• Harkis : toujours trop de tabous par Pierre DAUM *** Les harkis se sont rapprochés de plus en plus du Front National *** Une avancée limitée pour Olivier Le Cour Grandmaison

     

    Pour la mémoire de mon père

    Un témoignage reçu ce jour

    2 janvier 2017

     
     
     

    Bonjour Monsieur,

    Mon père est décédé cette année. C'était un harki. Je lisais avec intérêt vos articles lorsque que je suis tombé sur un passage où vous minimisez la souffrance des harkis vous appuyant sur l'enquête de Pierre DAUM.
    Alors je m'adresse à vous avec sincérité en tant que fils qui a perdu un père admirable.
    Il est né dans un village de Kabylie près de TIZI OUZOU. Tombé gravement malade à l'âge de 5 ans, il se réveilla miraculeusement du coma et survécu. Ce ne fut pas le cas de 6 de ses frères et soeur qui ne survécurent pas à cette maladie. Il n'étaient plus que 3 enfants. Cela augurait déjà d'une vie de supplices. Il grandit sous le joug du colonialisme, en indigène et dans la misère. Il rêvait de faire des études. Rêve brisé car la guerre d'Algérie éclata. Il se retrouva dans la 159e Brigade D'Infanterie Alpine jusqu'à l'indépendance, puis fut versé dans la force locale. C'est alors qu'il fut capturé par l'ALN et endura 4 années de détention terrible et s'évada en 1966. Si vous souhaitez avoir un aperçu de ce que lui et plusieurs centaines de co-détenus ont enduré, je peux vous transmettre l'écrit de ses mémoires que j'ai découvert après sa mort, vous ne pourrez que mieux juger de la réelle horreur et barbarie que ce fut. C'est impensable. Personnellement, j'en ai pleuré et aurait préféré ne rien savoir car très proche de papa, je porte désormais en moi ses souffrances. Aussi, lorsque j'ai lu votre article minimisant les souffrances de ces hommes, j'ai ressenti une profonde peine pour papa. C'était un homme de paix, plein de tendresse et cherchant toujours à aider les autres. Ses démons issus de la guerre d'Algérie et de sa détention, il les a géré courageusement en silence et en souffrance, mais toujours en préservant ses enfants. J'ai 46 ans et jamais il n'a levé la main sur moi. En France, comme s'il n'avait pas assez souffert, il a subit le racisme sans broncher mais n'a pas pour autant mis en avant ses citations. Il n'a pas choisi la colonisation, il n'a pas choisi la guerre , les événements se sont imposés à lui. C'était un homme de paix d'une gentillesse extrême tout simplement victime des événements. Et Papa n'est pas rentré paisiblement dans son village, il a subit les pires tortures durant 4 ans. Quant à maman et ses 5 enfants dont le plus âgé avait 8 ans, je vous laisse imaginer le sort qui leur a été réservé dans le village durant ces 4 années.
    Hormis cet écrit sur les harkis, je vous félicite pour votre blog aux propos courageux.


    Bien cordialement
    Daniel AMER

     
     
     

    -- envoyé par AMER Daniel  

     

    Cher Monsieur,

    Je ne sais pas dans quel article proviennent mes propos basés sur l'enquête de Pierre Daum dont vous parlez car il y en a de nombreux sur ce blog.

    Pierre Daum serait mieux placé que moi pour vous répondre, je veux simplement essayer de vous faire comprendre qu'il est faux de dire que Pierre Daum, pas plus que moi cherchons à minimiser les souffrances des harkis qui sont réelles, Pierre Daum s'efforce précisément à rétablir certaines vérités, car  après une longue enquête en Algérie, il a constaté que, contrairement, à ce qu’ont toujours prétendu les nostalgiques du colonialisme adeptes de la fachosphère en France, comme quoi 150000 harkis auraient été massacrés après le 19 mars 1962… Ce que dément absolument Pierre Daum… Il y en a eu, en effet, mais beaucoup moins... et quand même trop... Votre père, comme ceux qu'on appelait les "indigènes", comme les pieds-noirs, comme tous les appelés du contingent, comme toutes les victimes militaires ou civiles, françaises ou algériennes sont des victimes du colonialisme...

    Je vous transmets donc le dernier article sur ce douloureux sujet mis en ligne à la date du 25 septembre 2016 sur mon blog. 

    Bien cordialement.

    Michel Dandelot 

     

     
           

     

    Harkis : toujours trop de tabous par Pierre DAUM

    Harkis : toujours trop de tabous

    Par Pierre DAUM

    Déçus par Nicolas Sarkozy en 2007 la Communauté harkis s'est de plus en plus rapprochée du Front National

    « Une avancée qui reste limitée »

    Olivier Le Cour Grandmaison, professeur de sciences politiques à l’université d’Evry-Val d’Essonne :

    « Ces propos du chef de l’État constituent certainement un pas en avant pour les associations de harkis. Et ce n’est pas un hasard s’ils sont tenus à quelques mois de la présidentielle. Mais cela reste une avancée limitée. Certes, François Hollande reconnaît les massacres commis par le FLN, mais il se garde bien de reconnaître la responsabilité de la France dans les tortures, les disparitions forcées et de nombreuses exactions perpétrées lors de cette guerre coloniale en Algérie. » 

     

    Confirmation par François Hollande, ce jour, 25 septembre 2016 d’une reconnaissance officielle de «la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis» en 1962.

