• Harkis : " Cicatriser les plaies " *** Dans les commentaires Pierre Daum répond à un Algérien, pseudo Canari_de_retour

    Harkis : " Cicatriser les plaies "

    Harkis : " Cicatriser les plaies "

    "La question des harkis est instrumentalisée " constate le journaliste Pierre Daum.

    Francesco Gattoni

    Le journaliste Pierre Daum évoque le fruit de son enquête, publié chez Actes Sud, au sujet des harkis restés vivre en Algérie, après l'indépendance.

    Avec votre dernier livre (1) vous poursuivez votre analyse du passé colonial de la France. Cette enquête, au travers d'une soixantaine de témoignages de harkis, évoque le cas de ceux qui sont restés vivre en Algérie après l'indépendance en 1962. Comment est vécue cette réalité historique ?

    En Algérie, c'est véritablement un tabou. En France, c'est dans les milieux de l'Algérie française et certaines associations de harkis que l'on refuse d'admettre l'existence massive de harkis qui seraient restés au pays sans être tués. Le discours commun, c'est de dire qu'ils sont partis en France ou ont été tués. Sur ce point, je fournis une enquête mais ces milieux refusent d'accepter cette vérité historique.

    « Les harkis sont (...) les ultimes victimes

     du système colonial »

    Pourquoi ce refus en France ?

    Un des fondements de l'Algérie française, c'est de dire que l'OAS, les putschistes, ont eu raison de se battre, même par des moyens criminels, parce qu'ils voulaient sauver la vie des bons musulmans, les harkis, contre les affreux musulmans du FLN. Ils détestent mon livre… Les autres, les associations harkis, plutôt des enfants de harkis, sont dans un combat contre l'État français pour une triple reconnaissance. De l'abandon de leur père en 1962, ce qui est vrai, mon livre le dit. Le second, c'est la maltraitance de leur famille lors de l'arrivée en France et je suis raccord avec eux. Mais sur le troisième point nos analyses diffèrent car ils veulent, que soit reconnu le massacre des harkis en Algérie. Mon livre dit que les choses étaient plus complexes et que la mort n'était pas certaine. Ce qui n'enlève rien aux deux premiers points. Certes, il y a eu des milliers d'assassinats mais la majorité est retournée au village sans être tuée. C'est cela qui est tabou.

    Comment s'est construit ce tabou en Algérie ?

    Le sujet est tabou dans l'ensemble du pays car, depuis 50 ans, la société est saturée de l'histoire officielle de la guerre de Libération, en grande partie mythique, qui consiste à dire que le 1er novembre 1954 (date de début de la guerre, NDLR) ce serait le peuple qui se serait soulevé, en particulier les masses paysannes, derrière la bannière du FLN. Mais sur 9 millions d'Algériens il y a 450 000 hommes, soit 1,2 million de personnes environ, qui se sont retrouvées du côté de l'armée française. En 1962 (date du cessez-le- feu, NDLR), ils seraient partis en France, et les autres exécutés. Une société donc lavée de 'l'infamie 'harki alors que j'explique qu'ils sont restés en Algérie (seuls 25 000 harkis sont arrivés en France, NDLR) et que la société est héritière de ces gens-là. On découvre dans votre livre que les conditions d'adhésion au camp français sont multiples De façon symétrique, cette question est instrumentalisée. En France, pour les partisans de l'Algérie française, le harki aime la France et s'engage par amour du drapeau tricolore. Ce qui est historiquement complètement faux. Des études avant moi l'ont démontré et mon enquête le conforte. En Algérie, dans le discours du FLN, le harki est la figure du traître par excellence. Mais il faut pour ça avoir trahi sa patrie et je montre que le 1er novembre 1954, elle n'existe pas. Les deux discours contiennent la même erreur. La réalité c'est qu'il faut réfléchir en un éventail de décisions qui s'inscrivent dans un tableau de masses paysannes qui vivent dans une extrême misère dont on n'a même plus conscience. Pris dans la violence de la guerre, chacun a réagi en terme de survie.

    La responsabilité de l'armée est lourde, elle qui finalement, réussi à diviser ce pays ?

    Je rends hommage à l'article de Gilles Manceron, qui pointe l'immense responsabilité des recruteurs de harkis de l'armée française. Ils se sont lancés, à partir de 1956, dans une action de recrutement massif tout en ayant conscience qu'ils créaient des déchirures qui ne pourraient se régler que dans le sang. Les stratèges militaires avaient compris que la manière de lutter contre le FLN n'était pas de bombarder le maquis mais de tirer les masses dans leur camp et de les compromettre afin de couper toute possibilité de soutien. Une fuite en avant qui a brisé des solidarités ancestrales et qui démontre que les harkis sont, eux aussi, les ultimes victimes du système colonial comme l'ensemble du peuple algérien. Pourquoi ce livre ? Je suis persuadé que pour toutes ces souffrances, la seule façon de s'en guérir, c'est par la parole. Mais il faut travailler de manière historique, sereine, et objective. Et non pas douleur contre douleur.

     

     (1) Le dernier tabou, les "harkis" restés en Algérie après l'indépendance, est publié aux éditions Actes Sud, dans la collection "Archives du colonialisme", dirigée par Michel Parfenov.

    SOURCE : http://www.midilibre.fr/2016/06/18/harkis-cicatriser-les-plaies,1351353.php 

     

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