• Henri Pouillot écrit au président de la République

     

    Henri Pouillot écrit au président

     de la République

    Lettre à Monsieur Macron

    Monsieur le Président

    Vous avez déclaré souhaiter un grand débat national, sans tabou, dites-vous, MAIS il semble bien que vous ayez déterminé les seuls sujets que vous acceptez puisque vous déclarez : "nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises [...] afin d’encourager l’investissement et faire que le travail paie davantage." Pour tester la réalité d’un réel débat, je propose cette contribution, en espérant, éternel optimiste, pouvoir constater, être entendu, pas seulement écouté.

    Témoin de la Guerre de Libération de l’Algérie comme appelé, affecté à la Villa Susini (de juin 1961 à mars 1962), j’ai eu l’occasion de constater de très nombreuses exactions commises dans cette période par l’Armée Française (en particulier la torture), des crimes contre l’Humanité, des crimes de guerre, des crimes d’état commis au nom de la France.

    Comme la plupart des rescapés de cette période, nous sommes donc tous à la retraite, et les mesures que vous avez prises, en particulier l’augmentation de la CSG, la non-revalorisation des retraites en fonction de l’inflation depuis plusieurs années, mais aussi le blocage de la pension d’ancien combattant (et pourtant elle est très loin de compenser les 27 à 36 mois volés de notre jeunesse) .... amputent sérieusement notre pouvoir d’achat, alors que la suppression de l’ISF ne semble pas avoir eu les effets de "ruissellement" tant annoncés devant créer des tas d’emplois : nos petit-enfants ne s’en rendent pas compte. 

    Il y a 3 mois vous avez enfin, au nom de la France, condamné le système institutionalisé de la torture dans cette période et nous ne pouvons que nous en réjouir, parce que c’est enfin la levée d’un traumatisme subit par de nombreux appelés. Dommage que cette initiative ne permette pas de connaître toute la vérité sur l’assassinat de Maurice Audin. Votre prédécesseur avait pourtant déclaré que de « nombreux documents et témoignages concordants permettaient d’établir sa mort en détention ». Où sont disparus ces documents et témoignages puisque vous renvoyez aux historiens la mission de faire éclater la vérité ? Il est bien évident, j’ai pu le constater dans mes travaux de recherches sur cette période (en particulier aux archives de l’armée à Vincennes sur ce qui concerne ma présence à Alger), que, dès le départ, les archives « sensibles » ont été soit édulcorées, soit détruites. Imposer aux historiens une telle responsabilité de faire éclater cette vérité est, de fait, délibérément refuser qu’elle soit connue. Le seul moyen de connaître aujourd’hui les réelles circonstances de cet assassinant est d’obtenir les témoignages des militaires (de carrière ou appelés) encore vivants, présents à Alger dans les unités mêlées à ces « opérations » de la Bataille d’Alger. En tant que « Chef des Armées » vous avez la possibilité de faire réaliser cet inventaire, mais déjà de nombreux sont disparus, les plus jeunes sont octogénaires : le temps presse.

    Et, sur ces séquelles de cette Guerre de Libération de l’Algérie notre génération d’anciens combattants a un impérieux besoin que les crimes contre l’humanité (tortures, viols, crevettes Bigeard, corvées de bois, camps d’internements -pudiquement appelés alors camps de regroupement-, essais nucléaires,... ), crimes de guerre (les 600 à 800 villages rasés au napalm, l’utilisation du gaz VX et Sarin (voir)...), crimes d’état (les massacres de Sétif/Guelma/Khératta en mai 1945, massacres du 17 octobre 1961 à Paris, 8 février 1962 au Métro Charonne à Paris...) commis au nom de la France soient reconnus comme tels et condamnés et qu’ils ne soient plus considérés comme en ayant été les responsables de leur exécution.

    Quelle crédibilité la France peut-elle avoir au plan international pour donner des leçons de droits de l’homme tant qu’elle n’a, ni reconnu ni condamné, ces pratiques !!! Et il ne faudrait pas oublier les massacres commis à Madagascar, au Cameroun, au Vietnam... lors des guerres de libération coloniale. Et pourtant, le 5 mai 2017, devant la rédaction de Médiapart, vous aviez déclaré : "De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire…". Cela va faire bientôt 2 ans, mais le silence, dans ce domaine, reste assourdissant.  

    Voici une contribution au « Grand Débat National » que vous avez décidé d’ouvrir : sera-telle entendue ? Elle intéresse pourtant quelques millions de Français(es), mais n’est pas évoquée dans les sujets sans tabou pouvant être débattue, pourtant cela ne coûterait pas « un pognon de dingue » ?

    Veuillez agréer, Monsieur le Président, mes respectueuses salutations.

    Henri POUILLOT
    Ancien Combattant, militant antiraciste, anticolonialiste

    P.S : Apparemment, je ne peux pas déposer cette contribution sur le site prévu pour publier nos contributions : elle ne rentre pas dans les créneaux envisagés !!! 

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 23 Janvier à 11:33

    Il me semble qu'il faut prendre acte de l'évolution des consciences concernant la nature de la guerre d'Algérie et prendre acte qu'on reconnaît enfin, en haut lieu, qu'elle avait permis les exactions les plus patentes qui s'étaient produites dans un cadre légal.

    Certes il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, notamment la condamnation pleine et entière du système colonial forme particulièrement violente de l'exploitation capitaliste.

    Certes il faut dénoncer les atermoiements du président de la République qui après des déclarations intéressantes se réfugie dans le silence et l'absence de mesures significatives qui devraient être prises.

    Oui il doit manquer des pièces dans les archives militaires de cette époque. Mais il semble que leur ouverture constitue une possibilité de travail qui n'existait pas avant.

    Un ancien d''Algérie de nos amis a fait le calcul. L'augmentation de la CSG revient à lui supprimer sa pension d'ancien combattant. Evidemment je préférerais que cette somme me soit versée au titre de préjudice des mois de ma jeunesse qui m'ont été volés. C'est que je n'ai pas combattu grand chose hors mon ennui. Et aussi c'est vrai le putsch des généraux félons en avril 1961 Il serait d'ailleurs juste, la revendication concerne également ma pension de retraité, qu'elle soit revalorisée et tienne compte de l'évolution du coût de la vie.

    Ceci étant, prenons acte du changement de ton dans le discours tenu sur la guerre d'Algérie, ne faisons pas comme la FNACA qui ne l'a pas perçu et qui fait diversion pour escamoter le fait qu'on a fait jouer aux appelés du contingent un rôle qu'ils n'avaient pas choisi en les enrôlant dans une armée qui s'opposait à la revendication légitime d'un peuple qui luttait pour son indépendance et sa dignité.

     

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