     
    François Hollande reconnaît la responsabilité... par ITELE 

     
    Une petite-fille d'harki se souvient de son arrivée en France

    La question des civils algériens utilisés comme supplétifs par l’armée française pendant la guerre d’Algérie est l’un des derniers blocages à l’apaisement entre Paris et Alger.

    Le 25 septembre 2003, le président Jacques Chirac a instauré une Journée nationale d’hommage aux harkis en reconnaissance aux «sacrifices qu’ils ont consentis pour la France» lors de la guerre d’Algérie. Depuis douze ans, des cérémonies sont organisées tous les 25 septembre à Paris et dans de nombreuses villes de province. Des cérémonies qui, à chaque fois, provoquent l’irritation des autorités algériennes (pour qui les harkis ne sont que des «collabos»), avec lesquelles le gouvernement français voudrait pourtant enfin «tourner la page du passé», afin d’élargir une coopération économique et policière dont tout le monde a besoin - notamment dans la lutte contre le terrorisme. Mais ces cérémonies provoquent aussi la colère de nombreuses associations harkies, ulcérées par les promesses jamais tenues des candidats à la présidence de la République (promesses formulées par Nicolas Sarkozy le 31 mars 2007, puis par François Hollande le 5 avril 2012)

    La question des harkis, ces civils algériens utilisés comme supplétifs par l’armée française pendant la guerre de libération algérienne, constitue un des derniers blocages à une relation apaisée entre les deux pays. Trop de tabous, des deux côtés de la Méditerranée, empêchent de tourner la page de cette guerre et des souffrances qu’elle provoqua, et dont des milliers de personnes (enfants de moudjahidin, enfants de harkis, enfants d’appelés, enfants de tués, enfants de disparus, etc.) continuent aujourd’hui de souffrir.

    En Algérie, l’histoire officielle s’est construite sur le mythe d’un peuple uni qui se serait soulevé héroïquement en 1954 contre l’oppresseur colonial. Dans cette vision idéalisée, les harkis, «infâmes traîtres», ne représentent forcément qu’une minuscule minorité. Celle-ci se serait enfuie en France en 1962, et une juste vengeance populaire aurait tué les quelques restants. Depuis, la société algérienne ne serait composée que d’enfants de héros. La réalité est toute autre. Le nombre d’Algériens engagés dans les formations supplétives s’élève à au moins 250 000, soit 15 % des hommes disponibles à l’époque. En face, les combattants de l’ALN (les moudjahidin) n’étaient guère plus nombreux. En 1962, seuls 25 000 harkis partirent en France. Pour ceux qui restèrent en Algérie, si plusieurs milliers furent effectivement assassinés, la majorité retourna dans son village sans être tuée. Ils se marièrent, eurent des enfants, puis des petits-enfants. Aujourd’hui, une partie de la société algérienne est héritière de leur histoire.

    En France, le discours martelé depuis cinquante ans par les héritiers des défenseurs de l’Algérie française cherche à imposer comme une évidence que, pour les harkis, il n’aurait existé en 1962 qu’une alternative : s’enfuir en France ou être «massacrés» jusqu’au dernier - certains parlent même du «génocide des harkis». Cette fausse évidence, combinée à l’image de harkis engagés par «amour du drapeau français», est utilisée pour tenter de légitimer le combat des anciens ultras (militaires putschistes et terroristes de l’OAS), qui disent en substance : nous avions raison de nous battre contre les fellaghas, car nous défendions les «bons musulmans» (les harkis) contre des «barbares» (du FLN). Ces derniers ont d’ailleurs démontré leur «barbarie» en exterminant les harkis lorsque de Gaulle a honteusement abandonné l’Algérie. Ce discours repose sur deux erreurs historiques : d’une part, la motivation principale des harkis à s’engager «chez les Français» était la misère dans laquelle le système colonial maintenait les masses paysannes depuis cent trente ans. Et d’autre part, la majorité des harkis est restée en Algérie sans être «massacrée».

    Si on veut enfin tourner la page de ce passé colonial qui continue de miner les sociétés française et algérienne, des efforts de vérité doivent être consentis des deux côtés. En Algérie, on doit reconnaître que les harkis n’étaient pas d’«infâmes traîtres», mais eux aussi des victimes de l’oppression coloniale. En France, on doit dissocier l’abandon planifié des harkis en 1962 (fait réel et scandaleux dont l’Etat français est en effet responsable, et qui de plus fut suivi par l’internement dans des camps de relégation d’une partie des 25 000 rapatriés et leurs familles) d’un «massacre» dont la réalité reste historiquement très incertaine et dont, quoi qu’il en soit, l’Etat français n’est pas responsable.

    Dernier ouvrage paru : «Le Dernier Tabou : les harkis restés en Algérie après l’indépendance».

    Pierre DAUM

    Source / http://www.liberation.fr/monde/2015/09/24/harkis-toujours-trop-de-tabous_1389968 

     

    Harkis : toujours trop de tabous par Pierre DAUM

    La FNACA s'intéresse au livre de Pierre Daum

    "Le dernier tabou : les harkis restés en Algérie après

    l'indépendance"

    Harkis : toujours trop de tabous par Pierre DAUM

    Harkis : toujours trop de tabous par Pierre DAUM

    Harkis : toujours trop de tabous par Pierre DAUM

     

     

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