidé de rentrer le plus vite possible. Je pleurais de joie en ouvrant la porte de ma maison. Je suis née en Algérie, je mourrai en Algérie. »

    On ne peut refaire l´Histoire, «La valise ou le cercueil» appartient à Salan, Ortiz, Lagaillarde et consorts. Personne ne pourra rien y changer. Cette Française restée en Algérie le prouve


     

    Dans son jardin verdoyant, la vieille Simca Aronde des années 1950, qui appartenait à son époux, est recouverte de mousse. La télé fonctionne toute la journée, quand l'antenne ne déraille pas. Près du poulailler en bois, quelques canards déplumés grattent la terre durcie par le soleil. Le potager est envahi par les herbes folles.
    Cécile Serra était couturière.

    Elle a commencé à travailler en 1934 et s'est arrêtée il y a quatre ans seulement, les doigts usés par le temps. Aujourd'hui, il lui reste des photos jaunies sur son buffet Henri II, et des souvenirs en pagaille. « Si vous saviez, si vous saviez », raconte-t-elle inlassablement.

    Son Algérie, c'étaient des sorties en bateau entre copains pour pêcher la crevette. Des promenades dans la montagne à la recherche de champignons savoureux. Le désert, les méchouis, le thé à la menthe et les repas que l'on préparait pendant « au moins » trois jours.
     

    En 2003, elle fait la bise à Jacques Chirac, en visite à Alger. Elle aurait aussi aimé croiser Sarkozy, en 2007, mais cela « n'a pas pu se faire ». La politique algérienne, la maladie de Bouteflika, ça, elle s'en fiche un peu.

    Malgré les guerres, malgré les morts, elle assure n'avoir « jamais été menacée, jamais inquiétée ». Au crépuscule de sa vie, elle ne garde en mémoire que les instants précieux. « Je dis à mes amis : Surtout, quand je partirai, ne pleurez pas. Car j'ai vécu heureuse dans un pays merveilleux. »

     

     

     


    « Une préfiguration de la violence raciste de l’OAS de 1961-1962 Les ratonnades d’Alger en 1956 par Sylvie ThénaultUn souvenir de 2021 Commémoration du 19 mars 1962 à Trappes »
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  • Commentaires

    1
    Mercredi 2 Mars à 12:38

    Oui bien sûr on ne devait pas faire du racisme anti Pied Noir ! C'est qu'il y en avait de tous. Mais ils avaient été utilisés pour justifier la guerre d'Algérie et cela avait laissé des traces dans la conscience des appelés du contingent.

    C'est un fait aussi qu'ils avaient majoritairement suivi les consignes de l'OAS notamment à Bab-el-Oued ce qui a conduit au drame de la rue d'Isly. Il y a eu aussi la politique de la terre brûlée que l'on a connu en particulier à Oran et dans l'Oranais qui a favorisé une violence insoutenable.

    Il y a encore aujourd'hui des Nostalgériques qui refusent de tirer les enseignements du colonialisme.Ce n'est fort heureusement pas le cas de tous les Européens d'Algérie

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